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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 00:13

 

 

« Sentant le sommeil le gagner, il reposa son livre. Il pensait aux nuits de Reykjavik, si étrangement limpides, si étrangement claires, si étrangement sombres et glaciales. »

 

Reykjavik, la capitale. Les nuits sont polaires et le soleil se pointe quatre heures par jour en période hivernale. C’est ma plus belle saison, celle des aurores, une poésie de couleurs miroitantes dans un ciel sans fin. Mon héros, Hannibal, vit dans la rue. Les nuits de grand froid, il trouve refuge dans une cave insalubre. Un matelas crasseux à même le sol, des bouteilles d’alcool, du Brennivin – la « mort noire » - et en cas de nécessité, une bonne vieille bouteille d’alcool isopropylique à 70%, celui qui nettoie les plaies. Plaies, ce mot chargé de sens... blessures à l’âme et lame de fond, une noyade dans les recoins noirs de la psyché. Les lieux empestent l’urine. Il a connu les engelures, les doigts ankylosés qui n’arrivent même plus à tenir la bouteille d’alcool, pas même à ressentir la morsure du gel. La détresse humaine ne se juge en rien, elle se panse dans le sourire et l’accueil que l’on offre à ces gens qui n’ont pas eu notre chance. Le soir où je passais lui rendre visite, partager avec lui son bout de carton et de rêves envolés, on venait de le retrouver mort dans un étang de Kringlumyri. Je me suis effondrée. Chienne de vie...  

 

Erlendur patrouille dans les nuits agitées de Reykjavik. Personnage intuitif et taciturne, il se sent oppressé par toutes manifestations de bonheur. C’est un passionné de lecture, de jazz et des poèmes de Gudmundsson. Il lui arrive de noyer sa solitude dans les bars de la capitale. L’acharnement de l’inspecteur à élucider ce meurtre, mais surtout la fascination qu’il manifeste face au destin de ce clochard, ne me le ramèneront jamais. Mais ils me prouvent que les hommes sont capables d’empathie et qu’ils arrivent à voir la force et le courage dans les blessures humaines, à comprendre les motivations d’une personne à se placer en retrait de la société. La solitude et le refus de toute assistance. Je crois qu’Hannibal l’interroge sur sa propre vie, son propre destin. Ces gens dans la rue nous ramènent à l’essentiel, aux valeurs qui se perdent et à la soif de vivre.    

 

Arnaldur Indriðason signe, avec ce roman noir, la première enquête de l’inspecteur Erlendur. Les recoins sombres de la capitale se confondent à la brûlure hivernale. Mélange doux-amer de lieux et d’espaces sauvages qui se heurtent à la conscience sociale des gens qui l’habitent. Au-delà du polar, j’ai surtout ressenti, dans ce très beau livre, la douleur et la nostalgie des hommes. Je crois qu’il est juste de l’appeler le point de rupture.    

 

En partageant un bout de trottoir avec Hannibal, je me sentais au milieu des vrais hommes. Dommage qu’il soit parti si vite, j’aurais eu tant de choses à apprendre de lui... 

 

Je dédie cette lecture à tous ces clochards qui m'apprennent la vie <3

 

Photo empruntée à Google image

2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 01:40

 

« Il faudrait toujours être en route pour l’Alaska. »

 

Kodiak, Alaska, The Last Frontier. Nulle part ailleurs n’existe un bout de monde qui me fasse tant rêver. Combien de fois m’y suis-je imaginée, à mille milles de toute terre habitée, goûtant aux saveurs de l’instant. Combien de fois me suis-je dit que là-bas, je pourrais vivre de ce temps en suspens, des heures et des heures sur le fil fragile de ce bonheur que l’on capte à même le souffle de l’infiniment petit, pour autant que l’on apprenne à respirer en accord avec le vent du Nord. Un toit, quatre murs, une cabane pour abriter mes rêves. Et au bord de ce lac, la poésie d’une nature sauvage qui n’a de limites que ses forêts à perte de vue. Il y aurait des grizzlys, ça oui, peut-être arriverais-je même à m’y faire (mais j'en doute...). Un bout de monde et toute cette blancheur. Goûter au silence.

 

« On quitte enfin la terre, je sais déjà que je n’en reviendrai jamais. »

 

Kodiak, Alaska. Lili en avait aussi rêvé. Elle avait une fougueuse envie d’aller y pêcher la morue, d’apprendre le métier de marin. De tout foutre en l’air et de changer de cap. Qui n’en a jamais rêvés au moins une seule fois? Surtout, ne plus revenir vers cette vie d’avant, se faire passer pour morte s’il le faut. Vivre éternellement dans un bateau, ne plus jamais poser le pied à terre, sous peur de tanguer et de perdre ses repères... 

 

À bord du Rebel, elle se sent vivre. Et moi, solitaire, je respire à ses côtés. Il nous suffit de peu, un ciré, des bottes étanches et des long johns, pour les soirées froides. Il faudra faire nos preuves dans ce milieu d’hommes. Qu’importe, nous travaillerons jour et nuit, le visage brûlé par le froid, le vent, souffrant du manque de sommeil et de chaleur humaine, du mal de mer, de tous les dangers et de cette mer déchaînée qui ne pardonne pas. Les palangres sont à l’eau, il faut les remonter à bord, déferlante de poissons. Nous rêvions de devenir matelot et nous le sommes devenues...

 

« Peut-être va-t-on toujours aller ainsi, jusqu’à la fin de tous les temps, sur l’océan roussi et vers le ciel ouvert, une course folle et magnifique dans le nulle part, dans le tout, cœur brûlant, les pieds glacés, escortés d’une nuée de mouettes hurlantes, un grand marin sur le pont, visage apaisé, presque doux. Quelque part encore… des villes, des murs, des foules aveugles. Mais plus pour nous. Pour nous, plus rien. Avancer dans le grand désert, entre les dunes toujours mouvantes et le ciel. »

 

Mais la passion souvent nous fait oublier de se méfier. Je la trouve courageuse de boire à même la poche de laitance des poissons qu’elle ouvre, ce liquide visqueux me dégoûte. Je lui envie un peu moins de devoir retourner sur la terre ferme. Une arête caudale de morue noire s’est fichée dans l’os du pouce, le poison est mortel. J’ai pitié pour elle, alors je pose les pieds hors du Rebel et je marche sur les docks. J’apprends la vie des marins qui abreuvent leur ennui dans une chambre de motel. J’apprends les bars et les femmes qui leurs tiennent compagnie. J’apprends aussi l’alcool et la gueule de bois. Et puis j’apprends à connaître un peu mieux ce grand marin dont elle m’a tant parlé...

 

« Car il est le pêcheur, pour moi il est le seul. Il sait tout. Sa puissance ne tient pas à la largeur de ses épaules ni à la taille de ses mains, elle est dans son cri, l’écho de sa voix lorsqu’elle se perd dans la vague et le vent, lui debout, narines dilatées, seul dans son tête-à-tête avec la mer, seul toujours dans sa manière de regarder le ciel, de sonder les flots comme s’il y lisait quelque chose – ou rien, peut-être n’y voit-il qu’un grand désert qui s’étend, sans fin, dans les cris hennissants des goélands qui s’élèvent en rafales comme des chevaux de vent. »

 

Kodiak, Alaska, The Last Frontier. Nulle part ailleurs n’existe un bout de monde qui m’avait autant fait rêver. Maintenant que j’y suis, je sais désormais que ma place est parmi ces hommes du Nord. Le Grand Marin, l’homme-lion, a passé sa vie entre le whisky, les femmes et l’héroïne. Lili m’a appris à le regarder autrement. Regarde qu’elle me dit, admirative, regarde-le pêcher, remontant les calandres, si fort et fragile à la fois, c’est là toute sa beauté. Elle m’a raconté ses nuits d’amour avec lui, le pêcheur d’Alaska, mon Grand Marin.

 

« Les étoiles frémissent. Les autres sont à l’abri en troupeau endormi. Mais pas nous. Nous, on est sur la crête de la vague noire, dans la fraîcheur de la bruine. Le grand marin m’attire contre lui, on s’aime sous le duvet. Je ris quand il glisse, le vent court dans mes reins. » 

 

Viens avec moi qu’il lui disait, nous nous marierons.

 

« Tu comprends pas… Moi je veux pas d’une maison, j’veux vivre. J’veux partir et aller pêcher. J’attends pas. Non j’attends pas. Moi je cours. Je veux être en mer. » 

 

Mais Lili rêvait de liberté. Une fois arrivée vers ce bout de monde, elle voudrait aller encore un peu plus loin, à Point Barrow, Alaska. Là ou la terre s’arrête...

 

« C’est le bout. Après y’a plus rien. Seulement la mer polaire et la banquise. Le soleil de minuit aussi. Je voudrais y aller, m’asseoir au bout, tout en haut du monde. J’imagine toujours que je laisserai pendre mes jambes dans le vide… Je saurai que je ne peux pas aller plus loin parce que la Terre est finie. »

 

« Moi je cours. Je veux être en mer... »

 

 

Merci à mon sweet kinG de m'avoir permis ce voyage vers l'Alaska de mes rêves <3

 

 

 

13 juillet 2017 4 13 /07 /juillet /2017 12:57

 

 

« Rien ne vaut la peine d’être vécu qui n’est pas d’abord une œuvre d’imagination ou alors la mer ne serait plus que de l’eau salée… » - Romain Gary (citation en début de roman)

 

******************

 

« Le vernis de l’enfance s’étiolait doucement, craquait de partout, me laissait voir, derrière sa lumière aveuglante, les filaments de ténèbres qu’elle s’applique tant à cacher. »

 

Des lustres que je n’avais pas croisé un personnage aussi attachant que celui de la petite Hélène, 10 ans, en l’occurrence la narratrice – mais comme elle se prend pour un garçon, elle apprécierait que vous l’appeliez Joe. Chaque jour, au retour de l’école, elle amarre son destin à celui de Lady Oscar, dans un dessin animé japonais présenté à Canal Famille. Miss Oscar est son héroïne, jeune fille aux allures garçonnes, un certain capitaine de la garde rapprochée de Marie-Antoinette. Elles ne formeront qu’une, liées par l’unicité théâtrale de leur caractère. Petits bouts de femmes explosives dans des corps de jeunes filles, grandies trop vite, têtues, indociles et sans demi-mesure, elles donneront sens à leur vie dans les souffrances et le labeur, une façon d’échapper à « l’insignifiance de la vie ». Une manière de se débattre en eaux troubles et sortir la tête de l’eau. Rescapées au seuil de la vie, mais avant tout fortes et courageuses, nageant dans des vagues d’émotions contradictoires. Fuguer dans la seule intention qu’on nous retienne. Et au final, revenir à l’essentiel...

 

« J’étais handicapée d’une hypersensibilité qui me volait toute forme de salutaire insouciance. »

 

Ma petite Hélène vit avec ses parents et ses trois sœurs dans un quartier pauvre de Limoilou. P’tit quotidien, p’tite vie, p’tite misère mais bonheur fragile, elle est dotée d’un sens de l’humour et d’une capacité d’autodérision incroyable, marquant sa maturité précoce. Elle a du mordant, du chien, de la répartie, ses répliques sont cinglantes, je l’adore! Et qu’est-ce qu’elle est drôle! Camelot à ses heures et serveuse dans un bingo, elle s’est donnée la mission de subvenir aux besoins de sa famille. À 10 ans...  

 

Affalé sur sa chaise de faux cuir du stationnement du logement d’à côté, Roger boit sa bière. Sa p'tite bière frette. Mon héroïne se liera d’amitié avec lui. Fraîchement sorti de Robert-Giffard où il a passé 30 ans de sa vie – un institut psychiatrique de Québec – il est le portrait type du rescapé de la vague de désinstitutionalisation des années soixante. On fout tout le monde dehors pour « faire de la place ».  

 

« …va juste falloir qu’il se calme un peu, qu’il diminue la bière, la cigarette… Mais ça, c’est pas la première fois qu’on y dit, hein Roger?

-J’vas pas rien slaquer pantoute, maudit Saint-Ciboire, j’sus déménagé icitte pour être plus proche du dépanneur. »

 

Une majorité de ces hommes et femmes, souffrants de graves problèmes de santé mentale, se sont retrouvés soit en prison pour délits, soit dans la rue, marginalisés par l’itinérance. Les plus chanceux, comme Roger, vivent dans un deux et demi aux murs jaunis qui sentent la viande passée date et la fumée de cigarettes. Comme Roger, ils n’ont qu’à s’allonger le bras juste assez loin pour atteindre la caisse d’O’Keefe. Chemise à carreaux, bas blancs aux genoux dans des sandales brunes de chez Rossy, il sacre à coups de tabarnak de crisse et de câlisse de St-Ciboire. Je suis certaine qu’un Bison l’a adoré... Mais comment ne pas l'aimer ce Roger! :P  

 

« T’aurais dû m’amener de la bière, une bonne tite bière frette »

 

« Tu m’niaises-tu, toé là? »

 

Comme je suis heureuse d’avoir enfin découvert la plume de Marie-Renée Lavoie! Cette auteure est pleine de talent et ses mots sont colorés aux accents du pays. Bison a partagé cette lecture avec moi, entre deux guimauves au sirop d'érable et un feu de camp qui crépite dans la nuit étoilée :D

J’ai adoré la diversité des personnages, des êtres aussi marginaux qu’inoubliables, à commencer par Roger et Hélène, Badaboum, la vieille femme d’à côté, la Corbeau, stéréotype de la vieille sorcière exécrable…  

 

La petite et le vieux c’est le regard d’une enfant sur le monde des adultes, ses questionnements sur la médiocrité. C’est un portrait de société vivant et débridé, authentique surtout et tellement réaliste. C’est une série de clins d’œil au Québec de toujours, Les 1oo Tours de Centour, une tranche de céleri tartinée au Cheez Whiz, le dépanneur du coin et un sandwich à la crème glacée (et oui...!). Ce sont des questionnements sur le deuil et la mort, sans aucun pathétisme. C’est un roman que l’on devrait lire...

 

« Les clichés les plus éculés, comme les plus irréductibles maladies, traversent sans ambages le temps et les générations ; pendant ce temps, les plus beaux poèmes s’étiolent dans l’oubli. »

 

Un p'tit sandwich à la crème glacée mon Bison? ^^

 

 

13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 22:57

 

 

« Je crois qu’il faut avoir perdu quelque chose pour en connaître la valeur »

 

Si vous avez envie de voyager dans le Wyoming, Lindsay vous fera sans doute une place à l’arrière de sa vieille Nash des années 50. Si vous êtes chanceux, vous occuperez le siège juste à côté, mais gardez-vous de lui parler, elle entreprend un voyage intérieur. Terminus Redding, Californie, où elle montera à bord du Cascade, un train à haute vitesse qui filera à travers les paysages de l’Ouest « barbouillés » de couleurs, entre Seattle, l’Idaho, le Montana – juste le temps d’apercevoir un troupeau de bisons qui broutent goulûment dans les grandes étendues de terres arides - et Gatchell, un trou perdu du Wyoming profond.

 

Lindsay est retourné vers ce village où Witt, son ex-mari, a vécu avec une autre en laissant tout tomber. Elle avait besoin de donner un sens à cette rupture en faisant revivre leur histoire. Du jour au lendemain, il avait disparu, même au boulot on le cherchait. Il faut dire qu'il en buvait un coup le Witt dans les dernières semaines, à croire qu'il distillait sa peine dans l'alcool. Quand il revenait de la cabane où il avait écrit quelques lignes destinées à un roman qui ne verrait jamais le jour, il s’enfilait plusieurs rasades de whisky. Il y a fort à parier qu’il s’agissait d’un Wyoming Whiskey. Ou d’un McCarthy’s Oregon, de toute façon, une fois qu’il s’en serait versé quelques-uns dans le gosier il ne ferait même plus la différence. Tiens, ça me rappelle une histoire de whisky, mais j’y viendrai plus tard...

 

Les rails défilent et Lindsay poursuit sa quête. Entre ses doigts les années se sont faufilées, sablier fuyant laissant sur son passage quelques grains de souvenirs, mais sans plus. À peine le temps d’en retenir l’essentiel. Sur le siège face à elle, un homme est plongé dans la lecture de « Voyage de nuit ». À son contact, les émotions se dénoueront et ses sens prendront vie. Il lui offrira un verre, un doigt de whisky (voilà, je l'adore celle-là...). « Un doigt d’abord », pour un voyage « first class » c’est réussi! Au deuxième verre ils feront l’amour. Quelques minutes volées au temps et aux pensées qui affluent en elle dans un tourbillon sans fin. Retour à la réalité. Flash back : amertume, colère, tristesse... Qu’était-il arrivé à Witt? Pourquoi ce trou perdu de Gatchell? À quoi pouvait bien ressembler cette Alex? Et que s’attend-t-elle à trouver là-bas?

 

Par la fenêtre, Lindsay jette un regard au loin. Il se heurte au rideau de blizzard (fu.. le blizzard!). Le temps s’est figé, ils devront s’arrêter. Terminus...

...mais le voyage commence à peine...

 

Une très belle plume que celle de Roy Parvin, portée par des émotions diverses qui nous happent en même temps qu’elles nous plongent tête première dans le voyage intérieur de ses personnages. Il aborde avec délicatesse le deuil, la tristesse, les souvenirs et la solitude. Les paysages sont rendus avec justesse, on les voit, les imagine, on les touche du bout des doigts et les effleure du regard. Ils nous donneraient envie de se fondre à ce décor de neige et d’étendues sauvages, là-même où un Bison sirote un whisky en attendant le prochain train... Merci Bison! ;-)

Fuck le blizzard! :P

 

La Petite-Fille de Menno est tirée du recueil de nouvelles La Fôret sous la neige...

7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 01:45

 

 

J'ai caché
Mieux que partout ailleurs
Au jardin de mon coeur
Une petite fleur

 

Cette fleur

Plus jolie qu’un bouquet

Elle garde en secret

Tous mes rêves d’enfant…

 

…L'amour de mes parents… - Petite fleur de Sidney Bechet

 

 

Petite fleur... les mots de Bechet, tels une ritournelle qui ne connaîtra aucune fin, si ce n’est la fatalité physique de la mort qui nous arrache aux gens que l’on aime. Petite fleur, immortelle, enracinée dans les souvenirs ressurgissant de l’enfance... Mathilde a besoin de nous raconter cette histoire qui, aux yeux de l’auteure, n’est rien de moins qu’une histoire d’amour entre la petite fille de jadis et son père. Cinquante ans après sa mort, comme un pèlerinage de mots et d’émotions, elle retourne sur les ruines du sanatorium d’Aincourt où il a fini ses jours, dans les années 30, atteint de tuberculose.

 

J’entends sourdre la mélodie de Bechet... « Elle garde en secret, Tous mes rêves d’enfant »... Les odeurs se sont effacées, pour mieux oublier, je suppose, mais il reste les images, les regards inquiets, les rêves bien sûr, nourrit d’espoir. Elle sortait à peine de l’enfance, ne comprenant pas bien toutes ces agitations autour d’elle, autour d’eux, ce grand vide, une nouvelle famille et ce que pouvait bien signifier un sanatorium. La tuberculose, les bacilles, le sang qui s’écoule de la bouche. Elle mettra des années à saisir l’ampleur de ces mots. Ce père qui ne sera plus jamais le même homme. C’est donc que là-bas, dans ce lieu que l’on nomme sanatorium, on devient quelqu’un d’autre? Tant de questionnements auxquels Valentine Goby nous amène à réfléchir : le sens de la famille, l’amour inconditionnel, les responsabilités de chacun quand la famille éclate. Mathilde, encore si petite pour tout porter sur ses seules épaules, rembourser les dettes, prendre soin de son petit frère, nourrir ses parents, sauver la maison de La Roche, hypothéquée, étudier et gagner sa croûte. Au milieu du tumulte, se faire discrète, invisible, rester tranquille, parce qu’il y a déjà suffisamment de soucis. Et sa sœur Annie, détachée de tout...

 

« Son ventre est une permission de repli supplémentaire contre lequel tout reproche se fracasse.

La grossesse est une île. »

 

J’entends sourdre la mélodie de Bechet...

 

« Dans mon cœur, Tu fleuriras toujours, Au grand jardin d'amour »…
 

Au café Le Balto, un homme souffle des notes dans un harmonica Hohner. C’était le bon vieux temps, le temps d’« avant ». Son harmonica posé sur une table basse, il prit Odile dans ses bras pour danser un slow. Sur le pont d’un paquebot...

 

« Une femme et un homme se mettent à danser. Serrés, sur leur bout de terrasse. C’est une salle de bal sur le pont d’un paquebot, on en oublierait presque les côtes manquantes, les lobes tranchés, les cavernes ouvertes, les bras quasi noirs du père et l’eczéma qui ronge sa peau… »

 

Sur mes vingt ans
Je m'arrête un moment
Pour respirer
Ce parfum que j'ai tant aimé

 

N'aies pas peur
Cueillie au fond d'un cœur
Une petite fleur
Jamais ne meurt

 

Merci mon sweet manU pour ce « roman solaire ». Mathilde est une femme forte et pleine de vitalité, comme je les aime. Elle avait besoin d’amour et de reconnaissance, du regard fier de son père. Je crois qu’elle l’a compris, un peu plus tard... 

 

Merci à Valentine Goby d'écrire d'aussi beaux romans qui me charment et m'enchantent <3 

Mon avis sur Le sorcier vert

 

Les avis de Nadège, Aifelle, Didi, Fanny et Jérôme

3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 13:37

 

 

« On peut tuer un être humain sans lui enlever la vie. »

 

Depuis la nuit des temps, les êtres humains « s’affrontent pour la possession des femmes, de l’argent, du pouvoir… ». Ils violent et tuent, sans trop de remords, voire aucun, guidés par cet élan collectif qui pousse les hommes à s’unir pour s’élever au sommet d’une folie meurtrière n’ayant de limite que la soif insatiable de violence. L’amour humain cherche à donner un sens, s’il en est un, à ces batailles qui ont rendu les hommes méconnaissables. En posant un regard cynique sur la vie et les individus qui peuplent le monde, et ayant comme toile de fond la guerre coloniale portugaise tel un prétexte à son exposé, l’auteur nous raconte avec sensibilité les peurs qui nous hantent, incontrôlables. La conscience de la mort, l’indifférence qui en résulte et l’amour maternel vers lequel l’âme cherche sans cesse à revenir, bulle de réconfort dans un monde dont les valeurs essentielles semblent s’être effondrées. Mais aussi l’amour des sens et des souvenirs doux qui apaisent les maux.

 

Deux russes et un jeune révolutionnaire angolais, Elias – alias notre héros - sont retenus prisonniers au fond d’une case, ce dernier gisant à moitié mort. La guerre coloniale portugaise de 1961 vient d’éclater. Vingt-cinq ans plus tard, il se souviendra de cette nuit de terreur à Lunda Norte, où il assistera au viol d’une femme Noire par des soldats de l’armée angolaise. Au milieu de l’horreur, le visage d’Anna...

 

« Sans l’amour qu’il lui portait, la vie n’aurait été qu’une interminable nuit. »

 

Il se souviendra de ses mains noires sur sa peau laiteuse. De ce train filant à toute allure à travers la taïga sibérienne, sa terre natale. Des nuits d’amour et de cette femme qui portera sur sa robe les senteurs de la nuit. C’était le hasard d’une rencontre lors d’une conférence sur le développement durable en Afrique. Dans cette foutue jungle, peu leur importait le regard des autres. Parce que l’amour humain est incolore...

 

Il découvrira la tendresse, la confiance et la peur, celle inhérente à la perte. Sentiment inaltérable, inévitable. J’ai été transportée par ce roman de Makine. Avec douceur, il a su allier la révolution à l’amour - ce qui en fait, à mes yeux, toute sa beauté. L’amour des sens, l’amour maternel et celui des souvenirs. L’amour des mots, l’amour des gestes et l’amour qui panse, qui occulte la haine. L'amour d'Anna et les odeurs de la nuit. L’amour universel...

 

L’amour humain selon Makine. Plus fort que toutes les guerres. Merci Bison :-*

 

« Le soleil de l’Afrique, un billet pour Cuba, de la neige à pelleter et une histoire d’amour ». T’avais raison, j’étais dans mon élément... :P

 

« Croyez-vous qu’après la victoire de la révolution les gens vont s’aimer autrement? »

24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 01:16

 

 

Un caleçon qui sèche, étendu sur un fil à linge. Une femme s’empare d’une pomme. Rouge. Le fruit défendu ? Déjà la voilà, elle apparaît, Anne Dorval alias Diane alias D.I.E.

La scène suivante, sa voiture se fait percuter. Elle sort, le front en sang, titubante.

A peine est-il commencé que le film balance déjà entre douceur et violence alternant les moments beaux et tendres avec les moments tendus à la violence verbale oppressante et à la violence physique latente. C’est un film fort et tellement terrible à la fois…

 

Bien vu pour la pomme mon kinG!

 

J’trouve que le génie de Dolan se situe là, dans sa capacité à nous faire pivoter d’une extrémité d’émotions à une autre. On se sent déstabilisé, perturbé même, constamment sur le qui-vive, dans l’attente ou l’anticipation de voir ses personnages basculer et nous entraîner dans leur chute. Ils sont intenses, torturés et expressifs, et quel sens de la réplique! On les ressent en perpétuelle crise identitaire, aux limites de toutes confrontations.

 

Mes auteurs fétiches réunis dans un même film! Tabarnak!!!!!!! (il ne faut pas se gêner pour mettre en valeur cette si belle expression issue du jouale québécois et qu’on doit bien entendre au bas mot une cinquantaine de fois durant le film. J’en connais un dont les majeurs ont dû frétiller de plaisir!) :D

 

Quels sont tes moments préférés ? Moi, j’en ai plusieurs.

 

Celui où Steve met un CD avec la chanson de Céline Dion, On ne change pas. Ils se mettent tous à chanter, même Kyla, et à danser. Comme souvent Dolan fait d’une chanson populaire, que certains prendraient plaisir à dénigrer, un moment fort, un moment de communion entre les personnages et les spectateurs. Et puis on a tous des chansons pourries qu’on a plaisir à réécouter, non ?

 

Celui où Kyla pète un plomb avec Steve. On la comprend… Suzanne Clément est excellente dans cette scène. Un peu comme cette scène dans Laurence Anyways où elle hurle sur une nana ! J’adore !

 

Celui où tout semble aller mieux enfin et que l’écran s’élargit. La taille de l’image choisit par Dolan contribue largement à l’ambiance oppressante du film. Mais très vite, l’écran se rétrécit à nouveau…

 

Hum mes moments préférés, j’en ai plusieurs aussi. J’aurais voulu le revoir pour pouvoir m’en imprégner à nouveau, mais je n’suis pas arrivée à l’trouver, mautadine! Je me souviens pourtant de la scène du caddie et de toutes celles, douloureuses, qui mettent en évidence une relation mère-fils faite de violence, d’incompatibilité à communiquer et de désespoir. Du début à la fin du film on ressent jusqu’au fond de nos tripes la douleur causée par les limites de l’amour maternel et les troubles de l’attachement. Kyla est là pour ramener un peu d’équilibre à travers le chaos. Femme énigmatique, étonnante et mystérieuse, superbement interprétée par Suzanne Clément.

 

Il n’en demeure pas moins que ma scène culte est celle sous l’air de « On ne change pas », je pourrais la regarder en boucle!!! Les trois acteurs sont extraordinaires mais Antoine-Olivier Pilon et Anne Dorval sont explosifs de justesse. J’adore le personnage de Steve et l’acteur qui l’incarne, impulsif, sensible, hyperactif, violent, le portrait type de l’ado TDAH. Et « Die », la mère dépassée, aussi intense que passionnée, excessive, passant du rire aux larmes, alternance entre amour et révolte. Mon actrice chouchou!!!

 

Ah Anne Dorval !!! <3 Impossible de conclure sans ajouter un mot sur elle. Si je trouve les trois acteurs formidables, pour moi elle explose dans Mommy !

Des film de Dolan aux Parents en passant par le Cœur a ses raisons, dans des registres donc totalement différents, chaque fois elle me donne des frissons.

Quel talent ! Quelle est belle ! Quelle est juste !

 

Anne Dorval est une Tabarnak de comédienne, esprit !!! ;)

 

« On ne change pas
On met juste les costumes d'autres sur soi
On ne change pas
Une veste ne cache qu'un peu de ce qu'on voit
On ne grandit pas
On pousse un peu, tout juste
Le temps d'un rêve, d'un songe
Et les toucher du doigt
»

 

 

Rendez-vous dans quelques temps pour les prochains blablas de manU et Nad !

 

 

 

 

 

C'est l’occasion de te souhaiter un tabarnak de JOYEUX ANNIVERSAIRE Bison !!! Sans oublier de t'offrir cette VIDÉO (CLICKER ICI) qui fait forcément frémir tes majeurs :P 

 

« Attaches ta tuque, tcheck ça ! »

« C’est notre trésor national esprit !!! » :D

 

« D’ailleurs, je me demande si, entre eux, ils se comprennent réellement » ptdrrrrrrrrrrrrrrrrrrr j’t’assure qu’entre nous on n’a pas besoin des sous-titres ... ^^

 

 

 

 

 

 

 

 

20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 00:37

 

 

Sur tes conseils, je suis allé voir Moonlight. Quel film étonnant mais quel beau film ! Ce qui m’a le plus marqué je crois, c’est le rythme. Cette lenteur, ce calme, alors qu’il s’y dit et s’y passe des choses terribles.

 

Crois-tu que la musique y est pour quelque chose? Cette musique je l’ai trouvé enveloppante, vraiment superbe. Une harmonie de douceur vive au milieu du tumulte. Il y a une force dans les notes qui désamorce le drame sans pour autant lui enlever d’importance, qui au contraire met en valeur toute la charge émotive contenue dans ce film intelligent et sensible. Poignant, intense, bouleversant…
Qu’est-ce qui t’a le plus touché durant ces deux heures?
 
Une musique enveloppante et néanmoins contrastée par rapport à ce qui est en train de se jouer.
Qu'est-ce qui m'a le plus touché ? Difficile à dire...
Sans doute ses rapports, compliqués, avec sa mère, cette femme complètement broyée par son addiction, leur impossibilité à communiquer, leur douleur, puis réaliser le paradoxe de la "voie" qu'il va finalement suivre.
 
Ça m’a fait mal cette relation avec sa mère, ce jeune homme introverti qui se cherche et qui n’arrive à trouver aucune réponse auprès d’elle. En ce sens j’ai trouvé le film humainement violent. Toute cette trahison, et l’oppression omniprésente du début à la fin, que la qualité des acteurs rend à merveille!
Certains diront que le thème principal du film porte sur l’homosexualité. Moi je crois que, plus fort encore, il y a la question de l’identité que chacun porte en soi, avec ses doutes et ses interrogations.
Toi, t’en penses quoi?
 
Dirait-on que le thème du film porte sur l’hétérosexualité si telle était l’orientation sexuelle du héros ? Je ne crois pas !
Pour moi, il est question de quête d’identité évidemment, et d’amour, amour au sens large.
L’amour un peu paternel d’un dealer envers un gamin paumé.
L’amour d’une mère pour son fils même si la route sera longue et l’issue incertaine.
Et enfin un amour passé sous silence, sous une chape de plomb même, avant de se révéler enfin…
 
J’suis d’accord avec toi et c’est pourquoi je le soulève, l’orientation sexuelle ne se catégorise pas plus qu’aucun sentiment humain, j’ai d’ailleurs toujours eu horreur des catégorisations qui nous ostracisent, c’est la forme la plus cruelle d’exclusion et d’intolérance. Si les gens ne nous rejettent pas pour nos choix, ils le feront sous d’autres couverts que sont ceux du racisme, des guerres de religion, de l’intelligence cognitive, des inégalités sociales etc
L’identité est un terme plus global et plus juste pour parler des émotions, de la recherche de soi et de son accomplissement. Pour parler de l’Amour...
 
J’t’offre un gros bol de crème glacée avec extra sirop d’érable mon kinG? (le popcorn c’est trop light et banal) :D
 
 
 

 

 
Rendez-vous dans quelques temps pour les prochains blablas de manU et Nad!
 
 
 

 

 

15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 18:20

 

 

Marianne ne se serait jamais doutée cette nuit-là que sa vie allait basculer. Qui peut seulement savoir ce qui l’attend? Petit train-train quotidien jusqu’au coup de fil qui vous brise à jamais. Son fils Simon est dans le coma. Les lésions sont irréversibles, il est sous assistance respiratoire, en état de mort encéphalique.

 

Je l’accompagnais ce soir-là, il faisait froid à crever, journée typique d’un février glacial. On venait de cirer nos planches et on partait pour un trip de surf. S’étaient joints à nous quelques amis de Simon, aussi enragés que nous pouvions l’être lui et moi. C’est ça avoir vingt ans, le cœur rempli de fougue et l’envie de repousser ses limites. Rien au monde ne nous aurait empêché d’aller affronter la vague, le « swell » comme on dit dans le jargon, genre de déferlante de Mavericks qui se produit au plus trois fois par année. Au retour, dans le van, c'était juste un peu passé Étretat et il se faisait tard. Tout s’est passé si vite, je cherche encore à comprendre. Un endormissement, une erreur de manœuvre, la seconde de trop où tout vole en éclat.

 

Marianne vit dans une autre temporalité. Le temps n’a plus de signification. Si elle pouvait seulement s’endormir et ne jamais s’éveiller. C’est une douleur insoutenable et innommable, le choc de l’impuissance, un état de désespoir. La pièce tangue. Je lui prends la main, pour peu qu’elle arrive à la sentir. Et je l’accompagne au chevet de Sinon. Ses yeux sont clos mais sa poitrine se soulève. Saleté de vie qui vous arrache à un bref instant d’espoir. Je suis forcée de lui dire qu’il respire artificiellement. Je voudrais n’avoir jamais eu à tenir ce rôle...

 

Je connaissais le synopsis de ce roman et je savais d’emblée que ce n’était pas le genre de lecture pour moi. Comme j’aurais dû m’écouter! Ça me bouleverse trop, ça me fait même mal en dedans, c’est ma fibre maternelle qui n’arrive pas à imaginer cette douleur. Je suis consciente du fait que l’auteure signe un très bel ouvrage avec ce livre, je n’ai juste pas l’objectivité ou le recul pour l’apprécier à sa juste valeur.

 

J’ai fait aussi l’erreur d’aller voir le film en cours de lecture, un excellent film par ailleurs, mais qui ne m’a pas donné envie de revenir vers le roman. J’avais déjà le sentiment d’avoir bouclé la boucle d’une histoire que je mettrais du temps à digérer, par le poids de son contenu.

 

Le livre en soi ne se réduit pas à une simple histoire de transplantation cardiaque. Bien au-delà, il y a une multitude de sentiments humains. Il y a le corps médical amené chaque jour à côtoyer la mort. Toutes ces vies tenues entre leurs mains et l’impuissance trop souvent ressentie. Il y a les questions délicates, comme celle notamment présentée dans le roman, d'aborder le don d’organe auprès d'une famille sous le choc, dans un délai que ne doit pas dépasser la survie de l'organe en question. Comment les proches peuvent-ils seulement l’envisager alors qu’ils n’ont pas encore réalisé que cette vie à laquelle ils tenaient leur sera arrachée à jamais?

 

Le cœur est bien plus qu’un organe vital, c’est aussi un symbole. Car c’est à travers lui que passe les sentiments humains…

 

« Enterrer les morts et réparer les vivants »

 

C'est le genre d'histoire qui vous bouleverse vous aussi?

 

Pour lire le billet de mon amie Nadège

 

 

 

13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 23:59

 

 

J.M. Coetzee m’a permis d’accompagner Michael K. en marchant sur les pas de son histoire. On le disait simple d’esprit, mais si vous voulez mon avis, il possédait une intelligence hautement supérieure à bien des êtres humains, celle des émotions. Elle l’aura menée à survivre en milieu hostile, égaré en plein cœur d’une zone de combat. Quand il habitait le Cap, en Afrique du Sud, il gagnait sa croûte en effectuant de menus travaux pour les parcs et jardins de son patelin, avant de devenir gardien de nuit aux toilettes publiques de Greenmarket Square. Il était alors confié à l’Institut Huis Norenius pour les hommes que l’on disait de « sa nature ».

 

Accompagné de sa mère mourante, qu’il transportera durant des km à bout de bras dans une charrette capitonnée de coussins et de couvertures, il effectuera une remontée vers le nord du pays jusqu’à sa ville natale, Prince Albert, dans le désert du Karoo. Il devra s’arrêter en chemin pour réchauffer ses mains engourdies. Une longue marche au terme de laquelle sa mère rendra l’âme – je ne dévoile rien, c’est écrit dans la quatrième de couverture. Son seul désir n’avait été de fuir la ville et la cruauté des hommes. Sa démarche fut celle d’une femme résignée à mourir auprès de ses souvenirs, emmêlée aux odeurs de la terre qui l’a vue naître. Si je vous dis que personne en chemin ne s’arrêta pour leur offrir de l’aide, serez-vous vraiment étonnés? Pas moi. Les gens meurent au coin des rues sans qu’aucune âme n’ose même porter le regard vers eux. Où est passée l’entraide? S’il fallait seulement que l’homme soit assez digne pour accepter de se mettre au même niveau que son prochain pour lui tendre la main, que serait le monde devenu…

 

Chemin faisant, il se fera prisonnier dans un camp de travail de Jakkalsdrif d’ il finira par s’échapper. Il aura mangé quelques jours de bouillie froide jusqu’à se demander, fort de son intelligence émotive, s’il ne serait pas là pour apprendre la vie. Il ne pouvait juste pas croire en la lâcheté des hommes. Durant des jours et des jours, il dormira sur un carton dans une ruelle, sous les ponts, au bord de la route, dans un fossé, une grotte, sous les étoiles. S’abreuvera de rosée et mangera des lézards grillés, des sauterelles et des larves de fourmis. C’est ainsi que Michael, mon héros, errera sur la route, affamé et pris de vertiges. Son corps tel un cadavre d’os saillants et de plaies ulcéreuses.

 

Il m’est constamment arrivé, durant ma lecture, d’être ramenée à La route de Cormac McCarthy. Dans un contexte politique et géographique complètement différent, évidemment, mais pour la part de survivance auxquels nos courageux personnages sont confrontés. Dans un cas comme dans l’autre, l’humanité a disparu. Michael vous dirait que l’apocalypse est aussi ce monde dépourvu d’humanité et de sensibilité dans lequel il aura tenté par tous les moyens de survivre. Mais rien n’arrêtera un être humain dans sa quête, aussi solitaire soit-il. Il en faut du courage. À mes yeux, c’est ça être un Homme.

 

Première rencontre avec cet auteur sud-africain. Un jour, je relirai ce roman…

 

« Quel dommage que pour vivre en des temps comme ceux-ci, un homme doive être prêt à vivre comme une bête. Un homme qui veut vivre ne peut pas vivre dans une maison où il y a de la lumière aux fenêtres. Il doit vivre dans un trou et se cacher pendant le jour. Pour vivre, il faut qu’il ne laisse aucune trace de sa vie. Voilà où nous en sommes arrivés. »

 

Pour lire le billet de Eeguab c'est ICI

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