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15 avril 2021 4 15 /04 /avril /2021 19:53

Thème d’avril : le voyage

 

 

 

« Prenez donc l’une de mes montres : je vous en fais cadeau, dit-il. Si vous ne parvenez pas à remonter le temps, avec cette montre, au moins, vous n’arriverez plus jamais en retard » - L’horloger

J’ai passé la journée avec une petite souris toute mignonne. Mille projets en tête et les moustaches frétillantes dans un assourdissant débit de voix, elle m’entretenait à propos d’un soi-disant festival annuel du fromage, en Suisse. Brie, pecorino, emmental, camembert, cheddar vieillit et plus encore, elle m’en donnait l’eau à la bouche!

Parenthèse littéraire, pour la petite histoire du jour. Quelques heures auparavant, j’étais passée saluer une adorable grenoUille dans sa mare, elle se prélassait les cuisses au soleil de midi quand je plongeai la rejoindre sous son nénuphar parasol, lunette de soleil et crème solaire afin d’éviter de griller prématurément ses délicieuses cuisses. Chemin faisant, c’est alors que je vis, dans une grande étendue de plaine sauvage – deux décors diamétralement opposés me direz-vous – mais rien de plus beau que les contraires, bref je vis au loin un Bison brouter gaiement. Si ces bovidés sont pourvus de majeurs, je crois même l’avoir aperçu en titiller les extrémités de plaisir, tant les herbes folles lui sont pure source d’excitation. C’est alors que j’arrivai chez ma précieuse amie Nadège, après avoir traversé mare et plaine, pour lui raconter mon histoire de souris aux longues moustaches.      

Donc c’est sous les douze coups de minuit, un calendrier au mur, observant la date joyeuse arriver à grands pas, que notre rongeur allait enfin se rendre à la fête mondiale du fromage. Mais comble de malheur, elle s’y rendit avec un jour de retard! Que faire… débitée, elle tenta par tous les moyens de remonter le temps, pour n’arriver qu’à de piètres résultats, reculer l’heure, ce qui n’y changeait rien, au final. Après plusieurs tentatives ratées et à bout de souffle, elle se rendit chez un horloger pour lui demander : « c’est quoi le temps ? ». Il va s’en dire que c’est le métier de l’horloger. Dans son atelier, plusieurs trésors, horloges murales, montres, sabliers, elle y passa de précieux moments, il lui parla d’histoire, du Moyen-Âge, des trajectoires du Soleil et de la Lune, des premiers calendriers, des astronomes grecs et égyptiens qui avaient divisés les jours en heures et les heures et minutes. Puis vint Einstein, le célèbre physicien et sa théorie sur la relativité.    

Elle se rendit ainsi à l’Office des Brevets de Berne et découvrit la photographie d’un homme avec les cheveux en bataille et une moustache, qui y aurait apparemment travaillé de 1902 à 1909. Durant des jours et des jours, notre petite souris y étudia ses théories sur l’espace et le temps, l’attraction des planètes et la vitesse de la lumière, beaucoup d’hypothèses et de formules. Ce fut alors le temps de construire une machine à remonter les décennies. Enfin prête pour le grand voyage, le moteur démarra, l’appareil vibra, et la machine disparut avec son pilote à moustache dans un grand éclair! Retour en 1905…

Magnifique album jeunesse aux sublimes illustrations de Kuhlmann. L’occasion d’en apprendre davantage sur le grand Prix Nobel en même temps que d’atterrir sur un pan de l’histoire, son époque, ses modes de vie, ses codes vestimentaires. Les liens qui se tissent entre la souris et l’horloger, puis Einstein, sont attendrissants. Les dialogues sont chaleureux, empreints d’empathie et d’écoute. Une vraie douceur pour bercer les rêves. Entre mare et plaine, il y a eu une douce escale dans le temps. Ai-je eu envie d’y rester?

 

« Parfois on le tue,

quand on le trouve long.

On peut en voler,

comme on peut en perdre,

et rarement en gagner.

Après qui court-on? »

 

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Merci ma précieuse NADÈGE pour ce partage de Chroniques transat lantiques <3

Ton magnifique billet ICI

 

 

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PARTICIPATION 

Bonheur, bonheur!!! 

 

BISON (clicker)

 

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Venez à bord de notre Transat le 15 de chaque mois, vous êtes les bienvenus!

Prochain thème (15 mai) :  Contes ou légendes

 Comme ce serait bon de vous y voir!

 

 

 

21 mars 2021 7 21 /03 /mars /2021 13:58

Lieu : Cuba

Lever du soleil : 6h44Coucher du soleil : 18h34

Décalage horaire : aucun

Météo : 28 degré C

Latitude : 23.1165 | Longitude : -82.3882 

Musique : Candela de Eliades Ochoa

Un Verre au Comptoir : Ron Cubay

 

 

 

 

 

« La Havane était une putain maquillée empoisonnant les passants, les voyageurs contaminés par sa beauté de bulle mourante qui, dans une seconde, se désintégrera pour ajouter son air à l’air. »

Je débarque sur l'île, poussière de Havane. Un cigare, un rhum, une pute. C'est mon univers, ma prison, ma musique. Dans la rue aux couleurs bariolées, les palaces sont abandonnés, des saxophones jouent des mélopées libres comme le vent d'Est, l'air est chaud et humide. Je m'appelle Pedro et je suis accroc. Addict comme on dit maintenant. Je suis vieux, j'ai survécu à l'île, je me suis repenti mais en 1969, une putain d'année, j'avais quinze ans, et je découvrais l'amour avec Dinorah, une vieille pute quarante ans bien tassée, chaude et humide. Mais son sourire et son expérience firent mon bonheur, surtout celui de ma queue lorsqu'elle s'aventurait dans sa bouche. Sa langue tournait autour de mon gland, moi le vendeur ambulant de glaces, et j'avais beau me retenir pendant des heures, au final, je giclais toujours autour de ses lèvres. J'avais le sexe en feu, tant elle en redemandait. Et entre deux pipes, je laisse le cigare au repos, et j'ouvre la bouteille de rhum. Une giclée dans le gosier, une autre entre ses seins, je lèche cette douceur ambrée. OH!, enlève ton doigt de mon cul, je ne suis pas de ce genre-là. Le soleil se couche au-delà de la mer, les étoiles se réveillent, elles sont mon guide, elles sont là pour me rappeler que de l'autre côté de l'océan, il y a l'Amérique. Ils rêvent tous de mythes, mais les légendes sont rares à Cuba, et la tristesse m'emplit chaque nuit lorsque je fixe la lune bleue au plus profond de son âme. J'ai honte de ce que je suis, alors à la lumière d'une bougie de contrebande, je sors ces vieux livres interdits Truman Capote, Faulkner, Erskine Caldwell, Jean-Paul Sartre, Marguerite Duras, Nietzsche, Wright Mills, Sherwood Anderson, Carson McCullers, Hermann Hesse, Dos Passos, Hemingway... Et je rentre dans ma bulle, mon île, mon rhum. On ne quitte pas comme ça la poussière de sa vie.  

Viva la república española de Cuba! Cette île aux eaux turquoise que l’on quitte toujours avec regrets, avec autant de douleur que la poussière d’une vie. Siempre, toujours... Cuba laisse en chacun de nous une empreinte que même les ouragans les plus mortels n’arriveront jamais à emporter. Le manque s’insinue au fond de nos tripes, ce soleil qui brûle la peau, le vent des îles, sous un palmier. Viens te fondre à ma peau fiévreuse, salsa corps à corps, danse lascive, érotique. Et puis, ferme les yeux, écoute le silence et la mélodie marine des vagues qui s’échouent sur le sable fin et chaud, le sel marin, saveur iodée qui chatouille tes lèvres de mille feux brûlants. Je suis à toi, mi isla, mon « il », des heures à nager dans tes eaux bleu turquoise, en compagnie de Pedro et Rafaël.

Je suis d’ailleurs, hasard ou coïncidence, attablée avec Pedro dans une rhumerie du village. 1969, une année digne de ce nom. Dinorah flotte au son de la musique, paix à ton âme! Guidée par la lune et les étoiles, blue moon, étoile du Sud. Cette bourgade est pleine à craquer d’âmes esseulées. Ça pue le mauvais rhum qui te brûle la gorge, une odeur de vomi d’ivrogne, un nuage d’alcool et de tabac, de sexe passé date. Viva la libertad! Rhapsody in blue de Gershwin est sur la plaque tournante, piano et orchestre, fiesta. Cha-cha-cha, son y triple mango! Rafael Moya est ce gars à l’implacable instinct de survie, il nous rejoint, Pedro et moi, d’ailleurs il est là, pas très loin, dans un nuage de cigare cubain. Cohiba por favor! Sa nouvelle demeure : la prison, pavillon des idéalistes. Né à Trinidad, prisonnier politique cubain, il a dix-sept ans. Dix ans de prison pour atteinte « aux biens de l’État et conduite immorale ». Desgraciado!!! Les histoires ne sont jamais très nettes entre les vices, les viols dans les petits recoins obscurs, les bourreaux de trois cent livres qui te reluquent l’entrejambe, une terreur derrière les barreaux. Mais il faudra lui passer sur le corps à Rafaël, il en a vu d’autres. Mierde, sírveme un ron por favor! Tengo sed. La poussière d’une vie…

« … mais voilà, je n’ai fait que pleurer, pleurer pour la deuxième fois, en désirant que mes larmes soient suffisamment abondantes pour entraîner dans leur torrent l’ordure de l’invisible cachot et la charrier très loin, à travers ce sale trou, de l’autre côté du monde. »

Je ramasse un balai abandonné et balaie ainsi devant le rideau de ma vie la poussière amassée par une nuit sauvage de stupre. La trique au réveil, les lèvres sèches, donne-moi ton rhum lui dis-je, donne-moi ton foutre me dit-elle, le soleil déjà levé et la sueur qui dégouline, déjà, encore, de ses cuisses, de mes aisselles, une odeur de débauche. Je lèche l'ambre de cette vie à Cuba, terre d'accueil, île de prisonniers. Des putains et du rhum, je m'allonge sur cette plage isolée, le regard sur la myriade d'étoiles qui entourent la lune, des putains et du rhum. Pendant des heures, des jours, je garde ce silence en moi, pour moi, le regard triste porté vers la lune, les verres de rhum s'enchaînent, les éjaculations se déchaînent, un saxo furieux crie sa rage en mélopée, Cuba, île de toutes les luxures, Cuba, île de tous les rêves, Cuba, île de tous les désenchantements. Cuba, pulsion de ton cul, ô abandonne-toi dans mes sauvages pensées, prend une guitare, joue la salsa corps à corps ou rhumba cœurs enrhumés, la sauce épicée de la vie, le rhum de l'envie. Cuba, fièvre allure, les yeux clos, la mélodie iodée des vagues s'échouent sur la plage comme autant de radeaux abandonnés, tristes sorts d'une échappatoire impossible. Un cigare, odeur de fumée, le tabac roulé entre les cuisses d'une cubaine, ce doux parfum de fumet respire entre ses cuisses, sent ce bonheur mouillé, les rêves pornographiques, à peine léchés par le flux et le reflux de la marée, le va et vient de moi en toi.

C’est dans ces odeurs de cigares, de promiscuité et de cubaines aux senteurs des îles que le maquilleur d’étoiles - Chichi - entre en scène. Hasard d’une rencontre dans un port de pêche havanais, ça sent le barracuda et autres poissons aussi puants qu’incommestibles pour le commun des mortels. Les gens prennent un coup, le soleil frappe de plein fouet. C’est ainsi que se croisent Chichi, Pedro et Rafaël, trois âmes écorchées. Les deux derniers mendient un refuge, ils sont poursuivis par la police cubaine et là-bas, ça n’rigole pas, si tu ne veux pas finir à Guantanamo, te quedas callado…! C’est alors qu’ils se retrouvent chez Chichi - quinquagénaire distingué - dans un hôtel particulier, bordel bas de gamme pour gens en mal de vivre. On y trouve là un harem de femmes artistes, car Chichi, notre maquilleur d’étoiles, peinturlure les visages des chanteuses, danseuses et divas à froufrous et faux diamants pré-révolution, en autant que ça brille sur les planches des cabarets et music-halls, poudre, fard, rouge à lèvre, nuances de bleus aux paupières, rallonge de cils et faux semblants, il les rend sublimes, quoi qu’elles le sont déjà. Pedro est aux anges dans ce décor, Rafaël préfère la caresse des hommes sur sa peau, jeune prostitué homosexuel. Chichi le prend en charge, il ne sera pas au bout de ses peines, il connaîtra l’amour des sens, s’en abreuvera, s’y saoulera, moyennant un impressionnant pactole de pesos cubains. Viva la vida!

La nuit havanaise se poursuit jusqu’au petit matin. Los Latinos, Beatriz Marquez, Compay Segundo, Ibrahim Ferrer, Benny Moré, Raul Paz, Manuel Licea... Dans le silence du ciel étoilé, je prends part à la fête, Candela de Eliades Ochoa sur la platine. Cette voix et ces notes qui m’emportent vers le large. Je voudrais y rester… Sous la lueur bleue de la lune, la dernière goutte d'un rhum, le dernier souffle d'un saxo, j'entends encore la contrebasse de Charlie Haden résonner en moi, El Quinto Regimento / Los Cuatro Generales / Viva La Quince Brigada, des airs révolutionnaires, Liberation Music Orchestra. Cette chaleur et ces notes qui m'emportent vers la nuit. Je voudrais y aller...   

 

« Il y a une frontière invisible qui prostitue chaque souvenir, chaque sens, chaque visage connu nous devenant, de manière inattendue, étranger… »

 

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Nos lectures :

 

« Le nid du serpent » CLICKER - Pedro Juan Gutierrez

et

« Le maquilleur d’étoiles » - Joel Cano

 

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« Candela de Eliades Ochoa »

(CLICKER POUR ENTENDRE)

 

 

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Merci BISON d’avoir trainé tes sabots avec moi dans la poussière havanaise. Et merci de m’avoir fait découvrir ce Maquilleur d’étoiles. Un personnage unique que je n'oublierai jamais...

 

Les Escales

Un trip littéraire composé à 4 majeurs

               

Prochaine escale : Italie

15 mars 2021 1 15 /03 /mars /2021 14:28

 Thème de mars : la MAISON

 

 

 

 

S’il est un refuge où il fut bon de grandir, pour le petit Dany, c’est bien dans cette maison de bord de mer, à Petit-Goâve, auprès de sa grand-mère Da. Lorsque son père - alors maire de Port-au-Prince et sous-secrétaire d’État au Commerce et à l’Industrie - craignant les représailles, prit le chemin de l’exil avec sa femme, les parents confièrent leur fils de quatre ans à grand-mère Da.

Au quatre-vingt-huit rue de Lamarre, ce havre d’amour se tenait fièrement, entouré de sa  galerie, sur laquelle reposait une grande balance à café. Assise sur sa vieille dodine, une chaise de Jacmel dont elle ne se séparait que pour dormir, Da passait des heures à discuter avec son petit-fils Dany, Vieux Os, comme elle le surnommait affectueusement.

Dans ce petit récit écrit sous forme de prose, il évoque avec passion les souvenirs de son enfance auprès d’elle, cette grand-mère à laquelle il est profondément attaché. Il se souvient, nostalgique, de la relation qui les unit, douce et complice, de celle qui se vit au-delà de la vie. Deux âmes issues d’un même élan : l’amour. Un amour infini pour la vie. Et des racines inoubliables, inébranlables. 

Son quotidien sera semé de petits bonheurs simples. Ces colonnes de fourmis qu’il observe durant des heures, sans se lasser, Da qui arrose la galerie, Vava qui passe, avec sa robe jaune, aussi jaune que le soleil. Jolie Vava pour laquelle il s’éprend toujours d’amour, dont les cinquante années depuis l’enfance n’ont rien altéré à la force des battements de son cœur si ce n’est la force encore plus grande que l’on peut éprouver avec l’âge et la maturité des sentiments.

Il a capté dans les moindres détails des images, des couleurs, des goûts, des odeurs, comme le bon café de Da, celui des Palmes, son préféré, des personnages aussi, s'infiltrant ici et là, dans l’éventualité de l’instant. Et notre voyage n'en est que plus beau, éveillant en nous la finesse des sens, y laissant une empreinte. Au fil des pages, le temps s'est figé dans les souvenirs d'émotions douces. Ils émergent du passé et bouleversent l’âme du lecteur, ils me chavirent...

J’ai eu la chance inouïe d’avoir dans ma vie une grand-maman Da, Thérèse, à qui je dois ce que je suis aujourd’hui. Avant qu’elle ne parte, elle m’a offert ce livre en me disant : « gardes-le toujours près de toi, il y a beaucoup de nous dans ces mots ». L’une des dernières fois où j’ai croisé Dany, il m’a dédicacé ce livre, en mémoire de nos grands-mères, Da et Thérèse. Ce geste, allié aux mots de ma grand-mère, venait de sceller l’acte d’un amour éternel. Je t’aime grand-maman xx

 

 

 

« J’ai écrit ce livre pour une seule raison : revoir Da. Quand « L’Odeur du café » est paru en automne 1991, Da était encore vivante, et elle l’a lu.

-Vieux Os!... Quel beau cadeau tu m’as fait!

-Je te l’avais promis

Je me souviens de son doux sourire… Elle est morte un samedi matin. Et depuis, elle me manque. »

 

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"J'ai écrit ce livre pour toutes sortes de raisons. Pour faire l'éloge de ce café que Da aime tant et pour parler de Da que j'aime tant. Pour ne jamais oublier cette libellule couverte de fourmis.

Ni l'odeur de la terre.

Ni les pluies de Jacmel.

Ni la mer derrière les cocotiers.

Ni le vent du soir.

Ni Vava, ce brûlant premier amour.

Ni le terrible soleil de midi.

Ni Auguste, Frantz, Rico, mes amis d'enfance.

Ni Didi, ma cousine, ni Zina, ni Sylphise, la jeune morte, ni même ce bon vieux Marquis.

Mais j'ai écrit ce livre surtout pour cette seule scène qui m'a poursuivi si longtemps: un petit garçon assis aux pieds de sa grand-mère sur la galerie ensoleillée d'une petite ville de province.

Bonne nuit, Da!" 

 

 

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Merci ma précieuse Nadège pour ce partage de Chroniques transat lantiques <3

Ton magnifique billet ICI

Puis tes « mots magie » sur cette Odeur de Café ICI

 

 

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PARTICIPATION 

Bonheur, bonheur!!! 

 

ANTHONY

BISON

 

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Venez à bord de notre Transat, vous êtes les bienvenus!

 

Prochain thème (15 avril) :  le VOYAGE

 

Joignez-vous à nous le 15 de chaque mois

Comme ce serait bon de vous y voir!

 

 

 

15 février 2021 1 15 /02 /février /2021 20:29

Thème de février : les SOUVENIRS D'ENFANCE

 

 

 

« Mon esprit est un jardin désordonné. Une friche remplie de coton, de glace, de ronces et de fraises sauvages. »

Ici ça va. Les murs ont un peu jauni, mais ils portent mes souvenirs d’enfance. J’avais 7-8 ans quand ils me sont revenus. Mon passé s’est envolé en même temps que mon père. Pépite fragile de mes tous premiers instants. En revenant vers la maison de mon enfance, je tente de rafistoler les pièces, unes à unes. Pour mieux appréhender l’avenir, sans doute. Trente ans se sont écoulés. Trente ans de vie…

J’ai besoin d’imaginer mes parents dans ce lieu, leur souffle, leur amour, leurs élans. Sur la route  des vacances, j’entends Brassens, fracas d’écho dans ma tête. La Mauvaise Réputation que nous écoutions avec mon frère et ma mère, sur la route des vacances.         

Mais avant, il y a eu ce grand vide. Les souvenirs ont mis du temps à émerger, à me manquer, même. Trop de douleur dans cette maison, j’ai occulté un pan de ma vie. Quand ma mère l’a vendue, elle a tout brûlé, jeté, donné, laissé à l’abandon dans un recoin d’espace abandonné.  Ensuite, peu à peu, des images me sont revenues à travers les petits gestes du quotidien. Les odeurs et le goût, ceux du soleil sur la peau et du fruit que l’on cueille et croque à pleines dents. Le toucher, les mains dans la terre humide, le regard altéré sur les choses, les arbres qui ont poussé, qui me semblent démesurément grands. Les gestes, celui de pêcher, avant tout, de mordre l’hameçon sur le ver, d’attendre impatiemment le premier coup au bout de la ligne, la prise, le poisson qui surgit de l’eau, agité, impuissant. Les bruits, un bourdonnement d’abeilles, une musique, le chant de l’eau.

Dans une vieille malle à l’abandon, ma vie bascule, sous le choc des émotions. Une envie de pleurer à la vue de ces objets. Un couteau, des outils, des livres Le Vieil Homme et la mer, Vendredi ou les Limbes du Pacifique, une pipe, des vêtements, des chaussures, des médailles, des bibelots, quelques vinyles, de vieilles partitions, j’ai les yeux qui brillent, des éclats de lumière au cœur de mes pupilles. Je recherche mon père, parti trop tôt, dans ces souvenirs.    

Cette démarche m’offre une enfance, donne un sens à l’avenir. À un temps qui a existé. J’ai envie de m’épanouir, que tout soit possible, d’avoir des enfants, un grand potager, d’éprouver de la joie, d’avoir des projets. Ici ça va. Je renais peu à peu…. 

« Je n’ai pas envie de fouiller dans ma mémoire. De fourrer mes mains dans la plaie. Juste débroussailler. Retrouver un mur. Un visage. »

 

 

 

 

Merci ma précieuse Nadège pour ce partage de Chroniques

transat lantiques <3

 

Et un IMMENSE merci de m'avoir fait découvrir ce magnifique roman. Ton si beau billet ICI 

 

Et ceux-ci:

JUSTE APRÈS LA PLUIE

LA PART DES NUAGES 

 

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PARTICIPATION 

Bonheur, bonheur!!! 

 

anthO

manU 

 

Venez à bord de notre Transat, vous êtes les bienvenus!

 

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Un immense merci aussi au Bison pour "La part des nuages" 

et

"Le camp des autres" (Ckicker pour lire le billet) 

 

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Prochain thème (15 mars) :  la MAISON

 

Venez vous joindre à nous le 15 mars sous le thème "la maison"!

Comme ce serait bon de vous y voir!

 

 

15 janvier 2021 5 15 /01 /janvier /2021 16:06

Thème de janvier : la NEIGE

 

 

 

 

C’est la nuit de Noel. De ces nuits inhabituelles qui me portent à rêver, que je songe à m’inventer, dans lesquelles je voudrais tant me voir transporter. Une nuit plus magique encore que celle des sapins enguirlandés qui clignotent, une nuit de Noel avec des étoiles dans les yeux et le cœur, une nuit intemporelle.

C’est la nuit de Noel et des destins se croisent, se frôlent, entre Terre et ciel, entre deux hommes et une hirondelle. Freddy, livreur de gelati, un homme solitaire et un peu sauvage qui ne demande pas mieux que de rouler des kms et des kms sur les routes du monde à bord de son petit camion jaune. Un enfant Africain au grand cœur vivant dans un village sur les rives du fleuve Congo. Et Gloria, une hirondelle égarée, en marge mais surtout libre, s’entêtant à voler vers le Nord et le froid de l’hiver, se refusant à suivre l’instinct des migrateurs dans leur sillage vers l’Afrique. C’est la nuit de Noel et une tempête de neige s’annonce. Mais « Quelqu’un m’attend derrière la neige », d’aussi loin qu’il se trouve…

Ce conte d’une incroyable beauté nous rappelle que derrière les gens ordinaires se trouvent des âmes extraordinaires. Des êtres qui ont voulu être différents des autres et qui ont le mérite d’avoir posé des gestes d’une grande humanité. Des êtres qui vivent de liberté et de courage. À l’image de nos trois êtres solitaires mais libres, filant dans la même direction, à contre-courant de leurs semblables, portés par la force de leur propre instinct.

Un conte qui rend hommage à la force des souvenirs, à la conscience qui s’éveille sur la souffrance des autres et au cœur qui s’ouvre comme on tend la main, à la solitude et à la solidarité, aux rencontres inattendues que l’on nomme le destin, au défi de la migration et au courage de ceux qui l’affrontent, à l’instinct de survie, l’énergie de la lutte, et à toutes ces vies qui ont été sauvées… Quelqu’un se cache derrière la neige…. un conte qui rend hommage à ceux qui nous ont sauvé la vie, à leur façon.  

Quelqu’un m’attend derrière la neige. Parce que la neige est un refuge sans fin… <3

 

 

 

Merci ma précieuse Nadège pour ce partage de Chroniques transat lantiques <3

 

Quel bonheur! 

 

Vous êtes invités (ées) à vous joindre à nos chroniques le 15 de chaque mois, sous le thème proposé.

 

Prochain thème (15 février) : SOUVENIRS D'ENFANCE 

 

Mille mercis mon sweet manU de m'avoir offert ce magnifique bijou de livre <3

 

Voir le billet d’anthO chez manU

4 décembre 2020 5 04 /12 /décembre /2020 04:03

Lieu : Irlande

Lever du soleil : 8h22 | Coucher du soleil : 16h08

Décalage horaire : +5 heures

Météo : 1 degré C, pluie

Latitude : 53°19′59″ Nord | Longitude : 6°14′56″ Ouest

Musique : Luke Kelly - Raglan Road

Un Verre au Comptoir : Guinness tablette please

 

 

 

La nuit dernière j'ai fait un rêve. Je me suis retrouvé confiné dans un pub irlandais. Seul. J'aime bien me retrouver seul. Les portes restent closes, verrouillées de l'extérieur. Une lucarne, grise et sale, laisse rentrer quelques ondes lunaires. Les jours passent, les lunes défilent, des jours, des mois, des années. Personne à l'intérieur, à part Madame Tabouret, Monsieur Comptoir, Madame Miroir et Mesdemoiselles Pompes à bières que j'ai prénommé Miss Guinness, Miss Beamish et Miss O'Hara… J'aime bien monter Madame Tabouret. J'aime moins causer avec Madame Miroir, elle me renvoie un reflet peu flatteur. Je caresse souvent du regard Miss Beamish, discute avec Miss O'Hara, trempe mes lèvres dans Miss Guinness. De temps en temps, un vieux monsieur, grand méchant Liam ou Nick - j'ai déjà oublié son nom, me ramène des oeufs au bacon. La plupart du temps, j'ouvre la porte de Monsieur frigo pour prendre une bière ou deux, et je me rassois sur Madame Tabouret. Je finis ma journée en regardant Madame Vieille Télé, y'a toujours des rediffusions de matchs de foot ou des épisodes de Dora. Chipeur, arrête de chiper. Dora me fait voyager, exploratrice de l'autre monde ; alors je me lève pour aller gerber dans les toilettes. Mon expédition de la journée, des fois en courant, des fois en rampant. Je retourne face à Madame Miroir, pauvre type. Confiné dans un pub irlandais. Aurai-je la force d'en sortir, de m'échapper de cet univers qui dure depuis des lunes et des années...

Des années plus tard, toujours les lèvres suspendues à ma Guinness dans ce pub irlandais où j’ai élu domicile de mes beuveries solitaires, je croise son regard… la vingtaine avancée, pétillante, en voyage explorateur dans les contrées irlandaises : Miss Dora. Grande âme charitable, elle se prend d’affection - ou de pitié - pour l’homme que je suis, plongé dans de vieux souvenirs, le regard vitreux. Elle m’écoute…

Face au front de mer, le vent de l’Irlande s’était levé ce jour-là, en même temps que le bruit retentissant de la claque reçu de mon père en pleine figure. POW! Je crois que même le son des vagues sur le ressac s’est figé dans l’élan de sa main. J’étais encore tout petit, sans mots devant le geste brutal, me retenant de pleurer. Cette gifle est l’une de mes bouffées d’enfance les plus douloureuses. Pas tant pour le corps, mais pour le cœur et l’âme. Toute mon enfance, j’ai été cet enfant « spécial », « différent », élevé entre une mère allemande, orpheline de la Grande Guerre et un père irlandais, ingénieur et aussi orphelin de cette même guerre. Un drapeau irlandais flottait devant la maison et mon père portait chaque jour avec fierté l’insigne du pays, ce fameux petit « e » pour « Eire ». Par-dessus tout, je me faisais sans cesse pointer du doigt, traiter de nazis, par le sang de ma mère et le feu de ses entrailles. Paix à son âme… Mama…   

Sieg Heil! Achtung! Schnell, schnell! Donner und Blitzen !!!

« Ma mère veut que nous, on ne se laisse jamais pigeonner par des belles paroles. Elle veut qu’on n’ait jamais de trucs à regretter, parce qu’en Allemagne chacun a des choses dans sa tête qu’il garde pour lui. Chacun a des trucs qu’il voudrait bien qu’ils ne soient jamais arrivés. »

Comment s’étonner que j’aie eu envie de noyer mon désespoir dans ce bar douteux de l’Irlande profonde, avec Miss Dora, témoin de mon passé… L’Irlande est une terre douloureuse, la lande et la tourbe si chères à l’âme assoiffée pourtant si belles. Le contraste des sentiments ne se discute pas, il laisse sans voix. Comme l’amour et sa voie, la vie se construit dans le silence d’une harmonie, celle entre un homme et sa pinte de bière, celle entre une femme et son porte-jarretelle. J’entends la pluie déverser son humeur maussade sur la petite lucarne grise de mon spleen. Elle devient de plus en plus fracassante. Je bois les heures de ma vie, écoulement futile, confinement utile pour ne pas approcher les semblables, ceux qui partagent un monde que je ne comprends plus. Une Terre qui se nourrit de violence alors que la sécheresse se ressent jusque dans les tréfonds des tonneaux du bonheur. La violence assassine, la rédemption se noie. Dans un verre, dans un fût. Les vagues s’échouent contre la falaise écornée de l’enfance. Le sang devient impur, comme des fleurs de houblon importées d’une lande étrangère. L’enfance, pourtant, est ce doux parfum d’insouciance et de Guinness Cake sorti du four, me fredonne Monsieur Vieux Juke-box Déglingué. 

Je crois que mon père n’a jamais réalisé que de telles blessures issues de la tendre enfance pouvaient à ce point m’écorcher l’âme. Je n’ai d’autres choix que de me dire – une manière de survivre - qu’il n’avait pas entièrement conscience de toute cette violence, de mots et de gestes, à défaut de quoi j’aurais grandi avec la certitude de n’avoir été qu’un enfant qui ne méritait rien de mieux que le mépris et la haine. Oui… la rédemption se noie dans un grand verre… de résilience. Dans les empreintes du temps qui me séparent de lui. Aussi dans les pages de ce livre qui me servent d’exutoire. Toute ma vie j’ai été cet homme « coupable ». Coupable d’avoir été différent, déraciné, étranger, exclus. Si bien qu’aujourd’hui, je trimballe ma solitude et mes regrets dans ce bar douteux avec mon vieux tricot d’Aran et un shamrock défraîchi à ma boutonnière, vestige de la saint-Patrick d’il y a trois mois. On a tous nos lubies… God damn, quelle fierté de pouvoir enfin m’exprimer en anglais! Du creux de sa tombe, mon père a dû se retourner cent fois en maudissant les British. Je l’entends d’aussi loin qu’il soit : « Ici, on parle irlandais! ». Mais que peut-il me faire aujourd’hui maintenant que j’ai grandi, maintenant que j’ai « choisi ». Il me reste néanmoins quelques larmes de souvenirs, qu’un réconfortant Guinness cake - cáca guinness en irlandais  - arrive à me faire oublier l’instant d’une excitation de papilles gustatives…

« Il y a des choses qu’on hérite aussi de son père, pas juste le front, le sourire ou une jambe qui boite, mais d’autres trucs, comme la tristesse, la faim, les blessures. On peut hériter de souvenirs qu’on préférerait oublier… quand je serai grand, moi aussi je m’enfuirai pour échapper à mon histoire. Moi aussi j’ai des choses que je veux oublier, alors je changerai de nom et je ne reviendrai plus jamais. »

 

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Nos lectures :

 

 « Room » CLICKER - Emma Donoghue

et

« Sang impur » - Hugo Hamilton

 

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 « Raglan Road by Luke Kelly »

(CLICKER POUR ENTENDRE)

 

 

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Merci BISON pour le voyage au pays de la Guinness et pour la découverte de ce bel auteur

 

Les Escales

Un trip littéraire composé à 4 majeurs

               

Prochaine escale : Cuba

11 novembre 2020 3 11 /11 /novembre /2020 15:10

 

 

Qu’ils sont magiques les mots de Mathieu Siam, ils renvoient des échos de bonheur aux pourtours de mon cœur…

Submergée d’émotions et du bout de mon âme, une vive envie de peindre quelques empreintes de vers, au seuil de mes hivers.

Danse de flocons dans les marées du ciel. Une neige tourbillonnante et le murmure du vent. Une empreinte dans le temps.

Des étoiles dans la nuit noire, empreinte du soir…

Un fruit dans l’arbre cueilli. Bisous tout doux sous les feuilles. Empreintes d’amour.  

Douce musique et le rire des enfants. Marelle, galet et cloche-pied. Empreintes de petits secrets chuchotés.     

 

« J’empreinte une lune rousse avec de la mousse

Et un cauchemar avec du buvard... »

 

Dessinateur, peintre et conteur, Mathieu Siam se fait plus que jamais enchanteur.

De Galet en Arc-en-ciel, en nos cœurs et nos âmes, ses Empreintes demeurent.

En quelques mots, quelques traces, petits instants de vie, son esprit comme sa poésie nous envahit.

Tendresse, douceur et beauté derrière lesquelles savant dosage entre légèreté et gravité.

L’air, la terre, l’eau et le feu, de Mathieu Siam sont le terrain de jeux.

Peintres des quatre éléments, son précieux talent jamais ne se dément.

En cette sombre période, un point lumineux dans le noir, un petit bijou comme une lueur d’espoir…

 

« J’empreinte un rayon de lumière

Des éclats de mer

Une nuit d’hiver... »

 

 

 

 

Merci MON SWEET manU d'avoir partagé ce BlaBla avec moi et Merci à Mathieu Siam de laisser d'aussi magnifiques empreintes dans nos coeurs. Ses mots sont d'une beauté et poésie incroyables... <3

 

 

 

20 juillet 2020 1 20 /07 /juillet /2020 00:52

Lieu : Corée du Sud

Lever du soleil : 5:24 | Coucher du soleil : 19:52

Décalage horaire : -13 heures

Météo : +-26° Celcius, orages

Latitude : 37.532600 | Longitude : 127.024612

Musique : Yiruma & Henry

Un Verre au Comptoir : une bouteille de soju

 

 

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« J’ignore pourquoi cette femme pleure. Ni pourquoi elle dévore mon visage du regard. Ni même pourquoi elle caresse mon poignet bandé de sa main tremblante. Mon poignet ne me fait pas mal. C’est mon cœur qui souffre. Quelque chose est bloquée au niveau de mon épigastre. Je ne sais pas ce que c’est. C’est toujours là. J’ai beau pousser un long soupir, ça ne me libère pas la poitrine. »

La nuit dernière j’ai fait un rêve. En pleine nuit, immobile et somnolente, j’ai ouvert le frigo et j’ai balancé aux poubelles toute trace de viande. Quelle pourriture ! L’homme qui partage ma vie tente de me convaincre - à moins qu’il ne tente de se convaincre lui-même - que le rêve que j’ai fait n’est qu’illusion… Qu’on me foute la paix avec ces diagnostics de schizophrénie, d’anorexie, de je ne sais quoi encore ! Ma nouvelle vie ce sont les algues, les feuilles de batavia, les pâtes de sojas, le kimch’i, les vermicelles aux légumes… je ne mange plus que des végétaux… Ma mère s’en est mêlée, quand j’étais hospitalisée, elle a tenté de me faire ingurgiter un liquide noir plutôt infect, mais il ne faut pas me prendre pour une folle, ce n’était rien de moins qu'un mélange dégoûtant fabriqué à partir d’une chèvre noire. La pauvre… j’entends la chèvre, non pas ma mère ! Enfin… je suis lasse de ma relation. Il n’y a jamais vraiment eu de passion entre mon mari et moi. Rien de festif, encore moins d’affectif. Depuis mon hospitalisation en psychiatrie, il me trouve même bizarre, mystérieuse, effrayante… Je m’en souviens comme si c’était hier, c’était un dimanche, un long dimanche sans fin. De ces jours hors du temps qui n’en finissent pas.

Un autre homme m’a fait renaître. Il a deviné et imaginé sur mon corps la naissance d’un arbre. De fleurs de toutes les couleurs. Et j’ai repris vie… mais pour combien de temps ?  

A la belle saison, des pétales de fleurs apparaissent. D'un blanc pur. Le vert du végétal se pare d'ombres blanches. Des feuilles d'abord, puis des bourgeons, avant la naissance fugace de ces fleurs, beautés éphémères qui parent son corps lui aussi pâle. Elle est nue, son corps blanc, ses seins à peine rose, sa toison noir s'ouvre comme une fleur. Je la regarde, hypnotisé par cette blancheur. D'un blanc silencieux, comme la neige qui tombe des étoiles, vole dans le ciel. D'un blanc pur, comme un amour intense, l'amour évident qui vrille l'âme, celui qui se passe de mots et se compose de regards et de silence. Elle se tourne vers l'évier, regarde les bols blancs qui traînent, quelques grains de riz blanc au fond. Je vois son ombre se déplacer lentement, comme un fantôme nu cherchant à s'éveiller vers cet autre monde, cette lumière blanche qui l'attire.

A la belle saison, le sol se recouvre de cette blancheur immaculée, celle des cristaux de neige qui floconnent dans la bise et le brouillard. Mon regard se porte au-delà de la fenêtre, la lune illumine le brouillard qui illumine la neige. Le réverbère, de sa lumière faiblarde, n'est là que pour allonger certaines ombres. D'ombres et de lumière, du noir au blanc, je me tourne vers la blancheur de ses fesses, l'ombre au creux de ses reins où j'imagine une goutte de bière blanche onduler entre ces rondeurs. Dehors la neige, tombe encore et encore, dans le silence de la nuit. De lourds flocons blancs en hiver qui contrastent avec la légèreté des pétales blanches des cerisiers qui s'envolent au printemps. Et elle, nue et blanche, pure et belle, qui s'enracine profondément dans mon âme.

Le passage des saisons sur le corps d’une femme, sur son corps à elle… accentue sa beauté. Il le raréfie, marqué par le sillage des jours sur la peau de son âme, puis l’épanouie, libéré de l’enclos du temps où il s’est façonné pour enfin s’offrir, corps floral dans toute sa pureté sauvage.

Au loin, la neige qui floconne le ciel de blancheur immaculée me renvoie à la pureté de son corps. On dirait des flocons de lumière qui s'échappent du ciel. J’en ai les larmes aux yeux. Je la revois dans le silence de mes rêves, allongée et nue, sous mon regard émue par tant de poésie. Autant de délicatesse et de fraîcheur ne peuvent que s'inscrire dans le grand secret des fleurs. Au-dessus de sa fesse gauche, l’objet de ma fascination, sa tâche mongolique. J’en rêve chaque jour, chaque nuit, à chaque souffle, je fantasme jusqu’à en perdre la raison, je suis fou d’elle. Son corps est un vaste univers, une œuvre d’art. J’y ai peint des boutons de fleurs rouges et pourpres qui se sont épanouis sur sa peau, de jolis pistils jaunes, des roses accouplées, des camélias imbriqués les uns dans les autres, pareils au jour où après l’amour, lorsque je me suis retiré d’elle, un liquide vert a jailli de son sexe divin. Tel un arbre naissant, son âme s’est envolée vers des lieux inconnus.

La neige s’étend à perte de vue. Les flocons dansent dans le ciel et je revois les ondulations de son corps végétal. Je désire la revoir, au lieu de quoi je ne répondrai plus qu’au silence de l’instant. Un silence éphémère pour un amour phénomène. Une nuée de lagopèdes à queue blanche poursuivent leur migration, la saison de l'amour. Un silence que perturbe à peine le croassement d'une grenouille surgit de nulle part, si ce n'est d'un marais salant. Ploc. La neige a fondu, les fleurs de cerisiers ont paré le ciel. Elle s'allonge, se roule, s'enroule, nue dans la verdure d'une pelouse. Son odeur devient celle de l'herbe coupée. Sous un soleil du Sud, des perles de sueur s'écoulent de ses aisselles, lentement, timidement, n'attendant que ma langue venue se rafraîchir de cette salinité érotique. Elle glisse sur sa peau, descend sur son ventre, entre en ses cuisses. Elle s'égare dans la volupté de sa toison noir, son sexe rosi par le plaisir. Blancheur du sel, sperme et lait de coco. Envie de sushis, lui dis-je. Elle se retourne, le visage blanc comme une boule de riz. Elle repense à cette tradition séculaire qui consiste à préparer des sushis de mère en fils. Une fête à ses yeux. Un feu d'artifice, jaillissement de rouge, de vert et d'or dans le ciel illuminé par une lune d'un blanc pur. Je la retourne, effet blue moon et pénètre son âme de mon obsession perverse.  

Mes rêves jaillissent de la nuit, tel un geyser en terre islandaise, une gerbe en pub irlandais ou le souffle d'une baleine dans le Saint-Laurent. L'écume blanche des vagues se fracasse sur le rivage, lèche mon esprit, caresse mon corps. Nue dans cet appartement froid, un silence de Schubert inonde la chambre, draps froissés de ce sperme bestial, de ce suc végétal. Je parcours le salon, m'engouffre dans la cuisine, me sert un verre de vin, rouge, blanc cassis. Je retourne au salon, le parfum enivrant du vin, illumine d'une bougie, colle mes seins contre la baie vitrée, le regard perdu vers un autre monde. Une perle de vin, coule de mes lèvres. Un dernier verre avant...  

« Il a écarté de ses deux mains ses cuisses dont l’élasticité lui disait qu’elle n’était pas endormie. Quand il l’a pénétrée, un liquide vert comme provenant d’une feuille écrasée a commencé à couler du sexe de la jeune femme. Une odeur d’herbe, à la fois agréable et âpre, rendait sa respiration difficile. Se retirant juste avant l’orgasme, il a découvert que son pénis était teinté de vert. Un jus frais, dont il était difficile de dire s’il venait d’elle ou de lui, avait colorié ses parties intimes jusqu’aux cuisses. »

 

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Nos lectures :

 

« Blanc (CLICKER) » - Han Kang

et

« La végétarienne » - Han Kang

 

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« Yiruma & Henry »

(Clicker pour entendre)

 

 

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Les Escales

Un trip littéraire composé à 4 majeurs

                                                                     

Merci BISON (CLICKER), je voudrais bien être un arbre! :D

MAGNIFIQUE livre!

 

Prochaine escale : Irlande

 

 

24 mai 2020 7 24 /05 /mai /2020 19:31

Pour ta fête j'aurais adoré t'offrir un concert privé donné par Emilie-Claire Barlow. 

Voici ce qu'elle te chante ce soir... :

 

Raindrops Keep Fallin' On My Head (CLICKER)

 

Rien que pour toi :D

Bonne fête BISON !!!

 

 

Raindrops Keep Fallin' On My Head
And Just Like The Guy Whose Feet Are Too Big For His Bed
Nothin' Seems To Fit
Those Raindrops Are Fallin' On My Head, They Keep Fallin'

So I Just Did Me Some Talkin' To The Sun
And I Said I Didn't Like The Way He Got Things Done
Sleepin' On The Job
Those Raindrops Are Fallin' On My Head, They Keep Fallin'

But There's One Thing I Know
The Blues They Send To Meet Me Won't Defeat Me

It Won't Be Long Till Happiness Steps Up To Greet Me

Raindrops Keep Fallin' On My Head
But That Doesn't Mean My Eyes Will Soon Be Turnin' Red
Cryin's Not For Me
'Cause I'm Never Gonna Stop The Rain By Complainin'
Because I'm Free
Nothin's Worryin' Me

[Trumpet]

It Won't Be Long Till Happiness Steps Up To Greet Me

Raindrops Keep Fallin' On My Head

But That Doesn't Mean My Eyes Will Soon Be Turnin' Red
Cryin's Not For Me
'Cause I'm Never Gonna Stop The Rain By Complainin'
Because I'm Free
Nothin's Worryin' Me

 

 

22 avril 2020 3 22 /04 /avril /2020 22:10

 

 

L’un de mes plus grands plaisirs lors du confinement : la télésérie El Casa de Papel ! Quatre saisons et 38 épisodes en quatre jours, complètement accro ! Le scénario est parfait, les acteurs sublimes, la musique… ah la musique… elle me trotte sans arrêt dans la tête. Et toi t’en as pensé quoi ?

 

Mazette ! En 4 jours ??!!! T'as larvé ben gros ma bûcheronne !! ^^

De mon côté, j'ai été plus raisonnable, 2 épisodes par soirée donc j'ai fait durer le plaisir sur plus de deux semaines. J'avais entendu parler de cette série depuis l'arrivée de Netflix en France mais je n'y avais pas prêté plus attention que ça. Je ne sais plus très bien ce qui a été le déclencheur mais c'est avec le début du confinement que je m'y suis mis. Quel plaisir ! Quel suspens ! Que de rebondissements et de retournements de situations ! Bon après, il ne faut pas trop être à cheval sur la vraisemblance des situations. C'est souvent un peu gros mais je me laisse porter et je ne boude pas mon plaisir !

 

Oui m’sieur, j’ai larvé ben gros mdrrrr ! ^^

Quel génie ce Alex Peña, créateur de la télésérie ! Sûr qu’avec ce confinement, les gens n’auront jamais autant ouverts leur téléviseur et puis le mot se passe, on m’en a tellement parlée, à commencer par mes garçons, que je n’ai pas hésité. Quand en plus tu m’en as causé au téléphone, alors là… bingo !

Des heures de pur plaisir tu ne trouves pas ?     

 

Ce qui entre dans une grande part du plaisir justement, ce sont les personnages et à travers eux leurs interprètes. Tous très différents, représentatifs de différentes couches de la population, on a vite fait de s'identifier et/ou de s'attacher à la plupart d'entre eux. Tu en as aimé certains plus que d'autres ?

 

Ah ça oui ! Je trouve que la force de l’histoire est dans la psychologie des personnages et du rôle qu’ils incarnent. Également dans la puissance de la cellule « familiale » qu’ils forment, leur attachement, leur complicité, les liens uniques qu’ils développent les uns par rapport aux autres, cette même rage qui les habite ! Je les ai tous aimé pour des raisons différentes, mais j’ai craqué pour Helsinki, le personnage attachant, sensible, posé, celui qui a à cœur le bien-être de chacun et l’harmonie entre tous. L’agneau dans un corps d’ours. J’ai adoré le Professeur, le cerveau du projet, son intelligence, l’être complexe qu’il incarne et dont les décisions issues de ses émotions s’avèrent parfois contradictoires sans ne l’être réellement. Alors qu’il semble dépourvu de sensibilité émotive et en constant contrôle de ses émotions, l’amour arrive à le faire dérailler de ses plans. Je le trouve extraordinairement crédible dans son apparente froideur émotive et sa fausse personnalité antisociale qui cache un homme à fleur de peau, extrêmement sensible. J’ai beaucoup aimé Rio et son attachante naïveté. Tokyo et sa fougue, qui pimente le tout. Et toi mon King, tes préférés ?      

 

Comme on parle d’un film choral, La Casa de papel est une série chorale autrement dit avec un grand nombre de personnage ayant tous une grande importance, il n’y a pas uniquement un héros central. L’union fait la force quoi. Evidemment le couple Tokyo-Rio, jeune, beau, sexy fait rêver mais exaspère aussi. Le couple formé par Le Professeur et Lisbonne, que tout oppose au départ et que le destin rassemble, l’amour impossible, me plait aussi. Plus âgé donc plus sage, moins fou ? Pas si sûr… Mais finalement, le personnage qui m’amuse le plus, c’est sans doute le plus fou : Berlin ! Intelligent, raffiné, mais en même temps une personnalité pour le moins perturbé, misogyne, cynique, abjecte et habité par une étonnante dualité, le type qui n’a plus rien à perdre… J’ai toujours aimé les personnages de méchant dans les séries !

 

Ah Berlin… ! J’ai pensé le mettre en premier choix de mes acteurs fétiches ! L’élégance, le raffinement, bien tordu, intelligent et réfléchit, s’il y a une scène culte de la télésérie que je garderai à jamais en tête c’est celle qui l’unie au Professeur. Elle me refile des frissons et des larmes aux yeux. Quelle puissance dans les mots de cette chanson italienne dont les paroles ont été écrites fin 1944. Un chant de révolte célébrant le combat mené par les résistants italiens durant la Seconde Guerre mondiale qui s’opposaient aux troupes allemandes alliées de la République sociale fasciste. Un hymne à la résistance et la liberté. Un chant célébrant la vie.   

 

 

POUR L'ENTENDRE CLICKER ICI

 

 

« Una mattina mi son alzato
O bella ciao, bella ciao, bella ciao, ciao, ciao
Una mattina mi son alzato
E ho trovato l'invasor

O partigiano, portami via
O bella ciao, bella ciao, bella ciao, ciao, ciao
O partigiano, portami via
Ché mi sento di morir…… »

 

 

 

Rendez-vous dans quelque temps pour les prochains blablas de manU et Nad !

Gros becs mon kinG 

Merci d’avoir partagé avec moi ce blabla !

 

 

 

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