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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 18:04
Lever de rideau sur Terezín - Christophe Lambert

« Faites de moi ce que vous voulez, mais faites le vite… »

 

L’été dernier, j’ai pris le train pour Terezín, à une soixantaine de kilomètres au Nord-Ouest de Prague. Mes enfants étaient là, ils avaient besoin de « savoir », de toucher l’empreinte inhumaine, encore floue à leurs yeux, des camps d’extermination nazis. Nous n’oublierons jamais cette journée, comme marquée pour toujours au fer rouge…

 

Durant la Deuxième Guerre Mondiale, la ville-forteresse de Terezín fut transformée en ghetto juifs, réservé aux gens célèbres, savants, musiciens, intellectuels et artistes de toutes sortes. Chaque semaine, ils y étaient déportés par centaines, entassés dans des wagons à bestiaux. Qui pourrait comprendre, sinon ceux et celles qui l’ont vécu, le poids de l’épuisement? La soif et la faim qui vous rongent? Le dégoût des odeurs fétides s’échappant du seau d’excréments plein à ras bord? Qui pourrait comprendre le cri des enfants, peut-être les vôtres, et pour qui vous avez peur, impuissants à les protéger des souffrances qu’ils endurent? L’incertitude vis-à-vis ce qui les attendait, aux vues des traitements inhumains qui leurs étaient accordés, ne laissait présager rien de bon. L’homme est capable des pires atrocités…

 

Ce soir-là, Victor Steiner, célèbre dramaturge juif, marchait dans les rues de Paris, en direction de son domicile. Il sortait de la représentation du Soulier de satin de Paul Claudel – durant la guerre, les salles de spectacle étaient interdites aux Juifs. Des coups de sifflet se firent entendre. Il est arrêté et déporté à Terezín, où il trouvera, en l’officier nazi Waltz, l’un de ses plus grands admirateurs. En vue de la visite de contrôle des membres délégués de la Croix-Rouge – et dans l’unique but de les divertir - l’officier SS lui commandera une pièce inédite en allemand. Coup de théâtre, les nazis vont tenter de créer un « faux décor », un paradis artificiel où les malades seront cachés dans les sous-sols. Il y aura un match de football, un orchestre, des jeux de rôle simulés dans le bonheur et l’épanouissement. Steiner « jouera le jeu ». Parce que l’écriture est avant tout un exutoire, qu’elle sera son unique chance de survivre. Et qu’il n’aura plus rien à perdre.

 

« L’art est une version stylisée de la vie. »

 

Lever de rideau sur Terezín nous raconte le courage de milliers d’êtres humains. Dans cette ville coupée du monde, deux à trois mille personnes sont mortes chaque mois. Des listes affichées sur les murs du baraquement Magdebourg décidaient du sort de centaines de prisonniers. Y étaient inscrits tous ceux qui seraient envoyés par convois vers Auschwitz-Birkenau, pour y être gazés. Lors de la visite des membres de la Croix-Rouge, le 23 juin 1944, 7500 noms ont été inscrits sur ces listes. Il fallait « faire le grand ménage »…   

 

Ce livre est aussi une histoire de courage et de solidarité. Je repense à l’humoriste Jean Milton, au bibliothécaire Moese Richter, à Léo Sapolsky et son grand-père Slavek, au Grand Sebastian, qui a donné sa vie. Et à tous les autres…

 

En fin de journée, en reprenant le train pour Prague, j’avais la gorge nouée. Oui, vraiment, l’humain est capable des pires atrocités…

 

Un immense merci à toi mon kinG des marais. Avec ce roman, j’ai revécu la teneur émotionnelle que m’avaient laissé les lieux. Je suis encore bouleversée...

(Vincent viendra y poser ses mots…) ;-)

 

************************

 

A little garden,

Fragrant and full of roses.

The path is narrow

And a little boy walks along it.

 

A little boy, a sweet boy,

Like that growing blossom.

When the blossom comes to bloom,

The little boy will be no more.

 

Poème écrit en 1943 par un enfant déporté à Terezin

Lever de rideau sur Terezín - Christophe Lambert
Lever de rideau sur Terezín - Christophe Lambert
Lever de rideau sur Terezín - Christophe Lambert
9 août 2016 2 09 /08 /août /2016 21:57
Un autre monde - Barbara Kingsolver

« Il y a, en chacun de nous, un autre monde. La chose la plus importante est toujours celle que l’on ne connaît pas. » Barbara Kingsolver

 

Un jour qu’il débarque sur un quai d’Isla Pixol, au Mexique, Harrison William Shepherd achète son premier carnet d’écriture. Le deuxième cahier, déniché chez un marchand de tabac à 13 ans, sera retrouvé plusieurs années plus tard, en 1954. À l’image d’un roman, il a voulu se raconter, mettre en mots les souvenirs de son enfance et de sa vie d’adulte. Comme une façon pour un homme de laisser des traces de son existence. De se construire un monde, « Un autre monde ». Shepherd a erré toute sa vie à la recherche d’une famille, d’un lieu d’appartenance. Né en 1916 aux États-Unis et emmené au Mexique par sa mère mexicaine, l’homme en fuite se rend témoin de certains des grands événements qui ont marqué l’histoire.

 

Hernán Cortés découvre Tenochtitlan, le Mexico d’aujourd’hui, anciennement la capitale de l’empire aztèque, qu’il finit par conquérir après l’avoir saccagée, pillée et réduit les Indiens en esclavage. Quelques siècles plus tard, George Patton participe à l’ « Expédition Mexicaine », une opération militaire menée par les États-Unis dans le but de s’opposer aux forces paramilitaires de la Révolution Mexicaine de Pancho Villa. Pancho Villa! Le redoutable hors-la-loi mexicain, général de l’armée, celui qui dégaine aussi vite que je décampe quand je croise une tarentule dans la jungle du Mexique. Moi, à ta place, je garderais mon « gun » pas loin puis j’éviterais de voler le ver au fond de sa bouteille de mezcal. Ça pourrait le mettre de mauvaise humeur…    

 

Pour revenir à Shepherd, notre héros mi mexicain mi gringo, on l’a fait prisonnier avec sa mère à Isla Pixol, une île sur la côte est du Mexique - un peu comme le comte de Monte Cristo sur son île au large de Marseille. Tous deux retenus dans l’hacienda d’un certain Enrique, un homme dans le pétrole. Ils prennent la fuite alors que le petit a treize ans. Un jour, alors qu’il déambule dans un marché de Mexico, il aperçoit une reine aztèque, parée d’une longue jupe colorée et de boucles en or. Une bague à chaque doigt, dentelles et rubans, puis la grâce d’un corsage à volants Tehuana. Elle s’appelle Frida Kahlo. Shepherd travaillera d’abord pour Diego Rivera, en tant que plâtrier, puis sera cuisinier de la famille et traducteur.

 

À partir de ce moment, je n’ai plus été capable de lâcher ce roman! Retrouver la Maison Bleue de Coyoacan, c’est un peu comme sortir de mon igloo après des mois d’hibernation et me retrouver entourée de palmiers et de figuiers, d’oiseaux en cage et de fontaines, Frida avec son singe sur l’épaule – son animal de compagnie. C’est revivre la vie d’une femme fascinante, entre ses excentricités et ce tragique accident de tramway la clouant des jours entiers au lit dans des douleurs atroces et le verdict d’une incapacité d’avoir des enfants. C’est aussi tenir l’échafaud pendant que son muraliste de mari, Diego Rivera – communiste de surcroît – est en train de peindre le Palais National. Mais surtout, c’est redécouvrir la liaison secrète entre Frida et Trotski, le grand révolutionnaire russe.

 

« Les nouveaux travailleurs n’ont pas seulement besoin des fresques de votre mari, mais aussi de ce que vous offrez : beauté, vérité, passion. L’art véritable et la révolution se rejoignent sur les lèvres. » - Léon Trotski

 

Alors que Diego demanda au président russe de lui offrir l’asile politique sous sa garde – Trotski faisant face à plusieurs chefs d’accusation au procès de Moscou - le visiteur se la coulait douce avec la belle mexicaine. Avec sa femme Natalya, ils habitaient la Maison Bleue de Coyoacan. Des dizaines de gardes-du-corps armés encerclaient nuits et jours la maison, craignant les attaques des agents de la Guépéou de Staline. Le père de la Révolution d’Octobre s’est vu exclu du Parti communiste soviétique et condamné à l’exil.    

 

Barbara Kingsolver nous offre un tableau à la fois historique et romancé des grands événements qui ont marqué le Mexique. Ni les détails, ni la fine documentation, ne manquent à son roman. Elle est, depuis toujours, l’une de mes écrivaines américaines favorites. Femme déterminée, militante à l’encontre du maccartisme, – clin d’œil au général Patton – militante pour la liberté des femmes et la justice sociale, biologiste, activiste écologique et romancière, vivant dans une fermes isolée des Appalaches, un rêve que je lui envie.    

 

Sur ces mots, je m’en retourne à ma hutte quelque part sur l’île de Montréal, qui n’a de mexicaine que la bouteille de mezcal, logée au fond d’un vieux buffet et rapporté de Tulum, pour recevoir mes invités. Sur ma minuscule terrasse de ville, je pars un feu pour la cuisson des tortillas. Les enfants coupent le bambou dans les marécages. Et je m’apprête à faire cuire des pattes de tarentules grillées, alors qu’un BISON, toujours aussi peu disposé à « y mettre du sien », se la coule douce avec la même ferveur qu’il met à vider sa bouteille de mezcal, le ver y compris. L’instant d’une rêverie et il s’est pris pour Pancho Villa… 

Un autre monde - Barbara Kingsolver
Un autre monde - Barbara Kingsolver
7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 19:20
La mer - John Banville

 « Le passé cogne en moi comme un second cœur »

 

*******

 

« Le bonheur est différent dans l’enfance. À l’époque, c’était surtout une simple affaire d’accumulation, d’engrangement de choses – nouvelles expériences, nouvelles émotions – qu’on posait, tels des carreaux vernissés, sur ce qui deviendrait un jour le pavillon merveilleusement achevé du moi. »

 

Max revient sur les lieux de son enfance, aux Cèdres. Le silence de bord de mer évoque en lui les journées de fièvre et le besoin de solitude. Cinquante années se sont écoulées depuis son dernier séjour ici. Malgré le temps, Max n’a jamais oublié. Ni le bungalow, leur résidence de vacances, encore moins le sourire de Grace et la rondeur de ses hanches…

 

« Quand elle court, sa jupe se gonfle derrière elle et je ne peux détacher mes yeux du renflement noir sur l’apex inversé de son pubis. Lorsqu’elle bondit, elle empoigne l’air, pousse des cris haletant et rit. Ses seins ballottent. À la voir, on est presque saisi d’inquiétude. »

 

Il avait onze ans, elle avait trois fois son âge. La mère sexy de Chloé et Miles, ses amis. Fantasme du jeune garçon à peine pubère, il ressentait une forme d’excitation nouvelle et douloureuse à son contact. Projeté dans l’univers du désir comme expulsé du monde de l’enfance. Comment l’oublier... comment oublier le premier amour, les arômes du frisson. Sous les draps, les premières caresses du plaisir solitaire, la découverte de sensations nouvelles en imaginant ce corps de femme, nu, se heurter à la provocation de ses sens.

 

« Je me représentait le va-et-vient et le frémissement de cuisses halées devant lesquelles un ventre pâle se dérobe alors même qu’il s’abandonne, et j’entendais les gémissements de volupté et de douleur délicieuse mêlées. »

 

Venu vivre sur « les décombres du passé », Max cherche à retrouver des détails, des parcelles de souvenirs. Sa femme vient de mourir. À travers le tumulte de ses pensées, il arrive à peine à griffonner quelques mots sur le peintre Bonnart dont il doit rédiger une monographie. Entre passé et présent, son âme effleure les pas de Grace. Puis les derniers instants de la vie de sa femme. Cette chambre sombre des soins palliatifs, l’envie de hurler sa colère, sa tristesse et de tout foutre en l’air. Refaire sa vie, mais d’abord y donner un sens...

 

« Je ne veux pas de sollicitude. Je veux de la colère, des vitupérations, de la violence. Je suis pareil à un type affligé d’une rage de dents qui, malgré la douleur, prend un malin plaisir à enfoncer encore et toujours le bout de la langue dans la cavité douloureuse. J’imagine un poing surgi de nulle part et me frappant en pleine poire, c’est tout juste si je ne sens pas le coup sourd, si je n’entends pas l’arête de mon nez se briser et cette idée me procure un soupçon de satisfaction. » 

 

Avec son très beau roman, John Banville nous parle de l’amour, celui qui nous amène à nous découvrir soi-même. De l'amour des premiers frissons, et de toutes ces « premières fois », à l’amour qui vous consume. Max est « tombé en amour » comme on tombe d’un précipice. Il cherche à se reconstruire dans le tumulte des eaux, où il réapprend à nager. En apnée, la vie est tel un tourbillon. Elle vous entraine vers le fond avant que vous refassiez surface. Fort de la chute…

 

« Je suis en deuil et meurtri, j’ai besoin qu’on respecte mes sentiments. S’il existe des répits à long terme, alors voilà ce qu’il me faut. Fiche-moi la paix, lui avais-je crié mentalement, laisse-moi passer discrètement devant les vieux Cèdres injustement dénigrés, devant le Stand Café disparu, les Lupins et le Terrain d’antan, devant tout ce passé, car si je m’arrête, je vais me dissoudre en une flaque de larmes honteuses, c’est sûr. » 

  

Quelle belle immersion au pays de l’enfance, de la perte et du deuil, des réminiscences et de la nostalgie, de l’euphorie, de la « dégringolade inquiétante » mais salvatrice. Un homme souffre. Il boit pour la consolation et la force de l’oubli éthylique. Un jour, il reviendra de ce temps passé, sortira de la mer et marchera vers le large. Car la vie est devant... 

 

« Le silence autour de moi est aussi écrasant que la mer. »

27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 23:42
Le sorcier vert - Valentine Goby et Muriel Kerba

« En fait, l’histoire de mon père est celle d’un type qui trouve une fonction à sa photographie, qui va trop loin, qui craque, et qui, obligé de se réinventer, le fait d’une façon qui engendre beaucoup d’espoir »

 

(Juliano Ribeiro Salgado, le fils de Sebastião Salgado)

 

L’idée créatrice des éditions Thierry Magnier, en s’associant à la Galerie Robillard, était de créer des histoires à partir d’illustrations – et non pas le contraire, comme il nous est la plupart du temps donné de le voir. Ainsi, dans Le sorcier vert, une fois le travail de Muriel Kerba achevé, entre coups de crayons, pastels, acrylique, manipulations de papier et de matière,  Valentyne Goby s’est vue confier ces images dans le but de les « raconter ». Émue par les quinze ans d’efforts qu’a déployé Sebastião Salgado à replanter la forêt atlantique brésilienne, elle a fait naître à partir d’illustrations une histoire hors du commun.

 

Quand Salgado revient chez lui après plusieurs années d’exil, il ne reste plus rien de la forêt de son enfance. Plus rien. Le spectacle est désolant. Où sont-ils donc passés les arbres majestueux, les chênes perobas, les jequitibas, le pau-Brasil à fleurs d’or? Où s’est caché le bétail? Et les sources gorgées d’eau? Depuis des dizaines d’années, en se modernisant, les hommes ont tout détruit. Avec l’argent, ils ont saccagé les richesses naturelles et fait mourir les bêtes qui n’avaient plus rien à paître.

 

« L’air brûlant tremble comme un voile d’eau, et floute la terre ocre à perte de vue. Pas un cliquetis d’insecte. Pas un cri d’oiseau. De la poussière et du silence. »

 

Avec Gabriella, son amie d’enfance, et aidés de quelques hommes, il décide de replanter la forêt, fort de son engagement écologique, et pallier ainsi à la négligence des hommes. Sebastião Salgado a fait le tour du monde. Il a connu les froids extrêmes et les vents les plus violents de la Patagonie. Mais planter, il ne sait pas. Il apprendra, comme il l’a fait avec la photographie. Rien ne fera reculer l’un des plus grands photographes humanistes. Il apprivoisera la terre comme il a apprivoisé les hommes…

 

« Aux villageois, il raconte l’histoire de la tortue des Îles Galápagos qu’il a mis une semaine à photographier. Chaque fois qu’il s’avançait elle rentrait la tête. Après deux cents ans de solitude, il fallait l’apprivoiser. »

 

La forêt s’est mise à naître, les animaux sont venus la peupler – plus de quatre cents espèces - et les oiseaux sont revenus. Trois millions d’arbres ont poussé. Maintenant…

 

« Comment faire pour que des arbres debout permettent aux hommes de vivre mieux que s’ils sont coupés? »

 

J’admire le travail de Sebastião Salgado. Son œuvre photographique m’émeut, me transperce au-delà des mots. Notre planète a besoin de ces philanthropes portés vers la nature humaine pour venir à bout de ce que les hommes détruisent à coup de haine et d’insouciance. Il a marché sur les pas des survivants, il les a accompagnés dans les guerres, les famines, les exodes, les génocides. Il a ce désir au fond des tripes de conscientiser les hommes à toutes formes de misère et d’exclusions, pour que jamais nous n’oubliions…  

 

« Plus que jamais, je sens que la race humaine est une. Au-delà des différences de couleur, de langue, de culture et de possibilités, les sentiments et les réactions de chacun sont identiques. Les gens fuient les guerres pour échapper à la mort ; ils émigrent pour améliorer leur sort ; ils se forgent de nouvelles existences dans des pays étrangers : ils s'adaptent aux pires situations… » Exodes - 2002 

 

 

Un grand merci à toi Jérôme pour ce cadeau. J’ai marché sur les traces du « Sorcier vert » avec le plaisir retrouvé de son photo-documentaire Le Sel de la terre. J’en suis ressortie les larmes aux yeux… 

Le sorcier vert - Valentine Goby et Muriel Kerba
Le sorcier vert - Valentine Goby et Muriel Kerba
25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 15:19
Falaises - Olivier Adam

« Ici la nuit est profonde et noire comme le monde. »

 

**********

 

« J’ai trente et un ans et ma vie commence. Je n’ai pas d’enfance. »

 

Étretat, chambre 103 de l’Hôtel des Corsaires. L’auteur passe ses nuits sur le balcon ayant vue sur la falaise. Il se souvient avec douleur de l’année de ses onze ans. Sa mère venait de passer six mois en internement psychiatrique. Six mois sans la voir. Et ce jour-là, encore plus douloureux, ce moment inquiet de la revoir, de la ramener à la maison, petite femme fragile dans un corps sans vie. Quand de la fenêtre de la voiture il la vit s’avancer, lasse, une cigarette à la main et le regard absent. Et que pas même elle ne s’est retournée pour le regarder. Geste d’amour avorté dans un élan d’impuissance. Un trou béant en plein cœur de l’enfance. Puis sa main s’est refermée dans la sienne, sans dire un mot. L’auteur se souvient…

 

« Des années qui précèdent la mort de la mère, je ne garde qu’un flot brumeux d’images qui pour la plupart sentent la pluie et la terre mouillée. »

 

Il se souvient de ce jour-là, quand la voiture a roulé vers Étretat. Avec son père et son frère, ils voulaient lui offrir la fraîcheur des embruns salés, la mer à perte de vue, l’immensité de la falaise qui la surplombe ; un phare dans la nuit de sa quête. Mais elle est restée dans sa chambre… lire un peu, dormir beaucoup. Jusqu’à la troisième nuit où elle s’est levée. Elle a longé la mer jusqu’au pied de la falaise. Là où la muraille de pierre plonge dans le vide absolu. Un pas de plus, un pas de trop. Elle s’est jetée dans le vide, avalée par les eaux. L’auteur se souvient... Comment oublier?

 

« Les falaises se découpent dans le tissu du ciel. J’y contemple des fantômes, des corps chutant dans la lumière. Je me retourne et sur la vitre se reflètent mon visage usé, mes traits tirés, prématurément vieillis. »

 

Comment oublier une enfance vulnérable entre les crises de larmes et les enfermements de sa mère? Ses angoisses, ses dépressions et ses fragilités. Son manque de tendresse et ses silences. Comment oublier l’insécurité et les nuits de solitude? Sinon que les noyer dans une adolescence anesthésiée par les sédatifs. Sa mère, un pas de trop, un pas dans le vide. Et ses pas à lui, marchants aux côtés de son frère, beaucoup plus tard, en dehors du monde, hors du temps. Une complicité comme une bouée de sauvetage. Noyer les heures dans l’alcool, le sexe, quelques lignes de coke. Sans négliger d’oublier ce père dont on se serait bien passé…

 

« Je suis une nuit noire, une bordure de falaise, une vie noyée, avec vue sur le vide et sans vertige. »

 

Avec Falaises, Olivier Adam m’a flanqué une vraie gifle en pleine face. J’ai marché dans les pas de son histoire comme une funambule suspendue à la ligne mince et distendue de son enfance. Témoin du tragique, mais avec le respect des distances qui s’imposent. Son univers est vaste, il a la beauté d’avoir fleuri des épines du mal. Il nous rappelle que de tous deuils l’âme a la force de se relever. Le mal est fait mais la vie est devant. Au-delà des falaises….

 

"J'ai trente-et-un ans et peu importe. Je sais le poids des morts. Et je sais le mauvais sort. Je sais la perte et le saccage, le goût du sang, les années perdues et celles qui coulent entre les doigts. Je connais la profondeur des sables, j'en ai éprouvé la résistance, la matière meuble, équivoque. Je sais que rien n'est fiable, que tout se défait, se fissure et se brise, que tout fane et que tout meurt. La vie abîme les vivants et personne, jamais, ne recolle les morceaux, ni ne les ramasse."

 

L'avis grenouillesque

 

Et les Bisonnesques : Je vais bien, ne t'en fais pas - Des vents contraires - Peine perdue - À l'ouest

Falaises - Olivier Adam
24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 10:13
Pardonnable, impardonnable - Valérie Tong Cuong

« Ce n’est pas la manière dont les choses arrivent qui comptent, c’est la raison pour laquelle elles se produisent »

 

C’est arrivé comme ça, bêtement. D’ailleurs, c’est toujours bête ce genre d’accident. Puis on se croit à l’abri des souffrances qu’il dépose en nous. On pense que ça n’arrive qu’aux autres, que la vie ne peut pas basculer ainsi du jour au lendemain, d’une seconde à l’autre, cette douloureuse seconde de l’impact. Ce jour-là, Milo avait été confié à sa tante Marguerite qui devait l’accompagner dans un travail scolaire sur l’Antiquité. Mais ils auraient pris leur vélo, une distraction, une envie subite, spontanée, un besoin de souffler avant de retourner vers l’Antiquité. On dit qu’il aurait voulu cueillir un bouquet de fleurs pour sa mère. Enfin, c’est ce qu’on dit. Parce que dans ce genre d’histoire on ne sait jamais tout à fait les motivations qui se cachent derrière l’« Événement », on ne connait que le désastre…

 

« L’ivresse de la descente, un virage, et c’est la chute »

« Pardonnable, impardonnable » ?

 

Milo, 12 ans, est plongé dans le coma. Ses petites mains sont inertes, il a reçu un violent coup à la tête. Traumatisme crânien. Ses parents arriveront-ils seulement à pardonner à Marguerite ? Parce qu’il faut forcément un coupable quand la vie s’écroule. Vient ensuite les regrets, mais bien avant il y aura la suite d’événements précurseurs, les interminables « si » de la réaction en chaîne jusqu’au choc. La douleur de l’attente, l’incertitude qui tue à petit feu. La peur qu’il souffre, qu’il abandonne, et l’envie d’avoir mal à sa place. Et Marguerite… celle sur qui tout repose, l’éternelle souffre douleur de la famille. Le mouton noir détestée de sa mère, rejetée de sa sœur, humiliée par son beau-frère mais profondément adorée de Milo. On refuse qu’il la voit et pourtant, elle est son plus grand repère affectif, il a besoin d’elle. D’aussi loin qu’il soit, le petit la réclame, elle sera sa seule motivation à revenir d’un long sommeil…  

 

« Pardonnable, impardonnable » ?

 

Valérie Tong Cuong excelle à nous dresser le portrait d’une famille complètement dysfonctionnelle – à l’image de la plupart d’entre elles, on s’entend. On n’y va pas de main morte entre grosses méchancetés et petites vacheries, haine, jalousies, rancoeurs et manipulations. De vieilles blessures refont surface, les secrets sont mis à jour et chacun doit faire face, à sa manière. On recherche la vérité et on recherche l’amour. Le temps passe, une distance se crée, on se perd et on se retrouve. Mais nous sommes-nous vraiment quittés, hantés par la présence de l’autre?   

 

« Pardonnable, impardonnable »...

 

Milo est dans le coma, il faut d’abord tenir le cap, être forts. Et si on arrêtait de se faire la guerre au nom de notre amour pour lui ? On aura tout le temps après pour se dire le reste, et surtout se pardonner…

 

Un immense merci à toi ma précieuse Nadège pour ce merveilleux livre-cadeau qui avait été déposé sous mon sapin <3

 

Par la même occasion, je te souhaite un Joyeux Anniversaire !

Pardonnable, impardonnable - Valérie Tong Cuong
15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 00:44

Ça pue la haine !

 

Depuis dimanche dernier, je n’arrive pas à trouver les mots pour exprimer la force de ma colère. Plus que de la rage, je ressens une profonde tristesse résignée face à la bousculade d’actes haineux qui frappe le monde. Cette haine inqualifiable dont certains hommes ou groupes se parent au profit de la vie et de la liberté d’être. Au nom du pouvoir et d’une vision étroite, pour ne pas dire «incarcérée» dans les prisons de l’intolérance. Sommes-nous à ce point incapables de vivre dans le respect des autres ? Dans le respect de toutes formes de liberté ? Dans le partage d’un monde qui, dans sa globalité, nous appartient à part égale ? Pffffff bien sûr que oui, ça pue la haine !

 

Les êtres humains atteignent sans trop de difficulté un niveau de mépris envers leurs semblables. Je pousserais même jusqu'à parler « d’arrogance » et là, loin de moi l’idée de vouloir faire dans la poésie, j’entends par arrogance ce dédain de l’autre, cette audace poussée à l’extrême limite d’en décider de la vie et de la mort d’autres personnes que de soi-même.

 

Avant Orlando, il ne suffit pas de retourner très loin en arrière pour réaliser que le monde ne tourne pas rond. Bruxelles, Paris, les Syriens, les migrants, les exodes, les génocides, les guerres, les famines, un certain 11 septembre, et puis quoi encore ?

 

On est hétérosexuel ou homosexuel, on est blanc ou noir, on est juif ou musulman, riche ou pauvre, qu’est-ce que ça change ?

 

Dans quel monde de fous vivons-nous ?

 

***********************************

 

Éric-Emmanuel Schmitt a trouvé les mots justes, ceux qui sont là pour nous amener à réfléchir et se conscientiser sur l’ampleur du drame qui se joue. Je me dis que l’homme sensible qu’il est doit forcément être ébranlé dans ses fondements les plus profonds.

 

« nous resterons droits, debout, fiers, du côté de la vie »

 

Bravo Monsieur Schmitt <3

 

MASSACRE À ORLANDO

 

Comme vous, sans doute, je ne sais plus quelle horreur commenter ! Il s’en produit tous les jours et il ne faudrait surtout pas considérer qu’en choisir une revient à ignorer les autres.
La lâche, stupide et monstrueuse fusillade d’Orlando, ce dimanche, dans un club gay et lesbien m’a laissé sans voix. Un forcené a tué une cinquantaine d’individus qui dansaient, chantaient, buvaient, s’amusaient, tant le bonheur des autres lui était insupportable — voire le bonheur tout court. Il a abattu des gens qui avaient dû se battre, et devront se battre encore, pour obtenir des droits civiques. Il a massacré des combattants pour la liberté, mais à un moment où ils étaient sans armes, bien sûr…
C’est une attaque contre la liberté elle-même, pas seulement contre une communauté sexuelle. De même que l’attentat de Charlie Hebdo ne visait pas uniquement des dessinateurs, de même l’attentat d’Orlando ne cible pas que l’homosexualité : il veut supprimer un monde où vivent ensemble et harmonieusement des gens extrêmement différents, des athées, des juifs, des chrétiens, des musulmans, des bouddhistes, avec des peaux blanches, brunes, noires ou jaunes. Refus de la complexité, refus de la nature, refus de l’humanité.
Le club d’Orlando s’appelait Pulse, c’est-à-dire Pulsion. Il désignait une pulsion de vie. Il a été détruit par une pulsion de mort.
Mais nous resterons droits, debout, fiers, du côté de la vie. Le combat contre la bêtise a commencé avant nous et se poursuivra après nous. Faisons notre part, mes amis.

 

Éric-Emmanuel Schmitt

Orlando ou « Les prisons de l’intolérance »
Orlando ou « Les prisons de l’intolérance »
Published by Nad - dans Divers
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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 14:44
Entre ciel et terre (tome 1) - Jón Kalman Stefánsson

Jusqu’à quel point est-il possible de mourir à cause des mots, pour les vers d’un poème?

 

« S’en vient le soir

Qui pose sa capuche

Emplie d’ombre

Sur toute chose,

Tombe le silence »

 

Bardur et un groupe de pêcheurs islandais s’étaient rendus au baraquement juste avant la nuit. Ils s’étaient assurés de bien appâter les lignes, de prendre avec eux vareuses, chandails et bonnets de laine. Mais le froid glacial de mars ne pardonne pas, il vous transperce avant de vous faire mourir à petit feu. Sur les eaux glacées du froid polaire, une simple barque de pêcheurs est un mince refuge face aux vents violents du Nord, surtout quand la tempête se lève et que le ciel déverse sa colère. Que la rage des vagues vous submerge et que vos pieds sont mouillés. Que vous ne savez pas nager. Et que vous avez oublié votre vareuse, comme Bardur, parce que les vers du Paradis perdu de Milton, le poète aveugle, se sont insérés dans les fissures de votre âme, plus forts encore que votre instinct de survie.

 

« Il est des poèmes qui changent votre journée, votre nuit, votre vie. Il en est qui vous mènent à l’oubli, vous oubliez votre tristesse, votre désespoir, votre vareuse, le froid s’approche de vous… »

 

Peut-on seulement s’imaginer jusqu’à quel point les mots sont assez puissants pour toucher le cœur des hommes et changer le cours d’une vie? Bardur est mort en mer par un jour de tempête. Son meilleur ami, le gamin, a tenté de réchauffer ses membres qui s’engourdissaient en lui frappant le corps. La peur s’est installée, les forces lui ont manquées, il s’est recroquevillé au fond de la barque et s’est laissé mourir de froid. La vie n’a pas tenu le coup face aux rimes…   

 

« Certains mots sont probablement aptes à changer le monde, ils ont le pouvoir de nous consoler et de sécher nos larmes. Certains mots sont des balles de fusil, d’autres des notes de violon. Certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre le cœur et il est même possible de les dépêcher comme des cohortes de sauveteurs quand les jours sont contraires et que nous ne sommes peut-être ni vivants ni morts. » 

 

Enfoncé dans la neige jusqu’aux genoux, submergé par l’incertitude et anesthésié par la peine, le gamin entreprend un voyage pour rendre à son propriétaire le recueil de poèmes qui a donné la mort à son ami. Après, il aura tout le temps de décider s’il veut vivre ou non…

 

Comme lectrice affamée de nature, c’est au moment de la traversée que j’ai revécu l’Islande des glaciers, celle que j’ai l’impression de toucher encore du bout de mes doigts. Celle des fjords et des vallées, des falaises qui surplombent la mer, celle des volcans, des cratères, des chutes et des grandes étendues de terre. Celle du sommet des montagnes dans le lit des nuages, là où se perd la ligne d’horizon et où le monde prend fin. Je n’ai « jamais été aussi près du ciel » que dans ce 66ème parallèle nord. Les paysages de l’Islande sont une incitation à devenir poète, à réciter Le Paradis perdu de Milton…  

 

« Celui qui marche un long moment seul dans une tempête de neige qui jamais ne retombe est peu à peu saisi de l’impression qu’il est sorti du monde, qu’il avance dans un désert loin des hommes. »

 

Jon Kalman Stefansson est un magicien des mots. Ses réflexions sur la vie et la mort nous amènent à nous questionner sur l’existence ; son but et ses fondements, ce que nous laissons derrière nous une fois partis. Rien ne peut égaler en souffrance la cruauté des hommes, ni leur mépris, encore moins leur lâcheté. Ce monde dans lequel nous vivons nous confronte sans cesse à l’ « autre », et à l’image d’une nature où les éléments se déchaînent, nous sommes bien petits face à la menace. Mais les forces de l’amour et de l’amitié seront toujours vainqueurs. Dans le poids de l’absence, elles triomphent du vide et de la solitude. Peut-être en partie parce qu’elles nous renvoient le symbole de notre propre liberté…

 

« Les rêves nous libèrent parfois des amarres de la vie. Ils sont tel un soleil dans les coulisses du monde. »

 

Un immense merci à toi ma précieuse Lili de m'avoir fait découvrir ce grand auteur, et par le fait même d'être retournée voyager avec toi au pays des fuzzy... :-*

 

Les magnifiques billets de Nadège et Eeguab

Entre ciel et terre (tome 1) - Jón Kalman Stefánsson
Entre ciel et terre (tome 1) - Jón Kalman Stefánsson
Entre ciel et terre (tome 1) - Jón Kalman Stefánsson
Entre ciel et terre (tome 1) - Jón Kalman Stefánsson
31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 23:38
Le coeur cousu - Carole Martinez

« Maman n’a jamais su écrire qu’à l’aiguille. Chaque ouvrage de sa main portait un mot d’amour inscrit dans l’épaisseur du tissu. »

 

Au départ, il y eut cette boîte étrange que Frasquita reçut de sa mère en héritage. Un trésor confié sous la consigne de ne l’ouvrir que neuf mois plus tard, jour pour jour. Luttant contre l’envie irrésistible d’en découvrir le secret, elle l’enterra dans l’oliveraie du Seigneur Hérédia – « l’homme à l’oliveraie ». Lorsqu’elle fut en âge de comprendre la vie sous des yeux de jeunes filles, sa mère lui fit apprendre un ensemble de prières pour chaque misère humaine. Mais elle devra user avec parcimonie des pouvoirs qui en découleront… 

 

Personnage central de cette histoire fascinante, Frasquita, la couturière du faubourg Marabout, est emplit de dons. Elle coud et brode, magicienne faisant naître ce qu’elle touche du bout de ses doigts. À son contact, les robes et les châles se transformeront en maléfices qui agiront sur les hommes comme des philtres d’amour. Les fils aux mille couleurs changeront le regard qu’elle porte sur le monde. D’abord, il y eut ce petit cœur brodé dans les entrailles de la Madone qui un jour s’est mis à battre, et ce papillon qui prit son envol. Elle arrivera même à recoudre le visage de Salvador, ravagé par la haine des anarchistes. De quel miracle ou phénomène surnaturel Frasquita s’est-t-elle fait l’héritière? Empruntant un chemin opposé, vivant en marge de la société, s’affichant avec des prostituées et mettant au monde des enfants étranges – comme Angela qui nait avec des plumes et couine comme un canard - elle fera fuir les gens du village. N’aidant en rien l’ostracisme dont elle fut la victime, son mari devint fou et entra dans le monde des volailles pour en devenir l’un des membres. Il vivait dans le poulailler et se prenait pour une poule… Il lui vint même l’idée de couver un œuf rouge et de faire de ce coq le plus beau coq de combat.

 

Chassée, elle prendra la fuite avec ses cinq enfants, la sixième reposant dans son ventre. Elle s’appellera Soledad et sera la narratrice de cette histoire. Son prénom lui viendra de cette solitude dans laquelle elle sera plongée dès sa naissance dans une « volonté de résister au monde ». D’aucun diront qu’ils ont vu une femme en robe de noces tirant une charrette avec sa marmaille dans les jambes…

 

« J’ai peur toujours de cette solitude qui m’est venue en même temps que la vie, de ce vide qui me creuse, m’use du dedans, enfle, progresse comme le désert et où résonnent les voix mortes. »

 

Le cœur cousu, premier roman de Carole Martinez, est l’histoire d’une famille entourée d’un mal mystérieux. C’est avant tout une histoire de transmission entre les générations. Celle de femmes fortes unies par d’étranges pouvoirs. C’est aussi le basculement entre le rêve et la réalité dont le point d’ancrage sera la recherche d’équilibre, un univers de « folie » où la haine et le mépris des hommes ne saura régner qu’au prix d’une certaine liberté. À travers ses personnages en marge, c’est un roman sur la différence et l’acceptation, les choix que l’on exerce et les épreuves de la vie. Le cœur cousu est un portrait de femmes, tissé au fil des pages, dans une broderie d’humanité et d’entraide qu’aucun lien ne pourra dénouer…

 

« Il arrive qu’on interrompe une promenade, oubliant même ce vers quoi l’on marchait, pour s’arrêter sur le bord de la route et se laisser absorber totalement par un détail. Un grain du paysage. Une tache sur la page. Un rien accroche notre regard et nous disperse soudain aux quatre vents, nous brise avant de nous reconstruire peu à peu. Alors la promenade se poursuit, le temps reprend son cours. Mais quelque chose est arrivé. Un papillon nous ébranle, nous fait chanceler, puis il repart. Peut-être emporte-t-il dans son vol une infime partie de nous. , notre long regard posé sur ses ailes déployées. Alors, à la fois plus lourds et plus légers, nous reprenons notre chemin. »

 

Un grand merci à toi ma chère Nadège pour ce cadeau aux mille couleurs <3

Et le billet magnifique de Céline du blog Le livre-vie

27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 18:03
Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus (3) - Éric-Emmanuel Schmitt (Le Cycle de l'invisible)

« La vérité m’a toujours fait regretter l’incertitude. »

 

Madame Ming s’occupe des latrines masculines du Grand Hôtel de Guangdong, dans le sud de la Chine. Étrange personnage de bonté et de dévouement, elle voit chaque jour défiler ces hommes dans l’urgence d’un soulagement aussi bref que nécessaire. C’est alors qu’elle rencontre le narrateur – dont le prénom n’est pas cité – et qu’une belle relation de confiance et de partage s’établit entre eux. Il travaille à l’étage supérieur à multiplier les contrats commerciaux avec la Chine et profite de chaque occasion, même de celles qui ne lui sont pas accordées, pour poursuivre ses bavardement avec dame pipi, cette femme pleine de sincérité et de douceur…

 

« Madame Ming incarnait la permanence dans un monde versatile. »

 

Elle lui raconte ses dix enfants, Li Mei, ses jumeaux Kun et Kong et tous les autres. DIX! Mais Madame Ming, comment est-ce possible d’en avoir dix alors que l’État chinois interdit aux couples d’avoir plus d’un enfant??! Au départ, il subit ses affabulations, puis éprouve de la sympathie pour elle. Une amitié se développe sous le couvert des confidences, dans ce milieu parfumé aux boules à mites à l’odeur de cèdre, et qui au départ n’avait rien on s’entend d’un lieu où s’attarder dans l’épanchement de sentiments. Rien que pour ce contraste délirant j’ai eu envie de remercier l’auteur, il m’a fait vraiment rire! :D Cette p’tite parenthèse mise à part, il réalise son besoin de fantaisie, d’illusions. Celui de s’évader dans un monde factice où la réalité se confond avec le rêve et l’urgence de vivre. Il en arrive à comprendre que le bonheur est plus fort que la recherche de vérité.

 

« À travers ces broderies où s’épanouissait son imagination, je sentais sa carence, sa nostalgie de transmettre, son aspiration à aimer. »

 

Toujours dans la poursuite de mes lectures du « Cycle de l’invisible », qui accorde à chacune de ses six nouvelles le plaisir de nous faire découvrir une religion ou une quelconque forme de spiritualité, Éric-Emmanuel Schmitt nous parle ici des entretiens de Confucius sur l’amour familial et le sens du respect. Ces quelques pages de douceur et d’amour nous amènent à nous questionner sur la vérité. Mais surtout sur la réalité à laquelle il ne faut pas s’attarder au détriment du rêve. Le bonheur est dans l’équilibre fragile des choses qui nous entourent.

 

Qui ne voudrait pas d’une Madame Ming dans sa vie? Je me suis profondément attachée au personnage qu’elle incarne avec tant de tendresse et d’humanité...

 

« De la Chine de Mao, madame Ming conservait l’égalitarisme ; de celle de Confucius, elle perpétuait l’humanisme. »

Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus (3) - Éric-Emmanuel Schmitt (Le Cycle de l'invisible)

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