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13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 22:57

 

 

« Je crois qu’il faut avoir perdu quelque chose pour en connaître la valeur »

 

Si vous avez envie de voyager dans le Wyoming, Lindsay vous fera sans doute une place à l’arrière de sa vieille Nash des années 50. Si vous êtes chanceux, vous occuperez le siège juste à côté, mais gardez-vous de lui parler, elle entreprend un voyage intérieur. Terminus Redding, Californie, où elle montera à bord du Cascade, un train à haute vitesse qui filera à travers les paysages de l’Ouest « barbouillés » de couleurs, entre Seattle, l’Idaho, le Montana – juste le temps d’apercevoir un troupeau de bisons qui broutent goulûment dans les grandes étendues de terres arides - et Gatchell, un trou perdu du Wyoming profond.

 

Lindsay est retourné vers ce village où Witt, son ex-mari, a vécu avec une autre en laissant tout tomber. Elle avait besoin de donner un sens à cette rupture en faisant revivre leur histoire. Du jour au lendemain, il avait disparu, même au boulot on le cherchait. Il faut dire qu'il en buvait un coup le Witt dans les dernières semaines, à croire qu'il distillait sa peine dans l'alcool. Quand il revenait de la cabane où il avait écrit quelques lignes destinées à un roman qui ne verrait jamais le jour, il s’enfilait plusieurs rasades de whisky. Il y a fort à parier qu’il s’agissait d’un Wyoming Whiskey. Ou d’un McCarthy’s Oregon, de toute façon, une fois qu’il s’en serait versé quelques-uns dans le gosier il ne ferait même plus la différence. Tiens, ça me rappelle une histoire de whisky, mais j’y viendrai plus tard...

 

Les rails défilent et Lindsay poursuit sa quête. Entre ses doigts les années se sont faufilées, sablier fuyant laissant sur son passage quelques grains de souvenirs, mais sans plus. À peine le temps d’en retenir l’essentiel. Sur le siège face à elle, un homme est plongé dans la lecture de « Voyage de nuit ». À son contact, les émotions se dénoueront et ses sens prendront vie. Il lui offrira un verre, un doigt de whisky (voilà, je l'adore celle-là...). « Un doigt d’abord », pour un voyage « first class » c’est réussi! Au deuxième verre ils feront l’amour. Quelques minutes volées au temps et aux pensées qui affluent en elle dans un tourbillon sans fin. Retour à la réalité. Flash back : amertume, colère, tristesse... Qu’était-il arrivé à Witt? Pourquoi ce trou perdu de Gatchell? À quoi pouvait bien ressembler cette Alex? Et que s’attend-t-elle à trouver là-bas?

 

Par la fenêtre, Lindsay jette un regard au loin. Il se heurte au rideau de blizzard (fu.. le blizzard!). Le temps s’est figé, ils devront s’arrêter. Terminus...

...mais le voyage commence à peine...

 

Une très belle plume que celle de Roy Parvin, portée par des émotions diverses qui nous happent en même temps qu’elles nous plongent tête première dans le voyage intérieur de ses personnages. Il aborde avec délicatesse le deuil, la tristesse, les souvenirs et la solitude. Les paysages sont rendus avec justesse, on les voit, les imagine, on les touche du bout des doigts et les effleure du regard. Ils nous donneraient envie de se fondre à ce décor de neige et d’étendues sauvages, là-même où un Bison sirote un whisky en attendant le prochain train... Merci Bison! ;-)

Fuck le blizzard! :P

 

La Petite-Fille de Menno est tirée du recueil de nouvelles La Fôret sous la neige...

7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 01:45

 

 

J'ai caché
Mieux que partout ailleurs
Au jardin de mon coeur
Une petite fleur

 

Cette fleur

Plus jolie qu’un bouquet

Elle garde en secret

Tous mes rêves d’enfant…

 

…L'amour de mes parents… - Petite fleur de Sidney Bechet

 

 

Petite fleur... les mots de Bechet, tels une ritournelle qui ne connaîtra aucune fin, si ce n’est la fatalité physique de la mort qui nous arrache aux gens que l’on aime. Petite fleur, immortelle, enracinée dans les souvenirs ressurgissant de l’enfance... Mathilde a besoin de nous raconter cette histoire qui, aux yeux de l’auteure, n’est rien de moins qu’une histoire d’amour entre la petite fille de jadis et son père. Cinquante ans après sa mort, comme un pèlerinage de mots et d’émotions, elle retourne sur les ruines du sanatorium d’Aincourt où il a fini ses jours, dans les années 30, atteint de tuberculose.

 

J’entends sourdre la mélodie de Bechet... « Elle garde en secret, Tous mes rêves d’enfant »... Les odeurs se sont effacées, pour mieux oublier, je suppose, mais il reste les images, les regards inquiets, les rêves bien sûr, nourrit d’espoir. Elle sortait à peine de l’enfance, ne comprenant pas bien toutes ces agitations autour d’elle, autour d’eux, ce grand vide, une nouvelle famille et ce que pouvait bien signifier un sanatorium. La tuberculose, les bacilles, le sang qui s’écoule de la bouche. Elle mettra des années à saisir l’ampleur de ces mots. Ce père qui ne sera plus jamais le même homme. C’est donc que là-bas, dans ce lieu que l’on nomme sanatorium, on devient quelqu’un d’autre? Tant de questionnements auxquels Valentine Goby nous amène à réfléchir : le sens de la famille, l’amour inconditionnel, les responsabilités de chacun quand la famille éclate. Mathilde, encore si petite pour tout porter sur ses seules épaules, rembourser les dettes, prendre soin de son petit frère, nourrir ses parents, sauver la maison de La Roche, hypothéquée, étudier et gagner sa croûte. Au milieu du tumulte, se faire discrète, invisible, rester tranquille, parce qu’il y a déjà suffisamment de soucis. Et sa sœur Annie, détachée de tout...

 

« Son ventre est une permission de repli supplémentaire contre lequel tout reproche se fracasse.

La grossesse est une île. »

 

J’entends sourdre la mélodie de Bechet...

 

« Dans mon cœur, Tu fleuriras toujours, Au grand jardin d'amour »…
 

Au café Le Balto, un homme souffle des notes dans un harmonica Hohner. C’était le bon vieux temps, le temps d’« avant ». Son harmonica posé sur une table basse, il prit Odile dans ses bras pour danser un slow. Sur le pont d’un paquebot...

 

« Une femme et un homme se mettent à danser. Serrés, sur leur bout de terrasse. C’est une salle de bal sur le pont d’un paquebot, on en oublierait presque les côtes manquantes, les lobes tranchés, les cavernes ouvertes, les bras quasi noirs du père et l’eczéma qui ronge sa peau… »

 

Sur mes vingt ans
Je m'arrête un moment
Pour respirer
Ce parfum que j'ai tant aimé

 

N'aies pas peur
Cueillie au fond d'un cœur
Une petite fleur
Jamais ne meurt

 

Merci mon sweet manU pour ce « roman solaire ». Mathilde est une femme forte et pleine de vitalité, comme je les aime. Elle avait besoin d’amour et de reconnaissance, du regard fier de son père. Je crois qu’elle l’a compris, un peu plus tard... 

 

Merci à Valentine Goby d'écrire d'aussi beaux romans qui me charment et m'enchantent <3 

Mon avis sur Le sorcier vert

 

Les avis de Nadège, Aifelle, Didi, Fanny et Jérôme

3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 13:37

 

 

« On peut tuer un être humain sans lui enlever la vie. »

 

Depuis la nuit des temps, les êtres humains « s’affrontent pour la possession des femmes, de l’argent, du pouvoir… ». Ils violent et tuent, sans trop de remords, voire aucun, guidés par cet élan collectif qui pousse les hommes à s’unir pour s’élever au sommet d’une folie meurtrière n’ayant de limite que la soif insatiable de violence. L’amour humain cherche à donner un sens, s’il en est un, à ces batailles qui ont rendu les hommes méconnaissables. En posant un regard cynique sur la vie et les individus qui peuplent le monde, et ayant comme toile de fond la guerre coloniale portugaise tel un prétexte à son exposé, l’auteur nous raconte avec sensibilité les peurs qui nous hantent, incontrôlables. La conscience de la mort, l’indifférence qui en résulte et l’amour maternel vers lequel l’âme cherche sans cesse à revenir, bulle de réconfort dans un monde dont les valeurs essentielles semblent s’être effondrées. Mais aussi l’amour des sens et des souvenirs doux qui apaisent les maux.

 

Deux russes et un jeune révolutionnaire angolais, Elias – alias notre héros - sont retenus prisonniers au fond d’une case, ce dernier gisant à moitié mort. La guerre coloniale portugaise de 1961 vient d’éclater. Vingt-cinq ans plus tard, il se souviendra de cette nuit de terreur à Lunda Norte, où il assistera au viol d’une femme Noire par des soldats de l’armée angolaise. Au milieu de l’horreur, le visage d’Anna...

 

« Sans l’amour qu’il lui portait, la vie n’aurait été qu’une interminable nuit. »

 

Il se souviendra de ses mains noires sur sa peau laiteuse. De ce train filant à toute allure à travers la taïga sibérienne, sa terre natale. Des nuits d’amour et de cette femme qui portera sur sa robe les senteurs de la nuit. C’était le hasard d’une rencontre lors d’une conférence sur le développement durable en Afrique. Dans cette foutue jungle, peu leur importait le regard des autres. Parce que l’amour humain est incolore...

 

Il découvrira la tendresse, la confiance et la peur, celle inhérente à la perte. Sentiment inaltérable, inévitable. J’ai été transportée par ce roman de Makine. Avec douceur, il a su allier la révolution à l’amour - ce qui en fait, à mes yeux, toute sa beauté. L’amour des sens, l’amour maternel et celui des souvenirs. L’amour des mots, l’amour des gestes et l’amour qui panse, qui occulte la haine. L'amour d'Anna et les odeurs de la nuit. L’amour universel...

 

L’amour humain selon Makine. Plus fort que toutes les guerres. Merci Bison :-*

 

« Le soleil de l’Afrique, un billet pour Cuba, de la neige à pelleter et une histoire d’amour ». T’avais raison, j’étais dans mon élément... :P

 

« Croyez-vous qu’après la victoire de la révolution les gens vont s’aimer autrement? »

24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 01:16

 

 

Un caleçon qui sèche, étendu sur un fil à linge. Une femme s’empare d’une pomme. Rouge. Le fruit défendu ? Déjà la voilà, elle apparaît, Anne Dorval alias Diane alias D.I.E.

La scène suivante, sa voiture se fait percuter. Elle sort, le front en sang, titubante.

A peine est-il commencé que le film balance déjà entre douceur et violence alternant les moments beaux et tendres avec les moments tendus à la violence verbale oppressante et à la violence physique latente. C’est un film fort et tellement terrible à la fois…

 

Bien vu pour la pomme mon kinG!

 

J’trouve que le génie de Dolan se situe là, dans sa capacité à nous faire pivoter d’une extrémité d’émotions à une autre. On se sent déstabilisé, perturbé même, constamment sur le qui-vive, dans l’attente ou l’anticipation de voir ses personnages basculer et nous entraîner dans leur chute. Ils sont intenses, torturés et expressifs, et quel sens de la réplique! On les ressent en perpétuelle crise identitaire, aux limites de toutes confrontations.

 

Mes auteurs fétiches réunis dans un même film! Tabarnak!!!!!!! (il ne faut pas se gêner pour mettre en valeur cette si belle expression issue du jouale québécois et qu’on doit bien entendre au bas mot une cinquantaine de fois durant le film. J’en connais un dont les majeurs ont dû frétiller de plaisir!) :D

 

Quels sont tes moments préférés ? Moi, j’en ai plusieurs.

 

Celui où Steve met un CD avec la chanson de Céline Dion, On ne change pas. Ils se mettent tous à chanter, même Kyla, et à danser. Comme souvent Dolan fait d’une chanson populaire, que certains prendraient plaisir à dénigrer, un moment fort, un moment de communion entre les personnages et les spectateurs. Et puis on a tous des chansons pourries qu’on a plaisir à réécouter, non ?

 

Celui où Kyla pète un plomb avec Steve. On la comprend… Suzanne Clément est excellente dans cette scène. Un peu comme cette scène dans Laurence Anyways où elle hurle sur une nana ! J’adore !

 

Celui où tout semble aller mieux enfin et que l’écran s’élargit. La taille de l’image choisit par Dolan contribue largement à l’ambiance oppressante du film. Mais très vite, l’écran se rétrécit à nouveau…

 

Hum mes moments préférés, j’en ai plusieurs aussi. J’aurais voulu le revoir pour pouvoir m’en imprégner à nouveau, mais je n’suis pas arrivée à l’trouver, mautadine! Je me souviens pourtant de la scène du caddie et de toutes celles, douloureuses, qui mettent en évidence une relation mère-fils faite de violence, d’incompatibilité à communiquer et de désespoir. Du début à la fin du film on ressent jusqu’au fond de nos tripes la douleur causée par les limites de l’amour maternel et les troubles de l’attachement. Kyla est là pour ramener un peu d’équilibre à travers le chaos. Femme énigmatique, étonnante et mystérieuse, superbement interprétée par Suzanne Clément.

 

Il n’en demeure pas moins que ma scène culte est celle sous l’air de « On ne change pas », je pourrais la regarder en boucle!!! Les trois acteurs sont extraordinaires mais Antoine-Olivier Pilon et Anne Dorval sont explosifs de justesse. J’adore le personnage de Steve et l’acteur qui l’incarne, impulsif, sensible, hyperactif, violent, le portrait type de l’ado TDAH. Et « Die », la mère dépassée, aussi intense que passionnée, excessive, passant du rire aux larmes, alternance entre amour et révolte. Mon actrice chouchou!!!

 

Ah Anne Dorval !!! <3 Impossible de conclure sans ajouter un mot sur elle. Si je trouve les trois acteurs formidables, pour moi elle explose dans Mommy !

Des film de Dolan aux Parents en passant par le Cœur a ses raisons, dans des registres donc totalement différents, chaque fois elle me donne des frissons.

Quel talent ! Quelle est belle ! Quelle est juste !

 

Anne Dorval est une Tabarnak de comédienne, esprit !!! ;)

 

« On ne change pas
On met juste les costumes d'autres sur soi
On ne change pas
Une veste ne cache qu'un peu de ce qu'on voit
On ne grandit pas
On pousse un peu, tout juste
Le temps d'un rêve, d'un songe
Et les toucher du doigt
»

 

 

Rendez-vous dans quelques temps pour les prochains blablas de manU et Nad !

 

 

 

 

 

C'est l’occasion de te souhaiter un tabarnak de JOYEUX ANNIVERSAIRE Bison !!! Sans oublier de t'offrir cette VIDÉO (CLICKER ICI) qui fait forcément frémir tes majeurs :P 

 

« Attaches ta tuque, tcheck ça ! »

« C’est notre trésor national esprit !!! » :D

 

« D’ailleurs, je me demande si, entre eux, ils se comprennent réellement » ptdrrrrrrrrrrrrrrrrrrr j’t’assure qu’entre nous on n’a pas besoin des sous-titres ... ^^

 

 

 

 

 

 

 

 

20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 00:37

 

 

Sur tes conseils, je suis allé voir Moonlight. Quel film étonnant mais quel beau film ! Ce qui m’a le plus marqué je crois, c’est le rythme. Cette lenteur, ce calme, alors qu’il s’y dit et s’y passe des choses terribles.

 

Crois-tu que la musique y est pour quelque chose? Cette musique je l’ai trouvé enveloppante, vraiment superbe. Une harmonie de douceur vive au milieu du tumulte. Il y a une force dans les notes qui désamorce le drame sans pour autant lui enlever d’importance, qui au contraire met en valeur toute la charge émotive contenue dans ce film intelligent et sensible. Poignant, intense, bouleversant…
Qu’est-ce qui t’a le plus touché durant ces deux heures?
 
Une musique enveloppante et néanmoins contrastée par rapport à ce qui est en train de se jouer.
Qu'est-ce qui m'a le plus touché ? Difficile à dire...
Sans doute ses rapports, compliqués, avec sa mère, cette femme complètement broyée par son addiction, leur impossibilité à communiquer, leur douleur, puis réaliser le paradoxe de la "voie" qu'il va finalement suivre.
 
Ça m’a fait mal cette relation avec sa mère, ce jeune homme introverti qui se cherche et qui n’arrive à trouver aucune réponse auprès d’elle. En ce sens j’ai trouvé le film humainement violent. Toute cette trahison, et l’oppression omniprésente du début à la fin, que la qualité des acteurs rend à merveille!
Certains diront que le thème principal du film porte sur l’homosexualité. Moi je crois que, plus fort encore, il y a la question de l’identité que chacun porte en soi, avec ses doutes et ses interrogations.
Toi, t’en penses quoi?
 
Dirait-on que le thème du film porte sur l’hétérosexualité si telle était l’orientation sexuelle du héros ? Je ne crois pas !
Pour moi, il est question de quête d’identité évidemment, et d’amour, amour au sens large.
L’amour un peu paternel d’un dealer envers un gamin paumé.
L’amour d’une mère pour son fils même si la route sera longue et l’issue incertaine.
Et enfin un amour passé sous silence, sous une chape de plomb même, avant de se révéler enfin…
 
J’suis d’accord avec toi et c’est pourquoi je le soulève, l’orientation sexuelle ne se catégorise pas plus qu’aucun sentiment humain, j’ai d’ailleurs toujours eu horreur des catégorisations qui nous ostracisent, c’est la forme la plus cruelle d’exclusion et d’intolérance. Si les gens ne nous rejettent pas pour nos choix, ils le feront sous d’autres couverts que sont ceux du racisme, des guerres de religion, de l’intelligence cognitive, des inégalités sociales etc
L’identité est un terme plus global et plus juste pour parler des émotions, de la recherche de soi et de son accomplissement. Pour parler de l’Amour...
 
J’t’offre un gros bol de crème glacée avec extra sirop d’érable mon kinG? (le popcorn c’est trop light et banal) :D
 
 
 

 

 
Rendez-vous dans quelques temps pour les prochains blablas de manU et Nad!
 
 
 

 

 

15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 18:20

 

 

Marianne ne se serait jamais doutée cette nuit-là que sa vie allait basculer. Qui peut seulement savoir ce qui l’attend? Petit train-train quotidien jusqu’au coup de fil qui vous brise à jamais. Son fils Simon est dans le coma. Les lésions sont irréversibles, il est sous assistance respiratoire, en état de mort encéphalique.

 

Je l’accompagnais ce soir-là, il faisait froid à crever, journée typique d’un février glacial. On venait de cirer nos planches et on partait pour un trip de surf. S’étaient joints à nous quelques amis de Simon, aussi enragés que nous pouvions l’être lui et moi. C’est ça avoir vingt ans, le cœur rempli de fougue et l’envie de repousser ses limites. Rien au monde ne nous aurait empêché d’aller affronter la vague, le « swell » comme on dit dans le jargon, genre de déferlante de Mavericks qui se produit au plus trois fois par année. Au retour, dans le van, c'était juste un peu passé Étretat et il se faisait tard. Tout s’est passé si vite, je cherche encore à comprendre. Un endormissement, une erreur de manœuvre, la seconde de trop où tout vole en éclat.

 

Marianne vit dans une autre temporalité. Le temps n’a plus de signification. Si elle pouvait seulement s’endormir et ne jamais s’éveiller. C’est une douleur insoutenable et innommable, le choc de l’impuissance, un état de désespoir. La pièce tangue. Je lui prends la main, pour peu qu’elle arrive à la sentir. Et je l’accompagne au chevet de Sinon. Ses yeux sont clos mais sa poitrine se soulève. Saleté de vie qui vous arrache à un bref instant d’espoir. Je suis forcée de lui dire qu’il respire artificiellement. Je voudrais n’avoir jamais eu à tenir ce rôle...

 

Je connaissais le synopsis de ce roman et je savais d’emblée que ce n’était pas le genre de lecture pour moi. Comme j’aurais dû m’écouter! Ça me bouleverse trop, ça me fait même mal en dedans, c’est ma fibre maternelle qui n’arrive pas à imaginer cette douleur. Je suis consciente du fait que l’auteure signe un très bel ouvrage avec ce livre, je n’ai juste pas l’objectivité ou le recul pour l’apprécier à sa juste valeur.

 

J’ai fait aussi l’erreur d’aller voir le film en cours de lecture, un excellent film par ailleurs, mais qui ne m’a pas donné envie de revenir vers le roman. J’avais déjà le sentiment d’avoir bouclé la boucle d’une histoire que je mettrais du temps à digérer, par le poids de son contenu.

 

Le livre en soi ne se réduit pas à une simple histoire de transplantation cardiaque. Bien au-delà, il y a une multitude de sentiments humains. Il y a le corps médical amené chaque jour à côtoyer la mort. Toutes ces vies tenues entre leurs mains et l’impuissance trop souvent ressentie. Il y a les questions délicates, comme celle notamment présentée dans le roman, d'aborder le don d’organe auprès d'une famille sous le choc, dans un délai que ne doit pas dépasser la survie de l'organe en question. Comment les proches peuvent-ils seulement l’envisager alors qu’ils n’ont pas encore réalisé que cette vie à laquelle ils tenaient leur sera arrachée à jamais?

 

Le cœur est bien plus qu’un organe vital, c’est aussi un symbole. Car c’est à travers lui que passe les sentiments humains…

 

« Enterrer les morts et réparer les vivants »

 

C'est le genre d'histoire qui vous bouleverse vous aussi?

 

Pour lire le billet de mon amie Nadège

 

 

 

13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 23:59

 

 

J.M. Coetzee m’a permis d’accompagner Michael K. en marchant sur les pas de son histoire. On le disait simple d’esprit, mais si vous voulez mon avis, il possédait une intelligence hautement supérieure à bien des êtres humains, celle des émotions. Elle l’aura menée à survivre en milieu hostile, égaré en plein cœur d’une zone de combat. Quand il habitait le Cap, en Afrique du Sud, il gagnait sa croûte en effectuant de menus travaux pour les parcs et jardins de son patelin, avant de devenir gardien de nuit aux toilettes publiques de Greenmarket Square. Il était alors confié à l’Institut Huis Norenius pour les hommes que l’on disait de « sa nature ».

 

Accompagné de sa mère mourante, qu’il transportera durant des km à bout de bras dans une charrette capitonnée de coussins et de couvertures, il effectuera une remontée vers le nord du pays jusqu’à sa ville natale, Prince Albert, dans le désert du Karoo. Il devra s’arrêter en chemin pour réchauffer ses mains engourdies. Une longue marche au terme de laquelle sa mère rendra l’âme – je ne dévoile rien, c’est écrit dans la quatrième de couverture. Son seul désir n’avait été de fuir la ville et la cruauté des hommes. Sa démarche fut celle d’une femme résignée à mourir auprès de ses souvenirs, emmêlée aux odeurs de la terre qui l’a vue naître. Si je vous dis que personne en chemin ne s’arrêta pour leur offrir de l’aide, serez-vous vraiment étonnés? Pas moi. Les gens meurent au coin des rues sans qu’aucune âme n’ose même porter le regard vers eux. Où est passée l’entraide? S’il fallait seulement que l’homme soit assez digne pour accepter de se mettre au même niveau que son prochain pour lui tendre la main, que serait le monde devenu…

 

Chemin faisant, il se fera prisonnier dans un camp de travail de Jakkalsdrif d’ il finira par s’échapper. Il aura mangé quelques jours de bouillie froide jusqu’à se demander, fort de son intelligence émotive, s’il ne serait pas là pour apprendre la vie. Il ne pouvait juste pas croire en la lâcheté des hommes. Durant des jours et des jours, il dormira sur un carton dans une ruelle, sous les ponts, au bord de la route, dans un fossé, une grotte, sous les étoiles. S’abreuvera de rosée et mangera des lézards grillés, des sauterelles et des larves de fourmis. C’est ainsi que Michael, mon héros, errera sur la route, affamé et pris de vertiges. Son corps tel un cadavre d’os saillants et de plaies ulcéreuses.

 

Il m’est constamment arrivé, durant ma lecture, d’être ramenée à La route de Cormac McCarthy. Dans un contexte politique et géographique complètement différent, évidemment, mais pour la part de survivance auxquels nos courageux personnages sont confrontés. Dans un cas comme dans l’autre, l’humanité a disparu. Michael vous dirait que l’apocalypse est aussi ce monde dépourvu d’humanité et de sensibilité dans lequel il aura tenté par tous les moyens de survivre. Mais rien n’arrêtera un être humain dans sa quête, aussi solitaire soit-il. Il en faut du courage. À mes yeux, c’est ça être un Homme.

 

Première rencontre avec cet auteur sud-africain. Un jour, je relirai ce roman…

 

« Quel dommage que pour vivre en des temps comme ceux-ci, un homme doive être prêt à vivre comme une bête. Un homme qui veut vivre ne peut pas vivre dans une maison où il y a de la lumière aux fenêtres. Il doit vivre dans un trou et se cacher pendant le jour. Pour vivre, il faut qu’il ne laisse aucune trace de sa vie. Voilà où nous en sommes arrivés. »

 

Pour lire le billet de Eeguab c'est ICI

9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 22:14

 

 

J’ai lu Album d’un bout à l’autre, dans un grand souffle, l’âme emportée par les vents vifs de l’Islande, étourdie par tant de beauté. On traverse les étendues sauvages de ces pages comme on le ferait d’un album photos, d’une suite d’instantanés et de parcelles de vie captés sur le vif et chargés d’émotions.

 

Une jeune islandaise se remémore ses souvenirs d’enfance, tantôt pétillants, tantôt nostalgiques, toujours authentiques. Elle nous les livre avec spontanéité et naturel, des étoiles dans les yeux et débordante d’amour, d’une reconnaissance infinie pour cette Île qui l’a vu naître. Album est un battement de cœur, une aurore boréale, une danse du ciel en mille couleurs nostalgiques.

 

C’est une ferme de campagne et un champ de moutons, une grande étendue sauvage de lichens et de lave. Une grotte dans la montagne et des centaines de villages de pêcheurs. C’est un phare à l’appel des marins, un monastère, des tempêtes de neige, beaucoup de vent et du blizzard. Une eau de vie pour se garder au chaud. Des chevaux sur le flanc des falaises, un phoque sur un glacier et le galop des rennes. De jeunes filles aux longs cheveux blonds comme le soleil. Crayons gras, cubes de bois, jeux de mots et devinettes. Un rouleau de réglisse, des sucreries, des carrés de chocolat, l’art de croquer dans une pomme.

 

C’est une enfant espiègle et futée, remplit d’humour, qui a vécu de rêves et de désillusions, de peurs et d’éclats de rire. Jeune fille forte face aux remous de l’enfance. Confrontée à une mère que l’on qualifie de putain et lourde de ses confidences d’adulte. Devant s’adapter à une nouvelle famille, à la perte et l’insécurité. Son récit m’a touchée, c’est un vent de fraîcheur, de celui propre aux âmes épurées et saines. Un flot de superstitions et de commérages. Un voyage en Islande <3

 

C’est un superbe Album...

 

Merci Jérôme d’avoir fait voyager ce beau livre vers chez moi, je me suis régalée... :-*

 

**********************

 

Contourner les fumerolles, retenir son souffle

 

 

Vouloir vivre dans une maison au toit recouvert d'herbe

 

 

Tomber en amour avec les moutons...

 

 

 

Écouter le chant du cratère et de ses colonnes de basalte

 

 

Chevaux sauvages, vivre en toute liberté

 

 

Qu'importe le chemin, l'important est d'y arriver 

 

 

Marcher sur la lave, atteindre le volcan

 

 

Se rendre à bon port et vivre sa vie...

 

 

 

9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 21:43

 

L'âne à Tommy, of course :D))

 

 

ANNIE

 

Pour ne pas prendre ce risque

d'être moins cru en disant plein le dos

je dirai qu'Anne en a plein le cul

de tant d'années chargées d'études

dans un institut d'Asnières* :

Annie erre

puis se fait preneuse de son au cirque Pinder!

Là, elle a droit à quolibets et sarcasmes:

Est-ce ânerie qu'Anne pleure

ou est-ce quand Anne rit que l'âne pleure;

mais quel âne rit?

L'âne à Tommy ami d'Anne

Là une question m'habite:

L'anatomie d'Anne est elle comparable

à celle de l'âne à Tommy !

où le bât blesse, c'est que selles

les plus à cheval sur les principes

ont répondu franchement oui!

Alors Anne lasse braiment lasse

des quolibets et des sarcasmes

changea son sinistre prénom et

d'Anne se fit Annie fit au lit braire:

Finie la tête de mule, bonjour la tête d'émule

la tête de turque car dans la trappe Annie GO!!!

Ânesse ce bien raisonnable?

 

Annie Go à nigauds ?

Annie bar à nichons

Annie bas ni longs et talons

Annie barre Jo un nigaud beur!

Annie habite à Nice, Annie à rats

à rats nationaux paraît-il

là, une question m'habite: A Nice,

est-ce qu'Annie a l'anus anisé?

à n'user que si on s'insère

sincèrement je préfère

les sucettes à l'Annie!

mais les sucettes à l' Annie collent

je préfère les crêpes suzette à l'anis

de la Nicole une vieille amie d'école!

que nenni Annie croche accrochée

à l'âne us et coutumes amusés

c'est con ne badine* pas avec Annie!

moi sans entrain je dis au passage

Annie vaut mieux que tout ça!

 

Annie dieu ni mettre

God et Michet à nichons

n'a ni gode ni godet à godiche

ah nigaude à nigauds à gogo

oh my Gode à qui à ni ni à Ninon?

Annie nie que nenni, honnit God

God blesse you and gode save the queen!

Annie oui à Ninon ni non à Michet

nie god, et Michet alors?

là une question m'habite:

adieu godemichet ou à dieu alors?

Les nigauds niaient

Annie n'y était plus,

s'exila au Japon

à nid doux à nippons

des oeufs bien fripons!

Annie nie que nenni:

que nid pond qu'Annie pond!

 

Annie mal dans sa peau

ce mâle qui lui colle à la peau

manque de pot à n'y plus rien piger:

ânon pas ça encore

bande de peaux de vaches

Annie vaut mieux que tout ça:

vaudeville ou veau des champs?

au diable veaux, vers vomissants

par dépit Annie s'envoie un panini

sans voix même Annie en rit

Henri? la question m'habite:

Annie mâle alors?

Annie nie, que nenni

c'est des trucs à nigauds

nigauds et lents d'esprit

ni go et l'êtes vous oh si!

nigauds ni égaux sans ego à gogo!

 

Annie entre en transe sans frapper

Annie danse c'est Annibal masqué,

qu'Annie balance son corps dense

tous les nigauds à croquer s'en balancent!

Annie rentre à Nice

amulette au cou et mules aux pieds

Annie verse, sert anis sans eau

elle est folle à nier car à Nini

à Ninon , Nicolas et Nicole lasse, Annie nie.

alors Annie, ou Anne est ce toujours?

Quittant Nice Annie à Nîmes part

pleine d'entrain entre en Gard*

là Annie anime une lingerie féminine

beau nez blanc, blancs bonnets à dessein

car Annie a des seins animés !

dessous chics et dessus choque;

Ah non, ça va pas recommencer!

Faisons plutôt une partie de boules

on va peut-être la baiser la Fanny*

la question qui m'habite!!!

 

JC.ELOY 30/04/2005

(Number one mangeux de poutine) :-*

Bisous baveux xxx

 

* à la pétanque baiser Fanny c'est perdre la partie par 13 points à zéro.

* badine: femelle du bardot de la famille des équidés

*Asnières ville de la banlieue parisienne

* Gard: département français préfecture Nîmes

4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 00:07

 

 

« Le pire, dans l’enfance, c’est de ne pas savoir que les mauvais moments ont une fin, que le temps passe. Un instant terrible pour un enfant plane avec une sorte d’éternité, insoutenable. »

 

Rahhhhhhh je me suis encore fait avoir par David Vann!!! (sourire)

 

Pourtant, concernant ce roman j’avais lu quelques avis mitigés, que venaient confirmer un début de lecture un peu cahoteux. Comparativement à ses autres romans, j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire avec la même fougue. Le rythme est lent. Il y a quelques longueurs jusqu’à la moitié du livre, même si je trouve l’idée absolument géniale d’associer le monde marin à l’âme humaine. Il faut dire que je m’attendais d’emblée à être submergée de plein fouet dans un univers tout ce qu’il y a de plus noir - cet univers unique auquel l’auteur m’avait habituée - de ressentir un malaise, une plongée en apnée, malsaine et violente, dans laquelle je me débattrais en eau trouble et qui me terroriserait juste assez pour passer quelques nuits blanches. J’exagère à peine. J’ai eu du mal à me remettre de son Sukkwan Island, que j’ai ADORÉ par ailleurs! Chemin faisant, l’histoire progresse, les nuances s’affinent de détails multiples, longue évolution vers des personnages qui s’intensifient et se précisent dans leur personnalité. Et là, sans qu’on ne le voit venir, c’est le point de rupture et tout bascule. JUBILATION! Je venais de retrouver David Vann dans toute sa « splendeur », explorant les limites de l’homme, cette immersion de l’autre côté du mur, Dark side of the moon, une noyade de la psyché sur des vagues d’émotions qui auscultent les dérives de la folie. Quel génie!

 

Caitlin, 12 ans, vit seule avec sa mère dans une vieille bicoque de Seattle. La peur au ventre de la perdre, elle fait des cauchemars. Chaque soir après l’école, elle se rend à l’aquarium et admire les poissons à travers l’épaisse vitre, lieu de recueillement et bulle de réconfort. Elle y rencontre un vieil homme, étrange personnage qui ressemble à un poisson-grenouille à trois-tâches, avec ses cheveux, ses vieilles mains usées. D’ailleurs, les hommes adoptent un peu les mêmes comportements que les poissons, pour peu qu’on prenne le temps de les observer. Enfouis sous la roche, à l’abri du monde marin, ils se protègent. Certains, comme l’hippocampe, ont l’avantage d’avoir une armure. Et nous, n’avons-nous pas cette même carapace nécessaire à notre survie? Ces mécanismes de défense qui nous isolent en plein cœur des eaux agitées. Leur aquarium est notre maison. Aux heures de remous intérieurs, des vagues à l’âme aux violences du spleen, on s’accroche. Vagues fragiles et dévastatrices. On se brise mais on survit.

 

Dans Aquarium, David Vann confronte le lecteur à certaines questions essentielles, voire existentielles. Qu’est-ce qui fait de l’homme un être humain? Quelle est la part d’héritage dans les séquelles d’amour? Sommes-nous perméables ou non aux traumatismes de l’enfance, et qu’est-ce qui fait que certains le sont plus que d’autres? Il explore également, avec une finesse incroyable, le manque sous toutes ses formes, l’absence, l’incapacité de revenir en arrière, la sécurité affective et le pardon. Les séquelles de la guerre et l’homosexualité. Enfin, la relation mère-fille est au cœur du roman, avec ses élans violents, ses culpabilisations, son dégoût, sa haine et sa rage. L’aquarium est un rempart efficace à la survie de l’âme, mais à tout moment, il pourrait se briser en mille éclats...

 

« Comment recolle-t-on les morceaux d’une famille ? »

 

Lire l'excellent billet de Guillome

 

Et celui de Fanny

 

Mes billets sur Sukkwan Island et Désolations

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