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9 juillet 2022 6 09 /07 /juillet /2022 08:49

Lieu : Congo

Lever du soleil : 6h07 | Coucher du soleil : 18h00

Décalage horaire : +5 heures

Météo : 30 degrés C, 65% d'humidité

Latitude : 0° 39' 38.08" N | Longitude : 14° 53' 47.69" E

Musique : Black Bazar - Alain Mabanckou

Un Verre au Comptoir : Une Ngok congolaise bien fraîche

 

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Viens, assieds-toi, prends-toi un tabouret, je t'offre une bière, tu veux ? Presque minuit, l'heure des chauves-souris et des chats gris qui fouillent dans les poubelles de ce boui-boui. Viens, n’aie pas peur du noir, j'aime la pénombre, ça dissimule ma tristesse. Qu'est-ce que tu prends ? Une Sierra Nevada, jolie. Le silence s'installe autour du comptoir, un instant évaporé loin du brouhaha de la piste de danse où les gazelles noires, de leur pagne coloré, bouge leur arrière-train de façon provocante, ces filles habillées comme si elles n'étaient pas habillées, on voit tout gratuitement, mais je ne vais pas m'étaler ici, autrement on va encore dire que moi j'exagère toujours et que parfois je suis impoli sans le savoir...

Tu veux une deuxième bière, mon histoire est longue et parler me donne toujours soif, à croire que mes mots viennent du désert. Pas si longue que ça, quoique ça fait longtemps que je n'ai pas revu mes cours d'anatomie, non mon histoire dure trois jours. Tu t'en souviens toi, de ces trois longues journées du samedi 19 mars 1977 au lundi 21 mars 1977. Oui, je vois, tu y étais aussi. A Brazzaville ? Moi, j'étais à Pointe-Noire, fier de mon uniforme d'écolier, de mes baskets à la mode Bruce Lee et de ma chemisette à l'effigie de notre bon camarade président Marien Ngouabi. Je me souviens que Papa Roger écoutait, sous le manguier, La Voix de la Révolution Congolaise, une bouteille de vin rouge à ses pieds. Maman Pauline devait préparer à manger, peut-être qu'elle faisait ses beignets, recette appliquée de cette jeune béninoise qui les vend aux abords du marché. Mais depuis plusieurs heures, il ne passait que de la musique soviétique. Alors de son Grundig Papa Roger est passé sur La Voix de l'Amérique, parce qu'il est bien connu que l'Amérique sait ce qui se passe parce qu'elle a des espions partout. C'est là qu'on a appris que notre bon camarade président Marien Ngouabi s’est fait lâchement assassiner à 14H30, une heure où la sueur dégouline pour qui ne fait pas la sieste... et que Papa Roger a recraché son vin rouge...

Je veux bien d’une Ngok congolaise bien fraîche et comme je n’ai pas peur du noir ni même du silence, je m’attarderai dans cette gargote en mémoire à notre célèbre Robinette et son verre cassé. Ah cette Robinette, un délice, quelle grâce ! À mon corps défendant je dois quand même dire qu’il m’a manqué dans ce livre les odeurs du Congo, de Brazzaville et son quartier de Bacongo, la terre natale de Mabanckou. Et tout ce que l’Afrique évoque de saveurs, d’odeurs, de couleurs, comme ces jolis boubous. Ça me dirait bien d’en porter, même si en passant par la ligne orange du métro, direction McGill, je détonnerais un peu, mais qu’importe. Hum et les odeurs alléchantes de fumée dans la bicoque de maman Mabanckou, le porc et le manioc cuit à l’étouffé dans des feuilles de bananiers. Danser le ndombolo jusqu’aux petites heures du matin, soukous, mamba, eyenga en lingala, festoyons ! Et rendre hommage à Martin Luther King Jr., à son épique discours, le plus grand des grands : I have a dream today… Je l’écoute en boucle depuis des années, épique ! Presqu’autant que SOYCD. Mais là je m’égare dans les effluves de ma Ngok…

Notre cher Alain vit désormais au centre de Los Angeles, du moins à l’époque du livre. Je l’écoute me parler de son Amérique, son Hollywood, regorgeant de descendants de migrants : Natalie Portman, Nicole Kidman, Charlize Theron et les belles de ce monde. Il me parle aussi des écrivains qu’il admire, James Joyce, Jorge Luis Borges, Bertold Brecht… Ernest J. Gaines, ce vieil homme de la Louisiane, auteur afro-américain et de son célèbre Dites-leur que je suis un homme. J’ai aimé ce livre plus que tout ! Et Malibu Beach, l’une des plus belles plages de l’océan Pacifique, je m’y suis baignée il y a quelques années, je n’ai pas croisé Pamela Anderson ni même Jeremy Jackson. C’est dommage quand même…

Il vit là-bas sous un climat tempéré, qui s’apparente à son Afrique natale, le soleil, les vagues. Il dira que Santa Monica occupe la même place dans mon cœur que ma ville congolaise de naissance, Pointe-Noire. C’est une petite Afrique sans Noirs. J’aime aussi l’entendre parler de sa rencontre avec un clochard africain. De son voisin coréen Chin-Hae. De son balcon avec vue sur les palmiers, où il écrit, une photo de Cassius Clay alias Ali fixée au mur… Float like a butterfly, sting like a bee. De son amie écrivaine danoise Pia Peterson.

Mais lorsqu’il me parle du Circle Bar, mes papilles sont en effervescence et c’est le moment choisi pour me reprendre une Ngok bien fraîche, mon âme envolée vers les terres congolaises qu’il me tarde de découvrir, un jour…

Mais ce soir, loin du Santa Monica Beach Club, le Congo a peur. La radio ne le dit pas mais je le sens dans les yeux de Maman Pauline ou la sueur de Papa Roger. Dans la rue, les cris des enfants en train de jouer ont été remplacés par des tirs de kalashnikov. D’ailleurs, il n’y a plus d’enfants. Plus aucun klaxon venu claironné à la nuit tombée ; Il n’y a plus de voitures non plus, sauf des convois militaires ou miliciens venus ramassés des individus apeurés ou des corps fusillés. Même dans les bars où les plus belles femmes noires s’assoient attendant qu’un vieux aux cheveux gris vienne lui poser sa main sur sa croupe en lui demandant ce qu’elle boit, ces corps d’ébène se retrouvent figés dans la stupeur et la tristesse. Ils ne bougent plus alors qu’un corps comme ça, luisant de sueur et de chaleur, est fait justement pour faire pétiller le regard des messieurs mais je ne vais pas m'étaler ici encore une fois, autrement on va encore dire que moi j'exagère toujours et que parfois je suis impoli sans le savoir... Alors j’allume une dernière fois la radio, fini les beaux discours, place à la musique. Et là, je revois enfin le sourire de tous ces beaux culs danser devant mes yeux.

 

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« I have a dream that one day this nation will rise up and live out the true meaning of its creed: "We hold these truths to be self-evident; that all men are created equal."

I have a dream that one day on the red hills of Georgia the sons of former slaves and the sons of former slave owners will be able to sit down together at the table of brotherhood.

I have a dream that one day even the state of Mississippi, a state sweltering with the heat of injustice, sweltering with the heat of oppression, will be transformed into an oasis of freedom and justice.

I have a dream that my four little children will one day live in a nation where they will not be judged by the color of their skin but by the content of their character.

I have a dream today.

I have a dream that one day down in Alabama, with its vicious racists, with its governor having his lips dripping with the words of interposition and nullification, that one day right down in Alabama little black boys and black girls will be able to join hands with little white boys and white girls as sisters and brothers.

I have a dream today.

I have a dream that one day every valley shall be exhalted, every hill and mountain shall be made low, the rough places will be made plain, and the crooked places will be made straight, and the glory of the Lord shall be revealed, and all flesh shall see it together.

This is our hope. This is the faith that I will go back to the South with. With this faith we will be able to hew out of the mountain of despair a stone of hope. With this faith we will be able to transform the jangling discords of our nation into a beautiful symphony of brotherhood.

With this faith we will be able to work together, to pray together, to struggle together, to go to jail together, to stand up for freedom together, knowing that we will be free one day.

This will be the day when all of God's children will be able to sing with new meaning, "My country 'tis of thee, sweet land of liberty, of thee I sing. Land where my fathers died, land of the Pilgrims' pride, from every mountainside, let freedom ring."

And if America is to be a great nation, this must become true. So let freedom ring from the prodigious hilltops of New Hampshire. Let freedom ring from the mighty mountains of New York. Let freedom ring from the heightening Alleghenies of Pennsylvania.

Let freedom ring from the snow-capped Rockies of Colorado. Let freedom ring from the curvaceous slopes of California. But not only that; let freedom ring from the Stone Mountain of Georgia. Let freedom ring from Lookout Mountain of Tennessee.

Let freedom ring from every hill and molehill of Mississippi. From every mountainside, let freedom ring.

And when this happens, and when we allow freedom ring, when we let it ring from every village and every hamlet, from every state and every city, we will be able to speed up that day when all of God's children, black men and white men, Jews and gentiles, Protestants and Catholics, will be able to join hands and sing in the words of the old Negro spiritual, "Free at last! Free at last! Thank God Almighty, we are free at last!" »

Martin Luther King's - I have a dream speech August 28, 1963

 

 

 

Nos lectures :

 

« Les cigognes sont immortelles (clicker) » - Alain Mabanckou

et

« Rumeurs d’Amérique » - Alain Mabanckou

 

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 Modogo Abarambwa, Alain Mabanckou, Sam Tshintu

 

CLICKER POUR ÉCOUTER

 

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Les Escales

Un trip littéraire composé à 4 MAJEURS (CLICKER)

 

Prochaine escale : la Finlande

15 avril 2022 5 15 /04 /avril /2022 13:58

Lieu : Vietnam

Lever du soleil : 5h38 | Coucher du soleil : 18h16

Décalage horaire : +11 heures

Météo : 25 degrés C, nuageux

Latitude : 14.0583° N  | Longitude : 108.2772° E

Musique : Dang Thai Son plays Chopin - live recital 1985

Un Verre au Comptoir : Un sinh to bien frais

 

 

 

 

 

« Depuis tout ce temps je me disais que nous étions nés de la guerre, mais je me trompais, maman. Nous sommes nés de la beauté. Que nul ne nous confonde avec le fruit de la violence-mais cette violence a beau avoir traversé le fruit, elle n'a pas réussi à le gâter. »

 

Si je t’écris cette lettre, aujourd’hui, c’est avant tout par besoin de mettre en mots notre histoire familiale. J’ai mis du temps à la retracer, mais encore davantage à l’intégrer à ma chair qui porte en elle l’héritage des blessures qui m’ont été transmises. J’ai compris, maman, que les tiennes te venaient d’une mère traumatisée par les bombes ennemies au Vietnam, que grand-mère et toi avez toutes deux été hantées par la guerre et les camps philippins vous retenant en otages avant de migrer dans le Connecticut. Que vous avez fui, avez connu l’horreur, l’indescriptible, l’exil, le déracinement…

Je t’écris cette lettre sachant que tu ne la liras jamais, puisque tu es analphabète, en cela les mots sont un témoignage, écrit avec sincérité, de l’histoire qui me lie à la fois à mes ancêtres et à l’homme que je suis devenu, dans une société me torturant chaque jour par son intolérance.

Si je t’écris cette lettre, c’est pour me libérer et m’éloigner du passé, en venir à comprendre tes poings de jadis sur mon corps d’enfant. Pour saisir ta rage, les douleurs atroces en toi qui te poussaient dans de tels élans de colère et de violence parfois. Et puis, malgré tout, je n’ai jamais pour autant cessé de t’aimer. Ces derniers mots, je te les prononcerai de vive voix…

Si j’écris ce livre, aujourd’hui, c’est avant tout pour témoigner, pour partager, pour mettre des mots sur les maux d’un peuple. J’ai quitté ma terre, un jour, une nuit, mais elle ne me quitte pas. Je suis parti, j’ai Visité d’autres lointaines contrées, mais je reviens toujours à ce Vietnam natal. Dès que je sens l’odeur d’une soupe tonkinoise, je reVis, Vi c’est d’ailleurs mon prénom, Vi comme dans inVisible et aussi un peu comme dans Vie, car après tout il est question de Vivre en dehors de son passé, de ses racines surtout. 

Si j’écris un peu de mon histoire, c’est pour te faire découvrir la personne que je suis. Enfouie dans un passé que j’ai fui, je replonge dans les souvenirs, les odeurs de la mémoire. J’entends des rires d’enfants jouant à la marelle dans la ruelle. J’entends des bombes venant s’écraser dans le jardin de ces mêmes enfants. J’entends et je reVis la sombre histoire de mon passé.

Et je respire la chaleur de cette soupe tonkinoise avec ses petits légumes taillés finement. Un mélange de citronnelle et de ciboulette s’échappe de la cuisine itinérante de mon esprit. Je revois ma mère, ma grand-mère, toutes trois attablées, préparant le repas dominical. J’avais huit ans quand la maison a été plongée dans le silence.

 

« J’écris parce qu’ils m’ont dit de ne jamais commencer une phrase par “parce que”. Mais je n’essayais pas de faire une phrase – j’essayais de me libérer. Parce que la liberté, paraît-il, n’est rien d’autre que la distance entre le chasseur et sa proie. »

 

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Nos lectures :

 

« Vi » CLICKER  Kim Thuy

et

« Un bref instant de splendeur » - Ocean Vuong

 

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Dang Thai Son plays Chopin - live recital 1985

 

 

ICI POUR l'ÉCOUTER

 

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Merci ma Lili de m’avoir fait découvrir ce livre MAGNIFIQUE <3

 

 

Les Escales

Un trip littéraire composé à 4 majeurs

 

Prochaine escale : le Congo

5 septembre 2021 7 05 /09 /septembre /2021 16:49

Lieu : Cagliari - Italie

Lever du soleil : 6h57 | Coucher du soleil : 19h48

Décalage horaire : +6 heures

Météo : 27 degrés C sous les nuages

Latitude : 39.2238°  | Longitude : 9.1217°

Musique : Adagio d’Albinoni

Un Verre au Comptoir : Prosecco de la King Valley

 

 

 

« Faire semblant, ça non, mais tu sais ce qui est arrivé à ta mère? Elle s’est sentie trop petite par rapport à ce qui se passait dans sa vie, je parle de cette histoire de ton père avec l’étudiante. Parfois, la vie est trop grande pour nous. Alors, comme font les enfants, elle a pleuré de désespoir jusqu’à en tomber d’épuisement, et elle ne s’est toujours pas réveillée. Et à mon avis, elle a bien fait. »

De la fenêtre, vue azuréenne sur la Méditerranée. Une eau, un ciel, tous deux parés d’un bleu magnifique, aussi bleu que le bikini éclatant de Francesca et d’Anna. En bon pervers, je les mate toutes deux, le sourire enfantin, l’insouciance dans le blanc des yeux, le regard de défi perpétuel... En face, l’île d’Elbe, une terre de vacances juste à côté, mais pourtant si loin des habitants de Piombino. Une barre d’immeubles, gris sale et à la fenêtre un bon père qui mate aux jumelles cette plage où la jeunesse de cette cité industrielle s’échappe. Pas voyeur, non. Lui, il rage, il enrage de voir sa fille habillée comme une pute. Ça va cogner à son retour, hé oui, y’a des types comme ça.

Même immeuble, autre étage, et donc autres mœurs, une mère qui enchaîne les heures de taf à l’hôpital, au lieu de s’occuper de la marmite, un père dont l’absence et la fidélité laissent entrevoir un nouveau beau portrait de famille. La fille, elle, est à la plage, bikini magnifique. Je l’ai déjà dit ? De quelle couleur ? Pervers, je suis. En attendant, pour me remettre de ces émois, celle d’une vue sur la mer, le silence des vagues, je rêve de spaghettis alle vongole... Je les prendrais al dente, avec un verre de Greco di Tufo, l’âme portée sur l’île d’Elbe, au loin la Sardaigne, au premier plan les premiers bikinis de l’été.

De la fenêtre de mon appartement où j’habite un petit entresol obscur côté rue, j’ai vue sur le stationnement. Ce n’est pas le paradis cinq étoiles et je n’entrevois aucunement la mer, ne serait-ce qu’infiniment, par un quelconque interstice. Mais mon bonheur me vient d’ailleurs, ou plutôt, il m’est venu au contact de Mr. Johnson, le voisin du dessus. À vrai dire, cette joie ne m’habitait pas d’instinct depuis que papa est mort et que maman a perdu la tête. Ce sont mes grands-parents maternels qui ont d’ailleurs acheté cette unité, prétextant que la mer me ferait du bien. Et j’y viens depuis l’âge de dix ans, depuis cette « catastrophe » qui a noircit le ciel de mon enfance. 

Même immeuble, autre étage. Face à la mer dans son appartement cossu de Cagliari qui occupe la totalité du dernier étage, j’ai reconnu sa sincérité au premier regard. J’ai commencé à faire des ménages chez lui, car Mr. Johnson a le moral dans les chaussettes du haut de ses soixante-dix ans. La première fois que je l’ai vu, il avait l’air d’une épave que la mer fait échouer sur les berges de Sardaigne. Lacets défaits, chaussettes dépareillées et vêtements déchirés, je voyais déjà à quel point cet homme est bon, à quel point les apparences sont trop souvent trompeuses. Mr. Johnson est un authentique qui ne cherche à plaire à personne sinon qu’à son public d’autrefois, car Levi fut un célèbre violoniste. À son contact, c’est toute ma vie qui a basculé. Je me suis remise aux spaghettis alle vongole, à la zuppa Gallurese, au pane carasau... Signore quanto è buono!!!

« J’aime le parfum du basilic, l’odeur des omelettes et des bouillons de légumes, celle du pot-au-feu ou des gâteaux pour le petit déjeuner. Anna descend de l’étage du dessus vers neuf heures du soir, Natasha et elle dînent et, s’il y a encore de la lumière dans ma cuisine, Anna se met à la fenêtre et me demande : « Unu zicchedd’e suppa? Pasta cun bagna? Culingionis? »

Respire ces odeurs sensuelles, celle des herbes fraiches qui s’échappent de la marmite, celle du linge étendu à la fraicheur d’un toit d’immeuble, celle de la jeunesse, encore fraîche, dont les rêves s’envolent sous d’autres cieux, un ciel bleu qui se voile d’une colonne de fumée de l’aciérie locale. Tous les regards, lorsqu’ils ne sont pas plongés dans l’azur de la Méditerranée se tournent ainsi vers cette longue cheminée qui découpe verticalement le paysage. L’aciérie est le poumon de Piombino, cette ville sidérurgique si triste aux abords de la côte. On respire son parfum, un mélange de tristesse et de dégoût par moment, qui tranche avec le fumet des mamas italiennes et le sourire des prostituées. Ménagères ou putes, l’avenir tout tracé de ces deux adolescentes dans ce pays d’effluves ensoleillées et d’acier. Respire et ferme les yeux un instant, les embruns iodés se mêlent au parfum de la pasta, le soleil chauffe les barres d’immeuble. Le regard posé sur l’horizon, ligne horizontale de nuances de bleu, une barque sur l’océan. Une goutte, un verre, un océan…

Je me laisse emporter par ces vagues d’émotions, des remous azurs aspirant tous mes sens, danse du vent dans mes cheveux défaits. Sens dessus dessous. J’entends au loin des murmures, des voix, des cris aussi, mille idées qui s’entrechoquent, s’opposent, des langues qui s’allient, se délient, des échos d’italien et de sarde. On partage des secrets mais certains sont muets. On s’aime, on se déchire, on se trahit, on se réconcilie, on se juge et on se comprend, on s’éloigne et on se rapproche, on se laisse découvrir ou on s’isole. On guérit de nos maux. Ou non. On se sépare, on s’aime à nouveau et on se déteste. On apprend, surtout, à vivre au jour le jour. A humer le parfum des quotidiens pluvieux et à s’en faire un bouquet. Je suis malade du cœur, au sens propre comme au sens figuré. Mais je me laisse emporter, par la douceur des heures qui défilent, et je suis sens dessus dessous…

« Vous voyez comme elle était belle, Madame Rosa, avant les événements. Vous devriez vous marier. »

-Je l’aurais peut-être épousé il y a cinquante ans, si je la connaissais, mon petit Mohammed.

-Vous vous seriez dégoûtés l’un de l’autre, en cinquante ans. Maintenant vous pourrez même plus bien vous voir et pour vous dégoûter l’un de l’autre, vous n’aurez plus le temps. » - Citation de Romain Gary en début de roman

 

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Nos lectures :

 

« D'acier » CLICKER - Silvia Avallone   

et

« Sens dessus dessous » - Milena Agus

 

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l'Adagio d’Albinoni a accompagné ma lecture, pour des raisons de coeur

Pour toi, Mance <3

ICI POUR l'ÉCOUTER, SILENCIEUSEMENT

 

Le pavot bleu des Jardins de Métis

 

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Merci BISON (CLICKER) d’avoir partagé ce voyage en Italie, avec tes sabots plein d’poussière galopant dans les îles italiennes, flairant le bon vin…

 

Et merci à toi mon sweet manU de m’avoir offert ce livre, dédicacé par l’auteure <3

 

Les Escales

Un trip littéraire composé à 4 majeurs

 

Prochaine escale : le Vietnam

 

30 juin 2021 3 30 /06 /juin /2021 00:46

 

Sauveur St-Yves, psychologue antillais que l'on imagine aussi lumineux qu'infiniment attachant, il vous donnerait envie de vous allonger sur son divan et de vous épurer l'âme. Il reçoit dans son cabinet des enfants et ados aux maux de toutes sortes, des consultations que son fils Lazare épie parfois à travers la porte close. Je suis complètement accro! Aux jeunes patients avant tout, à leur Sauveur de psy, aux rires et aux maladresses des uns et des autres, aux hamsters bien sûr, c'est attendrissant et rafraîchissant, je ne peux plus m'en passer! Aussi bon que de laisser fondre en bouche un carré de chocolat...

Ces livres te font le même effet mon kinG?

Complètement! Je dirais même que j'ai l'impression de retrouver des amis ou des membres de la famille chaque fois que je me plonge dans un nouveau volume. J'ai englouti les 3 premiers volumes à la suite et chaque fois, je me jette avec ferveur sur le dernier. Quelle chance tu as, il t'en reste tant à découvrir! Et tu vas voir, tu n'es pas au bout de tes surprises! Il s'en passe des choses au 12, rue des Murlins...

Je débute la saison 3, c’est du bonbon tant c’est bon! Ah pour ça, oui! On revisite en lecture un parent, un frère, une nièce, un neveu, qui sait, on se revoit à un certain âge. Ces livres sont une bouffée d’humanité, d’humour, de tendresse aussi, des sentiments qui apaisent les maux de vivre. Une gamme de personnages, tous aussi humains les uns que les autres, faisant face à la dépression, au divorce des parents, à des phobies scolaires, à l'automutilation, à une reconstruction familiale complexe, aux défis de la vie de couple et familiale, à Ella qui souhaite devenir Elliot, aux relations parents-enfants, à toutes sortes d’addictions, des bonbons Haribo au World of Warcraft, la liste est infiniment longue, à l’image des maux de la société! C’est du quotidien et c’est infiniment bien raconté!

Qu’est-ce qui t’a particulièrement touché, toi? Une histoire, certains personnages?  

Difficile à dire, c'est un ensemble, c'est un roman choral. Je crois que je les aime tous un peu de manières différentes pour des raisons différentes. J'aime le fait que Sauveur ne soit pas infaillible. J'aime Lazare et son côté posé, réfléchi, même si je le trouve parfois un peu trop parfait. Et puis, j'aime Gabin, écorché vif toujours tellement touchant, ses blessures, son père absent... Tu vois je pourrai encore continuer comme ça longtemps. D'ailleurs, ça me donne envie de me replonger dans le grand bain de la rue des Murlins !

 

Rendez-vous dans quelques temps pour les prochains Blablas de manU et Nad!

Qu’est-ce que j’aime blablater avec toi mon sweet kinG des marais!

 

 

 

19 juin 2021 6 19 /06 /juin /2021 00:37

Thème de juin : le COURAGE

 

 

 

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Arkansas, 1957. Neuf Afro-Américains s’apprêtent à intégrer le Lycée Central de Little Rock, réservé jusqu’alors exclusivement aux Blancs. Il leur aura fallu beaucoup de courage, se tenant la tête haute et le cœur bien en place pour changer le cours de l’Histoire. Mais à quel prix… Des associations de toutes sortes faisaient office face au Lycée pour défendre leurs droits. La Ligue des Mères Blanches faisant circuler des pétitions et arguant la sécurité et les dangers encourus par leurs propres enfants, au contact de ces Noirs.

J’avais à peine lu quelques pages que j’avais déjà la rage au ventre, une envie de hurler. Je n’avais d’autre choix pour poursuivre ma lecture que de lire ces pages sous le regard des discriminés. Je me suis ralliée à Rosa Parks, Martin Luther King ou encore Maxene Tate, cette activiste noire élue à la tête de la branche locale de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), visant à défendre les droits et la justice de la population noire aux États-Unis. Je n’aurais pu vivre dans les États-Unis de l’époque - ou de ceux actuels d’ailleurs - encore moins dans un État sudiste de droite qui, faisant référence à l’ensemble des États du Sud, ont par ailleurs encore trop peu évolués si on se fie aux dernières élections américaines.

Mes grands-parents étaient à l’époque famille d’accueil des immigrés Noirs et Haïtiens. Les souvenirs qui ont marqué mon enfance et mon adolescence ce sont ces grandes tablées d’âmes provenant de partout, attablées devant un repas, riant, discutant, dansant en offrande à la vie parce que pour ces belles personnes des pays d’Afrique ou d’Haïti, se tenir debout et avoir un toit sur la tête, c’est déjà une fête!

J’accompagne ainsi Molly, l’âme guidée par les Grands de ce monde, défenseurs des droits civiques et je poursuis ma route, la tête haute. Je rêve parfois de revenir à une vie injuste mais « normale » et rassurante. Devant ma maison, une immense croix du KKK, portée par les flammes. Des groupuscules ségrégationnistes me barrent la route, me crachent au visage des injures abominables. On me dit que je suis de race inférieure, que je pue, que je ne peux partager les mêmes toilettes, les mêmes théâtres, les mêmes bibliothèques… La fameuse loi hurlait haut et fort : « séparés mais égaux ». FOUTAISE! Orval Faubus, gouverneur de l’époque, brandissait le flambeau de la ségrégation tandis qu’Eisenhower envoyait ses soldats au front.

Aujourd’hui, dans un monde que l’on dit « plus juste » et plus égalitaire - il reste du chemin à faire - j’ai envie de me souvenir d’Emmett Till, cet adolescent noir brutalement assassiné en 1955, dans le Mississippi, pour avoir regardé une femme blanche dans les yeux. J’ai envie de me souvenir de mes grands-parents et de tous ceux dont j’ai eu le bonheur et la richesse de croiser la route, dans mon enfance. Je veux me souvenir de Rosa Parks, Martin Luther King et tous les défenseurs des droits civiques.

Puis, j’ai envie de dédier cette chanson de Nat King Cole, Unforgettable, à Molly, pour ses Sweet Sixteen <3

«Unforgettable, that’s what you are… Like a song of love that clings to me…»

 

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Merci ma précieuse Nadège pour ce partage de Chroniques transat lantiques et surtout, de m’avoir offert ce livre précieux, ce livre coup de coeur <3

Ton billet ICI sur ce livre

 

Ainsi que ton billet sous le thème du courage ICI

 

Sans oublier le "Quasi-Crimed'un BISON que je n'avais pas vu!!!

GROS manque de classe de ma part :(

 

Lire également le billet d'Anne

 

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Venez à bord de notre Transat le 15 de chaque mois, vous êtes les bienvenus!

Prochain thème (15 juillet) : roman policier

Comme ce serait bon de vous y voir!

15 mai 2021 6 15 /05 /mai /2021 23:29

Thème de mai : contes ou légendes

 

 

 

« Froid perçant

Je baise une fleur de prunier

En rêve » - Sôseki

 

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Neige

Il a neigé sur mon cœur des flocons de mots doux et cotonneux. Manne du ciel, blanche, étincelante. Un sein blanc au goût de miel. La lumière est en soi, invisible à l’œil nu.  

Une peinture, incolore, une odeur de thé, un parfum d’immobilité, un vertige, un écho de rivière. La pureté.

La poésie des saisons hivernales. L’inspiration d’une rime. Le poème…

 

Poème

Des poèmes d’une blancheur éclatante. Hommage à sa beauté. Haïku et nature. Le papillon, le son de l’eau, le chant des cueilleuses de thé, les neiges éternelles, les cerisiers en fleurs, l’abri sous un rocher. La fraîcheur d’une jeune femme, belle, nue, blonde. Prison de glace et de givre. Transparence.

Tomber amoureux. Tomber de haut… 

 

Amour

L’amour. La passion. Chemin faisant, croiser ses yeux, sa délicatesse, sur le fil invisible de la vie.

Funambule fragile entre deux sommets de montagnes japonaises, au-dessus de la rivière argentée. Neige, tel un prénom, un espoir, un bonheur, éphémère. Peindre la blancheur…  

 

Couleurs

Apprendre à colorer le poème. S’inspirer des fleurs, du parfum de leurs couleurs. Les imaginer. Dans l’aveuglement.   

Chaque teinte, chaque nuance, dessinant ses vers. C’est une danse, une calligraphie, une peinture, une composition, l’amour d’une femme.

 

La neige est un poème. Un poème d’amour de mille couleurs….

 

« Je veux apprendre à regarder passer le temps »

 

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Prochain thème (15 juin) :  le courage

Comme ce serait bon de vous y voir!

 

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15 avril 2021 4 15 /04 /avril /2021 19:53

Thème d’avril : le voyage

 

 

 

« Prenez donc l’une de mes montres : je vous en fais cadeau, dit-il. Si vous ne parvenez pas à remonter le temps, avec cette montre, au moins, vous n’arriverez plus jamais en retard » - L’horloger

J’ai passé la journée avec une petite souris toute mignonne. Mille projets en tête et les moustaches frétillantes dans un assourdissant débit de voix, elle m’entretenait à propos d’un soi-disant festival annuel du fromage, en Suisse. Brie, pecorino, emmental, camembert, cheddar vieillit et plus encore, elle m’en donnait l’eau à la bouche!

Parenthèse littéraire, pour la petite histoire du jour. Quelques heures auparavant, j’étais passée saluer une adorable grenoUille dans sa mare, elle se prélassait les cuisses au soleil de midi quand je plongeai la rejoindre sous son nénuphar parasol, lunette de soleil et crème solaire afin d’éviter de griller prématurément ses délicieuses cuisses. Chemin faisant, c’est alors que je vis, dans une grande étendue de plaine sauvage – deux décors diamétralement opposés me direz-vous – mais rien de plus beau que les contraires, bref je vis au loin un Bison brouter gaiement. Si ces bovidés sont pourvus de majeurs, je crois même l’avoir aperçu en titiller les extrémités de plaisir, tant les herbes folles lui sont pure source d’excitation. C’est alors que j’arrivai chez ma précieuse amie Nadège, après avoir traversé mare et plaine, pour lui raconter mon histoire de souris aux longues moustaches.      

Donc c’est sous les douze coups de minuit, un calendrier au mur, observant la date joyeuse arriver à grands pas, que notre rongeur allait enfin se rendre à la fête mondiale du fromage. Mais comble de malheur, elle s’y rendit avec un jour de retard! Que faire… débitée, elle tenta par tous les moyens de remonter le temps, pour n’arriver qu’à de piètres résultats, reculer l’heure, ce qui n’y changeait rien, au final. Après plusieurs tentatives ratées et à bout de souffle, elle se rendit chez un horloger pour lui demander : « c’est quoi le temps ? ». Il va s’en dire que c’est le métier de l’horloger. Dans son atelier, plusieurs trésors, horloges murales, montres, sabliers, elle y passa de précieux moments, il lui parla d’histoire, du Moyen-Âge, des trajectoires du Soleil et de la Lune, des premiers calendriers, des astronomes grecs et égyptiens qui avaient divisés les jours en heures et les heures et minutes. Puis vint Einstein, le célèbre physicien et sa théorie sur la relativité.    

Elle se rendit ainsi à l’Office des Brevets de Berne et découvrit la photographie d’un homme avec les cheveux en bataille et une moustache, qui y aurait apparemment travaillé de 1902 à 1909. Durant des jours et des jours, notre petite souris y étudia ses théories sur l’espace et le temps, l’attraction des planètes et la vitesse de la lumière, beaucoup d’hypothèses et de formules. Ce fut alors le temps de construire une machine à remonter les décennies. Enfin prête pour le grand voyage, le moteur démarra, l’appareil vibra, et la machine disparut avec son pilote à moustache dans un grand éclair! Retour en 1905…

Magnifique album jeunesse aux sublimes illustrations de Kuhlmann. L’occasion d’en apprendre davantage sur le grand Prix Nobel en même temps que d’atterrir sur un pan de l’histoire, son époque, ses modes de vie, ses codes vestimentaires. Les liens qui se tissent entre la souris et l’horloger, puis Einstein, sont attendrissants. Les dialogues sont chaleureux, empreints d’empathie et d’écoute. Une vraie douceur pour bercer les rêves. Entre mare et plaine, il y a eu une douce escale dans le temps. Ai-je eu envie d’y rester?

 

« Parfois on le tue,

quand on le trouve long.

On peut en voler,

comme on peut en perdre,

et rarement en gagner.

Après qui court-on? »

 

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Bonheur, bonheur!!! 

 

BISON (clicker)

 

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Prochain thème (15 mai) :  Contes ou légendes

 Comme ce serait bon de vous y voir!

 

 

 

21 mars 2021 7 21 /03 /mars /2021 13:58

Lieu : Cuba

Lever du soleil : 6h44Coucher du soleil : 18h34

Décalage horaire : aucun

Météo : 28 degré C

Latitude : 23.1165 | Longitude : -82.3882 

Musique : Candela de Eliades Ochoa

Un Verre au Comptoir : Ron Cubay

 

 

 

 

 

« La Havane était une putain maquillée empoisonnant les passants, les voyageurs contaminés par sa beauté de bulle mourante qui, dans une seconde, se désintégrera pour ajouter son air à l’air. »

Je débarque sur l'île, poussière de Havane. Un cigare, un rhum, une pute. C'est mon univers, ma prison, ma musique. Dans la rue aux couleurs bariolées, les palaces sont abandonnés, des saxophones jouent des mélopées libres comme le vent d'Est, l'air est chaud et humide. Je m'appelle Pedro et je suis accroc. Addict comme on dit maintenant. Je suis vieux, j'ai survécu à l'île, je me suis repenti mais en 1969, une putain d'année, j'avais quinze ans, et je découvrais l'amour avec Dinorah, une vieille pute quarante ans bien tassée, chaude et humide. Mais son sourire et son expérience firent mon bonheur, surtout celui de ma queue lorsqu'elle s'aventurait dans sa bouche. Sa langue tournait autour de mon gland, moi le vendeur ambulant de glaces, et j'avais beau me retenir pendant des heures, au final, je giclais toujours autour de ses lèvres. J'avais le sexe en feu, tant elle en redemandait. Et entre deux pipes, je laisse le cigare au repos, et j'ouvre la bouteille de rhum. Une giclée dans le gosier, une autre entre ses seins, je lèche cette douceur ambrée. OH!, enlève ton doigt de mon cul, je ne suis pas de ce genre-là. Le soleil se couche au-delà de la mer, les étoiles se réveillent, elles sont mon guide, elles sont là pour me rappeler que de l'autre côté de l'océan, il y a l'Amérique. Ils rêvent tous de mythes, mais les légendes sont rares à Cuba, et la tristesse m'emplit chaque nuit lorsque je fixe la lune bleue au plus profond de son âme. J'ai honte de ce que je suis, alors à la lumière d'une bougie de contrebande, je sors ces vieux livres interdits Truman Capote, Faulkner, Erskine Caldwell, Jean-Paul Sartre, Marguerite Duras, Nietzsche, Wright Mills, Sherwood Anderson, Carson McCullers, Hermann Hesse, Dos Passos, Hemingway... Et je rentre dans ma bulle, mon île, mon rhum. On ne quitte pas comme ça la poussière de sa vie.  

Viva la república española de Cuba! Cette île aux eaux turquoise que l’on quitte toujours avec regrets, avec autant de douleur que la poussière d’une vie. Siempre, toujours... Cuba laisse en chacun de nous une empreinte que même les ouragans les plus mortels n’arriveront jamais à emporter. Le manque s’insinue au fond de nos tripes, ce soleil qui brûle la peau, le vent des îles, sous un palmier. Viens te fondre à ma peau fiévreuse, salsa corps à corps, danse lascive, érotique. Et puis, ferme les yeux, écoute le silence et la mélodie marine des vagues qui s’échouent sur le sable fin et chaud, le sel marin, saveur iodée qui chatouille tes lèvres de mille feux brûlants. Je suis à toi, mi isla, mon « il », des heures à nager dans tes eaux bleu turquoise, en compagnie de Pedro et Rafaël.

Je suis d’ailleurs, hasard ou coïncidence, attablée avec Pedro dans une rhumerie du village. 1969, une année digne de ce nom. Dinorah flotte au son de la musique, paix à ton âme! Guidée par la lune et les étoiles, blue moon, étoile du Sud. Cette bourgade est pleine à craquer d’âmes esseulées. Ça pue le mauvais rhum qui te brûle la gorge, une odeur de vomi d’ivrogne, un nuage d’alcool et de tabac, de sexe passé date. Viva la libertad! Rhapsody in blue de Gershwin est sur la plaque tournante, piano et orchestre, fiesta. Cha-cha-cha, son y triple mango! Rafael Moya est ce gars à l’implacable instinct de survie, il nous rejoint, Pedro et moi, d’ailleurs il est là, pas très loin, dans un nuage de cigare cubain. Cohiba por favor! Sa nouvelle demeure : la prison, pavillon des idéalistes. Né à Trinidad, prisonnier politique cubain, il a dix-sept ans. Dix ans de prison pour atteinte « aux biens de l’État et conduite immorale ». Desgraciado!!! Les histoires ne sont jamais très nettes entre les vices, les viols dans les petits recoins obscurs, les bourreaux de trois cent livres qui te reluquent l’entrejambe, une terreur derrière les barreaux. Mais il faudra lui passer sur le corps à Rafaël, il en a vu d’autres. Mierde, sírveme un ron por favor! Tengo sed. La poussière d’une vie…

« … mais voilà, je n’ai fait que pleurer, pleurer pour la deuxième fois, en désirant que mes larmes soient suffisamment abondantes pour entraîner dans leur torrent l’ordure de l’invisible cachot et la charrier très loin, à travers ce sale trou, de l’autre côté du monde. »

Je ramasse un balai abandonné et balaie ainsi devant le rideau de ma vie la poussière amassée par une nuit sauvage de stupre. La trique au réveil, les lèvres sèches, donne-moi ton rhum lui dis-je, donne-moi ton foutre me dit-elle, le soleil déjà levé et la sueur qui dégouline, déjà, encore, de ses cuisses, de mes aisselles, une odeur de débauche. Je lèche l'ambre de cette vie à Cuba, terre d'accueil, île de prisonniers. Des putains et du rhum, je m'allonge sur cette plage isolée, le regard sur la myriade d'étoiles qui entourent la lune, des putains et du rhum. Pendant des heures, des jours, je garde ce silence en moi, pour moi, le regard triste porté vers la lune, les verres de rhum s'enchaînent, les éjaculations se déchaînent, un saxo furieux crie sa rage en mélopée, Cuba, île de toutes les luxures, Cuba, île de tous les rêves, Cuba, île de tous les désenchantements. Cuba, pulsion de ton cul, ô abandonne-toi dans mes sauvages pensées, prend une guitare, joue la salsa corps à corps ou rhumba cœurs enrhumés, la sauce épicée de la vie, le rhum de l'envie. Cuba, fièvre allure, les yeux clos, la mélodie iodée des vagues s'échouent sur la plage comme autant de radeaux abandonnés, tristes sorts d'une échappatoire impossible. Un cigare, odeur de fumée, le tabac roulé entre les cuisses d'une cubaine, ce doux parfum de fumet respire entre ses cuisses, sent ce bonheur mouillé, les rêves pornographiques, à peine léchés par le flux et le reflux de la marée, le va et vient de moi en toi.

C’est dans ces odeurs de cigares, de promiscuité et de cubaines aux senteurs des îles que le maquilleur d’étoiles - Chichi - entre en scène. Hasard d’une rencontre dans un port de pêche havanais, ça sent le barracuda et autres poissons aussi puants qu’incommestibles pour le commun des mortels. Les gens prennent un coup, le soleil frappe de plein fouet. C’est ainsi que se croisent Chichi, Pedro et Rafaël, trois âmes écorchées. Les deux derniers mendient un refuge, ils sont poursuivis par la police cubaine et là-bas, ça n’rigole pas, si tu ne veux pas finir à Guantanamo, te quedas callado…! C’est alors qu’ils se retrouvent chez Chichi - quinquagénaire distingué - dans un hôtel particulier, bordel bas de gamme pour gens en mal de vivre. On y trouve là un harem de femmes artistes, car Chichi, notre maquilleur d’étoiles, peinturlure les visages des chanteuses, danseuses et divas à froufrous et faux diamants pré-révolution, en autant que ça brille sur les planches des cabarets et music-halls, poudre, fard, rouge à lèvre, nuances de bleus aux paupières, rallonge de cils et faux semblants, il les rend sublimes, quoi qu’elles le sont déjà. Pedro est aux anges dans ce décor, Rafaël préfère la caresse des hommes sur sa peau, jeune prostitué homosexuel. Chichi le prend en charge, il ne sera pas au bout de ses peines, il connaîtra l’amour des sens, s’en abreuvera, s’y saoulera, moyennant un impressionnant pactole de pesos cubains. Viva la vida!

La nuit havanaise se poursuit jusqu’au petit matin. Los Latinos, Beatriz Marquez, Compay Segundo, Ibrahim Ferrer, Benny Moré, Raul Paz, Manuel Licea... Dans le silence du ciel étoilé, je prends part à la fête, Candela de Eliades Ochoa sur la platine. Cette voix et ces notes qui m’emportent vers le large. Je voudrais y rester… Sous la lueur bleue de la lune, la dernière goutte d'un rhum, le dernier souffle d'un saxo, j'entends encore la contrebasse de Charlie Haden résonner en moi, El Quinto Regimento / Los Cuatro Generales / Viva La Quince Brigada, des airs révolutionnaires, Liberation Music Orchestra. Cette chaleur et ces notes qui m'emportent vers la nuit. Je voudrais y aller...   

 

« Il y a une frontière invisible qui prostitue chaque souvenir, chaque sens, chaque visage connu nous devenant, de manière inattendue, étranger… »

 

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Nos lectures :

 

« Le nid du serpent » CLICKER - Pedro Juan Gutierrez

et

« Le maquilleur d’étoiles » - Joel Cano

 

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« Candela de Eliades Ochoa »

(CLICKER POUR ENTENDRE)

 

 

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Merci BISON d’avoir trainé tes sabots avec moi dans la poussière havanaise. Et merci de m’avoir fait découvrir ce Maquilleur d’étoiles. Un personnage unique que je n'oublierai jamais...

 

Les Escales

Un trip littéraire composé à 4 majeurs

               

Prochaine escale : Italie

15 mars 2021 1 15 /03 /mars /2021 14:28

 Thème de mars : la MAISON

 

 

 

 

S’il est un refuge où il fut bon de grandir, pour le petit Dany, c’est bien dans cette maison de bord de mer, à Petit-Goâve, auprès de sa grand-mère Da. Lorsque son père - alors maire de Port-au-Prince et sous-secrétaire d’État au Commerce et à l’Industrie - craignant les représailles, prit le chemin de l’exil avec sa femme, les parents confièrent leur fils de quatre ans à grand-mère Da.

Au quatre-vingt-huit rue de Lamarre, ce havre d’amour se tenait fièrement, entouré de sa  galerie, sur laquelle reposait une grande balance à café. Assise sur sa vieille dodine, une chaise de Jacmel dont elle ne se séparait que pour dormir, Da passait des heures à discuter avec son petit-fils Dany, Vieux Os, comme elle le surnommait affectueusement.

Dans ce petit récit écrit sous forme de prose, il évoque avec passion les souvenirs de son enfance auprès d’elle, cette grand-mère à laquelle il est profondément attaché. Il se souvient, nostalgique, de la relation qui les unit, douce et complice, de celle qui se vit au-delà de la vie. Deux âmes issues d’un même élan : l’amour. Un amour infini pour la vie. Et des racines inoubliables, inébranlables. 

Son quotidien sera semé de petits bonheurs simples. Ces colonnes de fourmis qu’il observe durant des heures, sans se lasser, Da qui arrose la galerie, Vava qui passe, avec sa robe jaune, aussi jaune que le soleil. Jolie Vava pour laquelle il s’éprend toujours d’amour, dont les cinquante années depuis l’enfance n’ont rien altéré à la force des battements de son cœur si ce n’est la force encore plus grande que l’on peut éprouver avec l’âge et la maturité des sentiments.

Il a capté dans les moindres détails des images, des couleurs, des goûts, des odeurs, comme le bon café de Da, celui des Palmes, son préféré, des personnages aussi, s'infiltrant ici et là, dans l’éventualité de l’instant. Et notre voyage n'en est que plus beau, éveillant en nous la finesse des sens, y laissant une empreinte. Au fil des pages, le temps s'est figé dans les souvenirs d'émotions douces. Ils émergent du passé et bouleversent l’âme du lecteur, ils me chavirent...

J’ai eu la chance inouïe d’avoir dans ma vie une grand-maman Da, Thérèse, à qui je dois ce que je suis aujourd’hui. Avant qu’elle ne parte, elle m’a offert ce livre en me disant : « gardes-le toujours près de toi, il y a beaucoup de nous dans ces mots ». L’une des dernières fois où j’ai croisé Dany, il m’a dédicacé ce livre, en mémoire de nos grands-mères, Da et Thérèse. Ce geste, allié aux mots de ma grand-mère, venait de sceller l’acte d’un amour éternel. Je t’aime grand-maman xx

 

 

 

« J’ai écrit ce livre pour une seule raison : revoir Da. Quand « L’Odeur du café » est paru en automne 1991, Da était encore vivante, et elle l’a lu.

-Vieux Os!... Quel beau cadeau tu m’as fait!

-Je te l’avais promis

Je me souviens de son doux sourire… Elle est morte un samedi matin. Et depuis, elle me manque. »

 

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"J'ai écrit ce livre pour toutes sortes de raisons. Pour faire l'éloge de ce café que Da aime tant et pour parler de Da que j'aime tant. Pour ne jamais oublier cette libellule couverte de fourmis.

Ni l'odeur de la terre.

Ni les pluies de Jacmel.

Ni la mer derrière les cocotiers.

Ni le vent du soir.

Ni Vava, ce brûlant premier amour.

Ni le terrible soleil de midi.

Ni Auguste, Frantz, Rico, mes amis d'enfance.

Ni Didi, ma cousine, ni Zina, ni Sylphise, la jeune morte, ni même ce bon vieux Marquis.

Mais j'ai écrit ce livre surtout pour cette seule scène qui m'a poursuivi si longtemps: un petit garçon assis aux pieds de sa grand-mère sur la galerie ensoleillée d'une petite ville de province.

Bonne nuit, Da!" 

 

 

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Merci ma précieuse Nadège pour ce partage de Chroniques transat lantiques <3

Ton magnifique billet ICI

Puis tes « mots magie » sur cette Odeur de Café ICI

 

 

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PARTICIPATION 

Bonheur, bonheur!!! 

 

ANTHONY

BISON

 

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Prochain thème (15 avril) :  le VOYAGE

 

Joignez-vous à nous le 15 de chaque mois

Comme ce serait bon de vous y voir!

 

 

 

15 février 2021 1 15 /02 /février /2021 20:29

Thème de février : les SOUVENIRS D'ENFANCE

 

 

 

« Mon esprit est un jardin désordonné. Une friche remplie de coton, de glace, de ronces et de fraises sauvages. »

Ici ça va. Les murs ont un peu jauni, mais ils portent mes souvenirs d’enfance. J’avais 7-8 ans quand ils me sont revenus. Mon passé s’est envolé en même temps que mon père. Pépite fragile de mes tous premiers instants. En revenant vers la maison de mon enfance, je tente de rafistoler les pièces, unes à unes. Pour mieux appréhender l’avenir, sans doute. Trente ans se sont écoulés. Trente ans de vie…

J’ai besoin d’imaginer mes parents dans ce lieu, leur souffle, leur amour, leurs élans. Sur la route  des vacances, j’entends Brassens, fracas d’écho dans ma tête. La Mauvaise Réputation que nous écoutions avec mon frère et ma mère, sur la route des vacances.         

Mais avant, il y a eu ce grand vide. Les souvenirs ont mis du temps à émerger, à me manquer, même. Trop de douleur dans cette maison, j’ai occulté un pan de ma vie. Quand ma mère l’a vendue, elle a tout brûlé, jeté, donné, laissé à l’abandon dans un recoin d’espace abandonné.  Ensuite, peu à peu, des images me sont revenues à travers les petits gestes du quotidien. Les odeurs et le goût, ceux du soleil sur la peau et du fruit que l’on cueille et croque à pleines dents. Le toucher, les mains dans la terre humide, le regard altéré sur les choses, les arbres qui ont poussé, qui me semblent démesurément grands. Les gestes, celui de pêcher, avant tout, de mordre l’hameçon sur le ver, d’attendre impatiemment le premier coup au bout de la ligne, la prise, le poisson qui surgit de l’eau, agité, impuissant. Les bruits, un bourdonnement d’abeilles, une musique, le chant de l’eau.

Dans une vieille malle à l’abandon, ma vie bascule, sous le choc des émotions. Une envie de pleurer à la vue de ces objets. Un couteau, des outils, des livres Le Vieil Homme et la mer, Vendredi ou les Limbes du Pacifique, une pipe, des vêtements, des chaussures, des médailles, des bibelots, quelques vinyles, de vieilles partitions, j’ai les yeux qui brillent, des éclats de lumière au cœur de mes pupilles. Je recherche mon père, parti trop tôt, dans ces souvenirs.    

Cette démarche m’offre une enfance, donne un sens à l’avenir. À un temps qui a existé. J’ai envie de m’épanouir, que tout soit possible, d’avoir des enfants, un grand potager, d’éprouver de la joie, d’avoir des projets. Ici ça va. Je renais peu à peu…. 

« Je n’ai pas envie de fouiller dans ma mémoire. De fourrer mes mains dans la plaie. Juste débroussailler. Retrouver un mur. Un visage. »

 

 

 

 

Merci ma précieuse Nadège pour ce partage de Chroniques

transat lantiques <3

 

Et un IMMENSE merci de m'avoir fait découvrir ce magnifique roman. Ton si beau billet ICI 

 

Et ceux-ci:

JUSTE APRÈS LA PLUIE

LA PART DES NUAGES 

 

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PARTICIPATION 

Bonheur, bonheur!!! 

 

anthO

manU 

 

Venez à bord de notre Transat, vous êtes les bienvenus!

 

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Un immense merci aussi au Bison pour "La part des nuages" 

et

"Le camp des autres" (Ckicker pour lire le billet) 

 

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Prochain thème (15 mars) :  la MAISON

 

Venez vous joindre à nous le 15 mars sous le thème "la maison"!

Comme ce serait bon de vous y voir!

 

 

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