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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 23:12
Secrète Alliance

Secrète Alliance


Même si je suis le ciment de ton mouroir
La laide heure dont tu parles me décime…

D’un attrait subtil la secrète Horreur
Le Secret gelé m’est emblème de cœur
Sous la Peau damnée le sceau est bombe
Un pied dans le vide et l’autre en tombe

Même si je te vois en ce morne miroir
La raideur dont tu te pares m’abîme…

D’une souillon exilée ivre de fange
Le sépulcre exhale sa brise étrange
Un mal entendu des accords stridents
La voix sépulcrale épouse l’occident

Même si je suis le repère de ton savoir
La froideur dont tu t’armes me lamine…

D’une frontière aux infusions de narcisse
La Furie se meut dans le couloir factice
D’une fondrière aux allures de gangue
Le Fossile déploie sa mauvaise langue

Même si je me vois en ce reflet d’ivoire
Ta force d’âme - Mirenfant - me fascine…

 

Saphariel

14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 03:44

C’est tellement Magnifique… <3

 

Ces couleurs chaudes et les mouvements de l’arbre qui semblent figés au milieu d’une danse avec le vent. C’est plein de vie, c’est plein d’amour… !

 

Ce que j'donnerais pour voir cet arbre chaque matin au soleil levant et chaque soir pour bercer mes nuits. Je viendrais y poser mes rêves, mes désirs, mes bonheurs et mes instants fragiles...

 

J’me demande… est-ce que l’oiseau s’est perché quelque part sur une branche ?

 

« L’oiseau ne fait jamais palabre avec l’arbre, car il finit toujours par s’y poser »

Proverbe ivoirien

 

Merci mon sweet manU, si tu savais comme ces soleils éclairent mes journées. Il n’y a pas plus beau cadeau…

L'oiseau finit toujours par s'y poser...
L'oiseau finit toujours par s'y poser...
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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 02:11
L'ultime secret de Frida K. - Gregorio León

Un thriller politique situé dans le Mexique de Frida Kahlo, j’allais me régaler c’est certain! À Mexico ont débuté les préparatifs pour la célébration du centenaire de la naissance de l’artiste. Au même moment, des autels sont profanés, la guerre est déclarée à la Santa Muerte. Vierge des oubliés ou Sainte des narcotrafiquants, elle est cette figure emblématique d’un mouvement religieux mexicain - un squelette habillé d’une robe de mariée. Alors que des stripteaseuses sont retrouvées mortes avec cette icône macabre tatouée sur le sein gauche, dans une galerie d’art, un autoportrait de Frida avec un colibri dans la main droite (représentation de l’amour), dédicacé à Trotski, est volé. L’inspecteur Machuca et Daniela, une jeune détective privée, enquêtent…

 

Le contexte historique mouvementé dans lequel Gregorio León nous plonge est captivant, envoûtant, hypnotique! Du moins, et je reconnais manquer d’objectivité, pour ceux qui affectionnent ce pays autant qu’il me fascine. Le Mexique est donc divisé entre ceux qui défendent El Peje et ceux qui ont voté pour le Parti d’Action Nationale de Gustavo Madero Muñoz (enfin, même si en vérité il n’existe à mon sens qu’une seule division, marquée par une ligne géographique avec les États-Unis…). Néanmoins, l’auteur manie avec brio des allers retours entre le Mexique d’aujourd’hui et celui des années 40 à la Maison Bleue, 7 de la rue Coyoacan où habitaient Frida et Diego avec leurs invités Trotski et Natalia Sedova. Vous devinerez que je tournais les pages avec l’enthousiasme de retrouver le couple d’artistes! Gregorio León en a si bien peint la réalité que pour un instant je me serais cru dans une toile de l’un ou de l’autre à partager des fajitas tout en discutant Révolución…   

 

L’autoportrait de Frida dédicacé secrètement à Trotski est donc l’élément clé autour duquel pivote le roman. Il fait l’éveil notamment d’une correspondance entre les amants pour le moins compromettante. Alors que Diego s’était battu pour trouver un asile à Mexico à Trotski et sa femme, l’invité partageait le lit de son hôtesse. Il ne faut pas non plus se méprendre, je ne suis pas à faire l’apologie de Diego qui avait, à l’heure ou Frida se payait du bon temps, couché avec la moitié de Mexico! Trouvant donc refuge à la Maison Bleue, en dépit de leurs différents politiques, les deux hommes se lient d’amitié, du moins pour un temps. Si Rivera avait fait triompher la Révolución avec ses convictions politiques de gauche, le second, héros de la révolution d’Octobre et phare de la pensée marxiste, travaillait à une biographie sur Staline.

 

Quel régal que ce thriller politique! En plus d’y relater les frasques du couple, leur histoire, leur idéologie, leurs déchirures, leurs tromperies et plus encore, Gregorio León n’y va pas de main morte pour illustrer les corruptions, souvent d’actualité, entre l’église, les narcotrafiquants, la police et le milieu de la prostitution. 

 

J’ai dit déjà que je me suis régalée? :D

L'ultime secret de Frida K. - Gregorio León
8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 14:53

vo« La Rochelle et Québec, deux villes situées sur le 46e parallèle Nord, sont unies par leur histoire. »

 

C’est fou comme j’suis impatiente de revoir un jour le soleil se coucher à l’Est du Québec!

 

Et pourquoi pas sur le 46e parallèle Nord…

…le soleil se couchant au chant des grenouilles qui croassent avec leur accent divin de colons d'marais charentais… ^^

 

Note pour une certaine grenouillE : les mouches trempées dans l’sirop d’érable et flambées au Cognac, c’est un met charentais qui doit te plaire non? Enfin, j’me pose la question comme ça, là…… J’me dis que se craquer quelques mouches en admirant un coucher de soleil ce doit être exquis. Pffffffffffff j’suis tellement romantique…… ptdrrrrr

 

Merci de me permettre de rêver avec ces superbes photos ma sweet grenouille...

 

Crôa Crôa BZzzZzZzzZzz

La Rochelle s’endort au chant des grenouilles
La Rochelle s’endort au chant des grenouilles
La Rochelle s’endort au chant des grenouilles
La Rochelle s’endort au chant des grenouilles
La Rochelle s’endort au chant des grenouilles
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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 23:34

La journée se lève sur le Pacifique, vue de Katsurahama… <3

 

Mon cœur s’enflamme, j’aimerais tellement y être! Je glisserais mes pieds dans le sable chaud. Première halte méditative avant de me rendre à la chute d’Ichi no taki et d’écouter la poésie de l’eau…

 

Mon cœur s’emporte à nouveau, je glisse mes pieds dans les eaux froides. L’imposante cascade est un lieu culte du shinto et du bouddhisme. C’est ma deuxième halte méditative.

 

Quelques pas me mènent ensuite au Temple de Seiganto-Ji. J’enlève mes getas pour entrer dans ce lieu sacré. Commence alors mon pèlerinage…

 

Thanks Hitomi for those beautiful pictures and even more. Someday we’ll do that pilgrimage together. You’ll be my most beautiful Pacific sunrise each morning. Thanks for everything, thanks to be so honest and exceptional day after day. You're so courageous and my source of inspiration...

 

Your friend

LEVER DE SOLEIL SUR LE PACIFIQUE

LEVER DE SOLEIL SUR LE PACIFIQUE

TEMPLE DE SEIGANTO-JI

TEMPLE DE SEIGANTO-JI

CHUTE D’EAU DE ICHI NO TAKI DANS LA PRÉFECTURE DE WAKAYAMA

CHUTE D’EAU DE ICHI NO TAKI DANS LA PRÉFECTURE DE WAKAYAMA

AUTOMNE JAPONAIS...

AUTOMNE JAPONAIS...

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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 23:44
Désolations - David Vann

« On peut choisir ceux avec qui l’on va passer sa vie, mais on ne peut pas choisir ce qu’ils deviendront »

 

Et si on se construisait une cabane sur l’île de Caribou Island ?

 

On y verrait des terres sauvages à perte de vue, aucune âme humaine à des kilomètres à la ronde, après une longue descente en canoë dans les eaux troubles de l’Alaska. On affronterait chaque jour des rafales glaciales de vent et de poudreuse, des sentiers à baliser dont les tempêtes de neige auraient effacé  les traces de la veille. Le temps que les travaux de la cabane se terminent… se ter-mi-nent…….

 

Gary en avait rêvé de ce projet. Il s’était mis en tête de construire cette cabane à partir de rien. Elle serait son refuge, comme un reflet de l’homme, qui fait écho à une image de soi déformée à travers le prisme d’une nature désemparée. Elle serait sa tanière, son obsession, comme un grand mensonge sur lequel on s’appuie pour éviter de regarder en face ce monde qui nous échappe. Pour faire semblant que les choses vont beaucoup mieux ailleurs que chez soi…

 

Alors, tu viens avec moi sur Caribou Island ? Bon, ce ne sera peut-être pas si idyllique qu’on l’avait imaginé. Mais on sera ensemble et puis, qu’est-ce qu’on à perdre pour tenter de sauver notre couple déjà en péril?

 

« Ce qu’elle voulait, c’était qu’il s’allonge à ses côtés. Tous les deux sur la plage. Ils abandonneraient, lâcheraient la corde, laisseraient dériver le bateau au loin, oublieraient la cabane, oublieraient tout ce qui avait cloché au fil des ans, rentreraient chez eux, se réchaufferaient et recommenceraient de zéro. »

 

La cinquantaine avancée, Gary n’avait jamais su prendre soin de personne d’autre que de lui-même. Une vie entière à fuir et rêver, à se dire que sa vie aurait pu être autrement, ailleurs. Que des remises en questions et des regrets, des apitoiements, une quête constante de distractions pour meubler les heures. Mais l’égoïsme est-il un motif suffisant pour foutre en l’air la vie de ceux qui nous sont proches ? Pire encore, comment t’as fait Gary pour ne pas voir à quel point Irène était devenue amère, broyait du noir? Qu’elle ingurgitait du Tramadol pour soulager ses migraines comme on bouffe des Smarties? Tu ne voyais donc pas que chaque rondin qu’elle transportait chaque jour était aussi lourd sur ses épaules que le poids des années qui ravage à force de lutter? Tu étais bien trop obnubilé par ton projet de foutue cabane! Mais attends Gary, la vengeance est douce au cœur de l’indien…

 

David Vann a un don, celui de nous entraîner si habilement dans l’atmosphère suffocante de ses histoires qu’on en ressort le souffle court. C’est oppressant, c’est noir, c’est même à la rigueur insupportable par moments, mais il nous le rend avec une telle intelligence de cœur et de sentiments qu’il nous fait presqu’oublier jusqu’où les limites de l’âme humaine sont capables d’aller quand elles se trouvent en rupture avec la réalité. Aussi, je pense que l’oppression qu’on ressent en abordant ses romans - et qui en font sa force aussi - nous vient, au-delà de l’atmosphère dérangeante, de ses personnages plus vrais que nature qu’on ne voudrait pas imaginer aussi « malsains » - pour certains - et qui pourtant ne reflètent qu’une société en mal de vivre, avec ses individus en marge. L’auteur a lui-même eu à affronter de près, étant très jeune, le suicide de bon nombre de membres de sa famille, défi qui le rend forcément aujourd’hui sensible aux revers de la santé mentale.

 

Dans Désolations, tout comme dans Sukkwan Island, on retrouve des histoires de relations familiales dysfonctionnelles. Des histoires aussi de personnages asociaux, d’isolement, de solitude, de vide, de mal de vivre, de coups puissants et impardonnables. Et plus particulièrement dans celui-ci, de relations de couple et fraternelles conflictuelles, de tricheries, de rancoeurs, de méchancetés, de chantage et de coups bas. Une panoplie de sentiments aigres, que je vous conseille de lire en des temps joyeux…

 

Un immense coup de cœur !

 

« Le froid s’insinua entre ses vêtements malgré son allure rapide, alors il se mit à courir à petites foulées, ses bottes émettant un bruit sourd. Unique âme solitaire sur cette route, les étoiles et l’absence de lune. L’Alaska, une immensité imperturbable qui s’étendait sur des milliers de kilomètres dans toutes les directions. »

 

Les avis de manU, Bison, Eeguab, Claudia Lucia et From the Avenue

 

Si vous l’avez commenté, n’hésitez pas à me le dire, je me ferai un plaisir de rajouter votre billet!

Désolations - David Vann
18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 20:44

"Parce que la douleur et la peine n'ont pas de frontières"

Le Québec est Paris...
Le Québec est Paris...
Le Québec est Paris...
Le Québec est Paris...
23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 15:35
Bérézina - Sylvain Tesson en side-car avec Napoléon

« Un vrai voyage, c’est quoi ?

-Une folie qui nous obsède, dis-je, nous emporte dans le mythe ; une dérive, un délire quoi, traversé d’histoire, de géographie, irrigué de vodka, une glissade à la Kerouac, un truc qui nous laissera pantelants, le soir, en larmes sur le bord du fossé. Dans la fièvre…

-Ah ? fit-il.

-Oui. Cette année, en décembre, nous devons aller au Salon du livre de Moscou. Pourquoi ne pas revenir à Paris en side-car ? À bord d’une belle Oural de fabrication russe. Toi, tu seras au chaud dans le panier, tu pourras lire toute la journée. Moi, je piloterai. Et tu sais quoi ?

-Non.

-Cette année, ce sont les deux cents ans de la Retraite de Russie, dis-je.

-Pas possible ! dit Gras.

-Pourquoi ne pas faire offrande de ces quatre mille kilomètres aux soldats de Napoléon ? »

 

Qui d’autre que Sylvain Tesson aurait eu l’idée de parcourir 4000 km en side-car sur les traces de l’empereur ? Enfin, c’est une idée que je pourrais très bien imaginer traverser l’esprit d’un Bison, pour peu qu’on lui offre de se tenir au chaud dans la caisse avec une bouteille de vodka à portée de main. Mais, mise à part cette vision jubilatoire, c’est bien ce qu’entreprit de faire Tesson avec quatre amis: Thomas Goisque, photographe, Cédric Gras, géographe, Vitaly et Vassili, deux amis russes appartenant à un club de motocyclistes suicidaires. Question de décorum ou pour donner vie à la passion de Tesson pour ces engins, ils entreprendront de voyager à bord d’une Oural vert kaki de fabrication russe – hommage aux Moujiks à casquette - un bicorne accroché sur la nacelle. Moi je dis qu’il faut quand même être un peu cinglé… et j’adore ça !

 

 

«Cédric Gras : les mecs, on m’avait vendu une partie de plaisir dans un side-car confortable où j’étais censé pouvoir lire et écrire.

-Tu te plains ? dis-je.

-Tu deviens précieux ? dit Goisque.

-Foutez-moi la paix ! dit Gras »

 

Ils partirent le 2 décembre 2012, saluant la mémoire de centaines de milliers de malheureux soldats, victimes d’avoir suivi leur chef. En répétant l’itinéraire de la Retraite de Russie, parsemé de visions cauchemardesques, le but ultime de Tesson était de faire taire en lui l’apitoiement dont l’homme est imprégné. C’était alors une effroyable boucherie, des hommes se mangèrent entre eux, emmitouflés dans des haillons, jetés nus dans les fossés, morts gelés. À moins 40, le froid tue ou rend fou. C’est le pire ennemi, pire encore que la famine, les épidémies et les privations...

 

« Le froid est un fauve. Il se saisit d’un membre, le mord, ne le lâche plus et son venin peu à peu envahit l’être. Les alpinistes savent que l’engourdissement est une réponse mortellement tentante. »

 

La Bérézina est une rivière de Biélorussie, affluent du Dniepr. Elle prend sa source dans des collines situées à 80 km au nord de Minsk. C’est aussi un lieu historique, témoin de la bataille opposant Napoléon aux troupes du Tsar en 1812. Deux cents ans plus tard, en traversant ces terres, théâtre d’un massacre sanglant, quels genres de questionnements peuvent émerger de l’esprit de Tesson et de ses hommes ? Au fil de ma lecture, plusieurs ont fait surface, des interrogations mises à l’épreuve par les cinq voyageurs en side-car, reflet d’une prise de conscience du courage des hommes. Qu’auraient-ils éprouvé, eux, en étant témoins de l’horreur ? Comment l’auraient-ils décrite ou encore supportée ? Est-ce qu’on s’habitue à côtoyer la mort ? À quelle extrémité la faim peut nous pousser?

 

Je crois que de ces épreuves, où l’on fait face à des marées de solitude et de détresse emplies d’autant d’impuissance, on ne peut faire autrement que prendre conscience de nos propres limites, elles-mêmes repoussées par la grandeur des obstacles. Qu’en connaissons-nous d’ailleurs si nous n’avons jamais été confrontés à en côtoyer même les frontières ? Laissés à nous-mêmes, je nous imagine nous découvrir des forces insoupçonnées dont les blessures inhérentes ne viendront nous affecter qu’une fois le tumulte passé. Il me vient en tête cette image de la mer qui, une fois retirée au loin par la marée descendante, laisse sur la peau la brûlure du soleil.

 

Dans un monde moderne, nous acceptons le sacrifice pour les gens de notre choix. Mais qu’en est-il dans ces circonstances où notre propre survie n’est plus que confinée à l’égoïsme issu de notre société individualiste mais une question d’entraide ? En temps de « guerre » - que je place entre guillemets pour signifier aussi les guerres affectives - je me dis que nous devons forcément nous dire que nous sommes des frères liés dans les épreuves. Peut-être après tout que la liberté se trouve là, dans l’amour que nous portons aux autres…

 

*************************

 

Quel beau voyage j’ai fait avec cette bande de joyeux colorés ! Je le dois à un Bison qui s’est isolé dans une cabane avec des caisses de vodka, quelque part Dans les forêts de Sibérie.

 

Ce roman est drôle et touchant, du grand Tesson tout craché. C’est une immersion dans un monde que l’on croit imaginaire, tant il est fou, mais qui n’est rien d’autre qu’une aspiration de certains hommes à franchir les limites d’eux-mêmes… 

 

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« La vodka est hautement plus efficace que l’espérance »

Sylvain Tesson

 

« Avec Sylvain Tesson, la solitude ne frappe plus. Elle se distille dans une bouteille de vodka »  

Bison des grandes plaines

Bérézina - Sylvain Tesson en side-car avec Napoléon
Bérézina - Sylvain Tesson en side-car avec Napoléon
SYLVAIN TESSON ET CEDRIC GRAS

SYLVAIN TESSON ET CEDRIC GRAS

20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 01:34
De mer et d'amour - L'école des loisirs

« Par-delà la lande, je voyais jaillir des paquets d’écume blanche jetés au ciel par les vagues déchaînées. Je me suis collée au carreau pour tenter d’apercevoir le phare… Je n’oublierai jamais ce que j’ai vu alors… Le phare n’était plus ce solide bâtiment de pierre dressé fièrement face à la mer. Il ressemblait maintenant à un jouet d’enfant, fragile sous les éclairs de l’orage. »

 

Qu’y a-t-il de plus paisible qu’un phare pour éclairer la mer, la nuit venue? C’est une métaphore poétique, un repère. À l’image de l’amitié, il accompagne et guide, éclaire aux nuits de tempêtes quand la mer se déchaîne de remous intérieurs. C’est une boussole sur la marée des jours…

 

Le phare de l'oubli, de Fabian Grégoire, est une histoire de cœur mêlée aux embruns salés des vagues océanes. Dès les premières pages, j’ai tout de suite été happée par la beauté de ses illustrations qui épousent avec magie la douceur des coloris au bouleversement des propos. Ainsi, un coucher de soleil côtoie, l’instant d’après, une nature endiablée d’éclairs et de rafales de vent au milieu desquels un phare tente de survivre, tant bien que mal. Est-ce à l’image de l’homme qui cherche à se redresser quand le ciel au-dessus de sa tête est gorgé de tourmente ?  

 

Augustin avait 11 ans quand ses parents se sont installés à côté du phare. Un grand-père y vivait avec sa petite-fille, Lucie. S’il était gardien du phare, bien des années avant, il avait navigué sur des mers agitées. Il s’était même rendu au pays des Papous, dont il sculpte maintenant, avec nostalgie, de petits visages blancs dans les os de seiche échoués sur le rivage. Dans les replis du temps et le tumulte des jours, un phare est fièrement dressé face à la mer. Jusqu’au jour de la tempête où il s’est éteint…

 

Véritable histoire d’amour entre un grand-père et sa petite-fille, Le phare de l’oubli nous rappelle à quel point rien n’est plus fort que l’héritage d’amour. Que la mémoire et l’oubli nous fragilisent pour nous rendre aussi vulnérables qu’un bateau de papier sur une mer de flammes. C’est aussi une belle histoire d’amitié, ce phare fièrement dressé face à la mer et qui éclaire, jours et nuits. Mon exemplaire a quelque peu délaissé l’étagère océane pour ma table de chevet. Il veille sur mes nuits…

 

Dans Les évadés du Mont St-Michel, toujours aussi magnifiquement illustré par Fabian Grégoire, Augustin rend visite à sa mère, enfermée dans la prison du Mont St-Michel, pour avoir volé une couverture afin de tenir son petit au chaud. Autre « Augustin », autre lieu, une grande silhouette élevée vers le ciel et surplombant la mer. Un symbole à l’image du phare, imposant rocher où s’échouent, à marées hautes, les âmes blessées. L’endroit est mystique, dédale de couloirs dans un labyrinthe de salles voutées. Augustin organise la libération de sa mère. Petit enfant courageux dans un monde de grands... 

 

L’histoire de Justin est celle de milliers de familles et d’enfants qui ont Perdu en mer un être aimé. Un jour de tempête, avec une forte houle et beaucoup de brume, le père de Justin s’est penché un peu trop pour tendre sa ligne par-dessus le doris. Et les vagues l’ont emporté… Au lendemain du retour du Ferdinand, après plusieurs mois d’absence et à son bord un chargement de morues salées, une mère et son fils pleurent ce mari et ce père. Jusqu’au jour où on rendit un dernier hommage à sa vie de marin…

 

Ces trois histoires ont en commun la mer et ses tempêtes : celles du cœur et celles d’une nature contre laquelle nous ne pouvons rien. Elles nous rappellent nos limites et la cruauté des hommes, en plus d’éveiller en nous le fait que rien ne sera plus jamais comme avant une fois le tumulte des orages passé. Plutôt, il déposera en nous un courage sans nom, cette force face à laquelle des enfants courageux comme Augustin, Lucie et Justin seront devenus un peu plus fort encore. Elles sont aussi des histoires touchantes d’amour et d’amitié, d’héritage et de mémoire. Si la mer est libre et sauvage, elle entraîne aussi le cœur à affronter les épreuves de la vie…

    

Merci à toi manU de m’avoir permis ces grands voyages d’amour et de mer… 

 

Pour lire ses superbes billets :

 

Le phare de l'oubli

Les évadés du Mont St-Michel

Perdu en mer : la pêche à Terre-Neuve

De mer et d'amour - L'école des loisirs
6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 19:25
Avoir un corps - Brigitte Giraud

« Au commencement je ne sais pas que j’ai un corps. Que mon corps et moi on ne se quittera jamais. Je ne sais pas que je suis une fille et je ne vois pas le rapport entre les deux. »

 

Au début, on ne se rend compte de rien, et peu à peu tout se bouscule, le corps change. C’est un bouleversement intime. Un contour flou qui se forme, des hanches qui se dessinent. C’est se découvrir petite fille, puis adolescente. C’est devenir femme et être conditionnée à plaire, avec nos doutes et nos humiliations. C’est un reflet de société qui nous apprend à cadrer dans un modèle de séduction, l’importance d’une image de féminité qu’on cherche à nous faire croire, un corps rond qu’on nous enseigne à appréhender….

 

Les époques changent, adieu les rondeurs et bonjour la minceur (maigreur ?). Attention aux bourrelets ! Ne mangez pas trop de crème glacée ! Vous avez vu ses fesses ? Oui, on les a vu, elle ne sait pas encore qu’elle est unique et que la beauté se dessine sur les contours du cœur. Avoir un corps, c’est réaliser que les hommes et les femmes ne sont pas assujettis aux mêmes règles. C’est un cri d’injustice auquel j’ai envie de répondre, bouffez-en des desserts, vous serez encore plus belles !

 

« Ça commence avec une parole de ma mère. Désignant le sandwich que je viens de me confectionner avec une épaisse couche de beurre, elle espère que je ne vais pas « manger tout ça ». Comme je la toise du haut de mes treize ans, elle ajoute que je vais prendre des formes. Je comprends et puis je doute, et pour la première fois, je regarde mon corps comme un objet sur lequel je peux agir. »

 

Le corps c’est prendre des formes et ne pas trop savoir si on doit s’en réjouir ou non…

 

« Ma mère me confectionne un manteau. Le tissu ne me plaît pas, marron à gros carreaux. Elle prend une nouvelle fois les mesures, prétextant que j’ai grandi. Elle pousse toujours un cri quand elle en vient aux épaules et m’accuse d’être trop carrée. Je ne sais pas ce qu’il faut comprendre par carrée. J’entends dire que ma cousine Pauline est ronde. Je me demande s’il vaut mieux être ronde ou carrée, j’espère que cela n’est pas grave. »

 

Ce superbe roman de Brigitte Giraud est écrit avec une pudeur et une délicatesse incroyable, sans toutefois ménager les mots. Elle y va d’un style incisif et franc pour rendre compte du voyage d’une femme à travers son enfance, son adolescence, sa vie de femme et de mère. Elle nous fait prendre conscience de nos propres tabous, du chemin que nous empruntons dans ce corps qui nous appartient.

 

Le corps …

 

… c’est un vêtement sur la peau, la fragilité de la nudité. C’est celui de l’autre que l’on découvre, différent du sien. L’acceptation d’une peau inconnue qui touche la sienne. C’est une confirmation qu’on est vivant. Le manque physique quand l’autre n’est pas là, une envie de plaire, un corps qui respire. C’est faire l’amour et ressentir du plaisir. C’est une suite d’émotions enfouies à l’intérieur de soi, tantôt douces, tantôt fragiles, mais aussi excessives, fougueuses. Un apprivoisement de soi. C’est la sensation du chaud et du froid. D’un glaçon sur la peau, un frisson des sens. C’est le jeu des enfants qui jouent au docteur. Mais c’est parfois aussi un corps que l’on viole, maltraite. Une violence. Un chagrin dont le corps se souvient. La capacité de donner la vie, un corps dans son corps. C’est aussi un avortement, un vieillissement, un corps malade. C’est le corps qui nous habite tous…    

 

« Je me demande à quoi tient le désir, pourquoi le corps tressaille, pourquoi le ventre se creuse quand l’autre apparaît. À quoi tient cette fascination, cette façon de changer chaque détail du corps de l’autre, chacune de ses paroles, chacune de ses attitudes en une exception ? Pourquoi tout en l’autre est événement, étonnement ? La voix surtout, le grain unique, la façon de composer les phrases, les intonations, les silences, les sous-entendus. Pourquoi, une fois que l’amour aura passé, s’il passe, les mêmes gestes, la même démarche deviendront invisibles voire insupportables ? »

 

Avoir un corps, s’en soucier, se réjouir de manger un mille-feuille double crème pâtissière, triple chantilly et extra glaçage.

 

Parce qu’on ne passera pas notre vie à être à trois kilos du bonheur...

 

Merci ma gentille NADAEL de m’avoir fait découvrir ce superbe roman! Je me suis régalée autant que d’une pointe de gâteau… xxx

 

Pour lire ses deux billets signés Brigitte Giraud :

 

Pas d'inquiétude

 

Nous serons des héros

Avoir un corps - Brigitte Giraud

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