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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 16:16
Crash-test - Claro

Embarquement immédiat pour le crash, aucune issue de secours, premier accident de parcours

 

« Au commencement était l’accident »

 

« Adieu le repos et adieu la lecture du journal au café, la serveuse aux talons qui cliquent ne viendra plus, le café dans la tasse jamais ne tiédira, il n’y aura pas de jour de marché, pas de baiser sous les lampions, vous avez choisi la route, or la mort fait de l’auto-stop, et son pouce est le pieu sur lequel s’empaler. »

 

Il travaille pour un fabricant de voitures au département des crash-tests- appelons-le Robert pour faciliter les choses - il teste la résistance des habitacles en se servant de cadavres. Ses journées se résument à mettre en scène des collisions, reproduire les conditions du crash et anticiper le désastre. Quelques secondes à peine et c’est le choc, la seconde immobile où tout bascule, quand le corps absorbe la vitesse de l’impact. Un verre de trop, un moment d’inattention, l’endormissement, une erreur de jugement, une distraction. Le pressentiment n’est pas venu à bout de l’inévitable ni à stopper l’impossible. Mais à force de voir chaque jour des crânes en bouillie passer à travers les pare-brises, Robert finit par déraper sur l’autoroute de la folie, il parle aux cadavres comme d’autres se parlent à eux-mêmes. Il est le témoin premier de son propre crash…

 

**********

 

Nuit de sexe sous projecteurs, strip-tease et dérapage, deuxième accident de parcours

 

« Au commencement était l’accident »

 

« Appelons-la Melody Bubbles et n’en parlons plus. Ou plutôt ne parlons plus que d’elle, de ses dehors et dessous, du faux ciel qu’elle suscitait d’une arabesque de la main, une corde nouée en travers de ses seins dont elle mordillait le noeud intensément gordien, mimant l’Ève hésitante puis la dompteuse inassouvie, changeant de rôles avec la lumière. »

 

Elle travaille dans une boîte de nuit, de celles qui affichent les couleurs du sexe dans la souillure de néons rouges clignotants. Melody Bubbles entre en scène, les projecteurs s’allument. Elle se déhanche au rythme d’une musique érotique, l’évangile tatoué sur l’omoplate gauche, pulpeuse, les seins qui pointent vers le ciel et la jambe allongée sur son tabouret. Langoureuse… Une meute de loups affamés de chair fraîche vient se distraire d’un trop plein de monotonie à travers une érection aussi éphémère que leur couple qui bat de l’aile. Mais ce soir, Melody joue la grande prestation, le rôle de la femme-objet dans un corps de femme blessée. Elle s’est créé une fausse identité pour donner un sens à sa vie, se sentir exister, désirée. Le crash a eu lieu à l’été 69, à New York. C’est là que tout a commencé, que le sexe est né. Il est né du choc, d’une mâchoire brisée contre un pare-brise. Puis de Chuck, une brute à pendre par les couilles, un bourreau, une bête, un sale violeur. Au commencement était l’accident. Et ensuite la luxure, la révolte, la colère…    

 

**********

 

Porn story, branlette, fumette et liberté, troisième accident de parcours

 

« Au commencement était l’accident »

 

« La verge mobile, l’œil plissé tel un brigand d’autrefois, il marmonne les incantations qui font vagir les croupes et saillir les mamelons, marmonne et chante à fond de gorge la rengaine du foutre qu’expulsent rythmiquement glottes et glands voraces, distillant aux hétaïres de son harem mental les sésames du plaisir »

 

Il a 13 ans et demi et ne manque aucune occasion de se masturber – appelons-le Bob pour faciliter les choses. Dans l’intimité de sa chambre, seul sous les draps poisseux, ils tripotent les femmes qui s’offrent à lui sur le papier glacé des revues pornos. Il éjacule son besoin d’exister. Bob découvre les possibilités du plaisir en même temps que la honte. Mais le prix à payer pour jouir est nettement aussi satisfaisant que son besoin d’échapper à ses parents. Il recherche l’amour dans le buzz de ses premiers joints. Il vomit son trop plein d’alcool et ses amours de passage. Ce jeune en mal de vivre crache un liquide libérateur dans les entrailles d’un kleenex qui finira au fond d’une poubelle. Il s’en est fallu de peu pour que ce soit sa vie qui tombe dans le dernier caniveau. Au commencement il y a eu le crash, le crash familial…

 

Pour un premier rendez-vous avec Claro, j’ai été complètement charmée par sa manière de rendre compte d’une société malade et laissée à elle-même, solitaire, affamée d’illusions, où personne n’est à l’abri d’un certain dérapage. Crash-test, porn story et strip-tease, des histoires de corps fragilisés, meurtris par les accidents plus ou moins grands de la vie.

 

Un grand merci au Bison qui m’a fait découvrir Claro le jour de mes 25 printemps :D

 

Se délectant de sa Delirium Tremens extra mousse, « Tous les diamants du ciel » l’ont amené aussi loin que le regard 5 étoiles de Lucy…  

 

Crash-test, ou comment foutre sa vie en l’air

Crash-test - Claro
Published by Nad
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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 23:54
Le phare, voyage immobile - Paolo Rumiz

« J’ai bien fait de venir ici tout seul, pour le premier voyage immobile de ma vie »

 

« Les archipels de l’âme sont infiniment plus mystérieux et compliqués que les vrais rêves »

 

Qui ne s’est jamais imaginé au moins une fois dans sa vie vivre isolé sur un grand caillou entouré d’eau? Une île déserte, seul au monde, avec comme unique boussole le vent iodé des embruns de la mer. Marcher sur des terres vierges, libres et sauvages, en capturant le moment présent dans l’unique frontière de l’imprévisible, libéré de toutes contraintes. C’est ce qu’a fait Paolo Rumiz lors de son premier voyage immobile, isolé dans un phare au milieu de la Méditerranée. Seul ou presque, avec uniques habitants le gardien et son adjoint, des boucaniers vivant de la pêche et de l’air du temps, aussi discrets que solitaires.

 

« C’est un de ces lieux qui te font comprendre que, au-delà de la lumière de ton existence, il existe le néant incommensurable… Cet à-pic est la représentation du mystère, tu es devant quelque chose qui ridiculise les malheurs des hommes »

 

« Ici, il faut savoir se résigner aux ajournements et aux attentes, et même prendre le goût des errances et du périple. »

 

Sans télé ni aucun moyen de communication – à part une petite radio à ondes courtes - l’écrivain-voyageur a consacré ses jours à l’exploration de son nouveau milieu de vie. Il a contemplé les étoiles, admiré les soleils couchants sur la mer, observé les oiseaux et, même, apprivoisé un âne borgne amoureux fou des citrons. Sans oublier Cassandre, une vieille poule solitaire… Mais avant tout, Paolo Rumiz s’est passionné de « vents », ceux qui secouent violemment les fenêtres et vous incitent à rester à l’abri.

 

« Chaque vent déchaîne en toi une tempête de sentiments inattendus »

 

Qu’il s’agisse de sirocco, de nevera, de tramontane, de levante ou de levantazzo, il en parle avec une poésie qui donne envie de pleurer d’émotion, tant c’est beau…

 

« ce vent d’est humide et infâme est une lamentation, une migration d’âmes mortes, il vous pousse dans les cavernes inexplorées de votre for intérieur » - le levantazzo

 

« c’est un vent chargé de lumière et de reflets, qui anime la mer de vagues fréquentes et riches d’écume, qui gorge nos rochers de couleurs, qui porte des semences de myrte et de romarin, qui mûrit les figues de Barbarie et les raisins, qui ensanglante de coquelicots les champs de blé, qui féconde la mer de nouveaux poissons… » - le levante

 

Seul avec lui-même dans l’un des phares les plus hauts du monde, affrontant les pires tempêtes de vent aussi bien que l’accalmie des jours, Paolo Rumiz réinvente un environnement à l’image de ses bousculements intérieurs. Avec lui, on est emporté par des vagues d’émotions fortes. Pour peu que l’on se ferme les yeux quelques instants, c’est un roman que l’on contemple en paysages, émus par la beauté des lieux. L’auteur colore ses mots d’un discours anti-modernisme où il s’oppose notamment à la pêche industrielle « qui vide la mer », puis aux GPS qui tuent à petits feux ces « gardiens de la lumière »…   

 

« Il m’a suffi de m’arracher au vacarme de la terre ferme, à la tempête des SMS, à l’overdose de données, aux débilitantes musiques de supermarché, et de venir sur une île déserte. Là tout est évident. Il y a un système qui nous abrutit de calmants, qui nous maintient dans un état de confusion mentale, dans le but précis de ne pas nous laisser comprendre qu’un gang de pillards est en train de dévorer le monde. Derrière la guerre en Irak, derrière la Syrie, l’Ukraine, les Balkans, derrière tous les « ismes » et les drapeaux, les nations et les religions, il y a toujours cet accaparement éhonté des dernières ressources de la planète. »

 

Sweet manU, le King des marais de Charente, rêve parfois de déserter son marais à grenouilles pour vivre « sur un îlot désert de toute présence humaine ». Un grand merci de m’avoir permis ce voyage immobile…

 

« Je reste comme un naufragé, ballotté par la tempête de mes pensées »

 

Le phare, voyage immobile. Et mon cœur y est encore… <3

 

Bonheur du Jour l'a aussi adoré

Le phare, voyage immobile - Paolo Rumiz
8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 23:43
Neige sur le pont de Taiko

Neige sur le pont de Taiko

(D’après une estampe d’Ando Hiroshige)


Neige sur le pont de Taiko aujourd’hui.

Vol de larmes surpris ce matin par le gel,
Les flocons délavent le visage du ciel,
Sertissant les passants aux pas ensevelis
D’étincelants silences, au plaisir de leur danse.

Leur mémoire glacée fige le doux soupir
De l’eau de la rivière en son bleu souvenir,
Qui reflète les cieux, sous le pont de Taiko,
Là où choît l’horizon dans un cri sans écho.

Au seuil du mourir blanc d’un jour qui se termine,
Les mains d’ébène hésitent sur cette peau d’hermine
Que presse au dos du pont, dans son train incessant,
Le flux silencieux d’élégiaques passants.

Belles-aux-yeux-de-miel, fermez vos kimonos,

Car il neige ce soir sur le pont de Taiko.


Théo, 2003

25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 19:43
Pico Bogue - Question d'équilibre

Quel régal!

 

L’autre jour, j’ai piqué le Pico Bogue de Tom, j’vous dis, paroles de caribou (ou de bûcheronne, c’est selon… ^^) c’est aussi divin qu’un bol de crème glacée noyé dans l’sirop d’érable! La scénariste Dominique Roques et le dessinateur et coloriste Alexis Dormal (mère et fils, quel duo) s’unissent pour nous offrir une BD sous le thème de l’équilibre. C’est plein de sarcasme - tout ce que j’aime! – d’humour et d’ironie sur des situations de la vie quotidienne.

 

Écrit avec énormément de sensibilité et d’intelligence, les personnages traversent une tonne d’émotions, du rire aux larmes en passant pas les petites et grandes déceptions de la vie. Les dessins sont vraiment magnifiques, j’ai adoré la fraîcheur de ses couleurs automnales, des rouges cerise, des jaunes dorés, des orangés aussi vifs que la belle tête toute ébouriffée et couleur carotte de notre héros Pico. Et sa petite sœur Ana Ana, casse-pieds comme tout, toujours à rechercher l’attention de son grand frère. Elle m’a fait sourire avec ses réflexions de petite fille toute mignonne, entière et spontanée! Grand coup de cœur pour les planches enneigées de descente en luge ou de batailles de boules de neige (j’suis imbattable…). Mais le TOP du TOP c’est l’expression des visages! Les yeux exorbités, les bouches ouvertes à s’en décrocher la mâchoire, tout est délicieusement exagéré, Alexis Dorval ne fait pas dans la demi-mesure et ça, j’adore…

 

À travers les dialogues, Dominique Roques en profite pour conscientiser de lecteur en abordant des sujets tels que la guerre, l’adoption, les préjugés et l’intolérance, le taxage, le racisme, le rapport à l’argent, la générosité et plus encore…

 

Pico a dix ans et qu’est-ce qu’il est espiègle! Mdr Il me fait drôlement penser à quelqu’un, lui… Attachant comme tout, tout ce qu’il souhaite c’est qu’on le laisse réfléchir par lui-même, après tout les enfants sont BEAUCOUP plus grands que ne le croient leurs parents! Non mais! Pico ce n’est plus un bébé et il tentera par tous les moyens de le faire comprendre à ses parents TÊTUS COMME DES MULES (ou durs de « comprenure »?)! Il a besoin d’aller à l’encontre des normes pour connaître le monde et pouvoir l’appréhender. Avec un sens infaillible du mot juste – et une bonne dose de manipulation bien placée - il fait prendre conscience à ses parents de leurs limites jusqu’à les pousser au bord de l’exaspération pour ensuite revenir vers eux et enfoncer le couteau bien profond avec des phrases du genre : « je ne t’en veux pas maman d’avoir perdu patience ». C’est tout simplement délicieux. Non mais qu’est-ce qu’ils sont énervants les parents des fois! Ils posent trop de questions, ils mettent trop de règles et ils croient tout savoir! Et si on écoutait un peu plus les enfants? Car après tout, tout est question d’équilibre…

  

Message du pêcheur Thomas à son manU the French Frog :

 

Merci pour cette magnifique bd ma french frog d’appât à pêche préféré! Un vrai comique ce Pico il m’a fait vraiment rire avec son humour sarcastique. Je suis content de ne pas avoir une sœur fatigante comme lui, je préfère de loin mon frère!!! Mais pas tous les jours :-)

Je n’en dirais pas plus car ma mère est à côté de moi! AHAHAHAHAHAHAHAHAH!

 

À bientôt

 

tomtoM the Quebec French Frog Fisherman!

XOX

Pico Bogue - Question d'équilibre
Pico Bogue - Question d'équilibre
23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 17:34
Tous les matins je me lève - Jean-Paul Dubois

« Il faut se méfier des buveurs de lait. Ils ont parfois des réactions d’alcoolique atrabilaire »

 

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« Si on avait une perception infaillible de ce qu’on est, on aurait tout juste encore le courage de se coucher, mais certainement pas celui de se lever. » -

É.-M. Cioran

 

Paul Ackerman se lève chaque jour à midi. Il est marié, il a trois enfants et est propriétaire d’une maison avec piscine. Il n’a pas de travail, pas d’horaire, pas d’amis, pas de contraintes. Même la compagnie d’assurances ne l’assure plus… ni pour la voiture, ni pour la maison, ni pour les enfants… Tous les matins je me lève est le titre de son nouveau roman qui a du mal à voir le jour. Pas étonnant, Paul Ackerman est l’écrivain en syndrome permanent de la page blanche. Sa femme le trouve lâche. Elle ne lui adresse même plus la parole.

 

« J’étais sans doute l’un des trois quatre types les plus malheureux du monde. »

 

Amateur fou de bagnoles, il pleure comme un enfant sur ses voitures « mortes » plus que sur sa propre vie. En proie à une profonde détresse, il retourne voir « son ex » à la ferraille comme d’autres vont pleurer sur la tombe d’un proche. Avant de repartir chez lui avec le signe chromé de sa Karmann serré entre ses mains. Un objet gardé précieusement telle une relique coulée dans l’or des sentiments les plus forts. Pour le meilleur et pour le pire…

 

« Maintenant, j’étais à quatre pattes au chevet de la Karmann. Elle ne respirait plus. Elle avait les phares tournés vers le ciel. C’était fini. Elle avait été tuée sur le coup. Je m’accrochais à son aile, j’étais à genoux et je m’accrochais. Je m’en voulais d’être vivant. »

 

En fait, Paul Ackerman vit la nuit où il joue comme poste arrière dans la ligue nationale de rugby. Une vieille obsession qu’il nourrit depuis toujours de se mesurer aux Anglais : « Ackerman, grouillez-vous, le titulaire s’est claqué, on a besoin de vous pour claquer les Anglais ». La nuit, il lui arrive même de rêver qu’il vole et de se réveiller ému aux larmes. Il y a de ces rêves parfois qui change ainsi votre vie…

 

Moi, je l’aime bien Ackerman! Son histoire en est une d’humanité. Il vit à l’extérieur du monde où les jours défilent dans une sorte d’écoeurement nauséeux. Pour donner un sens à sa vie, il prend parfois de grandes décisions existentielles, comme celle de se laisser pousser la moustache (!). Si la succession de petits riens qui constitue son quotidien ne suffit pas à le rendre parfaitement heureux, elle aura le mérite de lui offrir au passage de brefs instants de bonheur. Comme cette fois où il se sera arrêté au bord d’une falaise pour admirer le coucher de soleil sur la mer en mangeant des haricots en boîte. Et boire un grand verre de lait froid. Car Paul Ackerman est accro au lait, il s’y accroche comme à une bouée de sauvetage. Le liquide froid glisse dans sa gorge, seulement alors il a l’impression d’exister…

 

« Je ne vaux pas grand-chose et je ne crois en rien. Et pourtant, tous les matins je me lève »

 

J’ai découvert ce petit roman à travers un article du journal La Presse où James Hyndman le citait comme « le livre le plus souvent donné en cadeau ». C’est en le refermant sur la dernière page qu’on comprend la teneur de ces mots. Les chapitres défilent avec ironie et sarcasme, certains passages sont à mourir de rire! Paul Ackerman a le sens aiguisé de l’autodérision, ce livre est un vrai rayon de soleil. Les jours passent et se ressemblent. Mais ils ont le mérite de nous ressembler…

 

Un p’tit verre de lait avec ça?

 

« Un jour on se lève et on fout tout en l’air pour repartir à zéro. »…

Tous les matins je me lève - Jean-Paul Dubois
15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 23:31
Syngué sabour - pierre de patience - Atiq Rahimi

« C’est toi qui es blessé et c’est moi qui souffre. »

 

Syngué sabour, vois-tu cette pierre sacrée?

 

On dit qu’elle étanche les maux et les secrets. Jusqu’au jour où elle éclate. Seulement alors, on se sent libéré de nos souffrances…

 

L’ Afghanistan est en guerre. Dans une petite chambre étouffante de chaleur, un homme est plongé dans le coma après avoir reçu une balle dans la nuque. À son chevet, sa jeune femme prie pour le ramener à la vie. La main posée avec amour sur sa poitrine, au son de ses respirations, elle égrène du matin au soir un long chapelet noir, sous le regard complice du Coran. Avec douceur, elle instille des gouttes de collyre dans chaque œil, règle le goutte-à-goutte, nettoie le ventre, le sexe, les pieds. Un rituel comme autant de petites tendresses déployées avec amour…

 

Alors, tu m’entends, Syngué sabour?

 

Mais, dans le tumulte des jours qui défileront et le mutisme des heures, la jeune afghane lèvera le voile et brisera le silence. Une vie de peur et de culpabilité se distillera au gré des souvenirs qui referont surface. Aujourd’hui, elle pourra tout raconter sans être interrompue. De ses mots retenus au seuil de la colère, elle poussera enfin le cri libérateur de tant d’années de souffrances accumulées…

 

« Désormais je possède ton corps, et toi mes secrets. »

 

Pourquoi a-t-il fallu que tu m’abandonnes durant toutes ces années? Cette foutue guerre fratricide au nom de laquelle tu t’es battu égoïstement valait-elle la cruauté de la solitude dans laquelle tu m’as plongée? Au nom de qui, de quoi? Trois ans à t’attendre à travers le vide des nuits sans fin. Et tes frères! Ah, eux! Tous des lâches, des pervers, sais-tu seulement le mépris et la haine dont j’ai été victime? Il faut être sacrément prétentieux et arrogant pour ne t’en être même pas soucié. Je vais te dire autre chose, puisque je n’ai plus rien à perdre, encore moins l’envie de retenir ma colère. Tu sais, cette première fois au lit, j’avais mes règles. Ce n’était pas le sang de ma virginité. Je n’ai jamais joui dans tes bras, j’ai eu à me caresser et me faire jouir quand tu avais le dos tourné à moi, repus de ton orgasme : « vous les hommes, vous jouissez, et nous les femmes, nous nous en réjouissons. »…

 

La porte de la chambre vole en éclats. Une déflagration à faire trembler la terre. Tout le quartier est dans la ligne de mire. Coups de feu, explosions, chars d’assauts. Tu as mené ta guerre et moi la mienne. Je sais à quel point tu t’es senti abandonné par ta famille. Mais moi aussi, Syngué, avec nos deux petites filles, nous étions seules au monde…

 

Dans ton sommeil si profond, entends-tu le cri de la pierre qui éclate? Aujourd’hui je suis libre, libre de toi…

 

« Le fait de tout dire. Tout te dire, à toi. Là, je me suis aperçue qu’en effet depuis que tu étais malade, depuis que je te parlais, que je m’énervais contre toi, que je t’insultais, que je te disais tout ce que j’avais gardé sur le cœur, et que toi tu ne pouvais rien me répondre, que tu ne pouvais rien faire contre moi… tout ça me réconfortait, m’apaisait. » 

 

Un immense coup de coeur pour le roman et le film... 

 

Les avis de Didi sur le LIVRE et le FILM

Et celui de Stephie et Dasola

Syngué sabour - pierre de patience - Atiq Rahimi
Syngué sabour - pierre de patience - Atiq Rahimi
Syngué sabour - pierre de patience - Atiq Rahimi
Syngué sabour - pierre de patience - Atiq Rahimi
8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 20:53
Le Ruban - OGAWA Ito

« L’espoir est quelque chose qu’on fait naître. »

 

Et si je vous disais que cette histoire d’amour a pris naissance dans le chignon d’une vieille dame passionnée d’oiseaux? Vous seriez peut-être déjà tentés de la lire, ne serait-ce que pour la douceur des images multiples que ces mots éveillent en vous. Quant à moi, j’ai ouvert ce roman et je l’ai refermé seulement une fois que j’ai eu terminé mon voyage sur les ailes de Ruban. Et connu la beauté de son destin…

 

Dans le nid chaud de sa chevelure, Sumire, sous l’œil et les soins complices d’Hibari, sa petite-fille d’adoption, couve jour et nuit l’œuf qui vient de tomber du nichoir d’un arbre centenaire. Avec cette tendresse propre à l’amour, et à travers des liens qui se resserreront entre elles à jamais, la petite Hibari prendra soin du retournement de l’œuf et de son incubation artificielle. Tout cela avec le même soin délicat que celui d’un secret confié aux seules personnes qui nous sont chères. Jusqu’au jour où Ruban naîtra, une jolie perruche calopsitte à tête jaune, qui viendra se percher sur l’épaule de Sumire. Ce jour-là, les cerisiers venaient de fleurir. Sous l’œil triste mais à la fois attendrie d’une vieille dame et de sa petite-fille, il prendra son envol, liant à tout jamais leur âme.

 

« Soudain, le dos de sa main est entré dans mon champ de vision. En regardant bien, sur ses mains, il y avait des montagnes et des vallées, des rivières, c’était comme la Terre vue d’en haut, de très loin. Ces mains avaient aimé Ruban, m’avaient serrée contre elle. » 

 

Sur son passage, témoins de certains malheurs, Ruban apaisera de sa présence. À chacune des petites histoires qui nous seront racontées sous formes de nouvelles, il apportera tantôt un réconfort physique aux douleurs, tantôt il donnera le courage d’aller de l’avant à cet homme malheureux qui aura tout perdu, même l’envie de vivre. Un jeune travesti apprendra les beautés de l’apprivoisement. Doucement, sa colère s’atténuera. D’autres histoires touchantes viendront parfumer ce roman où Ruban deviendra unique, source de consolation par sa douceur répandue. Il sera à la fois Citron, Banana, Sûbô ou Suehiro, selon les prénoms d’adoption que lui donneront ceux à qui il offrira son amour. Mais à jamais, pour Sumire, il sera Ruban, celui qu’elle aura couvé dans la chaleur de son chignon, réincarnation de l’homme aimé dont elle fut séparée par le mur de Berlin en 1961. Il reliera leur âme pour toujours…

 

Ce beau roman, on voudrait le poser sous notre oreiller pour qu’il nourrisse nos rêves. Il est écrit avec douceur et un infini respect des malheurs de chacun. Même dramatiques, les situations de vie qui nous sont présentées, en aucun cas ne sombrent dans les effets pervers de la victimisation. Les symboles sont multiples et forts. J’ai été particulièrement touchée par celui de la liberté, que l’auteure nous présente à la fois à travers le dilemme de la cage et celui du mur de Berlin, dont l’Ouest est enclavé dans la capitale de l’Est. Au-delà de la mort, Ruban unit les gens à jamais, les liens familiaux sont soudés, les amitiés aussi, plus fortes encore. Des pages emplies de magie, d’espoir et de rêves, ce roman est un hymne à la vie...

 

« Que notre ruban soit un lien éternel à notre amitié »

 

Un immense merci ma Douce Cristina pour ce précieux moment de lecture… xx 

Le Ruban - OGAWA Ito
Le Ruban - OGAWA Ito
2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 17:53
Dernières nouvelles du Sud - Luis Sepúlveda &amp; Daniel Mordzinski

« En Patagonie, on dit que faire demi-tour et revenir en arrière porte malheur. Pour rester fidèle aux coutumes locales, nous avons poursuivi notre chemin car le destin est toujours devant, et on ne doit avoir dans son dos que la guitare et les souvenirs. »

 

Attendez, j’vous raconte…

 

J’arrive à peine d’un voyage enchanteur au pays de Sepúlveda pour vous donner les Dernières nouvelles du Sud, le Sud du bout du monde. Mon sac-à-dos est chargé de souvenirs, pas de ceux qui s’abîment et se perdent, mais des souvenirs comme des odeurs qui s’impriment à jamais dans les mémoires du coeur. Mes compagnons de route, Luis Sepúlveda et Daniel Mordzinski - photographe franco-argentin - avaient envie de nous raconter la richesse lumineuse dont sont imprégnés les gens qui vivent dans cet endroit que l’on dit l’un des plus purs de la planète : la Patagonie. Et moi, je ne demandais pas mieux que de les suivre…

 

À bord d’une vieille bagnole, notre voyage débutait à San Carlos de Bariloche, où nous descendions vers le Cap Horn, à l’Ouest argentin de la Terre de Feu, pour revenir par la Patagonie chilienne jusqu’à l’île de Chiloé, quatre mille cinq cents kilomètres plus loin. La quila venait de fleurir, une variété de bambou andin. Pas un seul nuage dans le ciel, d’un bleu immaculé. Nous avons traversé la steppe patagonienne, affrontant de face les vents violents de ces grands espaces indomptables. Ils nous ont rappelé les beautés sauvages d’une terre qui côtoie de près les eaux glaciales de l’Antarctique et les masses d’air froides qui battent de plein fouet sur la Cordillère des Andes.

 

« La steppe patagone invite les humains au silence car la voix puissante du vent raconte toujours d’où il vient et, chargé d’odeurs, dit tout ce qu’il a vu. »

 

Comme seule boussole, nous avions une envie furieuse de nous abreuver du parfum des fleurs sauvages, des saveurs des ravioles con tuco et de l’agneau rôti sur la broche, que mes amis voyageurs affirmaient dur comme fer être le meilleur au monde. Le vin chilien coulait dans les verres au son des guitares et des accordéons, avant de finir la soirée devant un bon maté que nos hôtes au visage tanné par le vent nous servaient avec fierté.  

 

De toutes ces rencontres que nous ayons faites, si je devais n’en revivre qu’une seule, j’irais revoir La dame aux miracles, cette vieille femme de quatre-vingt-quinze ans avec ses beaux sillons de rides qui témoignent de son histoire. Sa petite maison de campagne est entourée d’un jardin qui abonde de fruits et de légumes. Les herbes miraculeuses qui foisonnent de toutes parts ont ce don d’éveiller la fertilité. Mais je voudrais surtout, au coin du feu, qu’elle me reparle des souvenirs de l’homme sur la photo sépia. Je saurais alors que le plus beau des voyages est celui qui nous offre le cadeau d’une fenêtre ouverte sur le cœur des gens…

 

« Un jour mourait en Patagonie mais, à l’aube suivante, une vieille dame de quatre-vingt-quinze ans, qui avait fêté son anniversaire avec deux hommes des grands chemins, garderait la merveilleuse habitude de vivre. »

 

Je pourrais aussi vous parler de l’homme-luthier, El Tano, avec lui nous avons cherché dans chaque recoin de la steppe des bois rares pour la confection de ses violons. Ou encore des Gauchos de Patagonie, ces cavaliers qui franchissent la Pampa au galop, hommes élégants avec un foulard rouge autour du cou. Ils sont maîtres du lasso avec leurs gestes lents et harmonieux…

 

Ce récit de voyage est dédié à Osvaldo Soriano. Des pages émouvantes témoignent de son amitié envers l’écrivain et scénariste argentin.

 

« Osvaldo Soriano se dirigeait à pas lents vers Callao, il s’est arrêté pour saluer un vendeur de journaux, s’est penché un peu  plus loin pour caresser un chat de gouttière puis a continué à s’éloigner, à s’éloigner jusqu’à ce que sa silhouette se perde sous les arbres, jusqu’à ce qu’il ne reste plus de lui qu’un souvenir inoubliable, définitif, têtu, incombustible, installé pour toujours dans le cœur de ma mémoire. »

 

Le temps me manque pour vous en dire davantage, le Patagonia Express arrive dans quelques minutes. Je monterai à bord et je me fermerai les yeux sur ces souvenirs inoubliables d’images et de rencontres.

 

Des Grandes Plaines du Montana en passant par un igloo du Québec, je dois le cadeau inestimable de cet aller-simple au Sud du 42ème parallèle à un Bison. Si vous passez un jour à la petite maison de campagne de La Dame aux miracles, vous seriez gentils de la serrer très fort dans vos bras de ma part. Dites-lui qu’il n’y a pas un jour qui passe sans que je pense à elle et à la photo sépia suspendue à son mur.

 

L’amour est le plus beau des voyages…   

 

Pour lire les billets du Bison sur trois livres de Sepulveda:

 

Le monde du bout du monde

 

Rendez-vous d'amour dans un pays en guerre

 

Un Nom de Torero

Dernières nouvelles du Sud - Luis Sepúlveda &amp; Daniel Mordzinski
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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 23:25
La pyramide des besoins humains - Caroline Solé

« Si, un jour, la célébrité vous tombe dessus comme la fiente d’un pigeon sur la tête : fuyez. Plus personne ne vous regardera droit dans les yeux quand vous serez un demi-dieu. On vous fera des courbettes, mais vous serez traqué comme une bête. J’ai trop d’honneur, Maslow, pour jouer à ton petit jeu. Remballe tes paillettes, tes cerises et tes dollars, j’ai tourné la manivelle et j’ai vu trois têtes identiques : la mienne, la mienne et la mienne. J’ai touché le jackpot, mon pote. Moi. »

 

Au centre de l’écran, les mots surgissent d’une pyramide multicolore comme une invitation à changer de cap : « TOI AUSSI, JOUE TA VIE ». Il s’agit d’une émission de téléréalité, inspirée de la pyramide des besoins humains de Maslow, où les candidats doivent chaque semaine écrire un court texte dans lequel ils ont à rendre compte de la satisfaction des besoins du niveau en cours. La pyramide compte cinq niveaux, des besoins physiologiques au besoin de s’accomplir, en passant par la sécurité, l’amour et la reconnaissance. Le public votera, il n’y aura au final qu’un seul gagnant… 

 

« Christopher Scott, il me plaît bien ce nom. Il sonne comme la mascotte des paumés et des gars en marge. »

 

« Jouer sa vie » est exactement ce qu’était en train d’accomplir Christopher, quinze ans, au moment de s’inscrire, sans savoir que ce jeu allait à jamais changer sa vie. Adolescent fugueur et sans abri, il venait de prendre un train pour Londres et de tirer un trait sur son passé : un père qui le frappe et une mère qui ne lève pas même le petit doigt pour protéger son fils. Laissé à lui-même, il dort sur un carton à Leicester Square, dans Chinatown, un bout de trottoir comme un lieu d’appartenance. Il déambule dans les rues de Londres, nulle part où aller, il fume, boit, mendie, la douleur au ventre et la peur dans le sang. Mais il y aura Jimmy, son colocataire de trottoir, présence rassurante dans les nuits de Londres, le genre d’ami que l’on souhaite quand on vit dans la rue. Puis Suzie, qui se prostitue dans l’immeuble d’en face, un lampion rose allumé à sa fenêtre, qui sait, pour mettre un peu de lumière dans toute cette noirceur qui noue les tripes de l’adolescence.     

 

« On m’a marché sur les pieds. On m’a chanté des berceuses dans mon lit à barreaux comme on m’aurait offert des fleurs couvertes d’épines. Il y a des trous dans chaque pore de ma peau, des petits manques se sont creusés chaque fois que ma mère quittait la chambre. »

 

« J’ai claqué toutes les portes, mais l’ombre de mon père s’est infiltrée en moi. Il m’empêche de dormir toutes les nuits. »

 

Comment se sent-on quand du jour au lendemain on devient un héros? Christopher n’avait cherché qu’à se sentir chez lui quelque part. Et pour la première fois de sa vie, en atteignant le cinquième niveau, il venait de prendre conscience du vide dont seule la solitude arrive à vous y plonger, un bandeau sur les yeux…

 

« Mon pseudonyme escalade la pyramide, mais je vis toujours dans le caniveau. »

 

Dès les premières pages de ce roman jeunesse, je suis déjà captivée par l’histoire de cet ado qui nous amène à se questionner sur l’essentiel, la surconsommation et le besoin de toujours posséder plus. Le rôle d’une société qui tourne le dos aux gens de la rue est-il acceptable? La vie c’est comme la loto, on ne naît pas tous égaux. Un jour, on met une pièce dans la fente d’une machine à rêves et on mise tout ce qu’on a, même ce qu’on a perdu. Certains vont parler de destin, à mon sens, c’est qu’une manière d’embellir la réalité. Christopher ne cherchait qu’un lieu d’appartenance. En posant un regard sur le monde qui l’entoure, il réalisera à quel point le rythme effréné des humains est peu enviable. Et que la liberté n’a aucun prix...     

 

 « J’ai la corde au cou, le cordon emmêlé dans ce jeu de fêlé. Je veux sortir de la mêlée. Sans famille, sans copains, sans armée, je ferai une percée. Maslow, laisse-moi passer, escroc, laisse-moi percer. Et je prouverai au monde entier qu’on peut manquer de tout et franchir quand même trois niveaux sans crever. »

 

 « Le gros cafard, c’est comme crever un ballon au moment où il allait s’envoler. »

 

Un immense merci à mon amie Nadège pour ce magnifique cadeau, un roman que j’ai lu avec l’énergie de retrouver chaque jour Christopher et son coin de trottoir à Leicester Square, dans Chinatown. Et mille bisous de la part de Vincent qui l’a dévoré… xx

 

Les avis de Jérôme et Noukette

28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 05:56
Le magot de Margaux

Ce soir je ferme la cantine et verrouille la Trabant, l’heure est à la fête!

 

Margot a 10 ans, sortez le Margaux!!!!

 

Viens-là mon mangeux d’poutine que j’te serve un beau grand bol extra fromage pour l’occasion ! MDR (Merci de rien)

 

Et parce qu’un dixième anniversaire ça se fête en grand et que j’ne fais jamais rien à moitié, ce sera « Spécial sauce Margaux ». Pouah, quel sens du raffinement ! Je sais, t’en bave rien qu’à y penser…

 

Mais surtout, parlant de bave… Parce que tu le vaux bien, prépares-toi à recevoir des gigalitres d’une bave millésimée qui en rendrait Garbi jaloux, le pauvre… Et n’oublies pas de sortir ton bavoir parce qu’après toutes ces années de sécrétions accumulées, ça va faire des dégâts mon homme…!!! SLURP!

 

p.s. : « À part ça la photo là dis donc, c'est le petit studio dans le jardin pour les amis de pas sages! Il y aura un aquarium j'espère pour accueillir notre ti poisson rouge » 

 

-Au fait t’as changé l’eau du poisson j’espère? Paix à son âme… à Solange, Rémi, le Général, Lucie, Annie et toute ta bande de joyeux lurons. Lundi, 9 heures, j’t’attends sur mon divan en peau de vache pour ta thérapipi… (si tu veux mon avis t’es un cas perdu mais bon, comme t'insistes…)

 

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Le magot de Margaux

 

Que de cris sans éclat prisonniers du silence

Mon âme est cent issues quand s’écrit un regard

Exhumant de l’iris ces secrets que j’amarre

Île est telle en partage où l’ami prend naît sens.

 

C’est tant d’éclats de vert que de tessons à rire

Venus ouvrir la veine au pays des veinards

Y mettre baume au beurre en nos cœurs épinards

En mille mots sots d’Oh quatre sans cou férir.

 

Fée rire ou pleurer mais bougeons popotins

L’éther ankylosé sur les terres du vers

Voix là se nourrissant au détour d’une artère

L’envers d’une rigole halo d’un lendemain.

 

Sol en pleurs de rire si s’élèvent nos verres

A pied tombent à pic en jouant cœur atout

Qu’aussi taudis totems aussitôt dits tabous

Ils font boules de neige endroit verni en vers.

 

La vois-tu ingénue avec ses doigts d’Orphée?

Là tissant nos rêves au fil de ses rameaux

Ici posant tes pas aux sentes de mes mots

Au centre de mon cœur un brin ébouriffé.

 

L’amitié s’étoffe d’un chemin de traverse

Resserrée sous la fibre ombragée des passants

Où se noue d’un poème au céans de l’instant

L’ailleurs en liberté que l’océan déverse.

 

Ce chemin dans la main sans paume de discorde

Mais paumés si petits pousser la chansonnette

Avec des airs à euh qui se marient au net

Purs instruments du cœur à vibrer des dix cordes.

 

Cette paume en brasier aux prunelles d’enfant

Est offrande à serrer sur le tranchant de l’âme

Sirius si servant en portera la flamme

Pour éclairer ta route au quatre coins du vent.

 

S’étrennant par la main et traînant un nuage

Nous jetterons un sort à l’amer de tes larmes

Nous ferons du rire la plus belle des armes

Sirius investie en guise d’héritage.

 

L’esprit piqué au vif le mors de rire* aux dents *(mdr)

L’humour à butiner tant essaimer d’art-dare

Mots semés et s’aimer d’une amitié sans dard

Sans vol maugréent du vent s’envolent confidents!

 

Si telle est ta lumière à l’effroi de mes anges

Je peindrai l’angélus d’un grand sceau étoilé

Sonnerai l’ange élu à mes zèles déployés

Volant de mes ailes à l’assaut de Solange.

 

Poutine dînons nous? Margot dit non, eau toi

Divine, je dis vin puis nous nous avinons

En des mots pas si vains pacifiés, devinons

Qu’amitié ça devint chantée dessous les toits!

 

Le silence emmuré salutaire à ces pages

Une voix que les maux par delà les frontières

Enivrent d’abandon pour te dire en prière:

Joyeux noël J.C bénissons ce cépage!

 

J-C (rimarien) & Nad

25 janvier 2006

 

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