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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 22:48
Une vie entre deux océans - M.L. Stedman

« Il est des moments où l’océan n’est pas l’océan – ni bleu, ni même aqueux-, mais une violente explosion d’énergie et de danger : une férocité que seuls les dieux peuvent atteindre. Il se rue contre l’île, projetant son écume par-dessus le phare, rongeant la falaise. Le vacarme qu’il produit ressemble au hurlement d’une bête dont la colère ne connaît pas de limites. »

 

Au point culminant de l’île de Janus, en Australie, le phare se dresse, immobile. Ses flancs de pierres ont connu les démesures du temps. Ils résistent aux grandes marées, à la colère des vagues, témoins immuables du sillage des navires. Le phare se dresse, il est l’ancre et l’amarre des marins voyageurs, lumière qui guide sur la route des eaux. Plus encore, il fut le dernier symbole de l’Australie lorsque le régiment de Tom est parti pour l’Égypte, en 1915. Le phare se dresse et le jour s’éteint. Tom se souvient…

 

Mobilisé durant la guerre, il porte en lui les traumatismes de l’homme qui a côtoyé la mort, transformé à jamais par cette odeur fétide de sang et de corps arrachés à la vie. Tom se souvient, car certaines douleurs sont ineffables. Elles rendent compte du mépris de l’homme. Peut-on même y trouver un sens, des années plus tard? Comment témoigner de la mort sans se sentir brisé, coupable de s’en être sorti indemne?

 

« Lui viennent en tête différentes versions de lui-même lors de la scène d’adieu : l’enfant de huit ans abandonné ; le soldat devenu fou qui errait quelque part en enfer ; le gardien de phare qui a osé ouvrir son cœur. Comme des poupées russes, ces vies s’emboîtent les unes aux autres. »

 

C’est un lieu isolé, sauvage, un petit point sur la carte du monde où se dresse un phare, immobile. Le point le plus éloigné du continent, sur la côte de la Nouvelle-Galles-du-Sud. Tom y trouvera refuge, nouvellement engagé comme gardien de phare. Ce même phare qui le vit quitter la terre ferme à bord d’un navire, des années plus tôt. En homme solitaire, il trouvera la liberté dans le silence des jours. Ici, il faut tenir le registre, polir le prisme, apprendre le morse. Il faut aussi être inébranlable dans ce monde coupé de tout. Tom est le « gardien de la lumière », au sommet de son phare, il tente de renouer avec le passé. Cette vie est faite pour lui. Mais avant tout…

 

Dans ce roman, il y a l’Amour, celui dont il ne se doutait pas d’en connaître les saveurs un jour. Elle s’appelle Isabel et partagera sa vie au phare. Avant elle, il y a tant de choses dont il ne soupçonnait pas même l’existence.

 

« -Je suis désolé Isabel. Je ne suis pas très doué pour affronter ce genre de situation.

-Quel genre de situation?

-Comme… dire au revoir. Je m’accoutume très bien de la solitude. Et je m’accommode aussi très bien de la compagnie des gens. C’est le passage de l’un à l’autre qui me pose des problèmes. » 

 

« Comment as-tu fait pour que je ressente autant d’amour pour toi? »

 

Elle rêve d’avoir des enfants et n’envisage pas sa vie sans eux. Puis il y a les fausses-couches, ces faux espoirs qui se transforment, au fil du temps, en cauchemars. Nuits sans fin où s’éternise, comme une longue plainte de douleur, la colère impuissante du couple. Au sommet d’une falaise, le vent emporte l’écho inassouvi des pleurs. Le rire d’un enfant pas même éclos. C’est alors que s’ « échoue » Lucy, petite vie surgie de nulle part, un cadeau du ciel, un trésor des eaux… D’où vient-elle? Qui sont ses parents? Et si on la gardait avec nous, Tom?       

 

La petite Lucy a guéri des vies, celles d’Isabel et Tom. Mais les décisions que l’on prend, et qu’il faut accepter, pèsent parfois néanmoins sur la conscience. Elles n’enlèvent en rien la culpabilité qui ronge à petit feu. Encore moins le mal que l’on cause en les prenant. Mais jusqu’où ignorer les règles? Et qu’en est-il des liens du cœur et de ceux du sang? Comme manU (clicker sur le lien) je n’ai aucun doute sur ceux qui ont le plus de valeur. À mes yeux, l’héritage d’amour est plus fort que tout.       

 

Dans ce roman qui a chaviré mon cœur, on s’interroge sur le sens de la vie. Sur le fait de laisser ou non le passé à sa place. Sur le bien et le mal. Sur la mort et la douleur qu’elle suscite en nous. Sur l’héritage affectif que nos parents nous lèguent ; les souvenirs imprégnés d’odeurs et de sensations. Sur le pardon aussi, la mémoire et les blessures. Trop souvent, ce que la vie donne d’une main elle le reprend de l’autre. Les jours vont et viennent comme le mouvement des vagues. « À l’image des humains, la mer n’a aucune limite. Elle ne connait ni début ni fin ».    

 

Comme toi manU, marin parmi les hommes, j’ai refermé ce roman avec des larmes au coin des yeux. Mais c'était juste des résidus d'embruns venus tout droit de l'océan ;-)

 

Entre deux océans, un grand merci d’avoir fait voyager ce lire jusqu’à moi. L'étagère océane s'agrandit :D

 

« Sur la table de la cuisine, la flamme de la lampe à huile vacillait par intermittence. Le vent poursuivait sa vendetta séculaire contre les fenêtres, escorté par le tonnerre liquide des vagues. Tom frissonna en songeant qu’il était le seul à en percevoir le bruit, en se disant qu’il était l’unique être humain à pratiquement cent cinquante kilomètres à la ronde. Il pensa aux mouettes blotties dans leurs nids hérissés de branchages sur les falaises, aux poissons évoluant calmement à l’abri derrière les récifs, protégés par l’eau glaciale. Toute créature a besoin d’un refuge »

Une vie entre deux océans - M.L. Stedman
7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 18:31

Koala

 

La première fois que j'ai abordé ces nouvelles, je me suis arrêtée à la quatrième. On m'avait tellement prévenue que j'allais mourir de rire que, dans l'attente d'un moment d'euphorie totale, ne retrouvant en moi qu'une esquisse de sourire, j'ai préféré y revenir plus tard. Et la semaine dernière, j'y suis revenue ... me tordant de rire dans tous les sens ! J'ai cette confirmation dorénavant que le choix d'un livre, ce n'est qu'une question de « timing » ...

 

Kenneth Cook, australien d'origine, est reconnu dans son pays comme un ardent défenseur de la nature. Il dit connaître les moindres recoins de la brousse australienne, en plus d'affirmer que ses histoires, aussi farfelues qu'insolites, sont toutes vraies, ce qui les rend sans doute encore plus hilarantes. J'en termine la lecture en me demandant si sa relation au bush en est une d'amour ou de haine, peut-être un peu des deux. Car on le sent aussi passionné et enthousiaste que terrifié …

 

Il prêtera à tous ses personnages des descriptions colorées et imagées époustouflantes. Par exemple, ce barman, un « homme grand et cadavérique qui ressemblait à un dingo aimable mais sous-alimenté ». Le fait de se représenter ces personnages est un vrai délice. Je n'ai pas cessé de me tordre de rire. Encore plus drôles sont ces écarts d'émotions qui opposent dans chaque nouvelle les personnages principaux ; entre les scientifiques enthousiastes et les aventuriers qui les accompagnent, le décalage est grand. Alors qu'un guide soupire de jouissance devant un crocodile prêt à les attaquer, son accompagnateur ne pense qu'à le tuer, ce à quoi son acolyte répondra qu'il s'agit d'une espèce protégée : « Quelle belle bête! Attention de ne pas le blesser! ». Cette absence d'inquiétude, qui frôle l'adoration passionnelle, est géniale ...

 

« Le koala tueur » est le premier d'une trilogie dont le second volume s'intitule « La vengeance du Wombat et autres histoires du bush » et le troisième « L'histoire du kangourou et autres histoires du bush ». De belles lectures en perspective pour les longues soirées d'hiver !

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