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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 18:18

 

 

« Un homme doit être fort et essayer de se dépasser toujours davantage. Il maîtrise sa vie et ce en quoi il croit. »

 

C’est ma copine Hitomi, du pays du Soleil-Levant, qui m’encourage depuis longtemps à lire cet auteur. Et l’autre jour je suis tombée par hasard sur ce titre chez un bouquiniste, ignorant complètement s’il était représentatif ou non de la qualité de son œuvre. J’avais déjà des réticences car il m’arrive peu souvent d’apprécier l’univers des Nouvelles, même s’il existe des auteurs qui ont le talent de nous les rendre à merveille.

 

Ce petit recueil en compte donc trois, Les ombres, Le retour et Le dernier souper, que j’ai lu d’une traite. Ce que je n’ai pas du tout regretté puisque les histoires se recoupent, sous forme de fil continu, à travers des thèmes qui lui sont chers – la  mort, la solitude et la souffrance des secrets gardés en soi comme des blessures ouvertes. Les ombres étant celle, à mes yeux, la plus « complète » en ce sens. En premier, sont illustrés dans cette nouvelle les enjeux de la foi chrétienne, mal perçue dans le Japon des années 30. Le narrateur rédige une longue lettre à un prêtre catholique « défroqué » qui s’est occupé de sa mère durant des années, comblant ainsi un grand vide. Un incident x est survenu, sous forme de trahison, souillant la foi du narrateur en même temps que l’image de l’homme irréprochable s’est écroulée. Sa vie s’en est vue changée à jamais. Il l’a détesté, s’est mis à avoir des doutes, s’est remis en question avant d’être plongé dans une profonde solitude. Shûsaky Endô nous expose ici le pouvoir de la religion comme une manière possible de contrôler le comportement des hommes. 

 

On retrouve cette même solitude dans Le dernier souper, que j’ai aussi adoré ! Tsukada s’enivre à longueur de journée pour alléger ses souffrances. Depuis plusieurs années il porte en lui un terrible secret, les marques d’un traumatisme vécu durant la guerre en Birmanie. Le hasard d’une rencontre le fait croiser la route d’un psychiatre, le Dr Sakai. De très beaux échanges en découleront en même temps qu’un secret qui termine le recueil de nouvelles sur une note surprenante, pour ne pas dire glaciale !

 

Je n’en resterai pas là avec l’auteur, ça c'est certain. J’ai très envie de découvrir l’un de ses romans et je reste convaincue que je vais me régaler encore davantage…

 

Thanks Hitomi <3

 

« Ils sont torturés entre le désir de se décharger du lourd secret qui les hante et la souffrance et l’humiliation de le faire savoir à autrui. »

8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 20:53
Le Ruban - OGAWA Ito

« L’espoir est quelque chose qu’on fait naître. »

 

Et si je vous disais que cette histoire d’amour a pris naissance dans le chignon d’une vieille dame passionnée d’oiseaux? Vous seriez peut-être déjà tentés de la lire, ne serait-ce que pour la douceur des images multiples que ces mots éveillent en vous. Quant à moi, j’ai ouvert ce roman et je l’ai refermé seulement une fois que j’ai eu terminé mon voyage sur les ailes de Ruban. Et connu la beauté de son destin…

 

Dans le nid chaud de sa chevelure, Sumire, sous l’œil et les soins complices d’Hibari, sa petite-fille d’adoption, couve jour et nuit l’œuf qui vient de tomber du nichoir d’un arbre centenaire. Avec cette tendresse propre à l’amour, et à travers des liens qui se resserreront entre elles à jamais, la petite Hibari prendra soin du retournement de l’œuf et de son incubation artificielle. Tout cela avec le même soin délicat que celui d’un secret confié aux seules personnes qui nous sont chères. Jusqu’au jour où Ruban naîtra, une jolie perruche calopsitte à tête jaune, qui viendra se percher sur l’épaule de Sumire. Ce jour-là, les cerisiers venaient de fleurir. Sous l’œil triste mais à la fois attendrie d’une vieille dame et de sa petite-fille, il prendra son envol, liant à tout jamais leur âme.

 

« Soudain, le dos de sa main est entré dans mon champ de vision. En regardant bien, sur ses mains, il y avait des montagnes et des vallées, des rivières, c’était comme la Terre vue d’en haut, de très loin. Ces mains avaient aimé Ruban, m’avaient serrée contre elle. » 

 

Sur son passage, témoins de certains malheurs, Ruban apaisera de sa présence. À chacune des petites histoires qui nous seront racontées sous formes de nouvelles, il apportera tantôt un réconfort physique aux douleurs, tantôt il donnera le courage d’aller de l’avant à cet homme malheureux qui aura tout perdu, même l’envie de vivre. Un jeune travesti apprendra les beautés de l’apprivoisement. Doucement, sa colère s’atténuera. D’autres histoires touchantes viendront parfumer ce roman où Ruban deviendra unique, source de consolation par sa douceur répandue. Il sera à la fois Citron, Banana, Sûbô ou Suehiro, selon les prénoms d’adoption que lui donneront ceux à qui il offrira son amour. Mais à jamais, pour Sumire, il sera Ruban, celui qu’elle aura couvé dans la chaleur de son chignon, réincarnation de l’homme aimé dont elle fut séparée par le mur de Berlin en 1961. Il reliera leur âme pour toujours…

 

Ce beau roman, on voudrait le poser sous notre oreiller pour qu’il nourrisse nos rêves. Il est écrit avec douceur et un infini respect des malheurs de chacun. Même dramatiques, les situations de vie qui nous sont présentées, en aucun cas ne sombrent dans les effets pervers de la victimisation. Les symboles sont multiples et forts. J’ai été particulièrement touchée par celui de la liberté, que l’auteure nous présente à la fois à travers le dilemme de la cage et celui du mur de Berlin, dont l’Ouest est enclavé dans la capitale de l’Est. Au-delà de la mort, Ruban unit les gens à jamais, les liens familiaux sont soudés, les amitiés aussi, plus fortes encore. Des pages emplies de magie, d’espoir et de rêves, ce roman est un hymne à la vie...

 

« Que notre ruban soit un lien éternel à notre amitié »

 

Un immense merci ma Douce Cristina pour ce précieux moment de lecture… xx 

Le Ruban - OGAWA Ito
Le Ruban - OGAWA Ito
31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 21:35
Le restaurant de l'amour retrouvé - Ito Ogawa

« Un repas, c’est parce que quelqu’un d’autre le prépare pour vous avec amour qu’il nourrit l’âme et le corps »

 

Un panier à la main et une jarre de saumure sous le bras, Rinco emprunte le car qui la ramène à son village natal. À travers la grande vitre embuée, les souvenirs défilent. Dix ans déjà qu’elle a quitté ce lieu de montagnes et de rivières alors qu’elle avait quinze ans. Douceur d’une nature qui fut sa plus grande confidente et dont les paysages qui s’offrent à ses yeux éveillent en elle les vestiges émus de son enfance. Cette mère qu’elle n’a jamais revue, femme froide et indifférente. Mais surtout sa grand-mère qui lui tint lieu de refuge ; le trésor d’une vie dont elle garde en elle l’héritage des souvenirs tendres qui ne l’ont jamais quittée. L’amour d’une grand-mère comme celui d’une mère, plus fort encore, plus présent. Et les larmes qui coulent d’autant d’années de carence. Le jour où elle posera les pieds dans le car, sa vie venait de basculer. Son chemin parsemé d’embûches se résumait à une suite de deuils, de pertes  qui font grandir et dont l’exutoire le plus probable consiste à tout recommencer. Ailleurs…  

 

« C’est une petite colline sur laquelle se dresse un figuier d’une taille exceptionnelle. En dix ans, je n’avais pas eu une seule fois envie de voir ma mère, mais ce figuier, lui, m’avait manqué, et je l’avais cherché en rêve »

 

Les mets ont une histoire, ils traduisent l’ivresse des sentiments. Préparés avec amour et dans la joie, ils font ressortir de vieilles émotions. Ils sont empreints de souvenirs… Comme le goût suave des beignets aux graines de pavot de sa grand-mère. Pour peu que Rinco se ferme les yeux, ils fondent sur son palais. Et ce léger parfum dans l’air de garam masala qui lui rappelle son fiancé indien. Trois ans de vie commune et ces odeurs qui ne sont plus. Mais si la force de l’amour permettait de graver à jamais en nous l’empreinte olfactive des mets qui nous ont été préparés avec tendresse? Il m’arrive souvent ainsi de voyager à travers les saveurs de mon enfance. Et chaque fois je sais à qui je dois la force de ces souvenirs…

 

« Mon restaurant, je voulais en faire un endroit à part, comme un lieu déjà croisé mais jamais exploré. Comme une grotte secrète où les gens, rassérénés, renoueraient avec leur vrai moi »

 

Au restaurant L’Escargot, que vient d’ouvrir Rinco, il n’y a qu’une table par jour. Aucune musique, que le bruit des oiseaux. Chaque invité sera rencontré afin de savoir ce qu’il souhaite manger. Comme l’amour n’a pas besoin d’artifices, tout sera préparé avec simplicité. Rinco est entière, généreuse, elle souhaite contribuer au bonheur des autres…

 

« Le simple fait de remettre sur ses pattes un cloporte coincé sur le dos était pour moi une joyeuse rencontre. La chaleur d’un œuf fraîchement pondu contre ma joue, une goutte d’eau plus belle qu’un diamant sur les feuilles mouillées de rosée, une dame voilée cueillie à l’orée d’un bosquet de bambous, son superbe capuchon pareil à un dessous de verre en dentelle flottant dans mon bol de soupe de miso… la moindre petite chose me donnait envie de déposer un baiser sur la joue du Bon Dieu »

 

Même qu’une suite de petits miracles se produisent après chaque repas. Des vœux se réalisent et des amours se comblent. Et c’est d’une tendresse inouïe… J’ai fondu d’amour pour ce vieil homme venu souffler les bougies de son gâteau d’anniversaire à la veille d’être placé en maison de retraite. Et ce rêve doux qui a donné lieu au retour d’un amant. Mais la plus belle retrouvaille est à mes yeux celle de Rinco avec sa mère pour qui elle cuisinera un repas d’Amour.     

  

« Mais dis-moi, quand est-ce que ça a mal tourné entre nous? Une fois qu’il y  des nœuds, comme ils sont difficiles à défaire! Moi qui t’aime de tout mon cœur, pourquoi n’ai-je pas réussi à te le montrer? Je t’en demande pardon. Vraiment »

 

Ce beau roman contient des messages d’amour très forts. Il nous parle de l’être humain, de ses fragilités, de ses défis, de la confiance que l’on accorde à l’autre dans l’acte d’aimer. De l’acceptation de la perte dans l’impuissance qu’elle génère en nous : « Quoi que nous fassions, rien ne peut abolir le sentiment d’impuissance qui nous assaille quand la personne que nous aimons a décidé de partir »

 

Les relations mère-fille démontrent à quel point il n’est jamais trop tard pour pardonner. Quand la haine laisse place à l’amour, tout est possible, surtout l’impossible. Quand sa mère est entrée dans sa chambre, une douce odeur de parfum flottait dans l’air. Rinco faisait semblant de dormir… elle venait d’apprendre l’histoire de sa mère et sa vie s’en trouvait bouleversée. Sa mère qu’elle croyait connaître et qui évoluait dans un monde qui lui était inconnu. Il ne sert jamais à rien de regretter le passé. Il faut savoir poser les bons gestes, se serrer dans les bras l’un de l’autre et se dire je t’aime. Il n’y a rien de plus fort pour retrouver la « voix » et reprendre goût à la vie…

 

« Merci de m’avoir mise au monde »

 

Merci à toi ma belle Cristina de m’avoir fait goûter à toutes ces saveurs, et à celle de l’Amour <3

xxx

Le restaurant de l'amour retrouvé - Ito Ogawa
26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 02:15

Nouvelles-3 5685

 

Ce superbe recueil de poésie regroupe plus des 26 plus beaux poèmes de la poète japonaise Misuzu Kaneko, illustrés par les magnifiques aquarelles de Midori Yoshida. Née à Nagato en 1903, un petit village de pêcheurs, elle s’enlève la vie à l’âge de 26 ans. Ses poèmes pour enfants se sont principalement inspirés de la mer. Setsuo Yazaki les a fait revivre à travers ses manuscrits posthumes…

 

japon2

 

Thank you so much Hitomi, my little pearl from Japan...

 

Thank you for this long-lasting friendship, for your joyful smile and for all the memories treasured in me forever. For these priceless moments we have shared at McGill, like real friends do. For the Cherry Blossom in flower shape which symbolises your courage, facing the challenges life has put you through over the last few years…  

 

I will save this poetry book close to my heart, which will allow me to remember the great times we had together, as well as your presence, always precious and unique.

 

One of my favorite poem is Rainbows on Eyelashes. It reminds me of a rainbow with eyelashes of friendship. It reminds me you…

 

I will always be there…

キス

Nad xx

 

Nouvelles-3 5686

 

Rainbows on Eyelashes

  

I wipe and wipe

    Yet they keep flowing,  

    Within my tears  

    A thought arises.  

         

-I must be

    An adopted child-  

 

While I look and look

    At the beautiful rainbows,  

    On the tips of my eyelashes  

    A thought arises.  

 

    -I wonder what  

    Today’s teatime snack will be-  

10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 00:59

kafka

 

Trop bon d’accompagner cette lecture en écoutant cette pièce musicale… 

Trio Rubinstein-Heifetz-Feuermann pour piano, violon et violoncelle de Beethoven (1941)

 

Pfffffffff  Quel coup de foudre!!!

 

La quête de Kafka m’a serré les tripes et fait en même temps un peu mal. Car ce roman est tellement humain, tellement criant de vérité. Tellement sensible que j’avais l’impression que les mots se détachaient des pages pour prendre vie en moi. J’ai su dès le début à quel point je serais prise d’affection pour l’ado en mal de vivre.  

 

À 15 ans, n’ayant plus personne sur qui compter, Kafka fuit Tokyo et le cocon familial. Il partira à la recherche de lui-même. Il fuira le sol insécurisant qu’il a déjà foulé, taché par l’abandon. Il fuira aussi ses peurs et celles du monde inconnu dans lequel il pose difficilement les pieds. Comme beaucoup de jeunes, il croira qu’une fois libre, il sera délivré des chaînes qui emprisonnent sa soif de voler de ses propres ailes. Mais être libre a un prix. Qu’est-ce que cela signifie? L’amour lui fera découvrir qu’une fois que nous nous engageons affectivement, nous ne le sommes plus tout à fait. Et qu’après avoir traversé ce genre de tempête introspective, à cent lieux de nos repères, on n’est jamais plus le même. Ce que l’on cherche à fuir nous rattrape par notre destin. Par les coïncidences? Le hasard?

 

Kafka, comme beaucoup de jeunes, mène une existence centrée sur lui-même. Il s’efforce de devenir quelqu’un de bien, de contrôler ses peurs, tourmenté par ses pulsions sexuelles d’ado. Il apprend la vie, affronte la réalité et les fantômes du passé. Il prend conscience que le monde est un endroit violent, que la souffrance existe. Que les lâches détournent le regard de la réalité. Que la guerre se nourrit d’elle-même. Que la vie est faite d’adieux. Que l’humain est égoïste et jaloux, étroit d’esprit et intolérant, pourvu de sentiments négatifs. Qu’il faut cesser de se laisser dominer par les événements extérieurs. Et au fait, quel est le sens de la vie? À quoi servons-nous?

 

Ce roman est une leçon de vie. Kafka est maître dans l’art de poser un regard lucide sur le monde qui nous entoure. Sur les humains qui le composent. Il pointe du doigt cette société en changement, menée par le capitalisme, la révolution informatique, les multinationales… Il oppose le bien et le mal, l’espoir et le désespoir, le rire et la tristesse, le rêve et la réalité, la force et la fragilité, la confiance et la solitude. Au fait, c’est quoi le mal? Qui est en mesure de le dire? Qu’est-ce qu’on fait quand les intérêts des gens se contrarient? Il n’y a pas de réponses. Les réponses, on les cherche au fond de nous même…

 

Murakami nous pousse à réfléchir sur tant de choses. Sur le pouvoir de l’imagination et notre part de responsabilité dans le rêve. Sur le rapport au temps que l’on ne rattrape jamais. Sur la reconstruction de l’âme blessée, les changements qu’elle suscite en nous. Sur la force des souvenirs, qui nous attendrissent ou nous font pleurer. Sur cette part de nous, un peu diffuse, que nous tentons de nous réapproprier. Au fait, la mémoire est-elle indépendante de notre volonté? Et l’intelligence, qu’est-ce que ça signifie?

 

Ses personnages vont s’entrecouper, s’imbriquer les uns dans les autres, prenant parfois la voix de sa conscience, parfois celle de son imagination. C’est là que s’exprime, je trouve, la magie de l’auteur. Comment arrive-t-il à rendre si uniformément des personnages aussi complexes que différents?  Avec des images aussi denses? Comme ce Nakata qui sait faire tomber des poissons du ciel et parler aux chats? Au fait, c’est quoi cette histoire d’amnésie collective lors d’un voyage scolaire, en pleine montagne? Un champignon ingurgité? Un gaz? Une hypnose? Ce sont des images propres au génie de l’auteur, qu’il nous amène à rechercher, comprendre et analyser.

 

Lire Murakami, c’est prendre le temps de découvrir un monde intérieur extrêmement complexe. C’est beau, c’est subtil, c’est sensuel, c’est fragile… Je suis conquise…

 

« Parfois, le destin ressemble à une tempête de sable, qui se déplace sans cesse. Tu modifies ton allure pour lui échapper. Mais la tempête modifie aussi la sienne. Tu changes à nouveau le rythme de ta marche, et la tempête change son rythme elle aussi. C’est sans fin, cela se répète un nombre incalculable de fois, comme une danse macabre, juste avant l’aube. Pourquoi? Parce que cette tempête n’est pas un phénomène venu d’ailleurs, sans aucun lien avec toi. Elle est toi-même, et rien d’autre. Elle vient de l’intérieur de toi. Alors, la seule chose que tu puisses faire, c’est pénétrer délibérément dedans, fermer les yeux et entrer, et la traverser pas à pas. Au cœur de cette tempête, il n’y a pas de soleil, il n’y a pas de lune, pas de repères dans l’espace ; par moments, même le temps n’existe plus. Il n’y a que du sable blanc et fin comme des os broyés qui tourbillonne haut dans le ciel. Voilà la tempête de sable que tu dois imaginer » 


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Pour lire la critique chez Dasola

Et plusieurs critiques de l’auteur du côté de chez Jean-Charles 

En passant par le Ranch du Bison ICI et


Kafka sur le rivage (poème tiré du livre)

 

Tu es assis au bord du monde,

et moi dans un cratère éteint.

Debout dans l’ombre de la porte,

il y a des mots qui ont perdu leurs lettres.

 

La lune éclaire un lézard endormi,

de petits poissons tombent du ciel.

Derrière la fenêtre il y a des soldats

résolus à mourir.

 

Kafka est au bord de la mer

Assis sur un transat.

Il pense au pendule qui met le monde en mouvement.

Quand le cercle du cœur se referme,

l’ombre du Sphinx immobile se transforme en couteau

qui transperce les rêves.

 

Les doigts de la jeune noyée

cherchent la pierre de l’entrée.

Elle soulève le bord de sa robe d’azur 

et regarde Kafka sur le rivage. 

23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 00:58

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« Notre destin, à nous et à nos semblables, est d’affronter le monde comme les orphelins que nous sommes, pourchassant au fil de longues années les ombres de parents évanouis. À cela, il n’est d’autre remède qu’essayer de mener nos missions à leur fin, du mieux que nous le pouvons, car aussi longtemps que nous n’y sommes pas parvenus, la quiétude nous est refusée »

 

Après Never let me go et Les vestiges du jour, je me suis attaquée à ce magnifique roman. Certains auteurs, comme celui-ci, méritent vraiment d’être découverts dans l’ensemble de leur œuvre. Ses ouvrages ne m’ont pas tous suscité le même intérêt. C’est évidemment une opinion personnelle fondée sur mes valeurs... Mais si j’ai adoré Never let me go, je me suis mortellement ennuyée dans Les vestiges du jour, qui consiste à mon sens en une longue énumération de 350 pages sur les grands salons anglais. Dommage… le film est pourtant excellent…

Christopher Banks, notre héros et narrateur, a vécu sa vie entre Londres et Shanghai. La Chine des années 30 étant soumise à l’invasion massive et destructrice des Japonais, il vécut avec ses parents à l’intérieur des limites strictes d’une concession internationale pour laquelle son père travaillait. Il lui était défendu de pénétrer dans les quartiers chinois de la ville, jugés dangereux. C’est dans cette atmosphère d’ostracisme et d’isolement d’un pays en guerre que l’auteur convie le lecteur à voyager aux côtés de Banks. Ses personnages seront marqués par la solitude. Chacun luttera à sa manière et tentera de survivre.

Mais la trame principale du roman n’est pas qu’associée à la guerre, même si elle constitue le fond historique du roman. Elle tourne autour du kidnapping des parents de Christopher, alors qu’il n’a pas atteint l’âge de 10 ans. Se retrouvant seul, il retournera en Angleterre et deviendra détective. Après des années d’enquêtes et d’investigations, il tentera de les retrouver dans une Chine toujours sous la menace des attaques et d’une situation politique complexe.

Outre Christopher, plusieurs personnages sont marquants dans ce livre. À commencer par sa mère, femme forte et déterminée, qui a mené des campagnes contre le commerce de l’Opium en Chine dans les années 30. Elle revendiquera également les actions commises par la « compagnie » - la concession internationale. Et sera éprise d’une compassion pour le malheur des Chinois défavorisés. Il y aura aussi la belle Sarah, femme énigmatique aux valeurs superficielles. Akira, son ami d’enfance japonais. L’oncle Philip, dirigeant une organisation philanthropique se consacrant à améliorer les conditions de vie dans les quartiers chinois. Allié ou ennemi? 

Le roman est construit sur fond d’intrigue, sans être un policier. Tant mieux, parce que je n’aime pas le polar et je me serais vite lassée. C’est avant tout l’histoire d’un jeune homme déterminé, qui ira au bout de ses convictions. Le regard innocent de l’enfance est mis en valeur par l’auteur, qui évoque avec sensibilité la nostalgie d’un temps passé. La fidélité dans l'amitié et la force des souvenirs se présentent de manière touchante. Fait intéressant, une histoire de mutation génétique m’a ramenée à Never let me go, pour lequel j’ai eu un coup de foudre. Probablement parce que j’ai été émue par le destin de ces jeunes. Tout autant que je l’ai été par Christopher…

« Je pense que ce ne serait pas un mal si tous les enfants comme toi grandissaient entourés de toutes sortes de nationalités, en empruntant un petit quelque chose à chacune. Alors, peut-être que les hommes seraient moins méchants les uns avec les autres. Il y aurait moins de guerres, pour commencer. Oh, oui! Peut-être qu’un jour on en finira avec tous ces conflits, et ce ne sera pas grâce aux grands hommes d’État, ni aux Églises, ni aux organisations comme celle-ci. Ce sera parce que les gens auront changé. Ils seront plus mélangés ».

Quel plaisir d’avoir partagé cette lecture avec Malika et Claudia Lucia :-)

 

Malika : http://3bouquins.over-blog.com/

 

Claudia Lucia : http://claudialucia-malibrairie.blogspot.fr/2014/07/kazuo-ishiguro-quand-nous-etions.html

 

Également lu du côté de chez Eeguag il y a quelques années. Pour lire sa critique :

http://eeguab.canalblog.com/archives/2006/10/01/3053183.html

23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 09:41

cridamour

 

Ce roman est « terriblement » magnifique et d’une belle profondeur. En le parcourant, j’ai pris conscience plus que jamais du sens que l’on donne au mot fragilité. L’auteur nous convie à poser un regard sur la douleur associée à la perte. Après la mort de l’être aimé, qu’advient-il de l’amour? Qu’est-ce qui continue d’exister? Pour ces adolescents qui en sont à leur premier amour, s’élève au centre du monde une énorme forteresse de magie et de rêve, qui provoque, à sa chute, cette douleur qu’on croit alors insurmontable.

 

Sakutaro et Aki étaient en quatrième quand ils se sont rencontrés. Dès les premiers instants, ils tombent amoureux. Il ne s’en relèvera jamais. Ils vivront une grande histoire d’amour… d’ailleurs, toutes les histoires d’amour ne sont-elles pas les plus grandes, les plus passionnées pour ceux qui les vivent? Aki lui insufflait le désir de voir, de vivre, de toucher, de ressentir…

 

« Elle se tenait devant moi, jeune fille sur le point de devenir adulte, pareil à du cristal de roche posé sur une table et qui, vu sous un certain angle, se met tout à coup à miroiter magnifiquement ». 

 

En barque, il l’emmènera, une nuit, sur l’île des rêves. En cette île où ils seront seuls au monde, il rêvera de lui faire l’amour. Elle sera là, devant lui, désirable, aimée. Les lèvres d’Aki auront un goût de feuilles d’automne. Et il les boira, délicates et fraîches, à sa source. Il est amoureux fou, d’ « une évidence plus grande que sa propre existence ».

 

Lorsqu’en première de lycée Aki apprend qu’elle est atteinte de leucémie, le monde de Sakutaro s’effondre à ses pieds. Et c’est là qu’on entre dans le coeur du roman : la mort. À travers le deuil que traverse le jeune homme, on prend conscience de l’expérience que cela peut signifier pour un adolescent. Ce choc est douloureux pour n’importe qui, mais à 16 ans, il est peut-être encore plus difficile d’en comprendre le sens. Est-ce que la mort a une raison d’être? Sakutaro confondra le rêve et la réalité, perdra ses repères. Dans le vide qu’il sentira en lui, il cherchera à trouver un sens à la maladie. Dans sa douleur, il ne saura même plus ce qu’il cherche à fuir. Et il apprendra à vivre à travers elle...    

 

« J’ai été entraîné pendant un instant dans un tourbillon euphorique vertigineux. J’étais la proie d’une joie suave qui faisait frémir chacune des minces parois de mon cœur. Je revivais l’émotion de notre premier baiser, de la première fois où nous nous étions enlacés. Mais l’instant d’après, ce tourbillon de lumière fut englouti dans un abîme obscur, absolument silencieux ».  

 

Le grand-père de Sakutaro a vécu ce grand chagrin et consolera du mieux qu’il le peut son petit-fils. Ils se retrouveront souvent, devant une bière. Il lui racontera cette femme mariée qu’il a aussi aimée, durant 50 ans, d’un amour impossible. Et qui est morte de vieillesse avant qu’il n’ait pu vivre auprès d’elle.

 

Afin de rendre un dernier hommage à Aki, Sakutaro entreprendra un pèlerinage à Cairns, en Australie, avec ses parents (à elle). Avant qu’elle ne meure, elle s’était passionnée pour la vision du monde et le mode de vie traditionnel des aborigènes d’Australie. Il représentait un monde idéal auquel elle aurait voulu appartenir et qui donnait un sens à l’épreuve qu’elle traversait.

 

« La mer hivernale, paisible, calme, d’un bleu limpide. Où que je porte mon regard, j’étais aspiré vers des souvenirs pleins de nostalgie. J’ai vissé fermement un couvercle sur mon cœur et j’ai tourné le dos à la mer ». 

 

Un roman empli de spiritualité, qui fait éprouver l’une des plus grandes expériences de la vie...

 

japo1

30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 20:36

Auprès de moi

 

Tu m’avais pourtant prévenue, Soph, que j’allais être émue à la fin de cette histoire. Si j’étais en médecine, comme toi (et même en ne l’étant pas, d’ailleurs), je trouverais ce roman d’Ishiguro « dérangeant ». Il s’inscrit dans une perspective historique du début des années cinquante, au moment des grandes percées de la science médicale qui ouvraient la voie à toutes les possibilités. Trop de possibilités ? Jusqu’où faut-il aller et au nom de quoi ? De quelle conscience ? Tout cela doit quand même t’effrayer un peu, Soph, sinon beaucoup. En tout cas, retiens bien que si un jour je passe sous ton bistouri, je souhaite me réveiller « entière »…

 

Dans les années quatre-vingt-dix, les élèves « spéciaux » d’un collège de Hailsham sont soumis à des expérimentations médicales. Lesquelles? Je ne peux pas vous en parler, car si vous n’avez pas lu le roman, ce serait un gâchis de vous les dévoiler. J’ai mis moi-même une bonne centaine de pages à mieux comprendre où l’histoire s’en allait, à vraiment saisir le destin inévitable de ces enfants. Mais je ne me suis pas lassée, au contraire, l’histoire coule et nous le découvrons au fur et à mesure. Sensiblement au même rythme que ces jeunes l’apprennent, plusieurs années plus tard, trop tard… alors que ces conditions dans lesquelles ils ont été élevés leur ont été cachées. 

 

Ils s’interrogent sur le sens de la vie, se posent des questions sur eux-mêmes. Leur avenir est déterminé et ils ne pourront jamais avoir d’enfants. Le monde du dehors leur est inconnu et ils sont effrayés à l’idée de franchir les portes de Hailsham. Plus que quiconque, ils doivent se garder en bonne santé et éviter les maladies, car ils ont été « choisis ». Ils vivent dans l’inquiétude et la souffrance d’un monde dur et cruel, dans la solitude et la peur. Ils sont sensibles, intelligents… Ils ont une sexualité précoce et ils s’aiment, librement, volontairement. Au-delà de tout, ils sont fidèles à l’engagement de leur amitié. Ce roman met l’accent sur l’importance de la mémoire et des souvenirs. Les plus précieux, ceux qui ne s’effaceront jamais. Il parle du don de soi, inconditionnel, de la perte de l’innocence et de la fragilité humaine. Il est presque impossible que ce roman ne vous touche pas, au moins un tout petit peu…

 

« Et j’ai vu une petite fille, les yeux hermétiquement fermés, tenant contre sa poitrine le vieux monde généreux qui – elle le savait au fond de son cœur – ne pourrait pas demeurer, et elle le tenait et suppliait : Never let me go. »

7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 02:16

lemarinrejetéparlamer

 

« Les doigts de Ryüji touchèrent les bouts de ses seins sur la robe de coton bleu. Elle tourna légèrement la tête, ses cheveux lui chatouillèrent le nez. Comme toujours, il eut la sensation d’être venu de très loin, de l’autre bout de la terre, pour arriver à un point délicatement sensible, un frisson au bout de ses doigts, près d’une fenêtre, un matin d’été »

 

J’aime tellement les livres qui me ramènent à la mer, qu’elle soit tempête ou douceur. Les vagues ont ce pouvoir de me bercer l’âme. Chaque fois, j’ai cette sensation de volupté marine qui chatouille le grain de ma peau. Dans ce roman, Mishima arrive si bien à allier les passions de la mer à la sensualité des corps nus dans l’étreinte. Cette imbrication des sens, dans l’amour, est enivrante...

 

Ryüji est un officier de la marine marchande. En bon solitaire, il n’a que, pour seule compagne, la mer. Jusqu’au jour où il rencontre Fusako, à Yokohama, cette femme douce et délicate, si féminine. C’est le choc amoureux. Il ne trouvera d’autres mots, pour lui exprimer sa passion, que ces longs baisers glissant le long de son corps. Un homme tendre et doux. Un homme sensible, saisissant. Ils s’aimeront des jours durant, jusqu’au petit matin, de nuits folles, de caresses et d’un amour charnel émouvant…

 

« Sa chair semblait comme une armure dont il aurait pu se débarrasser au besoin. Alors elle regarda avec surprise, émergeant de l’épaisse forêt du bas-ventre, la tour du temple triomphalement érigée »

 

…jusqu’au prochain départ en mer, tant redouté. À peine se sont-ils quittés qu’ils s’attendent déjà. Et au jour des retrouvailles, Ryüji pleure d’émotion de la revoir, les larmes s’écoulent le long de sa joue (un homme ému aux larmes, comme c’est craquant !). Abandonnera-t-il tout ce qui l’avait détaché du monde par amour ? Qui triomphera entre ces séparations dont il n’arrive pas à effacer le souvenir et son dégoût de la terre ferme ? La sirène retentit, l’histoire le dira…   

 

Une ombre noircit le tableau, le fils de Fusako, Norobu, 13 ans. Depuis la mort de son père, il n’a jamais pu accepter un autre homme dans leur vie. Il se sent troublé, confus. Il est profondément tourmenté par les étreintes de sa mère qu’il surprend, une nuit, à travers le petit interstice de sa commode. Tourmenté parce qu’il n’en comprend pas le sens. Ces nuits le placent dans un isolement qu’il ne supporte pas.  

 

Les jeunes qui lui tiennent lieu de famille sont une bande de délinquants. Leur mot d’ordre : « ne faire preuve d’aucune passion ». Quand ils se rencontrent, ils discutent de l’ « inutilité de l’espèce humaine », ils changent le monde. Une scène assez horrifiante du roman nous décrit dans les détails la manière dont ils s’y prennent pour tuer sadiquement un chat et le disséquer ensuite. Deuxième mot d’ordre : « briser pour briser ». Des gestes qu’ils croient nécessaires pour combler les grands vides du monde. Suite à la nuit d’amour que Noboru surprend entre sa mère et Ryüji, Norobu leur parle du marin. Qu’en feront-ils?

 

Ce roman est bouleversant, sensible, humain, dérangeant. Ces Japonais ont le talent d’allier la douceur à la brutalité, pour la rendre presque belle, intouchable. Écrit avec cette poésie que j’aime tant, des métaphores sublimes, dans un langage imagé et tendre. Quand on connaît la manière dont l’auteur s’est donné la mort, on ne s’étonne pas que ses personnages soient habités par la fatalité. C’est pourtant d’une belle sensualité. Mishima, j’y reviens toujours…

 

« C’est vraiment grâce à la mer que l’idée m’est venue de penser à l’amour plus qu’à toute autre chose, à un amour qui vous consume, qui vaille qu’on en meure. Pour un homme constamment enfermé dans un bateau d’acier, la mer qui l’entoure ressemble à une femme. Cela est évident quand on connaît ses accalmies et ses tempêtes, ses caprices ou la beauté de sa poitrine reflétant le soleil couchant ».

25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 01:41

Paysneige

 

« La caresse des doigts de sa main a conservé un souvenir sensible et vivace, la mémoire chaude et charnelle de la femme qu’il allait rejoindre ».

 

Afin d’échapper aux bruits de la grande ville et à son quotidien, Shimumara se réfugie dans une station thermale isolée du Japon, quelques fois l’an, pour goûter à la paix que seul peut offrir le silence. Les vertus d’une nature sauvage lui permettent de communier avec le temps qui file et de se retrouver. Chemin faisant, il traverse, solitaire et rêveur, un froid brûlant comme le feu, aveuglé par les échos de lumière réfléchie par la neige. Toute cette blancheur est une invitation à l’amour, au plaisir des sens, à l’abandon. La douceur des flocons, de mille cristaux, tombe du ciel comme une pluie de souvenirs charnels et doux. Elle réchauffe l’âme et les sentiments les plus fragiles. Et quand vient l’automne, la magie des couleurs donne envie d’une caresse sur la peau, d’un moment d’intimité. Ce roman est empreint de toute cette poésie, il est un hommage vibrant aux beautés de la nature. Il vous remet en question, vous secoue. Au fil des pages, comme Shimumara, j’ai compris plus que jamais ce qui m’était essentiel…

 

Un soir, au retour d’une semaine en montagne, il rencontre Komako, une geisha. Il est profondément ému par la beauté mystérieuse de son visage poudré de blanc comme la neige. Son kimono est de soie rouge vif. Ses doigts sont effilés et son sourire timide. Les sentiments entre eux évoluent lentement, fragiles et incertains comme toutes naissances d’amour. Ils se désirent ardemment, mais se refusent de le reconnaître. Il dit tantôt éprouver de la tendresse envers elle, tantôt de l’amitié pure.

 

« Il m’a fallu venir dans les montagnes pour retrouver le besoin de parler avec le monde. Et c’est afin d’échanger des propos avec vous que je ne vous touche pas. »

 

Il n’avait pourtant désiré qu’elle seule. Était-ce la crainte d’aimer ? La peur de la séparation à venir ? Il revenait néanmoins toujours en ces montagnes enneigées pour la retrouver. Et impatiente, elle l’attendait. Étrange opposition d’émotions à sa nature froide et distante. Et à ce genre de propos : « Entre nous c’est une affaire sans importance et sans lendemain ». Lorsqu’elle venait le rejoindre, la nuit, elle était complètement bourrée, anesthésiée de tout sentiment. Elle avait du mal à tenir sur ses jambes. On devine qu’ils se sont fait l’amour, car les doigts de Shimamura se souviennent d’elle. On devine surtout qu’ils ne font pas que regarder la tapisserie… Et puis, le temps fait son œuvre, elle devient plus accessible, plus transparente. Sans doute aussi plus émancipée, mais l’auteur est toujours demeuré discret à ce sujet. Respect de l’intimité ou pudeur ? Dommage, comme j’aurais aimé lire de belles scènes d’amour, tendres et passionnées … !

 

 « Au pied de l’escalier, tendant le bras, il lui mit sa main gauche ouverte sous les yeux : c’est elle qui a gardé de toi la meilleure mémoire »…

 

Ce roman, on doit prendre le temps de le lire pour laisser les émotions couler en nous. Il rayonne par l’empreinte tangible de cette nature si belle qui se marie aux sentiments, aussi froids ou survolés soient-ils. Le contraste entre le froid de la neige et la chaleur des élans physiques des geishas donne une force fragile à cette histoire d’amour atypique. Je n’ai pas vraiment compris l’utilité de la présence d’un troisième personnage, Yoko. Shimamura est ému aux larmes par sa voix si belle, profonde et claire : « …elle vous serrait un peu le cœur, vous pénétrait de tristesse ». Son visage est empreint de solennité et il se sent attiré par elle. J’ai l’impression qu’elle vient briser l’harmonie d’un équilibre déjà difficile à atteindre. Peut-être était-ce l'objectif de l'auteur ? Je trouvais pourtant que Shimamura avait son lot de remises en question. Qu’importe, je crois qu’il a trouvé réponse au contact des montagnes et du spectacle qui s’offrait à ses yeux. « L’altitude lui redonnait une sérénité d’humeur »... 

 

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Il faut surtout lire, maintenant, le commentaire de Phil. Quelle richesse! Domo arigato


« C'est drôle, beaucoup parle de ce livre comme d'un chef d'œuvre, mais à lire certains commentaires, on passerait à côté ! 
Pour l'apprécier, il faut se japoniser, accepter ce rapport au temps, cette lenteur comme les flocons de neige qui tombent au sol.
Il faut être neige, recouvrir les paysages, laisser les personnages errer, se laisser piéger par la froideur de l'hiver. Geler la situation.
C'est un livre plus subtil qu'il n'y parait. On lit, on est devant un tableau ou chaque détail compte, à sa valeur. Il y a un esthétisme dans le descriptif de ce monde, de ce village, de ces artisans, c'est hummmm !
Le temps qui passe donne un sens au déroulement des événements.
Ce livre est aussi musique, valse à 3 temps.
Le premier mouvement, c'est la rencontre, le côté passionnel et torride, des sentiments forts, de la passion d'un temps entre Shimamaru et sa maitresse geisha Komoko.
Deuxième mouvement, celui des retrouvailles, des besoins, des attentes avec sa Maitresse, même si de nouveau notre Shimamaru repartira.
Troisième mouvement le retour, et Shimamaru devient accro de Komoko qui elle "aime s'offrir" aux touristes. Puis apparait Yoko qui va troubler notre Shimamaru et emmener tout ce petit monde dans le drame.
Evidement, je l'ai trouvé splendide ce livre !
Et quelle fin ! Une conclusion ouverte qui amène à l'interrogation!
"Il fit un pas pour se reprendre, et, à l'instant qu'il se penchait en arrière, la Voie lactée, dans une sorte de rugissement formidable, se coula en lui."
Et bien sur ce blog j'espère qu'il coulera des commentaires ! »

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