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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 22:08

 

 

« La nostalgie, c’est de la tristesse, mais c’est aussi un peu du bonheur. »

 

 

************

 

 

« L’amour ne s’attarde ni sur l’âge ni sur rien qui ne soit l’amour. »

 

Quel petit roman tout à fait étonnant! Peut-être même une nouvelle, je ne sais pas, peu importe. Au cœur de son histoire, la vie d’une femme sarde nous est racontée par sa petite-fille. Elle a une masse de cheveux noirs aussi magnifique que ses grands yeux. Douce, désirable, discrète, elle parle très peu, que pour dire l’essentiel, transmettre une émotion à fleur de peau, à qui elle le veut bien, sans doute au Rescapé plus qu’à quiconque. Elle est atteinte d’un mal, le Mal de pierres, qui a interrompu toutes ses grossesses.

 

En accompagnant son personnage au fil des pages, on explore de près les limites de la folie. Folie douce, à peine dissimulée sous le voile de comportements atypiques et dépressifs. Elle est pointée du doigt, c’est la « folle » du village. On dit qu’elle s’est jetée dans un puits pour tenter d’en finir, se taillade les bras, s’enlaidit. Pourquoi l’amour lui est-il refusé? Peut-être est-elle prise d’un mal mystérieux, autre que son Mal de pierres, qui le fait fuir? Ses parents ont voulu l’interner, jeune femme abandonnée à sa détresse. Petite parenthèse, en lisant son histoire, je n’ai pu m’empêcher de penser à Camille Claudel, cette folie dont on la disait atteinte et le grand nombre d’internements injustifiés et ce, dans un passé pas si lointain. Fin de la parenthèse :-)

 

On y explore à la fois l'amour. La folie d'aimer? Celui des douceurs mais aussi l’amour des bouleversements intérieurs. Celui qui nous pousse à tout accepter, jusqu’aux jeux malsains, au prix d’en mourir. Celui des caresses qui nous manquent et des larmes qu’on ne retient plus. Mais aussi celui qui rend heureux. L’amour des nuits d’amour et des êtres inséparables. La souffrance de l’éloignement et l’envie de se retrouver. C’est la différence entre le mari épousé en 1943, un mariage forcé, et l’homme rencontré sur le continent, quelques années plus tard. Celui qui la fit sortir de son mutisme et le seul à penser que ce sont les autres qui sont dérangés...

 

« Une princesse. Vous vous comportez comme une princesse. Vous ne vous souciez pas du monde autour de vous, c’est le monde qui doit se soucier de vous. Votre seule tâche est d’exister. »

 

Ces pages s’inscrivent dans le contexte historique de l’après Seconde Guerre mondiale. La quête désespérée de cette femme pour trouver le grand amour nous arrache des sentiments d’empathie, de pitié? Les pages défilent au fil de vérités où le lecteur est amené à démêler le vrai du faux, le réel de l’imaginaire. Une fin surprenante et complètement inattendue en ce qui me concerne! Je tenterai de voir le film sous peu, ça c'est certain.

 

« Que pouvons-nous savoir, vraiment, même des personnes les plus proches? »

 

Mal de pierres, maux d’amour. Parce qu’un Bison aime lire des romans d’amour :P

 

Merci! :-*

15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 22:57

 

 

« Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. Mais je ne crois pas avoir jamais pensé que la vie qui nous était échue fût particulièrement mauvaise. C’était la vie, un point c’est tout : et nous grandissions avec l’obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile. »

 

Ahhhhhh ce roman j’en avais envie depuis un moment déjà! Pour les paysages de Naples, que l’on devine malgré tout plus qu’on ne ressent. Mais surtout pour cette histoire d’amitié entre Lila et Elena, l’auteure, qui nous raconte, dans le premier tome de cette saga, les épisodes marquants de son enfance et de son adolescence. D’ailleurs, la richesse du portrait adolescent est sans doute ce qui m’a le plus touchée. Rien n’y échappe, on se revoit, malgré nous, aussi fragiles que forts. On se souvient des amitiés indispensables, souvent trop compliquées. Des querelles et réconciliations. Du regard des autres, celui qui blesse et nous fait douter. Des vengeances, des menaces, des coups de poing, des coups au cœur et des premiers chagrins. On se cherche, recherche à s’identifier, jamais complètement heureux, parfois tourmentés, maintes fois vulnérables. On s’abandonne difficilement. On se rappelle nos histoires d’amour, la légèreté d’une robe, le soleil sur la peau, l’insouciance et l’excitation du frisson qui traverse l’échine. Les premières caresses, les sentiments amoureux difficiles. Nous reviennent en mémoire les rivalités, les jalousies, le désir d’indépendance qui se heurte à celui de la présence de l’autre. C’est la contradiction entre le besoin d’isolement et l’absence de frontières. C’est une rumeur sourde et le temps qui nous change... 

 

C’est donc inévitablement un portrait de femmes comme je les aime. Femmes fortes, femmes rebelles, déterminées et audacieuses. Leur histoire se situe dans les années 50, en période d’après-guerre. Elena Ferrante et Lila sont copines depuis plus de 60 ans. Elles se sont connues en première année de primaire. Elles ont fait les quatre cents coups et on nourrit des projets communs. Elles ont été les témoins de leur corps transformé, du pouvoir de séduction, du regard des hommes sur elles et des premières rondeurs, ces seins qui prennent vie. Elles ont été complices, ont contourné les règles et au détour du chemin, ont emprunté des vies divergentes. Mais toujours elles ont été unies par ce lien d’amour qui habite les amitiés vraies.

 

Comme lectrice, je me suis attachée autant à l’une qu’à l’autre, à leurs forces complémentaires mais aussi à leurs fragilités qui les ont rendu belles à mes yeux. Elena Ferrante a marché sur les pas de Lila, à la fois inébranlable et chancelante. Elle rêvait d’une amitié exclusive, faite de jalousie et d’insécurité. On aurait voulu que cessent ses envies et ses peurs constantes. Qu’elle mesure la richesse de ses forces, qu’elle s’accroche à son intelligence et sa fine sensibilité. Mais son personnage se construit la force d’avancer et je suis convaincue de la retrouver autrement dans le deuxième tome. Lila, quant à elle, est tout le contraire. Intimidante, audacieuse et pleine de malice, indisciplinée, rebelle, humiliante, imprévisible, « terrible et fulgurante », elle attise chez les autres la crainte. Mais elle fera les mauvais choix et sera trahie. Transformée à jamais... 

 

J’ai ADORÉ cette lecture, exigeante dans sa première partie. Un nombre impressionnant de personnages défilent, pour lesquels l’auteure a pris soin de mettre un lexique en début de roman. On y aborde des sujets dont je n’ai pas parlés mais auxquels j’ai été sensible, notamment la pauvreté, la rage et la violence dont les pères sont capables, les histoires de famille qui nous suivent et nous hantent, une lame acérée qui transperce la peau et laisse des stigmates. C’est aussi une fine réflexion sur le rang social et l’ascension au pouvoir. Trop hâte de lire la suite!

 

Merci à mon sweet manU, mon ami prodigieux, pour ce si beau livre <3

 

À lire sous un cocotier du Costa Rica (parce que l'ami prodigieux comprendra le sens que je porte à ces mots là) ;-)

 

«Le sable était froid, noir-gris à la lumière de la lune, et la mer respirait à peine. Il n’y avait pas âme qui vive et je me mis à pleurer de solitude. Mais qu’est-ce que j’étais, et qui j’étais?»

 

Les avis de Noukette, Canel, Alex et Violette

8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 23:54
Le phare, voyage immobile - Paolo Rumiz

« J’ai bien fait de venir ici tout seul, pour le premier voyage immobile de ma vie »

 

« Les archipels de l’âme sont infiniment plus mystérieux et compliqués que les vrais rêves »

 

Qui ne s’est jamais imaginé au moins une fois dans sa vie vivre isolé sur un grand caillou entouré d’eau? Une île déserte, seul au monde, avec comme unique boussole le vent iodé des embruns de la mer. Marcher sur des terres vierges, libres et sauvages, en capturant le moment présent dans l’unique frontière de l’imprévisible, libéré de toutes contraintes. C’est ce qu’a fait Paolo Rumiz lors de son premier voyage immobile, isolé dans un phare au milieu de la Méditerranée. Seul ou presque, avec uniques habitants le gardien et son adjoint, des boucaniers vivant de la pêche et de l’air du temps, aussi discrets que solitaires.

 

« C’est un de ces lieux qui te font comprendre que, au-delà de la lumière de ton existence, il existe le néant incommensurable… Cet à-pic est la représentation du mystère, tu es devant quelque chose qui ridiculise les malheurs des hommes »

 

« Ici, il faut savoir se résigner aux ajournements et aux attentes, et même prendre le goût des errances et du périple. »

 

Sans télé ni aucun moyen de communication – à part une petite radio à ondes courtes - l’écrivain-voyageur a consacré ses jours à l’exploration de son nouveau milieu de vie. Il a contemplé les étoiles, admiré les soleils couchants sur la mer, observé les oiseaux et, même, apprivoisé un âne borgne amoureux fou des citrons. Sans oublier Cassandre, une vieille poule solitaire… Mais avant tout, Paolo Rumiz s’est passionné de « vents », ceux qui secouent violemment les fenêtres et vous incitent à rester à l’abri.

 

« Chaque vent déchaîne en toi une tempête de sentiments inattendus »

 

Qu’il s’agisse de sirocco, de nevera, de tramontane, de levante ou de levantazzo, il en parle avec une poésie qui donne envie de pleurer d’émotion, tant c’est beau…

 

« ce vent d’est humide et infâme est une lamentation, une migration d’âmes mortes, il vous pousse dans les cavernes inexplorées de votre for intérieur » - le levantazzo

 

« c’est un vent chargé de lumière et de reflets, qui anime la mer de vagues fréquentes et riches d’écume, qui gorge nos rochers de couleurs, qui porte des semences de myrte et de romarin, qui mûrit les figues de Barbarie et les raisins, qui ensanglante de coquelicots les champs de blé, qui féconde la mer de nouveaux poissons… » - le levante

 

Seul avec lui-même dans l’un des phares les plus hauts du monde, affrontant les pires tempêtes de vent aussi bien que l’accalmie des jours, Paolo Rumiz réinvente un environnement à l’image de ses bousculements intérieurs. Avec lui, on est emporté par des vagues d’émotions fortes. Pour peu que l’on se ferme les yeux quelques instants, c’est un roman que l’on contemple en paysages, émus par la beauté des lieux. L’auteur colore ses mots d’un discours anti-modernisme où il s’oppose notamment à la pêche industrielle « qui vide la mer », puis aux GPS qui tuent à petits feux ces « gardiens de la lumière »…   

 

« Il m’a suffi de m’arracher au vacarme de la terre ferme, à la tempête des SMS, à l’overdose de données, aux débilitantes musiques de supermarché, et de venir sur une île déserte. Là tout est évident. Il y a un système qui nous abrutit de calmants, qui nous maintient dans un état de confusion mentale, dans le but précis de ne pas nous laisser comprendre qu’un gang de pillards est en train de dévorer le monde. Derrière la guerre en Irak, derrière la Syrie, l’Ukraine, les Balkans, derrière tous les « ismes » et les drapeaux, les nations et les religions, il y a toujours cet accaparement éhonté des dernières ressources de la planète. »

 

Sweet manU, le King des marais de Charente, rêve parfois de déserter son marais à grenouilles pour vivre « sur un îlot désert de toute présence humaine ». Un grand merci de m’avoir permis ce voyage immobile…

 

« Je reste comme un naufragé, ballotté par la tempête de mes pensées »

 

Le phare, voyage immobile. Et mon cœur y est encore… <3

 

Bonheur du Jour l'a aussi adoré

Le phare, voyage immobile - Paolo Rumiz
10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 21:43
Les poissons ne ferment pas les yeux - Erri De Luca

« Maintenant encore, dans les nuits allongées en plein air, je sens le poids de l’air dans ma respiration et une acupuncture d’étoiles sur ma peau. »

 

***************

 

« À l’intérieur passait le spectre d’un petit arc-en-ciel. Là, j’ai su que la cascade est une merveille différente du feu d’artifice. J’aime la neige, la grêle et le saut à pic d’une cascade. J’admire l’avalanche, l’air déplacé comme une gifle, l’écroulement d’une paroi qui se détache avec sa charge de neige. J’aime l’eau qui plonge en descente, mais pas le feu qui s’élance vers le haut et veut monter, se cabrer et s’effriter en cendres. »

 

Erri De Luca revient avec nostalgie sur l’été de ses dix ans. Enfant casanier amoureux de la mer, chaque été il se rend sur l’île d’Ischia, petite île italienne située au nord du golfe de Naples. Il préfère la solitude des journées de pêche, ou encore la pureté des heures écoulées à regarder les pêcheurs tirer sur les filets, à l’encombrement des bandes de jeunes. D’ailleurs, les autres garçons de l’île le méprise, il est même rué de coups qu’il encaisse sans chercher à se défendre.    

 

« J’étais allé moi-même au-devant de ces coups, pour obliger mon corps à changer. »

 

Car l’été de ses dix ans, le corps du jeune Erri est emprisonné dans l’enfance, aux frontières d’un monde de grands qui lui est encore étranger. Il réalise avec douleur la vulnérabilité inhérente à ce qui nous est inconnu. Il prend aussi conscience de cette haine possible au coeur des humains, celle qui cache une fragilité plus grande encore que la peur. Cette tristesse comme une « contamination de nerfs étirés jusqu’à leur point de rupture et qui met du vinaigre dans les larmes. ».

 

Puis il apprend l’amour…

…d’abord à travers celui qu’il perçoit de ses parents, un amour difficile à comprendre et invisible à l’œil nu. Et puis celui des autres enfants de l’île, alors qu’ils découvriront les premiers émois d’un baiser ou les frissons d’une main fuyante de curiosité sur un territoire encore fragile. Mais un seul sera plus dense encore, parce qu’il ébranlera à la fois sa chair et ses émotions, et que les changements qu’il provoquera en lui bouleverseront sa vision du monde : celui de la fillette du Nord. Près d’elle il apprendra les battements du cœur. Et le sens du mot aimer…

 

« Ça a commencé par ma main, qui est tombée amoureuse de la tienne. Puis ça a été le tour des blessures, qui se sont mises à guérir très vite, le soir où tu es venue me voir et où tu m’as touché.

-Alors, tu aimes l’amour?

-Oui, mais c’est dangereux, il en sort des blessures. »

 

« Elle se détacha de mes lèvres avec un claquement. J’étais resté immobile à la regarder. « Mais toi tu ne fermes pas les yeux quand tu embrasses? … Les poissons ne ferment pas les yeux. » Les deux allongés sur le sable reprenaient leur souffle dans des geignements… »

 

« Ferme ces maudits yeux de poisson!

-Mais je ne peux pas. Si tu voyais ce que je vois, tu ne pourrais pas les fermer. »

 

Ce court roman est une pépite d’or où repose une enfance marquée par l’amour dans tout ce qu’il peut contenir de tristesse, de vibrations du cœur aux sentiments les plus vifs. Dans cette petite chambre de l’île d’Ischia, entouré des livres de son père, l’adulte raconte l’enfant de dix ans qu’il était, et combien ces livres lui ont appris le monde des grands...

 

« À travers les livres de mon père, j’apprenais à connaître les adultes de l’intérieur. Ils n’étaient pas les géants qu’ils croyaient être. C’étaient des enfants déformés par un corps encombrant. Ils étaient vulnérables, criminels, pathétiques et prévisibles… Ce qui me gênait le plus, c’était l’écart entre leurs phrases et les choses. Ils disaient, ne fût-ce qu’à eux-mêmes, des paroles qu’ils ne maintenaient pas. »

 

« Aucune habileté dans un domaine n’a pu corriger la conscience de l’insuffisance que j’ai de moi-même »

 

Cinquante ans se sont écoulés…

… et l’enfant né dans la période d’après-guerre nous livre un témoignage extrêmement touchant.

 

Les poissons ne ferment pas les yeux, une prose poétique d’une infinie douceur. Plus qu’un immense coup de cœur, ce roman est un chant d’amour <3 <3 <3

Je ne l’oublierai jamais…

 

Voir le billet de DIDI

Les poissons ne ferment pas les yeux - Erri De Luca
25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 03:05

emmaus

 

« Comme son amour fut immense, immense fut sa souffrance »


Elle s’appelle Andre et incarne la luxure. Elle a 18 ans. Elle est belle, riche, fascinante. Elle est désirable, désinvolte, insaisissable… D’aucuns diront qu’elle est pute, elle « s’offre », simplement, sans pudeur et sans limites. Elle vient d’un autre monde, d’une autre « normalité », là où les barrières du désir ne confrontent aucun obstacle. Elle est libre et son univers est vaste. Elle n’appartient à personne et pourtant un peu à tout le monde. Elle couche un jour avec les pères, le lendemain avec leurs fils. Où est le mal quand on répand autant de bien-être? Doit-elle se dire… Son âme n’est pas moins pure, elle est juste un peu plus fragile, immature, blessée. Et son corps est une danse sensuelle qui envoûte le regard des hommes…    

 

« Toute sa splendeur réside dans son visage – la couleur de ses yeux, l’angle saillant de ses pommettes, sa bouche. Il ne semble pas nécessaire de regarder autre chose – son corps est simplement une façon d’être, de prendre appui, de s’en aller – c’est une conséquence »


Eux, ce sont Bobby, Luca, le Saint et le narrateur. Ils incarnent le catholique intégriste de l’Italie des années 70. On leur a appris que la beauté est une vertu morale qui n’a rien à voir avec le corps ou le galbe d’un sein. Le corps d’une femme est un objet de refoulement. Ils ont appris qu’on fait l’amour pour communiquer et partager une joie, non pas pour le plaisir, encore moins pour l’épanouissement des sens. Musiciens, ils animent les services à l’église et assistent les personnes âgées de l’hospice. Ce sont les meilleurs amis du monde. Ils savent qui est Andre. D’ailleurs, tout le monde sait qui elle est. Et comme le désir est plus fort que la morale, ils finiront par tomber amoureux. Non pas d’un amour qui a « connu », mais d’un amour qui a envie de connaître, de toucher, de sentir, de ressentir. Ils se laisseront dériver doucement vers la liberté. Elle leur apprendra l’amour et le plaisir. Jusqu’au jour où elle viendra se glisser entre eux, dans le lit. Et qu’elle s’offrira tel un don inattendu…


« Andre était étendue au sol, sur le dos, et quand elle se releva, elle le fit en laissant tomber la tunique blanche qu’elle portait, la mue d’un serpent, et apparut sous nos yeux, nue. Ainsi nous était donné, sans qu’on nous demande rien en échange, ce que nous avions toujours cru hors de portée… Je continuai à l’embrasser, cherchant sa bouche. On aurait dit un jeu, elle se pencha sur moi, prit mon sexe entre ses lèvres, sa bouche loin de la mienne, selon son désir. Je mis une main dans ses cheveux et resserrai mes doigts, pliant le bras et tirant sa tête vers moi ».


Cet Emmaüs de Baricco est divinement sensuel. Mais surtout, il nous ébranle. Il est le portrait d’une génération confrontée au choc de ses valeurs. L’auteur nous démontre que lorsqu’on dérive du modèle qui constitue non seulement celui d’une époque mais aussi, plus intimement, celui de notre cadre familial, nous devenons fragiles, certains plus que d’autres.  Le choc peut être suffisant à nous pousser au désespoir. Et du désespoir au suicide. En ce sens, Baricco nous amène à nous interroger sur ce qui est normal ou non. Ce qui l’est est sans doute un peu du monde dans lequel chacun de nous a évolué. Qu’on le veuille ou non, nous sommes en quelque sorte un fragment de la vie de nos parents. Et quand les gens autour de nous dévient de ce moule, nous pensons qu’ils sont anormaux. Ils sont jugés sur les apparences bien plus que sur les actes. Andre n’aura eu que le courage d’affronter le monde tel qu’il est, avec son regard sur la vie. Ce roman d’apprentissage est marqué par le passage de l’adolescence à la vie adulte. Et la détresse qu’il suscite chez beaucoup de jeunes est troublant.

 

Comme les disciples d’Emmaüs, nous vivons dans l’ignorance, aveuglés par certaines évidences que nous refusons de voir. Ainsi le monde nous échappe, nous regardons à la surface des choses, nous effleurons l’essence même de la vie… 

 

Venez lire le superbe billet From the avenue


baricco

 

8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 18:52

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Eh bien, comme première critique sur mon blog en 2012, je n’avais pas beaucoup de jasette! Je rends bien peu hommage à l’auteur qui pourtant est un maître! Je laisse le com quand même 


"Un vrai petit bijou de livre d'à peine 84 pages, qui se lit d'une traite, sans pouvoir le poser avant le dernier souffle.


Écrit sous forme de monologue, avec des mots qui coulent au gré des pages, ce roman poétique est d'une musicalité déconcertante. Barrico a lui-même fait des études en musique et ça se sent, ça se vit.

 

Les mots sont rythmés, ils dansent au fil des vagues, fluides et empreints de magie.

 

Émouvant, touchant, riche et sensible, ce roman épouse l'océan et la musique avec art. Il est magnifique..."

 

pianiste

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