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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 02:52

 

« Je suis convaincu que chaque individu, sur cette terre, est persuadé de mener une vie normale et croit que c’est celle des autres qui ne l’est pas. »

 

Qu’est-ce que ça fait du bien de temps en temps de se plonger dans un roman adolescent. D’autant plus que l’auteure, Anne Fine, plante ses personnages dans un décor noir à l’atmosphère trouble, voire tendue, qui tient le lecteur en haleine du début à la fin.

 

Nous suivons l’histoire du jeune Daniel, 10 ans. Depuis qu’il est tout petit, il s’entend répéter par sa mère qu’il est gravement malade. Coupé du monde, il passe ses journées au lit, privé d’air pur et de toutes compagnies. Quelques tableaux aux murs et des livres, d’ailleurs qu’aurait-il fait sans eux? Sa vie s’est construite dans les pages d’un roman, avec seule la force de son imagination, unique manière d’entrevoir le monde. Une maison de poupées, ayant appartenue à sa mère, repose dans un recoin de sa chambre. High Gates, la réplique parfaite de la maison où elle est née, avec des poupées à l’image des membres de la famille.

 

Un matin, des hommes sont venus le chercher. Atteinte de folie, sa mère s’est retrouvée dans un institut psychiatrique, alors que le jeune Daniel s’est vu confier au docteur Marlow et sa famille, désormais la sienne, une famille aimante, chaleureuse et rassurante. Il s’émerveillera devant tout, découvrira le monde tel qu’il est, prendra des forces. Jusqu’à être confié à son oncle Jack, dans la maison de High Gates. Non loin du Passage du diable où ont eu lieu plusieurs morts suspectes…

 

C’est donc un très bon roman qui allie le surnaturel aux puissances diaboliques. Un livre qui aborde la santé mentale et ces enfances volées. La désillusion maternelle et la force du souvenir, de l’amour qui est plus fort que tout. C’est une quête d’identité, un état de survivance et le courage d’affronter son destin.

 

« Les passages du diable sont les chemins les plus ordinaires. Et le mal n’a pas toujours les traits de la laideur. On ne saurait lire, sur le visage d’un homme, la couleur de son âme. »

 

Un grand merci à toi Nadège de me l'avoir fait découvrir, je me suis régalée :-*

(je le dépose maintenant entre les mains des garçons) ;-)

19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 22:21

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Avant d’aborder ce livre, demandez-vous si vous êtes en grande forme psychique. Pour ceux ou celles qui habitent le Québec, il est certainement à proscrire en ces longs mois d’hiver où la moitié de la population déprime dû au manque de lumière. Revenez-y donc au printemps, frais et dispo. Parce que dans ce roman, on y décortique la folie sous toutes ses formes. Et il ne serait pas exagéré de dire qu’en réalité, il offre en soi un synopsis assez précis et juste du DSM 5R. Mais est-ce pour autant un roman médiocre? Pas du tout, bien au contraire… Seulement, le style est lourd et les personnages aussi malsains les uns que les autres.

 

Il m’est difficile de faire une brève critique sans en comparer le Rochester de Jane Eyre (Charlotte Brontë) avec le Heathcliff de celui-ci, tous deux, étonnants de ressemblances. Si Rochester est mystérieux, solitaire, antisocial, autoritaire, sec, froid et méprisant, Heathcliff présente les mêmes traits, auxquels j’ajouterais la violence, l’irrespect, la cruauté, la tyrannie et la hargne. Vous tenez le coup? Personnellement, je n’étais pas certaine d’avoir envie de poursuivre cette lecture, d’autant plus que les autres personnages ne m’offraient pas un portrait beaucoup plus reluisant. Dans l’ensemble, les psychés sont morbides et dysfonctionnelles. Certaines y voient des fantômes, des spectres, des diables et Satan. Les dialogues sont teintés de pleurs, caprices, hystérie et menaces. Aucun état d’âme ne nous est épargné. Les rapports sont tordus et malsains. De plus, on se perd complètement dans les noms. Heureusement, un tableau généalogique en début de livre vient secourir nos amnésies momentanées.

 

Paradoxalement, je suis heureuse d’avoir mené à terme cette lecture. C’est l’œuvre d’une femme qui a défié les pensées de son époque pour s’ouvrir sur un monde alors mal compris : la folie. Rappelons qu’Emily Brontë est née en 1818. Il ne fait donc nul doute dans mon esprit que son roman a fait l’objet d’indignation et de soulèvement populaire. Je crois que pour s’y connaître aussi bien sur les déviations de la psyché, il faille les avoir côtoyées de près dans son environnement immédiat. Je n’ai pas analysé son histoire familiale, ni les liens qui unissaient ses membres, encore moins n’ai-je cherché à savoir si ce livre s’offrait, au même titre que Jane Eyre, comme une autographie de l’auteure. Mais les traces de son propre héritage transpirent à chaque page. Elles sont bourrasques de vent, fidèles au titre de ce grand roman…

11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 00:01

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Ce livre repose désormais non loin de « Mange, prie, aime » d’Élizabeth Gilbert. À vrai dire, ils se voisinent de très près. C’est contagieux, vous croyez ? Pour ceux ou celles qui me connaissent, c’est donc dire qu’il se trouve sur l’étagère « à proscrire » de ma bibliothèque. Dois-je quand même préciser que mon intention initiale en l’abordant était d’ordre affectif, elle visait à partager une lecture avec ma nièce Amélie, accro du shopping. Qui plus est, nous revenions de New York... Bon, assez les excuses, je l’ai lu, et jusqu’au dernier mot. Oui oui, vous pourrez vérifier, il s’agit de « Félicitations ». Ironique, non?

 

Le roman débute par une profonde dédicace : « Pour Gemma, qui a toujours su la valeur d’une écharpe Denny and George ». Ça commence fort… Mais parlons du personnage principal, Becky Bloomfield. Elle est experte financière à une émission télévisée, « Morning Coffee », où elle prodigue des conseils d’épargne à des milliers de téléspectateurs. Cordonnier mal chaussé, la dame Bloomfield en question n’arrive pas à payer son loyer, est au bord de la faillite personnelle et croule sous les dettes. Elle est accro à la dépense et aux mauvais placements.

 

Durant ces 400 interminables pages, nous l’accompagnons dans les plus grandes boutiques de New York, les instituts de beauté, les restos bon chic bon genre. Nous assistons aussi à de pénibles discussions stériles et superficielles. Mais le comble, là où j’ai littéralement craqué, est ce long passage qui vante la consommation au profit de la culture. Attendez, je vous explique… En chemin vers le Musée Guggenhein, l’un des plus grands musées new-yorkais, Becky est déviée de sa route par Chanel, Saks, Yves St-Laurent… C’en est trop, elle craque… La pauvre, si vulnérable… Mais elle n’est pas sans ressource… Quelle imagination ! Elle passe donc par la boutique du dit musée et s’achète le catalogue des œuvres, pour aussitôt repartir soulagée d’un énorme poids, et reconquérir l’univers numéro un du consumérisme. J’avais envie de pleurer…

 

En gros, si vous avez envie d’un roman qui manque de style, de profondeur et de raffinement, vous serez ravies. Ajoutez à ce désastre tous les clichés de la femme-objet, nunuche et dépensière, hystérique et impulsive, écervelée… En ai-je oublié ? Ah, si ! Où ai-je la tête… Il y a le charme, les apparences… et je cite, « l’apparence est le secret de toute négociation ». Pour vous situer dans le contexte, Becky devait rendre visite à John Gavin, directeur des services de découvert. Pour l’occasion, elle ne manque pas de prévoir des sous-vêtements sexy... Je crois que Simone de Beauvoir en aurait aussi pleuré…

24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 16:04

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Depuis des lustres, j’entends parler des sœurs Brontë, icônes de la littérature anglaise, et mon choix premier s’est arrêté sur Jane Eyre dont on entend les échos un peu partout. Initialement, ce livre avait été publié sous le pseudonyme masculin de Currer Bell pour des raisons qui semblent échapper au commun des mortels. C’est, à mon sens, un livre qu’il faut avoir lu un jour ou l’autre, inévitablement.

 

Jane Eyre est une jeune orpheline lorsqu’elle sera prise en charge par sa tante, Mrs Reed, une femme autoritaire et méprisante, qui n’a de regard que pour ses trois enfants - d’où l’ironie de l’emploi du mot « prise en charge », à l’encontre de « chaleureusement accueillie ». Vous aurez saisi la nuance … À l’âge de 10 ans, elle intégrera un pensionnat dirigé par un homme qui l’humiliera à son tour. Cette jeune femme rebelle, indépendante, intelligente et passionnée, sera en pleine révolte face à un monde bourgeois auquel elle aura peine à s’identifier. Elle suscitera non seulement la haine de sa tante, mais celle de ses enfants, dont John, qui ne manquera aucune occasion de la frapper, voire la martyriser. Elle mettra du temps à trouver l’amour, à le comprendre et l’accepter, l’empreinte de son enfance demeurant en elle, tenace et fragile. Jusqu’au jour où elle rencontre Rochester …

 

Il est le propriétaire du château où elle devient sa pupille. Cet homme est mystérieux, solitaire, sec, froid et méprisant, ses traits sont sévères et, malgré tout, il amène un changement dans la vie monotone de Jane. Et elle tombe amoureuse … Elle lui voue une admiration profonde que j’ai eu du mal à saisir, au vu du portrait de l’homme que je viens de définir. Mais j’ai lu quelque part que ce livre est présenté comme l’autobiographie de l’héroïne, ce qui en dit long sur l’identité de ses modèles familiaux. Quoi qu’il en soit, Rochester s’intéresse aussi à Jane, d’abord à ses dessins, puis finit par lui témoigner une certaine affection. Elle déchantera vite lorsqu’elle apprendra qu’il en courtise une autre et qu’il se sert d’elle comme exutoire à ses propres fantaisies, faisant fi des sentiments qu’elle éprouve à son égard. J’ai détesté ce personnage tout le long du livre pour ce jeu cruel auquel il s’est livré … Et les sentiments subséquents de sa part n’ont trouvé en moi l’écho d’aucune absolution.

 

Charlotte Brontë trace avec doigté un portrait de famille où la folie est maîtresse et le respect dérisoire. Les traces de son propre héritage transpirent de chaque page. On y parle de trahison, d’espoir, de la reconstruction de l’âme, bien au-delà des pertes et des deuils, et de l’amour, aussi … On ne peut qu’en sortir bouleversée. 

20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 00:28

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Ce roman évoque la complexité des relations familiales. Le portrait de famille dont il sera question rayonnera autour de l'histoire d'amour risible et invraisemblable d'un homme de 84 ans, père de famille, avec une jeune ukrainienne de 50 ans sa cadette. Elle a des goûts de luxe, une tenue vestimentaire provocatrice, des seins comme des «ogives nucléaires» et une pensée... limitée. Et tout cela, au grand désespoir de ses filles. C'est ainsi que, craignant pour la santé mentale de leur père, l'amour naissant sera le prétexte d'une longue suite de réconciliations entre les membres de la famille.

 

Les différents personnages évoqueront également leurs ancêtres et ceux qui les ont quittés. C'est d'ailleurs avec beaucoup d'émotion que l'auteure nous parle, telle une ritournelle, de la vie et de la mort, comme d'un traumatisme profondément enfoui en elle. Dans une scène de mise à mort d'un poulet, voici ce qu'elle nous livre: «Après un dernier spasme, le poulet s'était immobilisé. Tu vois Nadezhda, c'est comme ça que nous mourrons»... Les personnages se questionnent également sur l'amour que se sont portés leurs parents, sur leurs origines, sur le pourquoi de leurs actes et pensées: «L'histoire personnelle ça définit, ça nous aide à comprendre, à apprendre...». Également: «Je croyais que l'histoire de mes parents se résumait à une histoire heureuse, une histoire de triomphe sur la tragédie, mais je me rends compte à présent que le bonheur n'est fait que d'instants fugitifs qu'il faut saisir avant qu'ils ne s'échappent.»

 

Ce roman s'inscrit avant tout sur un fond historique et politique. Il est question de la guerre civile, du conflit opposant les communistes de Moscou et les partis communistes nationaux. Il est question également de Staline, du goulag, de l'Armée rouge, de l'invasion de la Pologne et de la grande famine qui tua 10 millions de personnes en 1932-1933. Puis, inévitablement, il est question des traumatismes qui en résultent pour chacun des personnages. Et ces relations de cause à effet, en plongeant le lecteur dans l'âme de chacun, font la richesse de ce roman.
 

«Une brève histoire du tracteur en Ukraine» est ce roman dans le roman que notre octogénaire s'est donné la mission d'écrire. C'est lui qui tissera les liens entre l'histoire de l'Ukraine et le présent. Il sera l'élément rassembleur.

 

Ce beau livre, aux accents de l'Ukraine (car les personnages se sont bel et bien fait attribuer des accents spécifiques à chacun), a une richesse et une profondeur de dialogues sans égal. Autre point auquel je ne m'attendais pas du tout: sous des dessous de guerre et de traumatismes, ce roman est à mourir de rire! Et si parfois l'on sourit tristement, c'est sans doute davantage par compassion. Parce que cette guerre a bel et bien existé et que ceux qui l'ont vécue ne l'oublieront jamais... Marina Lewycka, originaire de l'Ukraine et née dans un camp de réfugiéallemand, pourrait nous en dire long...

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