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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 03:05

emmaus

 

« Comme son amour fut immense, immense fut sa souffrance »


Elle s’appelle Andre et incarne la luxure. Elle a 18 ans. Elle est belle, riche, fascinante. Elle est désirable, désinvolte, insaisissable… D’aucuns diront qu’elle est pute, elle « s’offre », simplement, sans pudeur et sans limites. Elle vient d’un autre monde, d’une autre « normalité », là où les barrières du désir ne confrontent aucun obstacle. Elle est libre et son univers est vaste. Elle n’appartient à personne et pourtant un peu à tout le monde. Elle couche un jour avec les pères, le lendemain avec leurs fils. Où est le mal quand on répand autant de bien-être? Doit-elle se dire… Son âme n’est pas moins pure, elle est juste un peu plus fragile, immature, blessée. Et son corps est une danse sensuelle qui envoûte le regard des hommes…    

 

« Toute sa splendeur réside dans son visage – la couleur de ses yeux, l’angle saillant de ses pommettes, sa bouche. Il ne semble pas nécessaire de regarder autre chose – son corps est simplement une façon d’être, de prendre appui, de s’en aller – c’est une conséquence »


Eux, ce sont Bobby, Luca, le Saint et le narrateur. Ils incarnent le catholique intégriste de l’Italie des années 70. On leur a appris que la beauté est une vertu morale qui n’a rien à voir avec le corps ou le galbe d’un sein. Le corps d’une femme est un objet de refoulement. Ils ont appris qu’on fait l’amour pour communiquer et partager une joie, non pas pour le plaisir, encore moins pour l’épanouissement des sens. Musiciens, ils animent les services à l’église et assistent les personnes âgées de l’hospice. Ce sont les meilleurs amis du monde. Ils savent qui est Andre. D’ailleurs, tout le monde sait qui elle est. Et comme le désir est plus fort que la morale, ils finiront par tomber amoureux. Non pas d’un amour qui a « connu », mais d’un amour qui a envie de connaître, de toucher, de sentir, de ressentir. Ils se laisseront dériver doucement vers la liberté. Elle leur apprendra l’amour et le plaisir. Jusqu’au jour où elle viendra se glisser entre eux, dans le lit. Et qu’elle s’offrira tel un don inattendu…


« Andre était étendue au sol, sur le dos, et quand elle se releva, elle le fit en laissant tomber la tunique blanche qu’elle portait, la mue d’un serpent, et apparut sous nos yeux, nue. Ainsi nous était donné, sans qu’on nous demande rien en échange, ce que nous avions toujours cru hors de portée… Je continuai à l’embrasser, cherchant sa bouche. On aurait dit un jeu, elle se pencha sur moi, prit mon sexe entre ses lèvres, sa bouche loin de la mienne, selon son désir. Je mis une main dans ses cheveux et resserrai mes doigts, pliant le bras et tirant sa tête vers moi ».


Cet Emmaüs de Baricco est divinement sensuel. Mais surtout, il nous ébranle. Il est le portrait d’une génération confrontée au choc de ses valeurs. L’auteur nous démontre que lorsqu’on dérive du modèle qui constitue non seulement celui d’une époque mais aussi, plus intimement, celui de notre cadre familial, nous devenons fragiles, certains plus que d’autres.  Le choc peut être suffisant à nous pousser au désespoir. Et du désespoir au suicide. En ce sens, Baricco nous amène à nous interroger sur ce qui est normal ou non. Ce qui l’est est sans doute un peu du monde dans lequel chacun de nous a évolué. Qu’on le veuille ou non, nous sommes en quelque sorte un fragment de la vie de nos parents. Et quand les gens autour de nous dévient de ce moule, nous pensons qu’ils sont anormaux. Ils sont jugés sur les apparences bien plus que sur les actes. Andre n’aura eu que le courage d’affronter le monde tel qu’il est, avec son regard sur la vie. Ce roman d’apprentissage est marqué par le passage de l’adolescence à la vie adulte. Et la détresse qu’il suscite chez beaucoup de jeunes est troublant.

 

Comme les disciples d’Emmaüs, nous vivons dans l’ignorance, aveuglés par certaines évidences que nous refusons de voir. Ainsi le monde nous échappe, nous regardons à la surface des choses, nous effleurons l’essence même de la vie… 

 

Venez lire le superbe billet From the avenue


baricco

 

24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 16:14

Par les pores des ports

 

J’ai joué à l’amour

en lançant quelques dés

numéros, petits tours

par le sort rejetés.

 

J’ai joué à l’amour

ce grand jeu de la vie;

on mise sur toujours

puis on change d’avis.

 

Flambé à ce bûcher

aux aguets d’une flamme

aimé, disant, encore

et médisant mon âme.

 

Mes pas mis dans leurs pas

d’un chemin bouche en cœur

j’ai mordu leurs appâts

innocent mais sans peur.

 

J’ai dormi mille nuits

dans des milliers de ports

où je trompais l’ennui

ressuant de mes pores.

 

Reçu mille baisers

en accueillant leur dard

la marque déposée

de ces amours fouettards.

 

J’ai pleuré pour des prunes

pour le cœur d’une blonde

sur le corps d’un brune

redessiné le monde.

 

Elles donnaient en gage

l’atout de leurs atours

je me mettais en cage

puis balayais la cour.

 

J’ai joué à main-mise

même parié gros

comme cul et chemise

pour toucher des grelots.

 

Même mimé ma mort

en embrasant ma vie

dans l’âtre du remord

consumé mes envies.

 

Un soir j’ai fait tapis

pour des yeux pers catins

pris mon pied puis tapi

pris gadin au matin.

 

Tant battu la chamade

que mon cœur courbatu

a fui au vent nomade :

mirages, convaincu.

 

Fui ces belles fatales

sans âme à l’intérieur

pris leur beauté vénale

pour un trou de laideur.

 

J’ai gagné, j’ai perdu?

qu’importe j’ai aimé

ces amours éperdus

que je ne sais nommer.

 

J’ai vécu en aimant

et j’aimerai encore

en mourant en amant

au chevet de vos corps.

 

JC Eloy 2005

21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 21:36

Cuba… Il y a la mer, ses eaux turquoises, ses dauphins, une vie sous-marine émouvante.  Des poissons multicolores qui émerveillent à travers les lunettes de plongée. Il y a le sable fin, chaud, les palmiers. Il y a des couchers de soleil à faire pleurer d’émotions…  


Il y a aussi la ville, la Habana. Seigneurs que c’est beau! Chaque fois, je retombe en amour, d’un amour renouvelé, encore plus fort. Là-bas, les gens sont riches, d’une richesse qui ne s’achète pas, parce qu’elle vient du dedans. Ils sont généreux, ils sont beaux, accueillants. Chaque rencontre est un privilège. Ça sent le cigare et l’empreinte d’une révolution. De vieilles voitures des années 50 circulent partout et rappellent une époque révolue. Quel décalage… pour les Cubains, c’est la marque d’un présent, du modernisme. C’est la pauvreté dans toute son abondance. C’est pas Guantanamo, et c’est déjà beaucoup…!


La Havane, c’est aussi le poulet et le riz à la créole, Miam! Le cochinito, les langoustes et les fruits exotiques directement croqués à même l’arbre. Dans ce paradis tropical, on se gave de mangues et de papayes. Une petite soif? Le Guarapo, jus de canne à sucre, mes papilles s’en souviennent encore…


Cuba, c’est encore plein de choses que j’oublie d’écrire mais que mon cœur n’oublie pourtant pas…     

 

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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 21:32

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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 23:41

fantôme

 

« J’avais rêvé de Fred pour la troisième nuit consécutive. Je m’étais endormie en m’imaginant le bout de son index qui se posait méticuleusement sur chacune de mes vertèbres en attendant que la nuit nous engouffre. Ce rituel s’inscrivait parmi les rares choses capables de venir à bout de mon insomnie. Je me suis étirée les jambes à la recherche de ses chevilles, mais la seule chose contre laquelle je me suis heurtée produisait incontestablement de la testostérone. J’ai entrouvert mon œil droit pour constater l’ampleur des dégâts. BLACK-OUT. »

 

Ce premier roman de l’auteure québécoise Miléna Babin avait déjà tout pour me plaire, rien que parce que l’histoire se déroule à Québec, le lieu de mon enfance. Et beaucoup de mon adolescence... Il m’arrive souvent de faire le trajet, en partant de Montréal, pour la bouffée d’oxygène que cela me procure. Ce 300 km n’a pas de prix. Quand on met les pieds dans la vieille Capitale, où il fait si bon vivre, on ne veut jamais plus partir. Là-bas, j’ai une tonne de souvenirs qui me sont rappelés par l’auteure, d’un bout à l’autre du roman. Rue St-Jean, Cartier, le Cochon Dingue, la Brûlerie St-Rock…

 

Depuis qu’ils sont ados, Maève, Fred et Loïc partagent un appart dans le Vieux Québec. Ils vivent de soirées BBQ, de feux de camp, de nuits à la belle étoile, de quelques joints et de caisses de Chambly, de réveils parsemés de cendres. Ils vivent aussi dans une relation triangulaire ambiguë. Loïc et Maève ont été amoureux, d’ailleurs, Loïc l’est encore beaucoup. Fred, marginale et bohème, fuit aux quatre coins du monde. Ses brefs passages à Québec suffisent à briser l’équilibre du trio déjà fragile. Elle le vit néanmoins avec le détachement propre aux gens incapables de s’enraciner. Trop de confusion, Maève étouffe et se prend un trois et demie. Loïc, à qui elle donne la clé, fait intrusion à toutes heures de la nuit. Quand ça lui chante, quand il a envie d’elle. Il entre et sort de sa vie à l’improviste, intrusif, manipulateur. Le gars qui ne sait jamais de quoi est fait demain. Une amitié qui dérive chaque fois en amour dévastateur. Il est à l’image du héros en droit de fuir, comme celui de Vigneault (le fils) dans Chercher le vent. Bouquin qu’il lui offre, anonymement. Il sait s’y prendre pour la faire craquer, il la connaît du bout des doigts…  

 

Ce roman, c’est l’histoire d’une amitié qui cherche à traverser le temps et les épreuves d’une période de vie, l’adolescence, marquée par la fragilité, les remises en question. C’est une centaine de pages compilées dans un grand album souvenir, Les fleurs de Macadam, remplies de billets de spectacles, de poèmes, de photos et de promesses. C’est l’histoire de trois inséparables, turbulents et fragiles. Inséparables, jusqu’au jour où…

 

…jusqu’au jour où Maève rencontre Max et qu’il lui faille redéfinir la nature du triangle. Vivre loin de ses repères est insécurisant. Mais Max, c’est Max, hum… un gars simple, artiste, zen, quelques tattoos, quelques cicatrices… Il vit au jour le jour et gratte sa Godin Seagull dans un band rock. Il voyage dans une van noire, comme celles propices au road trip. Presqu’aussi idyllique qu’un Westfalia rose! Il a une fille, Kancelle, oui, comme dans Sinbad le marin. Et elle tombe amoureuse. 

 

Quand on accepte une nouvelle vie, on perd nos repères en même temps qu’on tente de faire les deuils inhérents au passé. Peu à peu, les fantômes disparaissent et on se reconstruit. Mais il suffit de fuir un peu trop loin de nous-même pour que les fantômes reviennent, immuables. Ils se « cachent » pas trop loin dans nos souvenirs les plus réconfortants. Ceux qui fument en cachette finissent toujours par se faire prendre. C’est sur cette image de va-et-vient, du présent au passé, que Miléna Babin nous porte à réfléchir. Un roman d’apprentissage sur le sens de la vie. Sur une tonne d’autres choses comme la nostalgie du temps passé, l’insouciance et la soif de liberté. Le dilemme amoureux, les frontières entre l’amitié et l’amour, les amours qui blessent, ceux qui redressent. L’engagement, la trahison, les erreurs…

 

Une lecture tellement agréable, qui fait du bien. Qui n’est pas prétentieuse et qui coule de source. Une lecture qui me rappelle un temps. Et un certain guitariste, un peu beaucoup comme Max… Surtout, c'est le roman d'une jeune auteure bourrée de talents... (zut, j'ai oublié de lui demander si c'était elle sur la page couverture. Si tu passes par ici Miléna...) 

 

« Le reflet que le vin laissait sur ses lèvres m’invitait depuis un moment. À la lueur des réverbères, j’ai retiré mon chandail, que j’ai laissé tomber à mes pieds. Ses doigts ont effleuré mes seins de longues minutes avant qu’il ne me prenne. Sur le tapis du salon, une valse maladroite et libératrice. Sur mon ventre, des gouttelettes de vin blanc renversées par mégarde, sa langue. Au milieu de notre guerre silencieuse, nous avons joui. Moi la première. » 

 

Les mots du Bison, un régal! Fleurs de Macadam et Unibroue  

 

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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 00:59

kafka

 

Trop bon d’accompagner cette lecture en écoutant cette pièce musicale… 

Trio Rubinstein-Heifetz-Feuermann pour piano, violon et violoncelle de Beethoven (1941)

 

Pfffffffff  Quel coup de foudre!!!

 

La quête de Kafka m’a serré les tripes et fait en même temps un peu mal. Car ce roman est tellement humain, tellement criant de vérité. Tellement sensible que j’avais l’impression que les mots se détachaient des pages pour prendre vie en moi. J’ai su dès le début à quel point je serais prise d’affection pour l’ado en mal de vivre.  

 

À 15 ans, n’ayant plus personne sur qui compter, Kafka fuit Tokyo et le cocon familial. Il partira à la recherche de lui-même. Il fuira le sol insécurisant qu’il a déjà foulé, taché par l’abandon. Il fuira aussi ses peurs et celles du monde inconnu dans lequel il pose difficilement les pieds. Comme beaucoup de jeunes, il croira qu’une fois libre, il sera délivré des chaînes qui emprisonnent sa soif de voler de ses propres ailes. Mais être libre a un prix. Qu’est-ce que cela signifie? L’amour lui fera découvrir qu’une fois que nous nous engageons affectivement, nous ne le sommes plus tout à fait. Et qu’après avoir traversé ce genre de tempête introspective, à cent lieux de nos repères, on n’est jamais plus le même. Ce que l’on cherche à fuir nous rattrape par notre destin. Par les coïncidences? Le hasard?

 

Kafka, comme beaucoup de jeunes, mène une existence centrée sur lui-même. Il s’efforce de devenir quelqu’un de bien, de contrôler ses peurs, tourmenté par ses pulsions sexuelles d’ado. Il apprend la vie, affronte la réalité et les fantômes du passé. Il prend conscience que le monde est un endroit violent, que la souffrance existe. Que les lâches détournent le regard de la réalité. Que la guerre se nourrit d’elle-même. Que la vie est faite d’adieux. Que l’humain est égoïste et jaloux, étroit d’esprit et intolérant, pourvu de sentiments négatifs. Qu’il faut cesser de se laisser dominer par les événements extérieurs. Et au fait, quel est le sens de la vie? À quoi servons-nous?

 

Ce roman est une leçon de vie. Kafka est maître dans l’art de poser un regard lucide sur le monde qui nous entoure. Sur les humains qui le composent. Il pointe du doigt cette société en changement, menée par le capitalisme, la révolution informatique, les multinationales… Il oppose le bien et le mal, l’espoir et le désespoir, le rire et la tristesse, le rêve et la réalité, la force et la fragilité, la confiance et la solitude. Au fait, c’est quoi le mal? Qui est en mesure de le dire? Qu’est-ce qu’on fait quand les intérêts des gens se contrarient? Il n’y a pas de réponses. Les réponses, on les cherche au fond de nous même…

 

Murakami nous pousse à réfléchir sur tant de choses. Sur le pouvoir de l’imagination et notre part de responsabilité dans le rêve. Sur le rapport au temps que l’on ne rattrape jamais. Sur la reconstruction de l’âme blessée, les changements qu’elle suscite en nous. Sur la force des souvenirs, qui nous attendrissent ou nous font pleurer. Sur cette part de nous, un peu diffuse, que nous tentons de nous réapproprier. Au fait, la mémoire est-elle indépendante de notre volonté? Et l’intelligence, qu’est-ce que ça signifie?

 

Ses personnages vont s’entrecouper, s’imbriquer les uns dans les autres, prenant parfois la voix de sa conscience, parfois celle de son imagination. C’est là que s’exprime, je trouve, la magie de l’auteur. Comment arrive-t-il à rendre si uniformément des personnages aussi complexes que différents?  Avec des images aussi denses? Comme ce Nakata qui sait faire tomber des poissons du ciel et parler aux chats? Au fait, c’est quoi cette histoire d’amnésie collective lors d’un voyage scolaire, en pleine montagne? Un champignon ingurgité? Un gaz? Une hypnose? Ce sont des images propres au génie de l’auteur, qu’il nous amène à rechercher, comprendre et analyser.

 

Lire Murakami, c’est prendre le temps de découvrir un monde intérieur extrêmement complexe. C’est beau, c’est subtil, c’est sensuel, c’est fragile… Je suis conquise…

 

« Parfois, le destin ressemble à une tempête de sable, qui se déplace sans cesse. Tu modifies ton allure pour lui échapper. Mais la tempête modifie aussi la sienne. Tu changes à nouveau le rythme de ta marche, et la tempête change son rythme elle aussi. C’est sans fin, cela se répète un nombre incalculable de fois, comme une danse macabre, juste avant l’aube. Pourquoi? Parce que cette tempête n’est pas un phénomène venu d’ailleurs, sans aucun lien avec toi. Elle est toi-même, et rien d’autre. Elle vient de l’intérieur de toi. Alors, la seule chose que tu puisses faire, c’est pénétrer délibérément dedans, fermer les yeux et entrer, et la traverser pas à pas. Au cœur de cette tempête, il n’y a pas de soleil, il n’y a pas de lune, pas de repères dans l’espace ; par moments, même le temps n’existe plus. Il n’y a que du sable blanc et fin comme des os broyés qui tourbillonne haut dans le ciel. Voilà la tempête de sable que tu dois imaginer » 


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Pour lire la critique chez Dasola

Et plusieurs critiques de l’auteur du côté de chez Jean-Charles 

En passant par le Ranch du Bison ICI et


Kafka sur le rivage (poème tiré du livre)

 

Tu es assis au bord du monde,

et moi dans un cratère éteint.

Debout dans l’ombre de la porte,

il y a des mots qui ont perdu leurs lettres.

 

La lune éclaire un lézard endormi,

de petits poissons tombent du ciel.

Derrière la fenêtre il y a des soldats

résolus à mourir.

 

Kafka est au bord de la mer

Assis sur un transat.

Il pense au pendule qui met le monde en mouvement.

Quand le cercle du cœur se referme,

l’ombre du Sphinx immobile se transforme en couteau

qui transperce les rêves.

 

Les doigts de la jeune noyée

cherchent la pierre de l’entrée.

Elle soulève le bord de sa robe d’azur 

et regarde Kafka sur le rivage. 

10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 00:57

Quatre heures de descente sur la rivière du Diable, un bonheur extrême. De grands espaces verts, une communion avec la nature. Un ressourcement qui m’est essentiel…

 

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Majestueux Mont-Tremblant…

 

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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 00:27

Merci gentille Nadael pour tes soleils couchants sur La pointe de Trévignon… 

 

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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 00:58

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« Notre destin, à nous et à nos semblables, est d’affronter le monde comme les orphelins que nous sommes, pourchassant au fil de longues années les ombres de parents évanouis. À cela, il n’est d’autre remède qu’essayer de mener nos missions à leur fin, du mieux que nous le pouvons, car aussi longtemps que nous n’y sommes pas parvenus, la quiétude nous est refusée »

 

Après Never let me go et Les vestiges du jour, je me suis attaquée à ce magnifique roman. Certains auteurs, comme celui-ci, méritent vraiment d’être découverts dans l’ensemble de leur œuvre. Ses ouvrages ne m’ont pas tous suscité le même intérêt. C’est évidemment une opinion personnelle fondée sur mes valeurs... Mais si j’ai adoré Never let me go, je me suis mortellement ennuyée dans Les vestiges du jour, qui consiste à mon sens en une longue énumération de 350 pages sur les grands salons anglais. Dommage… le film est pourtant excellent…

Christopher Banks, notre héros et narrateur, a vécu sa vie entre Londres et Shanghai. La Chine des années 30 étant soumise à l’invasion massive et destructrice des Japonais, il vécut avec ses parents à l’intérieur des limites strictes d’une concession internationale pour laquelle son père travaillait. Il lui était défendu de pénétrer dans les quartiers chinois de la ville, jugés dangereux. C’est dans cette atmosphère d’ostracisme et d’isolement d’un pays en guerre que l’auteur convie le lecteur à voyager aux côtés de Banks. Ses personnages seront marqués par la solitude. Chacun luttera à sa manière et tentera de survivre.

Mais la trame principale du roman n’est pas qu’associée à la guerre, même si elle constitue le fond historique du roman. Elle tourne autour du kidnapping des parents de Christopher, alors qu’il n’a pas atteint l’âge de 10 ans. Se retrouvant seul, il retournera en Angleterre et deviendra détective. Après des années d’enquêtes et d’investigations, il tentera de les retrouver dans une Chine toujours sous la menace des attaques et d’une situation politique complexe.

Outre Christopher, plusieurs personnages sont marquants dans ce livre. À commencer par sa mère, femme forte et déterminée, qui a mené des campagnes contre le commerce de l’Opium en Chine dans les années 30. Elle revendiquera également les actions commises par la « compagnie » - la concession internationale. Et sera éprise d’une compassion pour le malheur des Chinois défavorisés. Il y aura aussi la belle Sarah, femme énigmatique aux valeurs superficielles. Akira, son ami d’enfance japonais. L’oncle Philip, dirigeant une organisation philanthropique se consacrant à améliorer les conditions de vie dans les quartiers chinois. Allié ou ennemi? 

Le roman est construit sur fond d’intrigue, sans être un policier. Tant mieux, parce que je n’aime pas le polar et je me serais vite lassée. C’est avant tout l’histoire d’un jeune homme déterminé, qui ira au bout de ses convictions. Le regard innocent de l’enfance est mis en valeur par l’auteur, qui évoque avec sensibilité la nostalgie d’un temps passé. La fidélité dans l'amitié et la force des souvenirs se présentent de manière touchante. Fait intéressant, une histoire de mutation génétique m’a ramenée à Never let me go, pour lequel j’ai eu un coup de foudre. Probablement parce que j’ai été émue par le destin de ces jeunes. Tout autant que je l’ai été par Christopher…

« Je pense que ce ne serait pas un mal si tous les enfants comme toi grandissaient entourés de toutes sortes de nationalités, en empruntant un petit quelque chose à chacune. Alors, peut-être que les hommes seraient moins méchants les uns avec les autres. Il y aurait moins de guerres, pour commencer. Oh, oui! Peut-être qu’un jour on en finira avec tous ces conflits, et ce ne sera pas grâce aux grands hommes d’État, ni aux Églises, ni aux organisations comme celle-ci. Ce sera parce que les gens auront changé. Ils seront plus mélangés ».

Quel plaisir d’avoir partagé cette lecture avec Malika et Claudia Lucia :-)

 

Malika : http://3bouquins.over-blog.com/

 

Claudia Lucia : http://claudialucia-malibrairie.blogspot.fr/2014/07/kazuo-ishiguro-quand-nous-etions.html

 

Également lu du côté de chez Eeguag il y a quelques années. Pour lire sa critique :

http://eeguab.canalblog.com/archives/2006/10/01/3053183.html

23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 00:58

Excellent Challenge chez Belette, c’est ici :


http://thecanniballecteur.wordpress.com/2014/07/06/challenge-il-etait-une-fois-dans-louest-reprise-par-le-cannibal-lecteur/

 

challenge-il-c3a9tait-une-fois-dans-louest-by-cannibal-lect

 

sisters      

« Si Cormac McCarthy avait le sens de l’humour, il aurait pu concocter une histoire comme Les frères Sisters, western sanglant, pétri d’un comique féroce. »


Los Angeles times

 

L’un des plus grands plaisirs que j’éprouve en lecture est celui de l’instant où, ma lecture du moment achevée, je me tourne vers le choix du prochain livre. Sans exagérer, ça me rend presque euphorique. Mais je recherche avant tout l’alternance d’un style littéraire à l’autre pour m’immiscer au cœur d’un voyage où je serai transportée par le dépaysement. À cent lieues de l’histoire d’amour à laquelle je venais d’échapper, par l’entremise d’un roman japonais un peu mièvre, je me suis retrouvée en plein cœur d’un western sanglant, assise au bar d’un saloon, pas trop loin d’un bordel et de l’amour d’un soir, entourée de whisky, de viande de bison et de pain ranci, d’un écho de duel aux pistolets et de deux tueurs à gages, les frères Sisters : deux brutes de la pire espèce, truands et bandits, à l’allure dégingandée. Et n’allez surtout pas croire qu’il fut de tout repos de voyager auprès d’eux !

 

Envoyés aux trousses d’un chercheur d’or, ils feront la route de l’Oregon jusqu’en Californie, en compagnie de leurs fidèles chevaux, Tub et Nimble (clin d’œil à Jolly Jumper et Lucky Luke, version gangster de la pire espèce). Chaque village traversé donnera lieu à des rencontres pour la plupart peu amicales. En ces 500 pages, j’ai aussi croisé une sympathique araignée venimeuse, qui m’a rappelé celles du désert du Mojave en Arizona. Eh oui, celle-ci avait fait pénétrer son poison mortel dans l’orteil de l’un des frères qui, visiblement, les affectionnait autant que moi! Autrement, ce livre est teinté d’un humour ironique et absurde. Je me suis surprise à quelques reprises à éclater de rire. Quelques questionnements colorent la route, et pour n’en nommer que quelques-uns… qu’est-ce qui fait un grand homme? La richesse? La force de caractère? Celui qui ne perd jamais son sang-froid? L’auteur répondra ainsi :

 

« Le grand homme, c’est celui qui sait repérer un vide dans le monde matériel, et le combler avec l’essence de lui-même. Le grand homme c’est celui qui sait attirer la chance en un lieu qui en était dépourvu auparavant, par la seule force de sa volonté. Le grand homme, enfin, c’est celui qui sait faire quelque chose en partant de rien. »

 

Finalement, l’auteur rend compte de l’hystérie qui entoure la ruée vers l’or, du désir de richesse, de s’emparer du bien d’autrui. Plusieurs réflexions pivotent autour de ce thème. Mais aussi autour de l’esprit humain, empli de curiosité et de persévérance, d’aventure et de labeur, ainsi que de soif de liberté. Franchement, j’ai parcouru ce roman avec beaucoup d’enthousiasme. Et pour être dépaysée, je l’ai été pleinement, c’est le moins qu’on puisse dire! Certaines critiques de la presse ont dit de ce livre « Imaginez Mark Twain sur l’acide. Complètement déjanté… », « Western terriblement imagé, digne d’un film des Coen », « À bien y penser, c’est un peu du Tarantino »…

 

Les frères Sisters ou comment devenir gangster ! 

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