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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 22:08

Cobafamille8ok

 

Ce petit coin de paradis, je l’ai trouvé dans le Quintana Roo de la péninsule du Yucatán, au Mexique. Le pays de Frida, avec sa jungle, ses singes et ses chiens Itzcuintli... Je n’oublierai jamais cette famille maya à laquelle je pense encore chaque jour et que je me remémore avec la gorge nouée et des souvenirs plein le cœur. Il m’est même venu à l’esprit de m’étendre un hamac dans cette nature sauvage de la jungle tropicale et de vivre auprès d’eux, au moins quelque temps. M’imaginer en Jane avec son Tarzan, et sauter d’une liane à l’autre, pourquoi pas…!

 

Dans les villages Mayas, la nuit se passe à la belle étoile, beau temps mauvais temps, avec une petite couverture de feuillages au-dessus de la tête. Très rarement, mais parfois, ils dorment dans des hamacs installés à même les huttes. Ces huttes sont faites de branchages, avec des toits de palmes, et servent essentiellement à cuisiner et abriter le feu pour la cuisson des fajitas et des galettes de maïs.

 

Ils ont passé leur vie entourés de bestioles peu ragoûtantes, comme des TARENTULES, et disent même à quel point elles sont délicieuses sous le feu de bois et la braise. J’ai mes doutes là-dessus, même immergées du chocolat fondant le plus cochon… En plus, la pire offense serait de refuser d’en manger avec eux, s’ils venaient à vouloir partager avec vous cette ravissante « offrande » à poils, à huit pattes et huit yeux! Je préfère encore manger une patte de scorpion ou une rondelle de serpent dans le jus de canne à sucre. Qui dit nuit à la belle étoile dit aussi dormir en pleine communion avec la nature. Je savais déjà, avant de partir dans la jungle, que ces petites bibittes sortent la nuit, elles ne supportent pas le soleil et l’humidité à 45 degrés. Que de belles nuits blanches… Rien à faire, je ne m’y ferai jamais. Mais bon, je voulais du dépaysement, je l’ai eu. Et je ne m’en plains pas. D’autant plus que ça faisait rire les petits Mayas à gorge déployée! Qui a dit que dormir à la belle étoile était un luxe exotique? Je blague… c’est un luxe inestimable…

  

Le jour on ne voit pas les hommes, normal, ils rentrent le soir, après une journée de chasse et de pêche. Ce qu’ils rapportent constitue le repas du soir. Les femmes ont passé la journée à préparer les fajitas dans les grosses marmites en fonte suspendue au-dessus du feu. On croque dans les fruits à même les arbres. Une abondance de noix de coco, de bananes, d’ananas, de pastèques, de mangues et de papayes (le fruit le plus délicieux au monde!). Ils ne parlent ni l’anglais, ni l’espagnol, encore moins le français, ils parlent le Quiché, et pourtant, rien ne s’est perdu des émotions qu’on s’est transmises. Je veux bien imaginer que lorsqu’on communique avec le cœur, on peut arriver à franchir toutes les frontières. Les petits dansent et font de la musique. Quand ils soufflent dans les grands coquillages, on ne peut même pas imaginer la mélodie qui s’en échappe. C’est beau, c’est attendrissant, c’est plein de vie et d’amour. Les rituels et les traditions sont la richesse de leur quotidien. Rien n’est plus émouvant que de les regarder danser, quand la saison des pluies déverse sa manne et rend la terre boueuse et fertile. C’est jour de fête! Et j’ai dansé avec eux, sous la pluie battante, la joie dans le cœur…

 

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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 22:00

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18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 01:05

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Le bateau est au mouillage dans une baie de l’Amérique centrale. La vie à bord est rude et les quarts de nuit sont pénibles. Tout a un sale goût de sel marin, une odeur de gasoil et de promiscuité masculine qui étouffe l’âme des solitaires les plus endurcis. Et puis, il manque de femmes. Les membres de l’équipage ont la nuit devant eux et les yeux brillants. Direction le bordel le plus proche. Quant à moi, je me suis trouvée un coin sauvage non loin de la baie pour respirer l’air pur et m’inonder de silence. Homer et Olmann, eux, sont sortis des sentiers battus à la recherche d’un bordel isolé, loin de la côte et des autres, tentant de fuir, au moins pour quelques heures, la réplique du poste d’équipage.

 

Ce petit paradis, ils l’ont trouvé après des heures de marche, au fond d’une cour. Une maison privée, l’endroit idéal. La guirlande d’ampoules au-dessus de la porte d’entrée clignotait de temps en temps. Pedrico, le gardien, se tenait sous la véranda, son révolver à la main. Des poulets au cou déplumé couraient dans tous les sens. Une bonne odeur de viande grillée flottait dans l’air. Il suffisait de boire, de fumer, peut-être de jouer aux cartes mais surtout, de monter à l’étage, le moment venu, avec l’une des filles qui attendait le long du mur.

 

Maria était assise au milieu de la cour, faisant couler le sable entre ses cuisses. Aguicheuse, désinvolte… Homer, tout en discutant avec le gardien, ne cessait de contempler ses jambes, dévoilées par sa robe légère. Ils montèrent à l’étage, dans le calme silencieux d’une entente tacite. Là où ils se touchaient, leurs vêtements étaient devenus humides et tièdes…

 

« Dans la chambre, Homer accrocha sa casquette au montant de la chaise.

-Tes jambes sont très jolies.

-Merci.

-Je les aime beaucoup.

-Je sais.

-Comment peux-tu le savoir?

-Tu les as beaucoup regardées tout à l’heure.

-Tu m’as vu les regarder?

-Oui, mais ça ne m’a pas gênée.

-Mais je t’écoutais aussi.

-Ça aussi, je l’ai vu, c’est gentil... »

 

Elle avait commencé à enlever sa robe, doucement. C’est alors qu’Homer vit la cicatrice sur son sein, profonde, le déformant légèrement. Il baissa les yeux et renfila sa chemise. Maria ramena ses jambes contre elle, proposa d’éteindre la lumière. Elle se dit que finalement, il n’était pas si différent des autres hommes. Mais tout de même un peu différent, pour accepter de payer à ne s’étendre qu’auprès d’elle sans faire l’amour. Il avait posé la joue sur son ventre, dans un besoin de tendresse. Elle avait même un peu dormi, apaisée. Quelle était donc cette douleur atroce au creux de la poitrine d’Homer? Cette souffrance, c’était celle de l’absence, « depuis le jour où il était sorti du ventre de sa mère jusqu’à cette seconde de cette nuit ». Hommes sans mère, le titre de ce petit roman, est l’image poignante de ce cri qui s’échappe des tripes de tant d’hommes. Ce sont les sanglots de celui qui recherche seulement un peu d’amour.

 

Ce qui m’a le plus émue et touchée dans ce roman, c’est le dialogue entre Maria et Homer. Un échange sensible, bouleversant, tendre et respectueux. Il m’a laissée sans voix. Ce dialogue est pourtant simple, occupé par quelques mots, sans artifice, sans plus. D’ailleurs, c’est de là qu’il tire à mes yeux toute sa beauté. Car les mots sont profondément humains, ils sont la marque de ceux qui vivent dans l’isolement et qui vont à l’essentiel sans s’encombrer d’inutile. Ils parlent de solitude. C’est ainsi que les phrases prennent vie et cherchent à laisser une petite trace au fond de l’autre, une fois les chemins séparés. Cet acte presque désespéré m’a vraiment touché en plein cœur.

 

«- Est-ce que tu te souviendras de moi?

-Oui.

-Alors c’est bien, tu es un peu différent.

-Non, mais je me souviendrai de toi.

-Et qu’est-ce que tu penseras?

-Je me souviendrai que tu poses beaucoup de questions.

-C’est tout!

-Oh! Non, d’autres choses encore.

-Tu parleras de moi sur ton bateau?...»

 

Bien sûr qu’il parlera d’elle. Il ramènera à bord le souvenir d’une nuit troublante. Quant à moi, j’ai glissé dans ma poche un petit galet, trouvé dans la mer. Une envie, toute simple, de me rappeler ces instants-là. Même si après un certain temps, je sais très bien que le petit galet n’aura plus la même résonance…

 

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 00:10

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« La petite mendiante qui avait déclenché le jeu de ces souvenirs ne bougea pas. Je m’approchai d’elle. Sa paume était ouverte sur ses genoux repliés. Mais elle n’en savait rien. Elle dormait… Je mis quelques pièces dans cette main qui se referma inconsciemment, innocemment, comme une fleur blessée. Je pensai alors à ce que Dostoïevski faisait dire à l’un de ses personnages :

-Tant qu’il y aura au monde un enfant, un seul enfant malheureux, je ne pourrai pas croire à Dieu.

Et, regardant la petite fille de Macao, j’ajoutai intérieurement :

-Encore moins aux hommes… »


Quand on aime voyager, il est presque impossible de passer à côté des écrits de Kessel. Ses romans sont une invitation à prendre le large. Et il m’en faut peu pour céder à la tentation, remplir un sac et m’évader. Le plus difficile a été de choisir la destination vers laquelle j’avais envie de partir. J’ai hésité entre plusieurs, La piste fauve de l’Afrique, Les cavaliers de l’Afghanistan, Les nuits de Sibérie, La vallée des rubis de la jungle birmane, La steppe rouge de la Russie bolcheviste. Plusieurs encore… Pour finalement arrêter mon choix sur la découverte du pays des dragons, la Cité Interdite. Goûter un « vrai » canard laqué Made in China, ça me plairait bien!


Kessel a suivi les traces de son ami George, Chinois de Shanghaï, dans les recoins les plus obscurs du grand monstre sacré. Son ami fait parti de ces hommes rares, pleins de bonté, obsédés par la misère humaine. Ensemble, ils nous font découvrir, à travers leurs dialogues, la fureur d’une ville qui ne dort jamais. Parce que Hong-Kong, ce n’est pas que le charme de ses campagnes, avec ses petites rizières, ses paysans et ses attelages de boeufs. Ce n’est pas non plus que la beauté des femmes, cette grâce dont l’auteur fait éloge avec pas mal d’enthousiasme. Ni que la magie des sampans, ces barques flottantes qui, à la nuit tombée, emplissent le fleuve d’un immense navire nocturne, spectacle de feux multicolores. Ah ça, j’aimerais trop…


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La Chine, c’est aussi ces grands ports qui sentent le mazout et le charbon. Là où chaque jour des contrebandiers d’opium de la Compagnie des Indes orientales s’en mettent plein les poches, sous la complicité des autorités chinoises. L’un des plus grands marchés clandestins au monde. Beaucoup d’argent pour un petit nombre de gens et tant de misère pour la majorité… Mais ça, ce n’est pas qu’en Chine! Sans oublier le trafic clandestin de l’or. Kessel a aussi rencontré cette « vendeuse d’enfants », c’est son titre, elle met au monde de beaux enfants pour les revendre à des prix exorbitants et se faire une fortune. Le moyen qu’elle a trouvé pour survivre. Sinon, l’auteur parle très peu de l’invasion de la Chine par les Japonais. En revanche, comme Hong-Kong est situé au seuil de la Chine communiste, Mao Tsé-Toung et le nationaliste Tchang Kaï-Chek sont au cœur de bons nombres de ses débats. La Chine communiste! Ça me fait rire… « communiste », mais avec une économie et le capitalisme!


Quand on pense à Hong-Kong et Macao, on pense aux maisons de jeux, là où après une partie de Ma-Jong ou de fanfan, les hommes vont se choisir une femme pour passer la nuit, comme dans un buffet « all you can eat ». Le paradis de la débauche version orientale. M. Fu est à la tête de l’une des plus grandes maisons de jeux mondialement connue. Une chose est certaine, il ne vit pas dans la rue à manger des restants de table! Miss coca Cola non plus. Kowloon est un no man’s land qui a forcément marqué Kessel puisqu’il y consacre un chapitre entier. Un enfer de boue et de ruelles obscures, douteuses, d’une odeur corrompue. Avec ses fumeries d’opium, ses cases de prostituées.


En gros, l’auteur ne donne pas tellement envie d’y aller, mais il nous fait connaître ces deux villes avec l’authenticité du voyageur qui s’est mêlé à ses habitants. Celui qui sort des grands hôtels pour touristes et plonge au cœur de leur quotidien. C’est ainsi que j’aime voyager, loin de la foule, loin des sentiers déjà tracés. De toute façon, je préfère les grands espaces sauvages à la foule étourdissante des grandes villes où les gens sont entassés et vivent les uns sur les autres. 

 

Mon véritable coup de cœur? Le Tiger Balm! Un petit pot d’onguent qui représente un pactole impressionnant. Là-bas, ils en font tout un plat. 25% de camphre, 10% de menthol. Douleurs musculaires, migraines, piqûres d’insectes ou voies respiratoires obstruées? Optez pour Tiger Balm! Mdrrrr Je ne verrai plus jamais mon pot d’analgésique de la même manière!

 

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Dans le cadre du Challenge « Lire sous la contrainte » chez Philippe D.

 

C’est ici

 

Philippe D

25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 03:05

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« Comme son amour fut immense, immense fut sa souffrance »


Elle s’appelle Andre et incarne la luxure. Elle a 18 ans. Elle est belle, riche, fascinante. Elle est désirable, désinvolte, insaisissable… D’aucuns diront qu’elle est pute, elle « s’offre », simplement, sans pudeur et sans limites. Elle vient d’un autre monde, d’une autre « normalité », là où les barrières du désir ne confrontent aucun obstacle. Elle est libre et son univers est vaste. Elle n’appartient à personne et pourtant un peu à tout le monde. Elle couche un jour avec les pères, le lendemain avec leurs fils. Où est le mal quand on répand autant de bien-être? Doit-elle se dire… Son âme n’est pas moins pure, elle est juste un peu plus fragile, immature, blessée. Et son corps est une danse sensuelle qui envoûte le regard des hommes…    

 

« Toute sa splendeur réside dans son visage – la couleur de ses yeux, l’angle saillant de ses pommettes, sa bouche. Il ne semble pas nécessaire de regarder autre chose – son corps est simplement une façon d’être, de prendre appui, de s’en aller – c’est une conséquence »


Eux, ce sont Bobby, Luca, le Saint et le narrateur. Ils incarnent le catholique intégriste de l’Italie des années 70. On leur a appris que la beauté est une vertu morale qui n’a rien à voir avec le corps ou le galbe d’un sein. Le corps d’une femme est un objet de refoulement. Ils ont appris qu’on fait l’amour pour communiquer et partager une joie, non pas pour le plaisir, encore moins pour l’épanouissement des sens. Musiciens, ils animent les services à l’église et assistent les personnes âgées de l’hospice. Ce sont les meilleurs amis du monde. Ils savent qui est Andre. D’ailleurs, tout le monde sait qui elle est. Et comme le désir est plus fort que la morale, ils finiront par tomber amoureux. Non pas d’un amour qui a « connu », mais d’un amour qui a envie de connaître, de toucher, de sentir, de ressentir. Ils se laisseront dériver doucement vers la liberté. Elle leur apprendra l’amour et le plaisir. Jusqu’au jour où elle viendra se glisser entre eux, dans le lit. Et qu’elle s’offrira tel un don inattendu…


« Andre était étendue au sol, sur le dos, et quand elle se releva, elle le fit en laissant tomber la tunique blanche qu’elle portait, la mue d’un serpent, et apparut sous nos yeux, nue. Ainsi nous était donné, sans qu’on nous demande rien en échange, ce que nous avions toujours cru hors de portée… Je continuai à l’embrasser, cherchant sa bouche. On aurait dit un jeu, elle se pencha sur moi, prit mon sexe entre ses lèvres, sa bouche loin de la mienne, selon son désir. Je mis une main dans ses cheveux et resserrai mes doigts, pliant le bras et tirant sa tête vers moi ».


Cet Emmaüs de Baricco est divinement sensuel. Mais surtout, il nous ébranle. Il est le portrait d’une génération confrontée au choc de ses valeurs. L’auteur nous démontre que lorsqu’on dérive du modèle qui constitue non seulement celui d’une époque mais aussi, plus intimement, celui de notre cadre familial, nous devenons fragiles, certains plus que d’autres.  Le choc peut être suffisant à nous pousser au désespoir. Et du désespoir au suicide. En ce sens, Baricco nous amène à nous interroger sur ce qui est normal ou non. Ce qui l’est est sans doute un peu du monde dans lequel chacun de nous a évolué. Qu’on le veuille ou non, nous sommes en quelque sorte un fragment de la vie de nos parents. Et quand les gens autour de nous dévient de ce moule, nous pensons qu’ils sont anormaux. Ils sont jugés sur les apparences bien plus que sur les actes. Andre n’aura eu que le courage d’affronter le monde tel qu’il est, avec son regard sur la vie. Ce roman d’apprentissage est marqué par le passage de l’adolescence à la vie adulte. Et la détresse qu’il suscite chez beaucoup de jeunes est troublant.

 

Comme les disciples d’Emmaüs, nous vivons dans l’ignorance, aveuglés par certaines évidences que nous refusons de voir. Ainsi le monde nous échappe, nous regardons à la surface des choses, nous effleurons l’essence même de la vie… 

 

Venez lire le superbe billet From the avenue


baricco

 

24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 16:14

Par les pores des ports

 

J’ai joué à l’amour

en lançant quelques dés

numéros, petits tours

par le sort rejetés.

 

J’ai joué à l’amour

ce grand jeu de la vie;

on mise sur toujours

puis on change d’avis.

 

Flambé à ce bûcher

aux aguets d’une flamme

aimé, disant, encore

et médisant mon âme.

 

Mes pas mis dans leurs pas

d’un chemin bouche en cœur

j’ai mordu leurs appâts

innocent mais sans peur.

 

J’ai dormi mille nuits

dans des milliers de ports

où je trompais l’ennui

ressuant de mes pores.

 

Reçu mille baisers

en accueillant leur dard

la marque déposée

de ces amours fouettards.

 

J’ai pleuré pour des prunes

pour le cœur d’une blonde

sur le corps d’un brune

redessiné le monde.

 

Elles donnaient en gage

l’atout de leurs atours

je me mettais en cage

puis balayais la cour.

 

J’ai joué à main-mise

même parié gros

comme cul et chemise

pour toucher des grelots.

 

Même mimé ma mort

en embrasant ma vie

dans l’âtre du remord

consumé mes envies.

 

Un soir j’ai fait tapis

pour des yeux pers catins

pris mon pied puis tapi

pris gadin au matin.

 

Tant battu la chamade

que mon cœur courbatu

a fui au vent nomade :

mirages, convaincu.

 

Fui ces belles fatales

sans âme à l’intérieur

pris leur beauté vénale

pour un trou de laideur.

 

J’ai gagné, j’ai perdu?

qu’importe j’ai aimé

ces amours éperdus

que je ne sais nommer.

 

J’ai vécu en aimant

et j’aimerai encore

en mourant en amant

au chevet de vos corps.

 

JC Eloy 2005

21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 21:36

Cuba… Il y a la mer, ses eaux turquoises, ses dauphins, une vie sous-marine émouvante.  Des poissons multicolores qui émerveillent à travers les lunettes de plongée. Il y a le sable fin, chaud, les palmiers. Il y a des couchers de soleil à faire pleurer d’émotions…  


Il y a aussi la ville, la Habana. Seigneurs que c’est beau! Chaque fois, je retombe en amour, d’un amour renouvelé, encore plus fort. Là-bas, les gens sont riches, d’une richesse qui ne s’achète pas, parce qu’elle vient du dedans. Ils sont généreux, ils sont beaux, accueillants. Chaque rencontre est un privilège. Ça sent le cigare et l’empreinte d’une révolution. De vieilles voitures des années 50 circulent partout et rappellent une époque révolue. Quel décalage… pour les Cubains, c’est la marque d’un présent, du modernisme. C’est la pauvreté dans toute son abondance. C’est pas Guantanamo, et c’est déjà beaucoup…!


La Havane, c’est aussi le poulet et le riz à la créole, Miam! Le cochinito, les langoustes et les fruits exotiques directement croqués à même l’arbre. Dans ce paradis tropical, on se gave de mangues et de papayes. Une petite soif? Le Guarapo, jus de canne à sucre, mes papilles s’en souviennent encore…


Cuba, c’est encore plein de choses que j’oublie d’écrire mais que mon cœur n’oublie pourtant pas…     

 

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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 21:32

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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 23:41

fantôme

 

« J’avais rêvé de Fred pour la troisième nuit consécutive. Je m’étais endormie en m’imaginant le bout de son index qui se posait méticuleusement sur chacune de mes vertèbres en attendant que la nuit nous engouffre. Ce rituel s’inscrivait parmi les rares choses capables de venir à bout de mon insomnie. Je me suis étirée les jambes à la recherche de ses chevilles, mais la seule chose contre laquelle je me suis heurtée produisait incontestablement de la testostérone. J’ai entrouvert mon œil droit pour constater l’ampleur des dégâts. BLACK-OUT. »

 

Ce premier roman de l’auteure québécoise Miléna Babin avait déjà tout pour me plaire, rien que parce que l’histoire se déroule à Québec, le lieu de mon enfance. Et beaucoup de mon adolescence... Il m’arrive souvent de faire le trajet, en partant de Montréal, pour la bouffée d’oxygène que cela me procure. Ce 300 km n’a pas de prix. Quand on met les pieds dans la vieille Capitale, où il fait si bon vivre, on ne veut jamais plus partir. Là-bas, j’ai une tonne de souvenirs qui me sont rappelés par l’auteure, d’un bout à l’autre du roman. Rue St-Jean, Cartier, le Cochon Dingue, la Brûlerie St-Rock…

 

Depuis qu’ils sont ados, Maève, Fred et Loïc partagent un appart dans le Vieux Québec. Ils vivent de soirées BBQ, de feux de camp, de nuits à la belle étoile, de quelques joints et de caisses de Chambly, de réveils parsemés de cendres. Ils vivent aussi dans une relation triangulaire ambiguë. Loïc et Maève ont été amoureux, d’ailleurs, Loïc l’est encore beaucoup. Fred, marginale et bohème, fuit aux quatre coins du monde. Ses brefs passages à Québec suffisent à briser l’équilibre du trio déjà fragile. Elle le vit néanmoins avec le détachement propre aux gens incapables de s’enraciner. Trop de confusion, Maève étouffe et se prend un trois et demie. Loïc, à qui elle donne la clé, fait intrusion à toutes heures de la nuit. Quand ça lui chante, quand il a envie d’elle. Il entre et sort de sa vie à l’improviste, intrusif, manipulateur. Le gars qui ne sait jamais de quoi est fait demain. Une amitié qui dérive chaque fois en amour dévastateur. Il est à l’image du héros en droit de fuir, comme celui de Vigneault (le fils) dans Chercher le vent. Bouquin qu’il lui offre, anonymement. Il sait s’y prendre pour la faire craquer, il la connaît du bout des doigts…  

 

Ce roman, c’est l’histoire d’une amitié qui cherche à traverser le temps et les épreuves d’une période de vie, l’adolescence, marquée par la fragilité, les remises en question. C’est une centaine de pages compilées dans un grand album souvenir, Les fleurs de Macadam, remplies de billets de spectacles, de poèmes, de photos et de promesses. C’est l’histoire de trois inséparables, turbulents et fragiles. Inséparables, jusqu’au jour où…

 

…jusqu’au jour où Maève rencontre Max et qu’il lui faille redéfinir la nature du triangle. Vivre loin de ses repères est insécurisant. Mais Max, c’est Max, hum… un gars simple, artiste, zen, quelques tattoos, quelques cicatrices… Il vit au jour le jour et gratte sa Godin Seagull dans un band rock. Il voyage dans une van noire, comme celles propices au road trip. Presqu’aussi idyllique qu’un Westfalia rose! Il a une fille, Kancelle, oui, comme dans Sinbad le marin. Et elle tombe amoureuse. 

 

Quand on accepte une nouvelle vie, on perd nos repères en même temps qu’on tente de faire les deuils inhérents au passé. Peu à peu, les fantômes disparaissent et on se reconstruit. Mais il suffit de fuir un peu trop loin de nous-même pour que les fantômes reviennent, immuables. Ils se « cachent » pas trop loin dans nos souvenirs les plus réconfortants. Ceux qui fument en cachette finissent toujours par se faire prendre. C’est sur cette image de va-et-vient, du présent au passé, que Miléna Babin nous porte à réfléchir. Un roman d’apprentissage sur le sens de la vie. Sur une tonne d’autres choses comme la nostalgie du temps passé, l’insouciance et la soif de liberté. Le dilemme amoureux, les frontières entre l’amitié et l’amour, les amours qui blessent, ceux qui redressent. L’engagement, la trahison, les erreurs…

 

Une lecture tellement agréable, qui fait du bien. Qui n’est pas prétentieuse et qui coule de source. Une lecture qui me rappelle un temps. Et un certain guitariste, un peu beaucoup comme Max… Surtout, c'est le roman d'une jeune auteure bourrée de talents... (zut, j'ai oublié de lui demander si c'était elle sur la page couverture. Si tu passes par ici Miléna...) 

 

« Le reflet que le vin laissait sur ses lèvres m’invitait depuis un moment. À la lueur des réverbères, j’ai retiré mon chandail, que j’ai laissé tomber à mes pieds. Ses doigts ont effleuré mes seins de longues minutes avant qu’il ne me prenne. Sur le tapis du salon, une valse maladroite et libératrice. Sur mon ventre, des gouttelettes de vin blanc renversées par mégarde, sa langue. Au milieu de notre guerre silencieuse, nous avons joui. Moi la première. » 

 

Les mots du Bison, un régal! Fleurs de Macadam et Unibroue  

 

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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 00:59

kafka

 

Trop bon d’accompagner cette lecture en écoutant cette pièce musicale… 

Trio Rubinstein-Heifetz-Feuermann pour piano, violon et violoncelle de Beethoven (1941)

 

Pfffffffff  Quel coup de foudre!!!

 

La quête de Kafka m’a serré les tripes et fait en même temps un peu mal. Car ce roman est tellement humain, tellement criant de vérité. Tellement sensible que j’avais l’impression que les mots se détachaient des pages pour prendre vie en moi. J’ai su dès le début à quel point je serais prise d’affection pour l’ado en mal de vivre.  

 

À 15 ans, n’ayant plus personne sur qui compter, Kafka fuit Tokyo et le cocon familial. Il partira à la recherche de lui-même. Il fuira le sol insécurisant qu’il a déjà foulé, taché par l’abandon. Il fuira aussi ses peurs et celles du monde inconnu dans lequel il pose difficilement les pieds. Comme beaucoup de jeunes, il croira qu’une fois libre, il sera délivré des chaînes qui emprisonnent sa soif de voler de ses propres ailes. Mais être libre a un prix. Qu’est-ce que cela signifie? L’amour lui fera découvrir qu’une fois que nous nous engageons affectivement, nous ne le sommes plus tout à fait. Et qu’après avoir traversé ce genre de tempête introspective, à cent lieux de nos repères, on n’est jamais plus le même. Ce que l’on cherche à fuir nous rattrape par notre destin. Par les coïncidences? Le hasard?

 

Kafka, comme beaucoup de jeunes, mène une existence centrée sur lui-même. Il s’efforce de devenir quelqu’un de bien, de contrôler ses peurs, tourmenté par ses pulsions sexuelles d’ado. Il apprend la vie, affronte la réalité et les fantômes du passé. Il prend conscience que le monde est un endroit violent, que la souffrance existe. Que les lâches détournent le regard de la réalité. Que la guerre se nourrit d’elle-même. Que la vie est faite d’adieux. Que l’humain est égoïste et jaloux, étroit d’esprit et intolérant, pourvu de sentiments négatifs. Qu’il faut cesser de se laisser dominer par les événements extérieurs. Et au fait, quel est le sens de la vie? À quoi servons-nous?

 

Ce roman est une leçon de vie. Kafka est maître dans l’art de poser un regard lucide sur le monde qui nous entoure. Sur les humains qui le composent. Il pointe du doigt cette société en changement, menée par le capitalisme, la révolution informatique, les multinationales… Il oppose le bien et le mal, l’espoir et le désespoir, le rire et la tristesse, le rêve et la réalité, la force et la fragilité, la confiance et la solitude. Au fait, c’est quoi le mal? Qui est en mesure de le dire? Qu’est-ce qu’on fait quand les intérêts des gens se contrarient? Il n’y a pas de réponses. Les réponses, on les cherche au fond de nous même…

 

Murakami nous pousse à réfléchir sur tant de choses. Sur le pouvoir de l’imagination et notre part de responsabilité dans le rêve. Sur le rapport au temps que l’on ne rattrape jamais. Sur la reconstruction de l’âme blessée, les changements qu’elle suscite en nous. Sur la force des souvenirs, qui nous attendrissent ou nous font pleurer. Sur cette part de nous, un peu diffuse, que nous tentons de nous réapproprier. Au fait, la mémoire est-elle indépendante de notre volonté? Et l’intelligence, qu’est-ce que ça signifie?

 

Ses personnages vont s’entrecouper, s’imbriquer les uns dans les autres, prenant parfois la voix de sa conscience, parfois celle de son imagination. C’est là que s’exprime, je trouve, la magie de l’auteur. Comment arrive-t-il à rendre si uniformément des personnages aussi complexes que différents?  Avec des images aussi denses? Comme ce Nakata qui sait faire tomber des poissons du ciel et parler aux chats? Au fait, c’est quoi cette histoire d’amnésie collective lors d’un voyage scolaire, en pleine montagne? Un champignon ingurgité? Un gaz? Une hypnose? Ce sont des images propres au génie de l’auteur, qu’il nous amène à rechercher, comprendre et analyser.

 

Lire Murakami, c’est prendre le temps de découvrir un monde intérieur extrêmement complexe. C’est beau, c’est subtil, c’est sensuel, c’est fragile… Je suis conquise…

 

« Parfois, le destin ressemble à une tempête de sable, qui se déplace sans cesse. Tu modifies ton allure pour lui échapper. Mais la tempête modifie aussi la sienne. Tu changes à nouveau le rythme de ta marche, et la tempête change son rythme elle aussi. C’est sans fin, cela se répète un nombre incalculable de fois, comme une danse macabre, juste avant l’aube. Pourquoi? Parce que cette tempête n’est pas un phénomène venu d’ailleurs, sans aucun lien avec toi. Elle est toi-même, et rien d’autre. Elle vient de l’intérieur de toi. Alors, la seule chose que tu puisses faire, c’est pénétrer délibérément dedans, fermer les yeux et entrer, et la traverser pas à pas. Au cœur de cette tempête, il n’y a pas de soleil, il n’y a pas de lune, pas de repères dans l’espace ; par moments, même le temps n’existe plus. Il n’y a que du sable blanc et fin comme des os broyés qui tourbillonne haut dans le ciel. Voilà la tempête de sable que tu dois imaginer » 


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Pour lire la critique chez Dasola

Et plusieurs critiques de l’auteur du côté de chez Jean-Charles 

En passant par le Ranch du Bison ICI et


Kafka sur le rivage (poème tiré du livre)

 

Tu es assis au bord du monde,

et moi dans un cratère éteint.

Debout dans l’ombre de la porte,

il y a des mots qui ont perdu leurs lettres.

 

La lune éclaire un lézard endormi,

de petits poissons tombent du ciel.

Derrière la fenêtre il y a des soldats

résolus à mourir.

 

Kafka est au bord de la mer

Assis sur un transat.

Il pense au pendule qui met le monde en mouvement.

Quand le cercle du cœur se referme,

l’ombre du Sphinx immobile se transforme en couteau

qui transperce les rêves.

 

Les doigts de la jeune noyée

cherchent la pierre de l’entrée.

Elle soulève le bord de sa robe d’azur 

et regarde Kafka sur le rivage. 

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