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14 juin 2014 6 14 /06 /juin /2014 01:33

texas

 

Dire que je viens seulement de découvrir François Barcello, auteur québécois, alors qu’il a écrit une trentaine de livres, en plus de nouvelles et de romans jeunesse. Ce livre-ci est une histoire délicieusement banale, et c’est exactement pour cela que je l’ai adoré! Banale ne voulant pas dire « vide », ni ennuyante, bien au contraire… Car j’ai voyagé au Texas avec Benjamin, un homme hors du commun. Il m’a entraînée dans une aventure complètement insolite, déroutante, insensée même, de quoi ravir ma fibre aventurière! Dans ce roman, on nous apprend à vivre et on nous amène à revoir le sens que l’on donne à sa vie. C’est déjà beaucoup, je trouve… 

 

Benjamin Tardif est écrivain québécois et traducteur dans une grosse boîte à Montréal. Un matin, il décide de tout plaquer et de partir vers nulle part, Nulle part au Texas, à bord de son vieux Westfalia rose (pas du tout kitsch, certainement pas!). Il n’avait comme seul bagage que sa brosse à dents, une bouteille de shampoing, une vieille carte routière désuète et quelques livres. J’ai toujours rêvé de m’en aller ainsi vers un « nowhere », avec le strict minimum, mes lunettes de soleil, les pieds sur le tableau de bord… Mais là, je m’égare… 

 

Benjamin roulait sur un chemin sans nom quelque part dans le désert du Texas. Un vieux panneau défraîchi indiquait de faire le plein afin d’éviter la panne sèche. Aucun poste d’essence avant 100 km, aucun endroit pour s’arrêter et boire. Il était encore temps de se rafraîchir dans les eaux du golfe du Mexique avant les grandes sécheresses. Arrêtant les moteurs, il s’est mis à poil et y a plongé tête première. Avec les 48 degrés qui lui plombaient dessus, sans climatisation, ce n’était pas une mauvaise idée. Sauf que, c’est à ce moment-là que tout a basculé…

 

En remontant la petite falaise qui surplombait le golfe, le Westfalia avait disparu. Et Benjamin était nu comme un ver, sur le bord d’une route qui ne portait aucun nom, pas âme qui vive à l'horizon, aucun téléphone (ce serait contraire à ce type de voyage), quelques sous en poche… C’est à ce moment de l’histoire qu’une belle Africaine, Soutinelle, sortie autant de nulle part que le nulle part de sa destination, est apparue. On apprendra qu’elle est propriétaire d’un bout de ce désert, amatrice du Natural Enquirer et intoxiquée au chili con carne en canne. Et puis, elle boit du Bourbon sans ménagement. Elle aura l’amabilité de lui prêter une vieille culotte trop grande, rose (décidément!) et un chemisier à franges. Benjamin se languira un peu de ses courbes… Mais fais gaffe! Peux-tu vraiment lui faire confiance quand elle propose de t’aider? Jusqu’où te manipule-t-elle? Un certain Justin Case, le shérif sanguinaire du coin, la connaît bien, lui, Soutinelle… Il y a aussi cet Oracle Simon, un télévangéliste impliqué dans des scandales financiers et sexuels, qui s’est fait prendre dans les bras d’un agent du FBI. Et qui débarquera dans le désert en limousine… Des amitiés se noueront-elles au fil de ce voyage?

 

En tout cas, pour un gars qui voulait partir seul, en road trip à l’ouest des États-Unis afin de faire le grand vide… Je me réjouis de lire la suite, « Ailleurs en Arizona », toujours avec Benjamin Tardif et ses folles aventures!  

 

Qui monte dans mon Westfalia rose? 

Critiques de Dasola sur d’autres romans de Barcelo, ICI et 

 

westfalia

11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 13:45

Gilbert Langevin fut un poète québécois nationaliste et engagé (1938-1995). Il a vécu aux abords des grands Fjords du Saguenay Lac-St-Jean, entouré de paysages à faire rêver, et passé la majeure partie de sa vie à Montréal. Il a écrit pour le groupe rock Offenback, Pauline Julien et d'autres encore.


Poème tiré de « La voix que j’ai », Copyright VLB Éditeur, 1997.

 

offenback1

 

Le temps des vivants

Que finisse le temps des victimes
passe passe le temps des abîmes
il faut surtout pour faire un mort
du sang des nerfs et quelques os

que finisse le temps des taudis
passe passe le temps des maudits
il faut du temps pour faire l'amour
et de l'argent pour les amants

vienne vienne le temps des vivants
le vrai visage de notre histoire
vienne vienne le temps des victoires
et le soleil dans nos mémoires

ce vent qui passe dans nos espaces
c'est le grand vent d'un long désir
qui ne veut vraiment pas mourir
avant d'avoir vu l'avenir

que finisse le temps des perdants
passe passe le temps inquiétant
un feu de vie chante en nos coeurs
qui brûlera tous nos malheurs

que finisse le temps des mystères
passe passe le temps des misères
les éclairs blancs de nos amours
éclateront au flanc du jour

vienne vienne le temps des passions
la liberté qu'on imagine
vienne vienne le temps du délire
et des artères qui chavirent

un sang nouveau se lève en nous
qui réunit les vieux murmures
il faut pour faire un rêve aussi
un coeur au corps et un pays

que finisse le temps des prisons
passe passe le temps des barreaux
que finisse le temps des esclaves
passe passe le temps des bourreaux

je préfère l'indépendance
à la prudence de leur troupeau
c'est fini le temps des malchances
notre espoir est un oiseau

 

Gilbert Langevin 

 

 

Chez Asphodèle, c'est ici


Asphodèle1

5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 15:48

hustonok.gif

 

« La nature, je m’en fous éperdument, je n’ai jamais collectionné de feuilles, même pas étant enfant, même pas de cailloux – qu’on se trouve au printemps ou en automne ou en hiver m’est parfaitement égal, le miracle de la vie ne me touche pas, la vie qui bourgeonne, évolue, explose et change, les boutons de fleur qui enflent et éclosent, ces choses me laissent froide, alors que je ne suis pas une femme frigide, non, loin de là! »

 

Tout un début de roman! Qui annonce d’ailleurs le ton des 400 pages qui vont suivre… La plume de l’auteure est subtile et intelligente, elle manie habilement l’âme humaine, dans ses recoins les plus obscurs. Ces moments passés auprès d’elle sont toujours bouleversants et chargés émotivement. Je n’en suis pas à son premier livre, et je remarque que certains thèmes y sont récurrents : la maternité, la présence de la musique, la recherche du bonheur.  

 

Écrit sous la forme du roman dans le roman, il s’agit de l’histoire de Nadia, 49 ans, fraîchement divorcée de Per. Nadia, un prénom si simple, mais à la fois chargé de sens, car la narratrice ne manque pas de rappeler qu’il tire son origine du « néant ». Dire qu’on m’a fait croire toute ma vie que mon propre prénom, qui tire aussi son origine de « Nada », venait du russe « espoir » ou de l’arabe « fraîcheur de la rosée ». J’en pleure!!! Quel désillusionnement! Significativement moins glamour… Bref… Nadia est l’« instrument désaccordé » (Scordatura) d’une famille dysfonctionnelle. Sa mère était musicienne avant de sombrer dans la folie et le délire. Avec son père, un homme violent, elle a sa vie durant entretenu une relation malsaine, jusqu’au jour où s’effondre l’illusion du père idéal. Elle a un jumeau, Nathan. Et quelques souvenirs, « des images au formol », qui ne changent pas, et qui se trouvent dans les parties anesthésiées de son âme.     

 

« Mais pourquoi me semble-t-il toujours que les choses se fanent, se flétrissent et se meurent, s’éloignent de nous, s’étiolent, s’écroulent – pourquoi cette perte perpétuelle et sans merci, incontestable malgré toutes les preuves du contraire ».

 

Écrivaine, Nadia fera le point sur sa vie à travers son personnage de Barbe, en qui elle se reconnaît. Cette dernière aura aussi un frère jumeau, Barnabé. Si les actes de leur histoire sont vécus différemment, les séquelles en sont les mêmes, des traumatismes ineffables. Barbe est orpheline, Nadia l’est aussi, en un sens. Qu’elles aient été violées ou incomprises, cet enfant naissant en chacune d’elles ne sera pas désiré. L’avortement sera la conséquence d’un acte désespéré plus que d’un manque d’amour. Les répercussions : deux femmes, issues de deux époques, mais toutes deux futées et vives, méfiantes, vivantes, fragiles, farouches, colériques… Et dont le destin sera tracé sur des chemins sinueux.

 

« Fermant les yeux, Barnabé prend son souffle et laisse couler de sa gorge des sons de miel pur : notes liquides, chaudes et dorées, jamais les tympans de Barbe n’ont été ainsi caressés. Un frisson la parcourt tandis que, percluse d’amour, elle dévisage son frère » 

 

Voilà, j’en ressors un peu ébranlée. L’abandon est au cœur de ce roman, aussi fragile qu’une goutte d’eau dans le souffle du vent. Chaque personne contient son univers de peur, de colère et de douleur. Les deuils sont inévitables, aussi incontournables que les hauts et les bas de la vie. C’est ce que Nancy Huston nous rappelle avec force.

5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 15:34

« Les uns et les autres », ce grand film de Lelouch qui met à l’honneur le Boléro de Ravel, m’est presque mythique. J’ai bien dû regarder cette scène une tonne de fois, surtout à l’époque où la danse occupait la majeure partie de mon temps, en danse classique et flamenco. Jorge Donn, danseur argentin, incarne Noureev avec brio, dans une chorégraphie de Maurice Béjart. C'est sublime! Le Boléro, une danse nommée désir…

 

bolero1

 

 

Vidéo de la scène finale du film


 

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Published by Nad - dans Musique
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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 01:31

chat2

 

 

À l’occasion de ton anniversaire, Phil, je t’offre à mon tour ce Shine on You Crazy Diamond des grands Floyd que nous aimons tant, et qu’un Bison t’a offert ce soir à travers ses mots touchants. 11 minutes 53 secondes d’émotions à partager. Bon anniv’…!  

 

Elle est ici... :  Shine on You Crazy Diamond

 

Fffffffffffffffffffff (je viens de souffler les bougies!) S’cuse…  

 

 

bougies11

 

 

*****************************************************************

 

14 avril 2014 (ancien post):

 

11 minutes 53 secondes d’émotions extrêmes. Un autre temps, d’autres lieux, d’autres trips … Un sous-sol enfumé, des sofas dépareillés, rue Bourgeau … surtout fermer les yeux pour écouter celle-ci … Karen, Nath, Ralph, Line, Guy, Karine, Éric, Stef, Phil … Du grand Pink Floyd … On se dit tout et trop peu, nos rêves, quelques promesses, on croit que la vie est là, entre nos mains, et elle l’est … Chut, la musique commence. Ce moment est sacré, la musique aussi. Shine on you crazy diamond nous emporte, loin, toujours plus loin …

 

 

Pink Floyd

 

Part 1


Remember when you were young, you shone like the sun. 
Shine on you crazy diamond. 
Now there's a look in your eyes, like black holes in the sky. 
Shine on you crazy diamond. 
You were caught on the cross fire of childhood and stardom, 
blown on the steel breeze. 
Come on you target for faraway laughter, come on you stranger, 
you legend, you martyr, and shine! 

You reached for the secret too soon, you cried for the moon. 
Shine on you crazy diamond. 
Treatened by shadows at night, and exposed in the light. 
Shine on you crazy diamond. 
Well you wore out your welcome with random precision, 
rode on the steel breeze. 
Come on you raver, you seer of visions, come on you painter, 
you piper, you prisoner, and shine!


Part 2


Remember when you were young, 
You shone like the sun.
Shine on you crazy diamond.
Now there's a look in your eyes, 
Like black holes in the sky.
Shine on you crazy diamond.
You were caught on the crossfire
Of childhood and stardom, 
Blown on the steel breeze.
Come on you target for faraway laughter, 
Come on you stranger, you legend, you martyr, and shine!
You reached for the secret too soon, 
You cried for the moon.
Shine on you crazy diamond.
Threatened by shadows at night, 
And exposed in the light.
Shine on you crazy diamond.
Well you wore out your welcome
With random percision, 
Rode on the steel breeze.
Come on you raver, you seer of visions, 
Come on you painter, you piper, you prisoner, and shine!

 

 

Shine-On-You-Crazy-Diamond

Published by Nad - dans Musique
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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 20:36

Auprès de moi

 

Tu m’avais pourtant prévenue, Soph, que j’allais être émue à la fin de cette histoire. Si j’étais en médecine, comme toi (et même en ne l’étant pas, d’ailleurs), je trouverais ce roman d’Ishiguro « dérangeant ». Il s’inscrit dans une perspective historique du début des années cinquante, au moment des grandes percées de la science médicale qui ouvraient la voie à toutes les possibilités. Trop de possibilités ? Jusqu’où faut-il aller et au nom de quoi ? De quelle conscience ? Tout cela doit quand même t’effrayer un peu, Soph, sinon beaucoup. En tout cas, retiens bien que si un jour je passe sous ton bistouri, je souhaite me réveiller « entière »…

 

Dans les années quatre-vingt-dix, les élèves « spéciaux » d’un collège de Hailsham sont soumis à des expérimentations médicales. Lesquelles? Je ne peux pas vous en parler, car si vous n’avez pas lu le roman, ce serait un gâchis de vous les dévoiler. J’ai mis moi-même une bonne centaine de pages à mieux comprendre où l’histoire s’en allait, à vraiment saisir le destin inévitable de ces enfants. Mais je ne me suis pas lassée, au contraire, l’histoire coule et nous le découvrons au fur et à mesure. Sensiblement au même rythme que ces jeunes l’apprennent, plusieurs années plus tard, trop tard… alors que ces conditions dans lesquelles ils ont été élevés leur ont été cachées. 

 

Ils s’interrogent sur le sens de la vie, se posent des questions sur eux-mêmes. Leur avenir est déterminé et ils ne pourront jamais avoir d’enfants. Le monde du dehors leur est inconnu et ils sont effrayés à l’idée de franchir les portes de Hailsham. Plus que quiconque, ils doivent se garder en bonne santé et éviter les maladies, car ils ont été « choisis ». Ils vivent dans l’inquiétude et la souffrance d’un monde dur et cruel, dans la solitude et la peur. Ils sont sensibles, intelligents… Ils ont une sexualité précoce et ils s’aiment, librement, volontairement. Au-delà de tout, ils sont fidèles à l’engagement de leur amitié. Ce roman met l’accent sur l’importance de la mémoire et des souvenirs. Les plus précieux, ceux qui ne s’effaceront jamais. Il parle du don de soi, inconditionnel, de la perte de l’innocence et de la fragilité humaine. Il est presque impossible que ce roman ne vous touche pas, au moins un tout petit peu…

 

« Et j’ai vu une petite fille, les yeux hermétiquement fermés, tenant contre sa poitrine le vieux monde généreux qui – elle le savait au fond de son cœur – ne pourrait pas demeurer, et elle le tenait et suppliait : Never let me go. »

27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 23:22

Quel magnifique poème de Gilles Vigneault. Il est à mes yeux plus qu’une chanson, il parle de mon coin de pays, avec ses promenades et ses lacs tout bleus, comme un œil ouvert, sur la nuit profonde… Offrir un lac, que peut-il y avoir de plus beau, après tout… ?

 

À l’écoute de cette chanson, je pleure chaque fois, d’émotions…

 

Pour l'écouter, c'est ici

 

gilles1

  J’ai pour toi un lac


J’ai pour toi un lac quelque part au monde
Un beau lac tout bleu
Comme un œil ouvert sur la nuit profonde
Un cristal frileux
Qui tremble à ton nom comme tremble feuille
À brise d’automne et chanson d’hiver
S’y mire le temps, s’y meurent et s’y cueillent
Mes jours à l’endroit, mes nuits à l’envers.

J’ai pour toi, très loin
Une promenade sur un sable doux
Des milliers de pas sans bruits, sans parade
Vers on ne sait où
Et les doigts du vent des saisons entières
Y ont dessiné comme sur nos fronts
Les vagues du jour fendues des croisières
Des beaux naufragés que nous y ferons.

J’ai pour toi défait
Mais refait sans cesse les mille châteaux
D’un nuage ami qui pour ma princesse
Se ferait bateau
Se ferait pommier, se ferait couronne
Se ferait panier plein de fruits vermeils
Et moi je serai celui qui te donne
La terre et la lune avec le soleil.

J’ai pour toi l´amour quelque part au monde
Ne le laisse pas se perdre à la ronde.

 

 

Chez Asphodèle

 

Asphodèle1

 

Valentyne, Marie et Anne, Nelinha, Natiora, Jacou, Lili, Modrone-Eeguab, Les Conteuses, DimDamDom59, LylouAnne. Dame Mauve, Asphodèle

 

Coburn 1583

 

Parc de la Vérendrye, Québec

21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 23:27

sepulveda

 

«L’autre s’éloigna pour ne pas le gêner, mais l’attention que le vieux portait au livre était telle qu’il ne supporta pas de rester à l’écart. 

-De quoi ça parle ?

-De l’amour.

À cette réponse du vieux, il se rapprocha, très intéressé.

-Sans blague ? Avec des bonnes femmes riches, chaudes et tout ?

Le vieux ferma le livre d’un coup sec qui fit trembler la flamme de la lampe.

-Non. Ça parle de l’autre amour. Celui qui fait souffrir.

L’homme se sentit déçu. Il courba les épaules et s’éloigna de nouveau. »  

 

Je savais qu’en relisant ce si beau roman, je serais à nouveau touchée d’émotions par cette jungle de l’Amazonie, peinte à travers le regard d’un homme qui a le courage de ses convictions. C’est en réalité plus qu’un roman, un grand cri humain auquel je me suis senti la volonté de me rallier, pour le meilleur et pour le pire. Quand on aime la nature autant qu’elle habite l’âme et les tripes de l’auteur, on ne peut que pleurer en le refermant sur ses dernières pages. Ce face-à-face avec la nature est douloureux, criant de vérité sur la bêtise de l’homme, la soumettant aux cruautés de son ignorance. Ce roman est d’autant plus douloureux qu’il le dédie à Chico Mendes, ami et défenseur de la forêt amazonienne, assassiné quelques années plus tôt pour ses idéaux.   

 

Antonio José Bolivar habite El Idilio, un bord de fleuve amazonien, en apparence idyllique, où il jouit d’une certaine liberté. Papayers, ouistitis, toucans et nature sauvage sont autant de beautés qu’il côtoie chaque jour. Les Jivanos, indigènes issus du peuple des Shuars, lui ont tout appris de la chasse et de leurs mœurs. Dans la solitude de sa cabane en bambou, il fume des cigares, s’abreuve de Frontera et lit des romans d’amour. Mais pas n’importe lesquels… Il lui en faut qui font bien souffrir, même terriblement, avec des amours désespérées et des fins heureuses. Des romans d’amour où il s’émeut tant qu’il pleure à chaudes larmes. Une manière d’échapper à ce monde de brutes, « d’oublier la barbarie des hommes »… Un contraste que je rends grâce à l’auteur d’avoir eu le génie de trouver.

 

Quand est retrouvé dans une pirogue le cadavre d’un homme, Antonio José Bolivar est le seul à comprendre qu’il s’agit d’un acte de justice. S’ensuivront 3 autres assassinats. Une femelle ocelot a perdu ses petits, sauvagement tués par la main de l’homme. Folle de douleur et de rage, elle sort ses griffes, acérées, rôde et tue. Sur les berges du fleuve, on entend ses sanglots, désespérés, presque humains… Merde, il n’y a pas que les hommes à ressentir des émotions! Et c’est à ce passage du livre que j’ai pleuré la première fois… J’ai pris part à cette vengeance de l’animal comme une mère protectrice le ferait si on s’attaquait à ses petits…

 

Accompagné d’un groupe de cinq aventuriers Shuars, Antonio sera mandaté par le maire de la ville, alias la Limace, de retrouver la bête et de la tuer. Ce gros colon est plus occupé à gérer son stock de bière qu'à faire régner l’ordre. On le déteste d'autant qu’il est à l’image de ces imbéciles qui brutalisent les forêts et se les approprient. Si Antonio se sent contraint de prendre part à ce massacre, c’est uniquement pour se venger de cette jungle qui lui a pris son amour et ses rêves, Dolores Encarnacion del Santisimo Sacramento Estupinan Otavalo (…!), sa fiancée. Il est habité par la honte, marchant à contresens des valeurs qui lui sont viscérales. Il sait que la paix est constamment menacée dans cet environnement. Il sait aussi que les hommes, de tout temps, et en tous lieux, ont soif de pouvoir et manquent de jugement. Qu’ils détruisent ce qu’ils n’arrivent plus à contrôler. Qu’ils se sentent bien plus grands et bien plus forts que tout ce qui les entoure, probablement parce qu’au fond d’eux-mêmes ce sont eux les plus vulnérables. Quand une femelle ocelot se venge, qui est alors la proie de qui ? Qu’importe le dénouement du combat entre l’homme et l’espèce, Antonio ne se sentira jamais vainqueur. Si seulement les hommes avaient en eux un peu de sa foi. Quant à moi, je sors de ce roman avec un sentiment de fragilité, de peine, car comme lui, j’ai honte et je sais que la partie n’est pas gagnée. L’humain est capable de tout…

 

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 01:20

Direction l’Arctique norvégien, toujours avec Sophie, voyageuse intrépide.


Svalbard (Hornsundet et Alicehamna – pour les photos) est un archipel de la Norvège, bordé à l’ouest par le Groenland. Des ours blancs, des morses, des montagnes enneigées, des glaciers et une nature plus que sauvage. J’aurais bien aimé être de l’expédition avec toi, So… Merci de me prêter ces magnifiques photos...

 

D’autres photos de l’Arctique chez Sophie : Ici

 

Son site photo :


 

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 23:26

Nérée Beauchemin est un poète québécois (1850–1931) né à Yamachiche, au Québec. Il poursuit à la fois des études classiques, en plus d’études médicales. Commence alors sa carrière en écriture. "Les Floraisons matutinales" est son premier recueil. Ces vers écrits en alexandrin me plaisent énormément. Je suis infiniment sensible à la musicalité qui s’en dégage. Quant au thème… Ah ! La mer…

 

Allez lire « Les clochettes » de Beauchemin chez Valentyne, c’est exquis et ça sent l’hiver!

 

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La mer


Loin des grands rochers noirs que baise la marée,
La mer calme, la mer au murmure endormeur,
Au large, tout là-bas, lente s’est retirée,
Et son sanglot d’amour dans l’air du soir se meurt.


La mer fauve, la mer vierge, la mer sauvage,
Au profond de son lit de nacre inviolé
Redescend, pour dormir, loin, bien loin du rivage,
Sous le seul regard pur du doux ciel étoilé.


La mer aime le ciel : c’est pour mieux lui redire,
À l’écart, en secret, son immense tourment,
Que la fauve amoureuse, au large se retire,
Dans son lit de corail, d’ambre et de diamant.


Et la brise n’apporte à la terre jalouse,
Qu’un souffle chuchoteur, vague, délicieux :
L’âme des océans frémit comme une épouse
Sous le chaste baiser des impassibles cieux.


Nérée Beauchemin

(Tiré de : "Les floraisons matutinales", Victor Ayotte, 1897)

 

 

Chez Asphodèle, c’est ICI


 

Asphodèle1

 

Asphodèle, Valentyne, Nelinha, Lili, Marie et Anne, Soène, Dan Gazénia, Jacou, Jean-Charles, Modrone-Eeguab, Natiora, Les Points Contés, LylouAnne, Fransoaz.

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