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30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 20:11

 

« Je vous écris dans le noir. De l’obscurité dans laquelle mon crime m’avait jetée, bien sûr, mais aussi de celle qui terrorise les enfants, remplie de monstres et de fantômes. Je me demande si l’on écrit autrement que dans le noir, dans cette opacité qui ne révèle ce qu’elle cache qu’au fur et à mesure de l’écriture, comme l’œil finit par s’habituer à l’obscurité et à redessiner les contours des obstacles qui pourraient nous faire trébucher. »

 

J’ai refermé ce livre bouleversée, émue, me demandant s’il est possible de mourir autant de fois que cette femme, s’il est envisageable de tenir debout, après tant de deuils et de cruauté, s’il est seulement possible d’avoir survécu autant d’années à autant d’horreurs et de mépris de la part des hommes. Jean-Luc Seigle nous écrit dans le noir, ce terrain vague aux limites des obscurités les plus denses, les plus opaques, presqu’impénétrable mais nécessaire pour s’approcher de la vérité, s’il en est une. Il s’est enquis de l’histoire de cette femme, Pauline Dubuisson, à travers des mots qu’il nous adresse à la première personne, comme habité par son mystère. 

 

Nous sommes en 1961. Pauline regarde sur son écran « La vérité » de Clouzot, le film inspiré de sa vie et dans lequel son rôle est incarné par Brigitte Bardot. Brisée par ces images, comme autant de trahisons et de fausses représentations sur son histoire - camouflant les silences de sa vie chargés d’enfance et de rêves, pour n’exposer que des instantanés basés sur des faits dépourvus d’affects – elle s’exile au Maroc pour refaire sa vie, sous une autre identité. Une mort pire encore, si cela est possible, que ses neuf ans d’emprisonnement.  

 

« Je crois qu’on ne peut mourir que d’être désaimée. Et ça, ce n’est pas mourir d’amour, c’est même l’inverse. »

 

Ce que Clouzot a caché dans les interstices de son film ce sont les brûlures affectives, la guerre - élément déterminant de sa vie - ce sont les viols, la honte, une sexualité exacerbé telle la marque d’un corps qu’elle se découvre et auquel elle cherche à donner vie, un certain pouvoir pour panser la souffrance des jours. Cette femme a été tondue sur la place publique durant la Libération, elle n’avait que 17 ans. Des lames acérées lui ont blessé la peau, à vif, mise à nue, une croix gammée tatouée sur le crâne. Elle vivait entre l’effacement d’une mère dépressive et la vénération d’un père, ancien colonel qu’elle adulait pour sa puissance, sa droiture, ses discrétions. Sa beauté suscitait la jalousie et elle vendit son corps pour nourrir sa famille. Avant tout, Pauline Dubuisson était une femme libre et indépendante, dont les visions féministes en firent en quelque sorte le précurseur d’une génération de femmes qu’elle souhaitait voir s’émanciper. En vain…      

           

À 21 ans, elle fut condamnée à la peine de mort pour un crime passionnel, convaincue qu’elle fut accusée pour bien plus que son crime.

 

Six mots suffirent à donner un sens à la charge des émotions contenue dans son histoire : « Je vous écris dans le noir ». Jean-Luc Seigle est allé au-delà des faits, de ceux mis de l’avant par Clouzot, pour peindre sa propre « Vérité ». Et elle est impossible désormais à oublier…

 

« Ce n’est pas l’amour, ni le désir, ni la sexualité qui fait une femme mais sa prodigieuse capacité à affronter et à transformer la vie comme aucun homme ne serait capable de le faire. »

 

Un immense merci à toi BISON pour ce grand livre... :-*

 

 

8 octobre 2017 7 08 /10 /octobre /2017 18:25

 

« Sombrer pour de bon, plonger dans un coma, que ce soit profond, très profond, un fond d’océan, un abysse depuis lequel on ne peut plus distinguer aucune lueur, une sorte de mort. »

 

4 novembre 2008, l’Amérique s’apprête à élire un nouveau président. Les citoyens se ruent aux urnes, au terme de cette journée, les américains auront-ils élu un Afro-Américain à la tête des États-Unis? Suspendus à leur téléviseur, le pays est dans l’attente. Le souffle retenu, en apnée...

 

Laura n’est pas allée voter ce jour-là. Elle retient aussi son souffle, pour d’autres motifs, car au terme de cette journée, c’est sa vie qu’elle va foutre en l’air. N’en a rien à cirer des élections présidentielles et de son soi-disant devoir démocratique. L’Amérique est malade, à quoi bon...

 

4 novembre 2008.

 

Un mari, deux beaux enfants, elle vivait dans les quartiers huppés de Los Angeles, l’American dream, le drapeau qui flotte au vent, triple entrée de garage avec voitures de luxe. Mais ce qu’elle aimait, de ce temps-là, c’était le sentiment d’indispensabilité, les heures surchargées dont il ne reste qu’une cruelle langueur, l’écroulement des jours, l’écoulement insupportable du temps. Laura marche sur des sables mouvants, déséquilibrée par l’audace assassine des remous sournois, ceux qui vous entraînent vers le fond des mers noires. Pour toute consolation, il ne reste que la récurrence des gestes quotidiens, rassurants, les actes répétitifs, banals en somme. Se réveiller chaque jour à la même heure, aller travailler au Joey’s Cafe, les yeux dans le vide, rougis, mais y être quand même. Les rêves se sont envolés, écroulés, les illusions avec, que reste-t-il d’espoir que toute cette douleur cesse enfin? Lâcher prise, parce qu’il le faut inévitablement, qu’importe l’issue.    

 

L’Amérique s’apprête à élire un nouveau président, mais Laura n’en a vraiment rien à foutre. Elle est plongée dans cette même solitude amère dans laquelle nous enlise la société contemporaine.  

 

Faut-il une bonne raison pour se tuer? Non, juste l’épanchement fade des jours. « La solitude sentimentale, la fragilité sociale, le défaut d’avenir, le désarroi face au temps qui passe, l’inaptitude à trouver sa place, l’engourdissement général, une infirmité, une imbécillité... »

 

« Je n’ai pas eu le choix, pardon. »

 

4 novembre 2008.

 

Aujourd’hui, Samuel enterre son fils Paul, 17 ans. Il vient de se suicider et son père n’avait perçu aucun signe avant-coureur. Il est plongé dans la torpeur - comment peut-il en être autrement... ? - la culpabilité, l’épuisement, l’abattement, les nuits sans repos… Une envie de fuir le réel. Comme Laura, lui manquent les heures surchargées dont il ne reste qu’une cruelle langueur, l’écroulement des jours, l’écoulement insupportable du temps. Souvenirs douloureux de Paul sur sa planche de surf, affrontant la vague, cherchant l’équilibre. Bordel de vie, la vie qui perd pieds, le chagrin sous la vague, plus d’air, une écume de maux, un naufrage de l’âme. Ne même plus voir la ligne d’horizon. Et sombrer...  

 

« L’océan, c’est autre chose. C’est la turbulence, c’est aussi l’interminable, l’inintelligible, l’inattaquable. Une pureté qui gronde. »

 

L’Amérique s’apprête à élire un nouveau président, mais Samuel n’en a vraiment rien à foutre. Il est plongé dans cette même solitude amère dans laquelle nous enlise la société contemporaine...  

 

Faut-il une bonne raison pour se tuer? Non, « ça ne peut être seulement qu’une accumulation, un moment d’épuisement, une pulsion, un abattement insurmontable, ne plus trouver la force de continuer... »    

 

« Je n’ai pas eu le choix, pardon. »

 

Ce roman de Philippe Besson est une claque en plein visage, de ces gifles qui laissent des traces éternelles. C’est une rare et riche introspection de l’âme humaine submergée par le vide et la mélancolie, l’isolement. Le triste portrait d’une société égoïste, celui d’une Amérique malade qui a perdu ses repères, une structure sociale dans laquelle les armes à feu sont devenues le plus important symbole de liberté individuelle. L’Amérique se fiche de Laura et Samuel, aujourd’hui on est le 4 novembre 2008 et elle s’apprête à élire un nouveau président...

 

« Un jour, il n’y aura plus de reproches, de regrets, de repentirs, il n’y aura que de la douceur. Plus de visions atroces, de corps suspendu, de cercueil consumé, d’urne, seulement des images radieuses. Des aquarelles. »

 

Un immense merci Bison, une lecture inoubliable, ça c'est certain... Quel homme ce Philippe Besson!

 

5 octobre 2017 4 05 /10 /octobre /2017 10:34

 

 

« … de bonnes grosses larmes bien grosses, bien grasses, bien rondes et bien chaudes. Du corps qui lâche. De la dureté qui cède. Du chagrin qui fond. »

 

Ça faisait une éternité que je n’avais pas croisé la route de Gavalda. Je gardais pourtant un très beau souvenir de Ensemble, c'est tout, Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, La consolante ... Retrouver la douceur de sa plume m’a fait beaucoup de bien, sans doute du fait de ses mots dépourvus d’artifices. Si certains auteurs s’en encombrent, celle-ci a le mérite d’aborder le quotidien de ses « personnages » avec naturel, faisant de ses romans des juxtapositions de tranches d’émotions vives non pas moins fortes, au contraire, mais dans lesquelles on se retrouve tous quelque part. Il y a dans ses histoires ces impressions de déjà-vu, déjà-vécu et maintes fois ressenties. Je savais qu’en retouchant à ses mots, je serais amenée à lâcher prise ...

 

… à fendre l’armure

 

Saisir le sens de l’amour dans un élan plus vaste. L’amour de l’autre et de ses enfants. Prendre conscience de la vulnérabilité à laquelle il nous expose, la souffrance inhérente au fait de s’abandonner, la peur de la perte, les joies aussi, les déceptions, les culpabilités, les peines, les rires, les colères. La confiance, mais à quel prix parfois. Se retenir et …

 

fendre l’armure … 

 

Se dire au revoir et réaliser ce que l’on vient de perdre. Terminus, fin du voyage. Ne pas s’être compris. Se reconstruire ou regretter. Atteindre le point de rupture et …

 

fendre l’armure

 

Surmonter la mort de l’autre mais ne pas y arriver. Puis celle d’un enfant, et vouloir en finir. Sombrer dans l’alcool pour cuver sa détresse, comme d’autres s’engloutissent dans la drogue, et toute la gamme des dépendances nécessaires, mais éphémères. Penser y arriver et se fissurer. Au final, attendre le bon moment. Se laisser le temps avant de …  

 

fendre l’armure

 

S’abandonner à vivre et revivre l’amour, rire, mais se méfier. C’est la vie qui reprend, on se raconte et se dénoue. Ressentir la peur, car on se souvient de la douleur, celle qui nous a brisée. Et se demander si on survivrait une deuxième fois au bris de l’armure, ce bruit sourd et violent qui fend tout sur son passage …   

 

Avec Anna Gavalda les mots sont francs, ils sont directs, crus, presque violents tant on s’y reconnaît. Ils sont aussi douceur, celle de la solitude et des confidences.

 

Un grand merci à toi Bison d’avoir rendu possible cette rencontre littéraire avec cette belle auteure :-*

 

L'avis de From the Avenue

 

 

 

27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 17:17

 

 

« Les arrière-saisons ont parfois quelque chose de déchirant. »

 

Rendez-vous chez Phillies, café-bar de Cape Cod. Ce soir j’ai sorti ma robe rouge, celle qui ne me sert que pour les grandes occasions. Je m’assois au bar, croise les jambes. Je passe par le Phillies toujours avec la même régularité, c’est en quelque sorte mon repère, l’endroit idéal pour noyer mes nostalgies. Et attendre... attendre Norman... Mais je ne vous embêterai pas avec mes soucis, Ben tendra l’oreille à mes vieilles histoires, histoires qu’il connaît par cœur d’ailleurs. Des années que l’on se connaît lui et moi. Derrière son comptoir, il astique ses verres. Il me sert un martini. Non, ce soir Ben je prendrai un verre de rouge. Rouge comme dans passion, une robe couleur rouge enfilée sur mon corps, le rouge des grands bouleversements intérieurs. J’attends Norman...    

 

« C’est quelque chose de presque imperceptible, comme un tremblement, un frisson à la surface de la peau, une timidité autour des yeux, une très légère hésitation à l’instant d’emboîter le pas de l’autre. »

 

Philippe Besson a eu l’ingénieuse idée de prendre, pour point de départ, un tableau d’Edward Hopper, Nighthawks - Les Oiseaux de nuit, et d’en faire vivre les quatre personnages. Je me retrouve au cœur des échanges, pierre angulaire de ce huis clos, vêtue de ma robe rouge, tourmentée et nostalgique. J’ai l’impression d’un film au ralenti, les émotions ne s’insinuent que doucement, par petites touches intimistes, dans les interstices de mon cœur. Quelques mots suffisent, les autres se devinent, se ressentent, ce sont les non-dits qui en disent plus longs que les paroles elles-mêmes. C’est l’arrière-saison, je regarde devant plutôt que derrière, je pense à l’automne et non aux étés enterrés, j’ai envie d’en finir avec le passé. C’est l’arrière-saison, les couleurs automnales. Et malgré tout, j’attends Norman...    

 

« Le silence est aussi une façon d’affronter la désolation. »

 

Un tout petit livre mais si dense, si chargé de sentiments divers, presqu’une nouvelle, qui parle du temps qui s’écoule et de celui qui ne reviendra jamais. Des deuils, des détachements nécessaires et des renoncements. De nos forces et nos fragilités. C’est une longue introspection de personnages aussi solitaires que Hopper aime à nous les représenter dans ses tableaux, contemplatifs, en retrait du monde. Et même s’il m’a manqué un je-ne-sais-quoi pour me rendre ce roman vraiment passionnant, les mots de l’auteur me parlent d’un homme qui possède une touchante maturité sur les émotions. Un homme qui a vécu, qui arrive à décortiquer les motivations de l’âme humaine, dans une finesse d’analyse rare, cherchant à fournir des réponses aux questions qu’il fait émerger de la psyché de chacun des personnages.

 

« En fin de compte, les souffrances font partie de l’existence, elles ne peuvent pas nous être épargnées mais elles valent cent fois mieux que des moments insipides, elles sont le prix à payer pour affirmer ce qu’on est et accomplir ce qu’on a décidé. »

 

Je n’ai pas été touchée par l'histoire de Louise comme je l’espérais, mais le récit en soi est riche et j’ai envie de retourner vite vers l’auteur dont j'ai adoré la profondeur de la plume. J'en ai justement un qui m'attend sur ma table de chevet ;-)

 

« Trop de tourbillon, trop de chagrin, trop d’alcool. Ou pas assez. Pas assez de ces bras qui enlacent, qui soutiennent, qui guident. Pas assez de ces regards désintéressés, de ces moments de rien qui sont la vraie vie. »

2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 01:40

 

« Il faudrait toujours être en route pour l’Alaska. »

 

Kodiak, Alaska, The Last Frontier. Nulle part ailleurs n’existe un bout de monde qui me fasse tant rêver. Combien de fois m’y suis-je imaginée, à mille milles de toute terre habitée, goûtant aux saveurs de l’instant. Combien de fois me suis-je dit que là-bas, je pourrais vivre de ce temps en suspens, des heures et des heures sur le fil fragile de ce bonheur que l’on capte à même le souffle de l’infiniment petit, pour autant que l’on apprenne à respirer en accord avec le vent du Nord. Un toit, quatre murs, une cabane pour abriter mes rêves. Et au bord de ce lac, la poésie d’une nature sauvage qui n’a de limites que ses forêts à perte de vue. Il y aurait des grizzlys, ça oui, peut-être arriverais-je même à m’y faire (mais j'en doute...). Un bout de monde et toute cette blancheur. Goûter au silence.

 

« On quitte enfin la terre, je sais déjà que je n’en reviendrai jamais. »

 

Kodiak, Alaska. Lili en avait aussi rêvé. Elle avait une fougueuse envie d’aller y pêcher la morue, d’apprendre le métier de marin. De tout foutre en l’air et de changer de cap. Qui n’en a jamais rêvés au moins une seule fois? Surtout, ne plus revenir vers cette vie d’avant, se faire passer pour morte s’il le faut. Vivre éternellement dans un bateau, ne plus jamais poser le pied à terre, sous peur de tanguer et de perdre ses repères... 

 

À bord du Rebel, elle se sent vivre. Et moi, solitaire, je respire à ses côtés. Il nous suffit de peu, un ciré, des bottes étanches et des long johns, pour les soirées froides. Il faudra faire nos preuves dans ce milieu d’hommes. Qu’importe, nous travaillerons jour et nuit, le visage brûlé par le froid, le vent, souffrant du manque de sommeil et de chaleur humaine, du mal de mer, de tous les dangers et de cette mer déchaînée qui ne pardonne pas. Les palangres sont à l’eau, il faut les remonter à bord, déferlante de poissons. Nous rêvions de devenir matelot et nous le sommes devenues...

 

« Peut-être va-t-on toujours aller ainsi, jusqu’à la fin de tous les temps, sur l’océan roussi et vers le ciel ouvert, une course folle et magnifique dans le nulle part, dans le tout, cœur brûlant, les pieds glacés, escortés d’une nuée de mouettes hurlantes, un grand marin sur le pont, visage apaisé, presque doux. Quelque part encore… des villes, des murs, des foules aveugles. Mais plus pour nous. Pour nous, plus rien. Avancer dans le grand désert, entre les dunes toujours mouvantes et le ciel. »

 

Mais la passion souvent nous fait oublier de se méfier. Je la trouve courageuse de boire à même la poche de laitance des poissons qu’elle ouvre, ce liquide visqueux me dégoûte. Je lui envie un peu moins de devoir retourner sur la terre ferme. Une arête caudale de morue noire s’est fichée dans l’os du pouce, le poison est mortel. J’ai pitié pour elle, alors je pose les pieds hors du Rebel et je marche sur les docks. J’apprends la vie des marins qui abreuvent leur ennui dans une chambre de motel. J’apprends les bars et les femmes qui leurs tiennent compagnie. J’apprends aussi l’alcool et la gueule de bois. Et puis j’apprends à connaître un peu mieux ce grand marin dont elle m’a tant parlé...

 

« Car il est le pêcheur, pour moi il est le seul. Il sait tout. Sa puissance ne tient pas à la largeur de ses épaules ni à la taille de ses mains, elle est dans son cri, l’écho de sa voix lorsqu’elle se perd dans la vague et le vent, lui debout, narines dilatées, seul dans son tête-à-tête avec la mer, seul toujours dans sa manière de regarder le ciel, de sonder les flots comme s’il y lisait quelque chose – ou rien, peut-être n’y voit-il qu’un grand désert qui s’étend, sans fin, dans les cris hennissants des goélands qui s’élèvent en rafales comme des chevaux de vent. »

 

Kodiak, Alaska, The Last Frontier. Nulle part ailleurs n’existe un bout de monde qui m’avait autant fait rêver. Maintenant que j’y suis, je sais désormais que ma place est parmi ces hommes du Nord. Le Grand Marin, l’homme-lion, a passé sa vie entre le whisky, les femmes et l’héroïne. Lili m’a appris à le regarder autrement. Regarde qu’elle me dit, admirative, regarde-le pêcher, remontant les calandres, si fort et fragile à la fois, c’est là toute sa beauté. Elle m’a raconté ses nuits d’amour avec lui, le pêcheur d’Alaska, mon Grand Marin.

 

« Les étoiles frémissent. Les autres sont à l’abri en troupeau endormi. Mais pas nous. Nous, on est sur la crête de la vague noire, dans la fraîcheur de la bruine. Le grand marin m’attire contre lui, on s’aime sous le duvet. Je ris quand il glisse, le vent court dans mes reins. » 

 

Viens avec moi qu’il lui disait, nous nous marierons.

 

« Tu comprends pas… Moi je veux pas d’une maison, j’veux vivre. J’veux partir et aller pêcher. J’attends pas. Non j’attends pas. Moi je cours. Je veux être en mer. » 

 

Mais Lili rêvait de liberté. Une fois arrivée vers ce bout de monde, elle voudrait aller encore un peu plus loin, à Point Barrow, Alaska. Là ou la terre s’arrête...

 

« C’est le bout. Après y’a plus rien. Seulement la mer polaire et la banquise. Le soleil de minuit aussi. Je voudrais y aller, m’asseoir au bout, tout en haut du monde. J’imagine toujours que je laisserai pendre mes jambes dans le vide… Je saurai que je ne peux pas aller plus loin parce que la Terre est finie. »

 

« Moi je cours. Je veux être en mer... »

 

 

Merci à mon sweet kinG de m'avoir permis ce voyage vers l'Alaska de mes rêves <3

 

 

 

7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 01:45

 

 

J'ai caché
Mieux que partout ailleurs
Au jardin de mon coeur
Une petite fleur

 

Cette fleur

Plus jolie qu’un bouquet

Elle garde en secret

Tous mes rêves d’enfant…

 

…L'amour de mes parents… - Petite fleur de Sidney Bechet

 

 

Petite fleur... les mots de Bechet, tels une ritournelle qui ne connaîtra aucune fin, si ce n’est la fatalité physique de la mort qui nous arrache aux gens que l’on aime. Petite fleur, immortelle, enracinée dans les souvenirs ressurgissant de l’enfance... Mathilde a besoin de nous raconter cette histoire qui, aux yeux de l’auteure, n’est rien de moins qu’une histoire d’amour entre la petite fille de jadis et son père. Cinquante ans après sa mort, comme un pèlerinage de mots et d’émotions, elle retourne sur les ruines du sanatorium d’Aincourt où il a fini ses jours, dans les années 30, atteint de tuberculose.

 

J’entends sourdre la mélodie de Bechet... « Elle garde en secret, Tous mes rêves d’enfant »... Les odeurs se sont effacées, pour mieux oublier, je suppose, mais il reste les images, les regards inquiets, les rêves bien sûr, nourrit d’espoir. Elle sortait à peine de l’enfance, ne comprenant pas bien toutes ces agitations autour d’elle, autour d’eux, ce grand vide, une nouvelle famille et ce que pouvait bien signifier un sanatorium. La tuberculose, les bacilles, le sang qui s’écoule de la bouche. Elle mettra des années à saisir l’ampleur de ces mots. Ce père qui ne sera plus jamais le même homme. C’est donc que là-bas, dans ce lieu que l’on nomme sanatorium, on devient quelqu’un d’autre? Tant de questionnements auxquels Valentine Goby nous amène à réfléchir : le sens de la famille, l’amour inconditionnel, les responsabilités de chacun quand la famille éclate. Mathilde, encore si petite pour tout porter sur ses seules épaules, rembourser les dettes, prendre soin de son petit frère, nourrir ses parents, sauver la maison de La Roche, hypothéquée, étudier et gagner sa croûte. Au milieu du tumulte, se faire discrète, invisible, rester tranquille, parce qu’il y a déjà suffisamment de soucis. Et sa sœur Annie, détachée de tout...

 

« Son ventre est une permission de repli supplémentaire contre lequel tout reproche se fracasse.

La grossesse est une île. »

 

J’entends sourdre la mélodie de Bechet...

 

« Dans mon cœur, Tu fleuriras toujours, Au grand jardin d'amour »…
 

Au café Le Balto, un homme souffle des notes dans un harmonica Hohner. C’était le bon vieux temps, le temps d’« avant ». Son harmonica posé sur une table basse, il prit Odile dans ses bras pour danser un slow. Sur le pont d’un paquebot...

 

« Une femme et un homme se mettent à danser. Serrés, sur leur bout de terrasse. C’est une salle de bal sur le pont d’un paquebot, on en oublierait presque les côtes manquantes, les lobes tranchés, les cavernes ouvertes, les bras quasi noirs du père et l’eczéma qui ronge sa peau… »

 

Sur mes vingt ans
Je m'arrête un moment
Pour respirer
Ce parfum que j'ai tant aimé

 

N'aies pas peur
Cueillie au fond d'un cœur
Une petite fleur
Jamais ne meurt

 

Merci mon sweet manU pour ce « roman solaire ». Mathilde est une femme forte et pleine de vitalité, comme je les aime. Elle avait besoin d’amour et de reconnaissance, du regard fier de son père. Je crois qu’elle l’a compris, un peu plus tard... 

 

Merci à Valentine Goby d'écrire d'aussi beaux romans qui me charment et m'enchantent <3 

Mon avis sur Le sorcier vert

 

Les avis de Nadège, Aifelle, Didi, Fanny et Jérôme

3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 13:37

 

 

« On peut tuer un être humain sans lui enlever la vie. »

 

Depuis la nuit des temps, les êtres humains « s’affrontent pour la possession des femmes, de l’argent, du pouvoir… ». Ils violent et tuent, sans trop de remords, voire aucun, guidés par cet élan collectif qui pousse les hommes à s’unir pour s’élever au sommet d’une folie meurtrière n’ayant de limite que la soif insatiable de violence. L’amour humain cherche à donner un sens, s’il en est un, à ces batailles qui ont rendu les hommes méconnaissables. En posant un regard cynique sur la vie et les individus qui peuplent le monde, et ayant comme toile de fond la guerre coloniale portugaise tel un prétexte à son exposé, l’auteur nous raconte avec sensibilité les peurs qui nous hantent, incontrôlables. La conscience de la mort, l’indifférence qui en résulte et l’amour maternel vers lequel l’âme cherche sans cesse à revenir, bulle de réconfort dans un monde dont les valeurs essentielles semblent s’être effondrées. Mais aussi l’amour des sens et des souvenirs doux qui apaisent les maux.

 

Deux russes et un jeune révolutionnaire angolais, Elias – alias notre héros - sont retenus prisonniers au fond d’une case, ce dernier gisant à moitié mort. La guerre coloniale portugaise de 1961 vient d’éclater. Vingt-cinq ans plus tard, il se souviendra de cette nuit de terreur à Lunda Norte, où il assistera au viol d’une femme Noire par des soldats de l’armée angolaise. Au milieu de l’horreur, le visage d’Anna...

 

« Sans l’amour qu’il lui portait, la vie n’aurait été qu’une interminable nuit. »

 

Il se souviendra de ses mains noires sur sa peau laiteuse. De ce train filant à toute allure à travers la taïga sibérienne, sa terre natale. Des nuits d’amour et de cette femme qui portera sur sa robe les senteurs de la nuit. C’était le hasard d’une rencontre lors d’une conférence sur le développement durable en Afrique. Dans cette foutue jungle, peu leur importait le regard des autres. Parce que l’amour humain est incolore...

 

Il découvrira la tendresse, la confiance et la peur, celle inhérente à la perte. Sentiment inaltérable, inévitable. J’ai été transportée par ce roman de Makine. Avec douceur, il a su allier la révolution à l’amour - ce qui en fait, à mes yeux, toute sa beauté. L’amour des sens, l’amour maternel et celui des souvenirs. L’amour des mots, l’amour des gestes et l’amour qui panse, qui occulte la haine. L'amour d'Anna et les odeurs de la nuit. L’amour universel...

 

L’amour humain selon Makine. Plus fort que toutes les guerres. Merci Bison :-*

 

« Le soleil de l’Afrique, un billet pour Cuba, de la neige à pelleter et une histoire d’amour ». T’avais raison, j’étais dans mon élément... :P

 

« Croyez-vous qu’après la victoire de la révolution les gens vont s’aimer autrement? »

15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 18:20

 

 

Marianne ne se serait jamais doutée cette nuit-là que sa vie allait basculer. Qui peut seulement savoir ce qui l’attend? Petit train-train quotidien jusqu’au coup de fil qui vous brise à jamais. Son fils Simon est dans le coma. Les lésions sont irréversibles, il est sous assistance respiratoire, en état de mort encéphalique.

 

Je l’accompagnais ce soir-là, il faisait froid à crever, journée typique d’un février glacial. On venait de cirer nos planches et on partait pour un trip de surf. S’étaient joints à nous quelques amis de Simon, aussi enragés que nous pouvions l’être lui et moi. C’est ça avoir vingt ans, le cœur rempli de fougue et l’envie de repousser ses limites. Rien au monde ne nous aurait empêché d’aller affronter la vague, le « swell » comme on dit dans le jargon, genre de déferlante de Mavericks qui se produit au plus trois fois par année. Au retour, dans le van, c'était juste un peu passé Étretat et il se faisait tard. Tout s’est passé si vite, je cherche encore à comprendre. Un endormissement, une erreur de manœuvre, la seconde de trop où tout vole en éclat.

 

Marianne vit dans une autre temporalité. Le temps n’a plus de signification. Si elle pouvait seulement s’endormir et ne jamais s’éveiller. C’est une douleur insoutenable et innommable, le choc de l’impuissance, un état de désespoir. La pièce tangue. Je lui prends la main, pour peu qu’elle arrive à la sentir. Et je l’accompagne au chevet de Sinon. Ses yeux sont clos mais sa poitrine se soulève. Saleté de vie qui vous arrache à un bref instant d’espoir. Je suis forcée de lui dire qu’il respire artificiellement. Je voudrais n’avoir jamais eu à tenir ce rôle...

 

Je connaissais le synopsis de ce roman et je savais d’emblée que ce n’était pas le genre de lecture pour moi. Comme j’aurais dû m’écouter! Ça me bouleverse trop, ça me fait même mal en dedans, c’est ma fibre maternelle qui n’arrive pas à imaginer cette douleur. Je suis consciente du fait que l’auteure signe un très bel ouvrage avec ce livre, je n’ai juste pas l’objectivité ou le recul pour l’apprécier à sa juste valeur.

 

J’ai fait aussi l’erreur d’aller voir le film en cours de lecture, un excellent film par ailleurs, mais qui ne m’a pas donné envie de revenir vers le roman. J’avais déjà le sentiment d’avoir bouclé la boucle d’une histoire que je mettrais du temps à digérer, par le poids de son contenu.

 

Le livre en soi ne se réduit pas à une simple histoire de transplantation cardiaque. Bien au-delà, il y a une multitude de sentiments humains. Il y a le corps médical amené chaque jour à côtoyer la mort. Toutes ces vies tenues entre leurs mains et l’impuissance trop souvent ressentie. Il y a les questions délicates, comme celle notamment présentée dans le roman, d'aborder le don d’organe auprès d'une famille sous le choc, dans un délai que ne doit pas dépasser la survie de l'organe en question. Comment les proches peuvent-ils seulement l’envisager alors qu’ils n’ont pas encore réalisé que cette vie à laquelle ils tenaient leur sera arrachée à jamais?

 

Le cœur est bien plus qu’un organe vital, c’est aussi un symbole. Car c’est à travers lui que passe les sentiments humains…

 

« Enterrer les morts et réparer les vivants »

 

C'est le genre d'histoire qui vous bouleverse vous aussi?

 

Pour lire le billet de mon amie Nadège

 

 

 

25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 20:59

 

 

« Zazie, déclare Gabriel en prenant un air majestueux trouvé sans peine dans son répertoire, si ça te plaît de voir vraiment les Invalides et le tombeau véritable du vrai Napoléons, je t’y conduirai.

-Napoléons mon cul, réplique Zazie. Il m’intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.

-Qu’est-ce qui t’intéresse alors?

-Le métro. »

 

C’est par hasard que je suis tombée sur ce roman de Queneau chez un bouquiniste du Mont-Royal, quand j’ai vu le sourire tout en dents de Zazie, j’ai craqué! Je l’ai même acheté sur ce seul motif, sans lire la quatrième de couverture, car j’aime bien parfois l’imprévu et que j’étais convaincue d’au moins passer un bon moment. Et ça a été le cas! D’ailleurs, comment s’ennuyer avec une enfant pareille! ^^

 

Avec ce sourire de dents, vous ne trouvez pas qu’elle a l’air GRAVEMENT détestable? Et elle l’est! Les enfants je les aime bien un peu rebelles - chez les autres, on s’entend (sourire). Une vraie peste, mais qu’est-ce qu’elle a du chien cette petite – du mordant, du bagou, de l’aplomb - appelez-ça comme vous le voulez - elle ne manque pas de répondant, têtue comme trois, impolie comme quatre, aucune gêne, arrogante à souhait, c’est qu’elle est drôlement mal élevée! Ahhhhhhhhh et elle n’a pas sa langue dans sa poche, complètement futée et e-x-t-r-ê-m-e-m-e-n-t perspicace, quand elle a une idée en tête elle ne lâche pas le morceau, ça je peux vous le dire! Elle pose des questions, beaucoup beaucoup de questions, s’achaaaaaaaaaaaarne. C’est l’oncle Gabriel qui pourrait vous le confirmer. Depuis qu’elle a appris qu’il se travestit et danse en tutu dans une boîte de Pigalle, elle ne cesse de lui demander s’il est « hormosessuel ». Et puis c’est quoi au juste tonton « l’hormosessualité »?

 

« Tonton Gabriel, dit Zazie paisiblement, tu m’as pas encore espliqué si tu étais un hormosessuel ou pas, primo, et deuzio où t’avais été pêcher toutes les belles choses en langue forestière que tu dégoisais tout à l’heure? Réponds. »

 

Dur de lui en vouloir, depuis que sa mère a un nouveau copain et passe nuits et jours à s’envoyer en l’air, la petite a pris le bord. Elle est même de trop, alors elle l’a confiée quelques jours à l’oncle Gabriel dixit l’artiste, le danseur de charme. Elle a adoré le voir en spectacle, fière comme tout, mais Zazie n’a qu’une envie, un grand rêve – une obsession plutôt, c’est le moins qu’on puisse dire - prendre le métro! Pas de chance, il est en grève. Ah les salauds… me faire ça à moi…

 

« -Tonton, qu’elle crie, on prend le métro?

-Non.

-Comment ça, non?

-Bin oui : non. Aujourd’hui, pas moyen. Y a grève.

-Y a grève?

-Bin oui : y a grève.

-Ah les salauds, s’écrie Zazie, ah les vaches. Me faire ça à moi.

-Y a pas qu’à toi qu’ils font ça.

-J’m’en fous. N’empêche que c’est à moi que ça arrive, moi qu’étais si heureuse, si contente et tout de m’aller voiturer dans l’métro. Sacrebleu, merde alors. »

 

Un matin elle prend la fuite, Zazie veut découvrir la grande ville, les gens de Paris d’ailleurs elle les trouve un peu bizarres, du moins ceux qu’elle rencontre. Tout le monde se mêle des histoires des autres, chacun y met son grain de sel, ils semblent vivre de petits et grands drames, de cœurs brisés, d’espoirs envolés, on s’envoie joliment valser. Les dialogues sont cinglants, faits de conversations « à ciel ouvert », avec n’importe qui, des gens de passage, on discute de tout et de rien, n’importe comment, on se fait la morale et on se donne des leçons. Elle ira raconter à un inconnu que sa mère a fendu le crâne à son père d’un coup de hache. Comme ça, tout bonnement.

 

Ce roman c’est toute une galerie de personnages amusants, de Mado P'tits Pieds à la veuve Mouaque en passant par le cordonnier, le tavernier, Zazie bien sûr, au cœur de tout ce brouhaha. De l’ironie, du sarcasme, des situations cocasses et beaucoup de démesure. C'est le regard mature et humain d’une enfant sur le monde des adultes.

 

Il ne me manque plus qu’à voir le film de Louis Malle des années 60 ;-)

 

« La vie. Un rien l’amène, un rien l’anime, un rien la mine, un rien l’emmène. »

24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 23:58

 

 

« Tous les crève-cœurs de l’enfance sont des douleurs saignantes qui se referment et laissent des cicatrices. La sagesse n’est rien d‘autre qu’un réseau de stigmates.»

 

Catherine et Angélique se retrouvent en Haute-Saône afin de vider la maison de leurs grands-parents, à qui elles étaient confiées chaque été. Les sœurs y ont ancré des souvenirs que le temps ne pourra effacer, pas même les vents violents qui ont ce pouvoir de balayer les côtes. Pour Catherine, ils porteront à jamais une cruelle odeur de souffrances, de celles propres aux secrets les plus inavouables. Elles sont là, enroulées dans des sacs de couchage, témoins des années qui se sont écoulées. Ce lieu renvoie, en saccades douloureuses, les échos encore tenaces de ses cachettes, du placard à sucreries, du grenier et de ses charpentes, là-même où il faisait bon se retirer, à l’abri du monde.

 

« Je n’y laissais rien, sinon de la poussière, du silence, du vieux foin, l’odeur de cet été, emprisonnée, la chaleur, les souvenirs de ma solitude. »

 

Catherine nous raconte son adolescence à travers un récit touchant qui laisse forcément des traces dans l’âme du lecteur. Que l’on s’identifie ou non à son histoire, il y aura toujours quelque part des traces universelles de séquelles adolescentes qui traverseront les âges et les époques, certains y échappant plus facilement que d’autres. Femme encore aujourd’hui fragile mais incassable, forte de son vécu, elle est demeurée solitaire, à l’image des personnages mélancoliques du « Grand Meaulnes » d’Alain Fournier. Le pas mal assuré mais la démarche courageuse.

 

Tout a basculé l’été de ses 16 ans. C’était un été chaud. Les gamins de la colonie de vacances avaient pris l’habitude de venir se rafraîchir à la piscine municipale où les deux sœurs se trouvaient chaque jour. C’était à l’âge des amitiés éternelles et des histoires d’amour. Des moqueries, du manque d’assurance, des complexes aussi, du corps qui se métamorphose, de nos timidités, des musiques du coeur et des grands bouleversements qui nous jettent sur le chemin de la vie.

 

« Il fallait se débrouiller dans une mer d’incertitude. Je m’étais jetée à l’eau, très loin, directement en pleine mer, sans avoir jamais appris à nager. »

 

C’était la perte de l’innocence, des yeux qui brillent dans la nuit, la caresse de ses mains, sa peau chaude, son odeur musquée et son sexe qui émerge d’un short trop serré, désireux, tendu vers l’autre, encore malhabile. Étrange mélange de douleur et de plaisir. C’était à l’âge des découvertes et des premiers gémissements à deux. Des jouissances qui libèrent nos corps chargés de désir. L’impression que le temps s’est suspendu. C’est arrivé comme ça, au bord d’une rivière, au milieu d’un champ, entouré d’herbes hautes. C’est même arrivé un peu trop vite, sans qu’on pense à se protéger. Et ça restera notre secret, de remords et de honte, jusqu’à la nuit des temps.

 

« La vraie découverte, ce n’est pas le sexe de l’autre, c’est le sien. Comprendre tout à coup dans une sorte de révélation à quoi ça sert, jusqu’où ça va, pourquoi c’est mou, pourquoi c’est creux, pourquoi c’est mouillé. C’est comme découvrir une nouvelle pièce dans la maison où on habite depuis toujours. »

 

C’était « Le Premier Été ». L’été de nos 16 ans. Et si les années ont passées, les souvenirs ont laissé des traces ineffables qui font encore mal aujourd’hui...

 

Merci à mon complice manU pour ce très beau cadeau riche en émotions. Je viens de découvrir une auteure vers qui je reviendrai, c’est certain :-*

Venez lire ses billets Sous la vague et Ma mère, le crabe et moi

 

Merci à Anne Percin d’avoir écrit un roman aussi fort qui m’a ramenée vers des souvenirs aussi précieux que fragiles.

 

Sous la vague, les avis de Nadège, Jérôme et Noukette

 

Ma mère, le crabe et moi, les avis de Jérôme et Noukette

 

 

 

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