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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 18:20

 

 

Marianne ne se serait jamais doutée cette nuit-là que sa vie allait basculer. Qui peut seulement savoir ce qui l’attend? Petit train-train quotidien jusqu’au coup de fil qui vous brise à jamais. Son fils Simon est dans le coma. Les lésions sont irréversibles, il est sous assistance respiratoire, en état de mort encéphalique.

 

Je l’accompagnais ce soir-là, il faisait froid à crever, journée typique d’un février glacial. On venait de cirer nos planches et on partait pour un trip de surf. S’étaient joints à nous quelques amis de Simon, aussi enragés que nous pouvions l’être lui et moi. C’est ça avoir vingt ans, le cœur rempli de fougue et l’envie de repousser ses limites. Rien au monde ne nous aurait empêché d’aller affronter la vague, le « swell » comme on dit dans le jargon, genre de déferlante de Mavericks qui se produit au plus trois fois par année. Au retour, dans le van, c'était juste un peu passé Étretat et il se faisait tard. Tout s’est passé si vite, je cherche encore à comprendre. Un endormissement, une erreur de manœuvre, la seconde de trop où tout vole en éclat.

 

Marianne vit dans une autre temporalité. Le temps n’a plus de signification. Si elle pouvait seulement s’endormir et ne jamais s’éveiller. C’est une douleur insoutenable et innommable, le choc de l’impuissance, un état de désespoir. La pièce tangue. Je lui prends la main, pour peu qu’elle arrive à la sentir. Et je l’accompagne au chevet de Sinon. Ses yeux sont clos mais sa poitrine se soulève. Saleté de vie qui vous arrache à un bref instant d’espoir. Je suis forcée de lui dire qu’il respire artificiellement. Je voudrais n’avoir jamais eu à tenir ce rôle...

 

Je connaissais le synopsis de ce roman et je savais d’emblée que ce n’était pas le genre de lecture pour moi. Comme j’aurais dû m’écouter! Ça me bouleverse trop, ça me fait même mal en dedans, c’est ma fibre maternelle qui n’arrive pas à imaginer cette douleur. Je suis consciente du fait que l’auteure signe un très bel ouvrage avec ce livre, je n’ai juste pas l’objectivité ou le recul pour l’apprécier à sa juste valeur.

 

J’ai fait aussi l’erreur d’aller voir le film en cours de lecture, un excellent film par ailleurs, mais qui ne m’a pas donné envie de revenir vers le roman. J’avais déjà le sentiment d’avoir bouclé la boucle d’une histoire que je mettrais du temps à digérer, par le poids de son contenu.

 

Le livre en soi ne se réduit pas à une simple histoire de transplantation cardiaque. Bien au-delà, il y a une multitude de sentiments humains. Il y a le corps médical amené chaque jour à côtoyer la mort. Toutes ces vies tenues entre leurs mains et l’impuissance trop souvent ressentie. Il y a les questions délicates, comme celle notamment présentée dans le roman, d'aborder le don d’organe auprès d'une famille sous le choc, dans un délai que ne doit pas dépasser la survie de l'organe en question. Comment les proches peuvent-ils seulement l’envisager alors qu’ils n’ont pas encore réalisé que cette vie à laquelle ils tenaient leur sera arrachée à jamais?

 

Le cœur est bien plus qu’un organe vital, c’est aussi un symbole. Car c’est à travers lui que passe les sentiments humains…

 

« Enterrer les morts et réparer les vivants »

 

C'est le genre d'histoire qui vous bouleverse vous aussi?

 

Pour lire le billet de mon amie Nadège

 

 

 

25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 20:59

 

 

« Zazie, déclare Gabriel en prenant un air majestueux trouvé sans peine dans son répertoire, si ça te plaît de voir vraiment les Invalides et le tombeau véritable du vrai Napoléons, je t’y conduirai.

-Napoléons mon cul, réplique Zazie. Il m’intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.

-Qu’est-ce qui t’intéresse alors?

-Le métro. »

 

C’est par hasard que je suis tombée sur ce roman de Queneau chez un bouquiniste du Mont-Royal, quand j’ai vu le sourire tout en dents de Zazie, j’ai craqué! Je l’ai même acheté sur ce seul motif, sans lire la quatrième de couverture, car j’aime bien parfois l’imprévu et que j’étais convaincue d’au moins passer un bon moment. Et ça a été le cas! D’ailleurs, comment s’ennuyer avec une enfant pareille! ^^

 

Avec ce sourire de dents, vous ne trouvez pas qu’elle a l’air GRAVEMENT détestable? Et elle l’est! Les enfants je les aime bien un peu rebelles - chez les autres, on s’entend (sourire). Une vraie peste, mais qu’est-ce qu’elle a du chien cette petite – du mordant, du bagou, de l’aplomb - appelez-ça comme vous le voulez - elle ne manque pas de répondant, têtue comme trois, impolie comme quatre, aucune gêne, arrogante à souhait, c’est qu’elle est drôlement mal élevée! Ahhhhhhhhh et elle n’a pas sa langue dans sa poche, complètement futée et e-x-t-r-ê-m-e-m-e-n-t perspicace, quand elle a une idée en tête elle ne lâche pas le morceau, ça je peux vous le dire! Elle pose des questions, beaucoup beaucoup de questions, s’achaaaaaaaaaaaarne. C’est l’oncle Gabriel qui pourrait vous le confirmer. Depuis qu’elle a appris qu’il se travestit et danse en tutu dans une boîte de Pigalle, elle ne cesse de lui demander s’il est « hormosessuel ». Et puis c’est quoi au juste tonton « l’hormosessualité »?

 

« Tonton Gabriel, dit Zazie paisiblement, tu m’as pas encore espliqué si tu étais un hormosessuel ou pas, primo, et deuzio où t’avais été pêcher toutes les belles choses en langue forestière que tu dégoisais tout à l’heure? Réponds. »

 

Dur de lui en vouloir, depuis que sa mère a un nouveau copain et passe nuits et jours à s’envoyer en l’air, la petite a pris le bord. Elle est même de trop, alors elle l’a confiée quelques jours à l’oncle Gabriel dixit l’artiste, le danseur de charme. Elle a adoré le voir en spectacle, fière comme tout, mais Zazie n’a qu’une envie, un grand rêve – une obsession plutôt, c’est le moins qu’on puisse dire - prendre le métro! Pas de chance, il est en grève. Ah les salauds… me faire ça à moi…

 

« -Tonton, qu’elle crie, on prend le métro?

-Non.

-Comment ça, non?

-Bin oui : non. Aujourd’hui, pas moyen. Y a grève.

-Y a grève?

-Bin oui : y a grève.

-Ah les salauds, s’écrie Zazie, ah les vaches. Me faire ça à moi.

-Y a pas qu’à toi qu’ils font ça.

-J’m’en fous. N’empêche que c’est à moi que ça arrive, moi qu’étais si heureuse, si contente et tout de m’aller voiturer dans l’métro. Sacrebleu, merde alors. »

 

Un matin elle prend la fuite, Zazie veut découvrir la grande ville, les gens de Paris d’ailleurs elle les trouve un peu bizarres, du moins ceux qu’elle rencontre. Tout le monde se mêle des histoires des autres, chacun y met son grain de sel, ils semblent vivre de petits et grands drames, de cœurs brisés, d’espoirs envolés, on s’envoie joliment valser. Les dialogues sont cinglants, faits de conversations « à ciel ouvert », avec n’importe qui, des gens de passage, on discute de tout et de rien, n’importe comment, on se fait la morale et on se donne des leçons. Elle ira raconter à un inconnu que sa mère a fendu le crâne à son père d’un coup de hache. Comme ça, tout bonnement.

 

Ce roman c’est toute une galerie de personnages amusants, de Mado P'tits Pieds à la veuve Mouaque en passant par le cordonnier, le tavernier, Zazie bien sûr, au cœur de tout ce brouhaha. De l’ironie, du sarcasme, des situations cocasses et beaucoup de démesure. C'est le regard mature et humain d’une enfant sur le monde des adultes.

 

Il ne me manque plus qu’à voir le film de Louis Malle des années 60 ;-)

 

« La vie. Un rien l’amène, un rien l’anime, un rien la mine, un rien l’emmène. »

24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 23:58

 

 

« Tous les crève-cœurs de l’enfance sont des douleurs saignantes qui se referment et laissent des cicatrices. La sagesse n’est rien d‘autre qu’un réseau de stigmates.»

 

Catherine et Angélique se retrouvent en Haute-Saône afin de vider la maison de leurs grands-parents, à qui elles étaient confiées chaque été. Les sœurs y ont ancré des souvenirs que le temps ne pourra effacer, pas même les vents violents qui ont ce pouvoir de balayer les côtes. Pour Catherine, ils porteront à jamais une cruelle odeur de souffrances, de celles propres aux secrets les plus inavouables. Elles sont là, enroulées dans des sacs de couchage, témoins des années qui se sont écoulées. Ce lieu renvoie, en saccades douloureuses, les échos encore tenaces de ses cachettes, du placard à sucreries, du grenier et de ses charpentes, là-même où il faisait bon se retirer, à l’abri du monde.

 

« Je n’y laissais rien, sinon de la poussière, du silence, du vieux foin, l’odeur de cet été, emprisonnée, la chaleur, les souvenirs de ma solitude. »

 

Catherine nous raconte son adolescence à travers un récit touchant qui laisse forcément des traces dans l’âme du lecteur. Que l’on s’identifie ou non à son histoire, il y aura toujours quelque part des traces universelles de séquelles adolescentes qui traverseront les âges et les époques, certains y échappant plus facilement que d’autres. Femme encore aujourd’hui fragile mais incassable, forte de son vécu, elle est demeurée solitaire, à l’image des personnages mélancoliques du « Grand Meaulnes » d’Alain Fournier. Le pas mal assuré mais la démarche courageuse.

 

Tout a basculé l’été de ses 16 ans. C’était un été chaud. Les gamins de la colonie de vacances avaient pris l’habitude de venir se rafraîchir à la piscine municipale où les deux sœurs se trouvaient chaque jour. C’était à l’âge des amitiés éternelles et des histoires d’amour. Des moqueries, du manque d’assurance, des complexes aussi, du corps qui se métamorphose, de nos timidités, des musiques du coeur et des grands bouleversements qui nous jettent sur le chemin de la vie.

 

« Il fallait se débrouiller dans une mer d’incertitude. Je m’étais jetée à l’eau, très loin, directement en pleine mer, sans avoir jamais appris à nager. »

 

C’était la perte de l’innocence, des yeux qui brillent dans la nuit, la caresse de ses mains, sa peau chaude, son odeur musquée et son sexe qui émerge d’un short trop serré, désireux, tendu vers l’autre, encore malhabile. Étrange mélange de douleur et de plaisir. C’était à l’âge des découvertes et des premiers gémissements à deux. Des jouissances qui libèrent nos corps chargés de désir. L’impression que le temps s’est suspendu. C’est arrivé comme ça, au bord d’une rivière, au milieu d’un champ, entouré d’herbes hautes. C’est même arrivé un peu trop vite, sans qu’on pense à se protéger. Et ça restera notre secret, de remords et de honte, jusqu’à la nuit des temps.

 

« La vraie découverte, ce n’est pas le sexe de l’autre, c’est le sien. Comprendre tout à coup dans une sorte de révélation à quoi ça sert, jusqu’où ça va, pourquoi c’est mou, pourquoi c’est creux, pourquoi c’est mouillé. C’est comme découvrir une nouvelle pièce dans la maison où on habite depuis toujours. »

 

C’était « Le Premier Été ». L’été de nos 16 ans. Et si les années ont passées, les souvenirs ont laissé des traces ineffables qui font encore mal aujourd’hui...

 

Merci à mon complice manU pour ce très beau cadeau riche en émotions. Je viens de découvrir une auteure vers qui je reviendrai, c’est certain :-*

Venez lire ses billets Sous la vague et Ma mère, le crabe et moi

 

Merci à Anne Percin d’avoir écrit un roman aussi fort qui m’a ramenée vers des souvenirs aussi précieux que fragiles.

 

Sous la vague, les avis de Nadège, Jérôme et Noukette

 

Ma mère, le crabe et moi, les avis de Jérôme et Noukette

 

 

 

22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 00:21

 

 

« Tout est noir dans la chambre. Les volets sont clos, les rideaux tirés. On ne voit pas le désordre. Les bouteilles, les cendres sur la moquette, les disques éparpillés. Le radio-réveil clignote. Les chiffres s’affichent en vert. »

 

Antoine pose son regard dans le miroir. Ce reflet de lui-même ne l’effraie pas, ou du moins ne l'effraie plus, à peine se rend-il compte qu’il n’est plus le même homme. Il revient de loin, d’un ailleurs hors du monde. Avachis sur son canapé, son quotidien se résume à fumer des joints. Allumer, tirer quelques bouffées, boire une gorgée de whisky. One Bourbon, One Scotch, One Beer. Sa quête dure depuis un sacré bout de temps déjà. Regard sur le monde environnant, recherche d’identité. Il s’accroche aux souvenirs d’ « avant » - avant la grande dérape – comme pour se cramponner à l’existence. Un décor à son image...

 

« L’herbe est rase. Il a tondu la pelouse hier. Des thuyas malades, jaunis, ferment l’espace. Au milieu du jardin, près de la balançoire rouillée, traîne un ballon crevé. La plaque de bois flotte dans le vide, une corde est coupée, pas nette, tout effilochée. »

 

Où sont passés les secrets de son enfance? L’air doux et les sourires. Tom Sawyer à la lumière d’une lampe de poche, sous les draps. Où sont passés les complots et les espiègleries? Lorette et ses robes à fleurs? Son visage doux et le premier baiser, enlacés dans l’herbe chaude. Envolés dans un nuage de fumée amère. Parce qu’un jour, d’aussi loin qu’il soit, il lui faudra bien revenir. Revenir de loin. Revenir tout court. Même Léa, avec qui il couche de temps en temps, préfère « rester amis ». La phrase qui tue. C’est comme ça quand on ne peut plus faire confiance. Léa est partie.

 

Le récit est parsemé de détails du quotidien qui rendent compte de sa douleur, qui accentuent le drame qui se joue, sous nos yeux de lecteur. Les allers-retours du présent au passé semblent être une façon de se rassurer, enviable ou non, quand tout nous échappe. Serait-ce aussi ce brin de nostalgie qui sommeille au creux de ses tripes? Chez Antoine, le temps s’est un peu arrêté pour tout le monde. Une famille banale, comme bien d’autres, et qui cherche à se retrouver. Mais trop tard. Sa sœur Camille s’isole, fume et sèche ses cours. Elle tente de survivre à une mère dépressive, partie sans donner de nouvelles. Elle se cherche, recherche l’amour. Antoine lui ressemble et en a conscience. Coup de poing au cœur. Tel un boomerang, nos racines nous heurtent parfois en plein visage. C'est comme ça...

 

« Il la regarde et il sait qu’ils sont pareils. À sa démarche, à son regard inquiet, sa réserve et ses ongles rongés, les bouts de peau qu’elle s’arrache. Ils sont pareils. Seuls et pareils dans la nuit des nationales. Sortis sur la pointe des pieds, maladroits… »

 

Olivier Adam m’a offert, une fois encore, une immersion dans un monde où le quotidien est drapé de souvenirs amers. Où l’âme et la mer s’unissent pour rompre la vague meurtrière du temps qui passe. La rumeur des eaux n’est pas loin. Il suffit de tendre le regard, quelque part À l’ouest.

 

« Les vagues s’échouaient sans violence, lourdes et épuisées. »

 

« J’ai fermé les yeux. So long Marianne sur le ressac. »

 

Merci Bison, je deviens complètement accro à ce Adam et ses états d'âme :-* 

21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 19:10

 

« On passe sa vie à construire des barrières au-delà desquelles on s’interdit d’aller : derrière, il y a tous les monstres que l’on s’est créés. On les croit terribles, invincibles, mais ce n’est pas vrai. Dès que l’on trouve le courage de les affronter, ils se révèlent bien plus faibles qu’on ne l’imaginait. »

 

16 novembre 2095, quelque part dans la « Zone »

 

Lila a grandi dans les bas-fonds de la « Zone », un monde de torpeur. Enfant surdouée, farouche, curieuse et asociale, elle a passé les nuits de son enfance dans un placard. Sa mère y avait installé des couvertures et quelques peluches. De l’autre côté du mur, elle vendait son corps pour tenter de survivre. Petite enfant tombée trop vite dans l’univers des adultes. Maltraitée, séquestrée, privée de nourriture, déshydratée, avec infestation de poux, la gale, des plaies non soignées, de sévères brûlures aux deux mains, ayant entraîné la soudure de quelques doigts, la liste est longue, autant que les séquelles psychologiques. Elle sera incapable de vivre en société.

 

Un jour, des hommes en noir sont débarqués chez elle et l’ont enlevée à sa mère. Elle vivra désormais dans le « Centre », son nouveau refuge, sa prison. Elle sera bourrée d’anxiolytiques et de psychotropes, qui effaceront sa mémoire, par le fait même son passé. Et devra tout réapprendre, à parler, marcher, et quoi encore… une façon de la sauver en remettant les compteurs à zéro? Le « Centre » aura même effacé tout lien juridique entre sa mère et elle. Elle passera ses nuits sous le lit, une forme de bulle protégée du monde, à l’image de son placard. Venant des chambres voisines, ce ne sera plus les gémissements de sa mère mais ceux des autres enfants qui résonneront en elle dans le fracas de douleurs assassines. La réplique parfaite du monde dans lequel elle a grandi.

 

Beaucoup de questionnements émergent de cette lecture, c’est ce qui en fait à mon sens toute sa richesse. En marchant sur les pas de Lila, on cherche à comprendre ce qui peut pousser une enfant martyrisée à fournir autant d’efforts pour retrouver sa mère, son bourreau : maltraitante, droguée, prostituée, alcoolique. Et à lui pardonner. Il ne fait aucun doute que le lien maternel est plus fort que tout, même s’il ne viendra jamais à bout des douleurs inhérentes du désenchantement. Lila prendra conscience du fait que les relations humaines sont complexes et souvent irrationnelles. Que la liberté est angoissante mais n’a pas de prix. En vivant une série de deuils, elle apprendra à garder ses distances et à ne pas s’attacher. Parce que ce sera plus prudent. Et surtout parce que parfois les gens partent et ne reviennent jamais. À l’ère des robots, qu’est-ce que signifie être « humain »? Peut-on définir l’âme? La conscience? Jusqu’à quel point la génétique joue un rôle dans la transmission de nos valeurs? Le plus difficile étant sans doute de trouver des réponses et de retrouver le goût de vivre en société. De faire s’effondrer le mur des méfiances. Mais comment pourrait-on seulement lui en vouloir de penser que les gens ne sont « pas beaux »?

 

J’aime l’univers dans lequel j’ai été conviée en lisant ce roman. Dans un monde qui se veut futuriste - sans aucunement en faire un livre de science-fiction - le livre, sous forme de papier, menace l’humain d’allergies mortelles imputables à l’encre. Nous sommes à l’ère des grammabooks, manipulés avec des gants. Lila fera des rencontres significatives qui changeront le cours de sa vie. Il est des gens, ainsi, qui vous donnent la force d’avancer en dépit des épreuves auxquelles la vie vous aura soumise. Auprès de M. Kauffman, le directeur du « Centre » et spécialiste de l’enfance, elle arrivera à prendre des risques en se rapprochant un peu plus chaque jour du monde dans lequel elle évolue. Respectueux de son rythme, sans ne jamais la brusquer. Il sera sons seul espoir de retrouver sa mère…

 

Un grand merci à mon amie Nadège, Lila est un personnage qui ne s’oublie pas… <3

13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 15:41

 

 

Aujourd’hui c’est jour d’inscription, la séance est ouverte, nombre de places limitées!

 

Mettez ensemble, deux fois par semaine, dans une thérapie de groupe, des gens qui n’ont rien en commun sinon une addiction quelconque, et ça risque d’être assez loufoque! C’est le défi que s’est lancée Clarisse. Une chose est certaine, vous en verrez de toutes les couleurs :D))

L’empathie s’installera, ils arriveront à s’ouvrir au contact des autres et sous l’influence de leurs dévoilements, bon parce qu’après tout dans une addiction, que ce soit n’importe laquelle, les sujets passeront par une perte de contrôle, du déni total à la honte. Mais avant d’en arriver là ils ne manqueront pas, même si le mot d’ordre est le respect, sous peine de se voir expulser du groupe, de se balancer en pleine face des remarques ironiques, sans négliger les petites provocations et autres vacheries! J’en ai ri un coup avec ce roman, surtout dans sa première partie.

 

Mettez ensemble, justement, Jean-Charles et Damien. Le premier est curé et consulte parce que Dieu l’a abandonné. Il est addict à la messe dominicale et sniffe de la coke pour se donner du courage. C’est en plein état d’euphorie qu’il communique son enthousiasme à ses fidèles. Il se signe, baise l’autel et fait deux lignes de coke. Amen. Il lui est même arrivé de répandre la parole de Dieu en slip kangourou, après tout, « Jésus sur la croix portait-il une soutane? ». Pas fou le gars, il fallait y penser… Le deuxième est accro au sexe, il ne pense qu’à forniquer et se débauche – pour employer ses mots – minimum 4 fois par jour. Il est adepte de « l’auto fellation » et là si quelqu’un peut m’expliquer je sens que je me coucherai moins conne ce soir ^^

Lui c’est le provocateur dans le groupe, il use d’ironie et de sarcasme, c’est délicieux! Il joue le rôle du gars scandalisé qui se signe chaque fois qu’il entend les blasphémations de Jean-Charles « Jésus Marie priez pour lui et paix à son âme »…       

 

Mais il y aura aussi Gunter, Pablo, Mariette, Mylène et Élizabeth. Ils sont accros au jeu, aux sports extrêmes, au magasinage, poly toxicomanes et alcooliques. Et finiront par développer une étonnante complicité. Nous avons tous à apprendre d’eux, parce que Les ennemis de la vie ordinaire sont avant tout ces héros du quotidien!

 

Et vous, quelle est la vôtre, avouable ou inavouable? :D

 

Ma liste est longue… allez je balance tout (ou à peu près…!)

Je suis accro au chocolat, à la tire d’érable (^^), au sirop du même nom que je bois en cachette des enfants à même la canisse. CHUT!!! Et la grenouille que j’te vois le dire au pêcheur!!!

…… je suis aussi accro aux souliers, vous les hommes vous ne pouvez VRAIMENT pas comprendre qu’une paire de chaussures noires il y en a DE TOUTES LES SORTES et qu’elles ne sont pas TOUTES PAREILLES! À talons hauts, à talons plats, bottillons, mi mollets, aux genoux pfffffffff etc etc!

Je suis accro aux couchers de soleil, aux cuisses de grenouille (mdr), à la mer, au silence, à l’amour, aux coquillages, à la nature, au Petit Prince, aux lapins (trop sweet!!!), aux peluches (ben quoi?), aux livres, à la gentillesse, la douceur, aux SUCRERIES, au… bon c’est déjà pas mal. Le reste je le garde pour moi, c'est inavouable ! :D

 

Merci Bison pour ce roman ;-)

 

6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 03:07

 

« Je me suis allongé sur un banc, j’ai fermé les yeux et tout se bousculait, ma mère et mon père morts et mon sale con de frère et ma sœur, et cet enfant, Su, toutes ces conneries, je pensais à tout ça, la lune était pleine et blanche, il y avait le bruit de l’eau et quelques automobiles. Des gens passaient, ils étaient gais et parlaient fort. J’avais des mouches plein le cerveau. »

 

Antoine n’a qu’une envie, décamper, prendre le large, s’amarrer ailleurs, appelez ça comme vous voulez, sa vie dérape, il est comme une épave rejetée par la mer. Son frère le traite de con, sa sœur a pris ses distances, ses parents sont morts et le frère de Su, sa petite amie, jure qu’il va lui casser la gueule s’il s’approche encore d’elle. Il s’est fait quitter, alors il quitte à son tour. C’est une forme de justice, une revanche sur la vie. Solitaire, il est cette île sur laquelle on choisit de ne pas s’échouer, où l’on évite de poser les pieds. Parce qu’à la longue, ça fait trop mal, c’est une brûlure vive, on en ressort KO.  

 

Dans la sueur du ring, il cogne sur ses espoirs perdus…

 

Le jour Antoine travaille comme croquemort. Il croise la mort, la souffrance des autres. Au-dessus du grand trou, un tout petit cercueil est mis en terre, un jeune garçon. Si vite enterré, trop vite oublié. La scène est insupportable. Moment de vertige, il ira vomir, « c’est le métier qui rentre », comme les coups qu’il se prend.     

 

Dans la sueur du ring, les mains bandées, il frappe l’adversaire, uppercut dans les côtes, il fonce…

 

… se défonce. À coups de poings, à coups de joints, à bout de nerf, à petit feu, à grandes rasades de whisky. Les images s’entrechoquent. Ses souvenirs d’enfance, le jardin, le panier de basket, un baiser de son père sur son front. Il avait huit ans, s’en souvient encore. Le temps s’est flétrit, il a tout gâché, même ses désirs. Trois jours sans se pointer au boulot. Dans le RER, sa tête contre la vitre, ce froid sur sa joue et les gens de passage. Anonymes sur les rails qui défilent, les quais déserts, il attend, solitaire. Il attend quoi? Pas grand-chose. C’est la fin du combat. Hors du ring. KO.        

 

Dans la sueur du ring, il joue sa vie. "Un coup de latte, un baiser"

 

Et foutre le camp.

 

« …la rage, la tristesse, tout ça c’est de l’énergie qui s’en va, du nerf qui fout le camp, qui claque et lâche, tout ça c’est de la petite chimie, faut tout maintenir à niveau, respirer tranquille et tout vider, sentir chaque muscle et la peau par-dessus, tous les rouages, n’être que ça, une machine bien huilée, si c’est grippé c’est foutu, être des membres déliés, du sang et des muscles, être un corps et rien d’autre. »

 

Olivier Adam me laisse à nouveau KO. C’est de la littérature "cash" (dixit Bison), c’est rude et on en redemande...

 

Merci au Bison, vous trouverez son nouveau blog (ainsi que ses poils et sa vodka) dans les

Mémoires de son âme :-)

22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 01:08

 

Nom, prénom, âge, « profession du père »?

 

Trois mots qui se détachent du formulaire scolaire auquel le jeune Émile doit répondre. Agent secret? Fabulateur? Son père a été Compagnon de la chanson, pasteur pentecôtiste, ceinture noire de judo, parachutiste à la guerre, footballeur professionnel et j’en passe.

Enfin, c’est ce qu’il raconte…

 

Avec le chef de l’OAS (l’Organisation de l’Armée Secrète) et d’autres complices, il planifie une opération afin de tuer de Gaulle le 1er janvier 1963, à 11 heures. Il vient de s’allier à Salan dans sa lutte contre l’indépendance de l’Algérie. À l’entendre parler, avant le putsch de 61, il avait été le bras droit de de Gaulle. Mais ça, c’était avant qu’il ne le trahisse.

Enfin, c’est aussi ce qu’il raconte…

 

« Mon fils, je ferai de toi un rebelle! Tu rejoindras le camp de la France! »

 

C’est à coups de fouet qu’Émile a rejoint ce fameux camp de la France. Son bourreau de père l’a martyrisé. Il l’a forcé à jeûner pour l’endurcir. L’a enfermé dans sa « maison de correction », des heures dans le noir, une nuit entière, la peur au ventre. Coups de martinet et gifles. Perdant connaissance en même temps que la raison, sa tête heurtant le mur. Black out. D’après son père, il ne méritait rien de mieux ce « salaud d’incapable ». 12-13 ans, tout juste sorti de l’enfance. À peine le temps de reprendre son souffle entre deux bourrasques.

 

« Je ferai de toi un soldat! »

 

Élan de survie, les mains devant le visage pour parer aux coups. Se boucher les oreilles pour ne pas entendre les cris de sa mère en train de se faire battre. Longue descente en enfer.

C’est ce qu’on raconte, mais c’est aussi ce qui s’est passé…

 

Ce roman illustre à perfection la folie d’un père violent, fabulateur, parano et manipulateur. La chute vers l’enfermement psychiatrique. Les séquelles à long terme de la maltraitance, les conséquences d’une enfance meurtrie. La survivance d’un enfant aux pires violences psychologiques et physiques, à l’abandon, au rejet, au désillusionnement. Certains parleront de résilience. Qu’importe les mots, que fait-il que certains s’en sortent et d’autres non? « Profession du père » nous parle aussi d’une mère qu’il ne faudrait jamais oublier dans ce processus de survie : impuissante et résignée.       

 

Il n’est pas peu de dire que ce livre est une claque en plein visage. Puissant. Souffrant. Une histoire qui ne s’oublie pas. Impossible... 

9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 00:11

 

Toujours à table avec Les Restos du cœur, l’édition 2015 nous offre treize nouvelles dont le thème commun est « le repas ». Je retrouve certains auteurs de l’édition 2016 en plus d’en découvrir de nouveaux, c’est un régal! Un recueil « gustativement » alléchant dont les mets, salés ou sucrés, émoustilleront vos papilles :D

 

Ma grande nouvelle COUP DE CŒUR fut La Part de Reine d’Éric-Emmanuel Schmitt. En quelques pages il arrive à nous faire sourire et pleurer, en passant par les mille réflexions qu’il éveille au passage. Impossible de rester insensible à l’histoire de Clovis, cet attachant clochard, et de sa chienne Reine. À travers un émouvant dialogue avec un jeune garçon, duquel émerge une amitié réciproque dès le premier coup de regard, nous sommes amenés à réfléchir au sens que l’on donne à ces quelques mots : le partage, l’amour, le dévouement et la bonté. Et à cette pensée encore plus profonde qui devrait tous nous habiter : « ce que les gens ont de trop ne leur appartient pas ». Qu’il est beau cet Éric-Emmanuel Schmitt! Tu avais raison mon kinG des marais, c’est la meilleure ;-)

 

Franck Thilliez nous fait voyager, quant à lui, dans le sud de l’Alaska où un couple vit au milieu des grizzlis… grosses bibittes à poils!!! Quelle horreur! Mon deuxième coup de cœur <3

 

Avec Françoise Bourdin on se met à table pour le fameux réveillon de Noël entre querelles, règlements de compte et petites vacheries. Idem, quelle horreur! ^^

 

L’histoire d’obésité morbide (à peine 100 kilos en un an.......) d’un gars qui se croit possédé. Je retrouve à nouveau Maxime Chattam toujours dans un face à face avec le cannibalisme. Végétaliens s’abstenir! :D

 

Agnès Ledig, avec Un petit morceau de pain, a écrit avec sensibilité une très belle nouvelle. Une femme qui tente d’endosser le rôle de la mère parfaite (pfffffff). Ça vous dit quelque chose? Deux beaux extraits que j’ai retenus :    

 

« Apprends-lui le discernement, pas la méfiance en tout. »

 

« La vision peut être jolie, quel que soit le niveau de l’échelle sur lequel on se trouve. Tout dépend ce qu’on regarde. Du premier barreau, on peut quand même regarder le ciel en levant la tête. »

 

Je n’oublie pas les autres bons auteurs : Alexandra Lapierre, Gilles Legardinier, Pierre Lemaître, Marc Lévy, Guillaume Musso, Jean-Marie Périer, Tatiana de Rosnay, et Bernard Werber

 

1 livre acheté = 3 repas distribués!

 

Encore un beau merci à mon kinG des marais pour ce cadeau gustatif, d’ailleurs j’me craquerais bien une p’tite cuisse de grenouillE! ^^ 

SLURP sur ta joue qui pique! CRÔAAAAAAAAAAAAA :-*

1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 22:52

 

Sous le thème de la fraternité, Les Restos du cœur offrent chaque année un recueil de nouvelles dont les recettes permettent de distribuer des milliers de repas. Pour le lecteur, en plus de contribuer à une bonne cause, c’est l’occasion de découvrir la plume de douze auteurs, dont plusieurs m’étaient inconnus, chacun y allant de sa sauce ! Salée, sucrée, acide, douce ou amère, mes trois coups de cœur vont aux nouvelles de Karine Giebel, Agnès Ledig et Bernard Werber.   

 

Françoise Bourdin nous parle de Florian et Charles, deux frères qui s’aiment autant qu’ils se détestent. À vrai dire, Florian est un lâche, il passe ses journées écrasé sur le canapé à fumer, boire et se nourrir de restes de pizza. Vous me direz à quoi bon vous énerver, ce n’est pas de vos affaires, sauf que le fils de Charles s’est mis à le fréquenter et que ce dernier s’inquiète de l’influence négative que son frère pourrait avoir sur lui. Une nouvelle sur la culpabilité au profit de la solidarité fraternelle. Michel Bussi, quant à lui, évoque la jalousie entre sœurs, celle qui attire tous les regards sur elle au détriment de l’autre, la miss-p’tite-parfaite-je-te-pique-ton-copain, alias Alexandra. On poursuit avec Maxime Chattam qui casse le ton avec sa nouvelle complètement gore ! Sans vouloir trop en dire pour éviter de dévoiler le punch final, disons qu’il est question de camion à bouffe réfrigéré, de cannibalisme et d’ADN. Une histoire de vengeance qui donne froid dans le dos et qui me donnerait envie de découvrir l’auteur à travers l’un de ses romans pour sonder plus à fond son style qui me semble plutôt unique. Peu de choses à dire concernant Stéphane De Groodt, des jeux de mots assez fins, sur le cinéma, mais qui m’ont laissée indifférente. La nouvelle est trop courte, à peine trois pages qui ne me permettent pas de me faire une idée de son talent…   

 

À l’instar de Michel Bussi, François d’Épenoux nous raconte une histoire de jalousie entre sœurs, que leur mère tente de réconcilier à tout prix. Haine et rancoeur, l’héritage du père est au cœur des conflits. Quand l’argent vous pourrit la vie ! Et là, premier coup de cœur pour Aleyna de Karine Giebel. Aleyna, 17 ans, une jeune turque forcée de marier un homme de 35 ans qu’elle n’a jamais vu, encore moins aimé. Un texte qui rend compte de la souffrance de milliers de femmes dans le monde. Elle aborde les restrictions liées aux lois ancestrales, la privation de liberté, le déshonneur et le prix à payer - la plupart d’entre elles sont tuées dans des conditions atroces. Ensuite, l’échec du mariage est présenté par Douglas Kennedy, les interrogations, les regrets et la solitude qui s’ensuivent. Puis Alexandra Lapierre nous parle de la souffrance de l’enfant unique. Quand une lettre fait tout basculer et que sont mis en doute notre vie, notre passé et notre avenir.   

 

Deuxième coup de cœur pour la nouvelle d’Agnès Ledig dont j’ai adoré la plume ! Et savouré la douceur des mots. Deux personnes qui se rencontrent par hasard, un homme et une femme, et qui sont émus l’un par l’autre. Lui par sa simplicité et son optimisme, elle par sa sincérité et sa spontanéité.

 

Un extrait retenu et que j’ai trouvé très beau... :  

 

« Quand, des années après, je me retournerai sur ma vie, je pourrai me dire qu’on prend parfois des chemins sans savoir où ils mènent, et qu’on n’en a que faire, du moment qu’on avance à côté des personnes qui comptent. »

 

Finalement, Nadine Monfils nous rappelle que les apparences sont souvent trompeuses. Romain Puertolas y va de jeux de mots, de bizarreries et d’humour afin de créer chez le lecteur une réflexion sur notre société capitaliste et l’acceptation des différences. Les extraterrestres sont tous des communistes, c’est lui qui le dit ! Enfin, dernier auteur et troisième coup de cœur pour la nouvelle de Bernard Werber qui porte sur la gémellité. Sur fond d’intrigue, elle tente de répondre à des questions qui sont toujours en suspens concernant les jumeaux identiques : est-ce que l’esprit est séparé de la matière? Quelle est la place des gènes versus le milieu de vie? Jusqu'où les gestes de l’un peuvent inconsciemment influencer les gestes de l’autre? Des questionnements qui remettent en cause la complicité et l’empathie…

 

Il a été glissé sous mon sapin par une sweet grenouillE de marais à qui je dis un gros merciiiiii CRÔAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA slurp ! :-*

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