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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 00:59

Nu

Nu

« De la littérature érotique. Assumée. Celle qui donne chaud dans le ventre, qui fait rougir d’excitation. Du sexe, des pulsions, de l’émotion. Voilà ce à quoi se sont attelés seize auteurs de talent : des histoires pour adultes consentants où le plaisir des sens n’exclut pas l’élégance. Des histoires de tentations, de désirs qui nous font basculer. Ce moment où l’on se dit « je ne devrais pas, mais… »

 

Attention…!!!

 

Il fait chaud, partez la clim, 16 auteurs se mettent à Nu!...

 

Miléna Babin, Charles Bolduc, Sophie Bienvenu, Roxanne Bouchard, Guillaume Corbeil, Stéphane Dompierre, Geneviève Jannelle, Véronique Marcotte, Isabelle Massé, Eza Paventi, Nancy B. Pilon, Marie Hélène Poitras, Patrick Senécal, Matthieu Simard, Chloé Varin et Guillaume Vigneault.

 

100% québécoises, 200% érotiques, ces 16 nouvelles de Nu vous feront rougir de plaisir…

 

C’est sous la direction de Stéphane Dompierre que 16 auteurs québécois se sont rassemblés sous un thème commun, la nouvelle érotique, avec comme seule consigne d’écrire une nouvelle « saine », donc exit les pratiques déviantes ou torturées. Chacun y est allé de son style pour pimenter son histoire aux saveurs d’érotisme et, sans vouloir jouer sur les mots, on pourrait même dire qu’il y en a pour toutes les sauces. Il ne serait pas faux non plus d’affirmer qu’elles laissent en bouche un p’tit goût de r’venez-y! …  

 

En entrevue à Radio-Canada, Stéphane Dompierre rappelle à quel point nous vivons dans une société d’images, de telle sorte que le « retour aux mots est un bel exercice à la fois pour l'écrivain et pour le lecteur ». Je suis d’accord avec lui, lire est une expérience divinement sensorielle qui met en éveil tous les sens, par transposition du regard à l’imaginaire des sons, des odeurs, des goûts ou du toucher. D’ailleurs, dans la littérature érotique, ne sont-ils pas décuplés puisque les mots deviennent images et renvoient à notre propre expérience du plaisir?

 

« Ce type de littérature répond à une nécessité : en lisant de la littérature érotique, on se réapproprie les images au lieu de se faire imposer des modèles sexuels dans lesquels on ne se retrouve pas forcément. »

 

Et si je vous disais que ces 16 nouvelles parlent… de passions, de désirs, d’amour, d’orgasmes, de caresses, de baisers, de touchers, de frissons, de pulsations, de vagues d’émotions, de délicatesses, d’abandon, de vulnérabilités, d’amour à deux ou trip à trois, en solitaire, de points G, bouton déluge, de silences, de soupirs, de gémissements, de titillements de majeurs en musique de chambre, d’envolées, de flottements, de quelques frottements, de sirop d’érable, de vertiges de nuits ou de bon matin, de lits défaits et de lieux insolites…...... vous seriez tentés de les lire?

 

Enfin, rien que pour vous mettre l’eau à la bouche, voici quelques extraits. Coup de cœur à la nouvelle de Charles Bolduc, « Un glaçon entre les dents » et mention d’honneur à sa « mouille marine ». Des mots sensuels et poétiques, avec des métaphores érotiques à vous sucrer le bec! L’histoire se déroule à Montréal, un soir d’hiver où la nature se déchaîne. Nuit de tempête, la grêle fait rage, panne d’électricité, l’appart est éclairé à la chandelle. Une série de coups à votre porte. Vous ouvrez et découvrez Sophie. Femme féline…

 

« Nous goûtons l’aurore des corps à corps et le fourmillement des fins du monde silencieuses. Elle s’assoie sur mon visage et me barbouille de sa mouille marine, radieuse, sans arrière-pensée, ensoleillée au cœur de la nuit chavirante ».

 

« …lui arracher ses vêtements pour me coller contre son corps nu et chaud, la bouche refermée sur ses seins parfaits, caresser ses cuisses nerveuses et frissonnantes et foutre ma langue dans les replis de sa fente humide »

 

« Elle s’appelle Sophie et engouffre mon sexe dans les profondeurs de sa bouche océane ».

 

Guillaume Corbeil

 

 « Elle déboutonne sa blouse, passe sa main dans l’ouverture et commence à caresser un de ses seins. Son autre main glisse le long de son corps, puis s’attarde un instant sur le bas de son ventre avant de disparaître dans l’obscurité. Elle ouvre la bouche et y fait pénétrer son majeur. La pointe de sa langue le caresse, puis ses lèvres se resserrent autour de son doigt avant que celui-ci retourne dans l’ombre. Un spasme de jouissance parcourt son corps et je voudrais la voir entière dans ce moment de grâce »

 

« L’équilibre lumière et obscurité devient alors parfait et mes yeux ne peuvent plus quitter le spectacle de son majeur, qui s’agite entre ses lèvres »

 

J’en vois déjà d’ici qui sont à leur ordi en train de vérifier s’il reste un exemplaire chez le libraire du coin... ^^

 

Pour entendre une entrevue avec Stéphane Dompierre, Roxanne Bouchard et Isabelle Massé, cliquer ICI

 

Nu, 200% érotique, divinement cochon…

Nu
Nu
30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 00:40
Consultation chez l'ophtalmo de la faim

Consultation chez l’ophtalmo de la faim

 

Prologue :

 

Deux cyclopes au bec fumant sortent à l’aveuglette de chez Charles Pignon l’éminence grise de l’ophtalmologie moderne ; impatient Charles attend son prochain patient sur le pas de son pas-de-porte: Pignon sur rue, pognon sur cour. Il tire de longues bouffées d’un long cigare ramené de La Havane lors du dernier colloque mondial de la voyance où il eut ce rare privilège de croiser une malvoyante célèbre : Mme Soleil qui en avait pris un sacré coup, à un point (de vue?) tel qu’elle en serait devenue maboule.

 

-Docteur, je suis revenu parce que depuis quelque temps ma vue me joue des tours d’y voir plus clair du tout : Je ne sais pas s’il s’agit d’un don, d’une farce mais souvent je vois comme un trou, cette vacuité m’inquiète docteur ?

-Non non je vous rassure si vous gardez les yeux en face des trous au contraire tout va bien, il ne s’agit que d’une baisse à cuiter visuelle passagère, je vais vous faire des filets des lettres devant vous (défiler comme des taupes modèles c’est c’la oui !) et pelez-les au furet à mesure là dans la rangée du haut vous lisez quoi ?

 

-O Q P O V C

-Très bien, donc vous le voyez correctement le trou du Q, et le P O V C ?

-Oh oui tout parfaitement docteur.

-Vous voyez bien, il faut vous y faire, le rêve de tout homme n’est-il pas de faire son trou !

-Vous me rassurez à moitié docteur parce que ce trou, ce n’est pas un vulgaire trou mais un gros trou normand, c’est louche non ?

-Si vous n’avez pas d’antécédents normands, ça peut être louche, vous n’y allez pas non plus avec le dos de la cuillère, mais je vous rassure ceci est un phénomène courant celui de l’œil qui dit merde à l’autre appelé dans notre jargon scientifique : OGM (œil géométriquement modifié), suffit donc de savoir lequel est l’impoli pour le neutraliser, voire le crever si les symptômes persistent, je viens d’effectuer avec succès cette opération bénigne sur les deux personnes qui étaient avant vous.

(Lecteur, tu comprends maintenant le coup des cyclopes !).

-C’est pas que ça docteur c’est que ce trou, normand ou pas, perturbe ma vision des choses, je ne vois que du vert et je fonce alors que le feu est au rouge, si ça tombe ( mal), c’est de la faute de mon médecin maltraitant, lui m’a conseillé de me mettre au vert et d’arrêter le rouge!

-Ne vous inquiétez pas, tenez, pas plus tard qu’hier un éminent politologue, président de surcroît ne soutenait-il pas dans son allocution télé visée nocturne que tous les voyants passaient au vert.

-Justement docteur j’en déduis et ça me fait peur que tous les non-voyants passent donc au rouge !

-Mais non, n’allez pas vous mettre le doigt de Charles Martel dans l’oeil, vous êtes peut-être un peu daltonien tout simplement.

-Mon œil! Alors là docteur j’en suis sûr c’est non je n’aime pas les frères Dalton, moi c’est plutôt les frères Reiser et Wolinski ou des sœurs défroquées à la rigueur!

-Je ne voudrais pas vous vexer mais je parlais du daltonisme c'est-à-dire la confusion du verre et du rouge.

-Oh excusez moi docteur, suis-je bête, où ai-je la tête mais c’est bien sûr.

-Vous êtes tout excusé, vous savez ça ne fait pas longtemps que je sais que les presbytères ne sont pas ces cliniques où on soigne les presbytes.

-Moi c’est pire docteur, presbyte jusqu’à hier je croyais que c’était comme presse-purée mais pour les…… euh, enfin vous voyez.

-Ah oui aussi docteur, je manque de vision à long terme, mon patron me le dit souvent.

-Dans ce cas vous êtes myope ça n’est pas l’taupe mais vous savez dans la vision le plus important est de ne pas avoir froid aux yeux et d’un seul regard savoir souffler le show !

-Me conseilleriez-vous alors de porter des oeillères ou des lunettes chauffantes ?

-Qu’importe eurovision, mondovision, méga vision; du moment que vous voyez de vos propres yeux !

-Propres c’est beaucoup dire mais docteur je peux vous garantir que pour l’hygiène, je me rince l’œil souvent, même que ça ne plaît pas à ma femme, ça lui sort même par les yeux, par foi même par les narines !

-Vous n’avez pas les yeux dans votre poche, c’est un signe de bonne santé.

-Justement docteur, mes poches sous les yeux c’est grave ?

-Au contraire, vos valises sous les yeux c’est normal pour un grand voyageur comme vous, enfin si elles vous dérangent vous pouvez toujours les mettre dans vos poches.

-Oh, c’est plutôt ma femme que j’aimerais avoir dans la poche, au doigt elle m’obéit, mais à l’œil non.

-Si votre femme voit tout ça d’un mauvais œil, c’est qu’elle doit avoir quelques lésions au niveau de son champ visuel, pour un diagnostic plus approfondi il me faudrait connaître son lieu et sa date de naissance et savoir en quelle année elle a eu ses premiers yeux; ils sont de quelle couleur ses yeux ?

-Euh, couleur d’iris je crois, enfin bleus parfois marron enfin glauques comme de la vase.

-Glaucome…. inquiétant ça, son regard vaseux peut être un signe de dédoublement de sa personnalité oculaire de rien.

-Enfin marrons, c’est surtout quand je lui tape dans l’œil voyez vous!

-Je vois oui, ça doit même valoir le coup d’œil, ses yeux de merlan frit au beurre noir.

-Le pire c’est quand elle passe son temps à chialer comme Madeleine sa soeur, j’ai l’impression de vivre avec lapine qui aurait la myxomatose.

-Je peux lui prescrire un vaccin contre la myxomatose, elle n’aura plus les yeux rouges, mais vous aurez toujours à subir ses pleurs qui ne sont pas de mon ressort.

-Oh mais elle est allée voir un ‘pleurologue’ qui a trouvé très vite le mal: Ma femme n’a pas de chance elle est blonde, décolorée en plus, par contre il n’a pas trouvé le remède pour l’aguerrir.

-Je ne voudrais pas contredire un éminent confrère mais il aurait du tout simplement lui prescrire une teinte en brune.

-Peu importe la couleur docteur, ma femme ne voit pas plus loin que le bout de son nez.

-Dans ce cas je pense que votre épouse a vraiment besoin de lunettes de toute urgence, car ça commence par ce cubisme picassien pour amuser la galerie que je ne peux pas voir en peinture mais ça peut dégénérer en strabisme Léger qu’il me sera difficile de soigner!

-Oui je sais bien tout ça docteur, cubisme strabisme, mais le pire c’est qu’elle a de la merde dans les yeux. !

-Alors là Monsieur Eloy la déontologie me doit de vous mettre en garde (s’prend pour Dartagnan le doc) avant que votre femme n’ait plus d’yeux pour pleurer, ça crève les yeux, il faut absolument qu’elle se fasse opérer.

-Vous voulez dire une opération à l’œil ?

-Mais certainement pas, vous n’y pensez pas et pis cette merde prouve que le mal est localisé beaucoup plus bas, non je voulais dire tout simplement qu’il faut lui ouvrir les yeux.

-Vous n’y pensez pas, elle vient de se faire ouvrir les seins pour des raisons esthétiques, le ventre et les fesses l’année dernière suite à un échec de sa dernière liposuccion, faut dire qu’elle avait tapé dans l’œil plein fard de son « Hypo-suceur », celui-ci ébloui lui avait fait ça à l’œil!

-(le docteur faisant les gros yeux)

- je suis outré par le comportement inadmissible de certains membres du corps médical qui s’en battent l’œil voire les… enfin plus de la déontologie, voyez-vous cher Monsieur Eloy avec moi l’opération à l’oeil lui coûterait peut-être les yeux de la tête mais sûrement pas la tête.

-Oh ça n’est pas bien grave car à vous je peux l’avouer, elle n’a plus toute sa tête ; puisqu’on en est aux confidences je peux même vous dire qu’elle a les yeux plus gros que le ventre, hier soir heureusement que je ne dormais que d’un œil sinon je parierais quelle m’aurait mangé des yeux !

-Euh, des yeux plus gros que le ventre non là je ne peux plus opérer, pour ce genre d’œdème je vous conseille plutôt de l’emmener chez le gynéco avant qu’elle ne perde les os, en attendant, dîtes-lui de prendre ces gouttes et jetez-lui un peu de poudre aux yeux pour cicatriser ses plaies, pas plus d’une pincée dans chaque œil puis faites-la revenir à vous à feu très, très doux, elle n’y verra que du feu vous verrez!

-Merci docteur vous êtes vraiment rassurant, ça crève les yeux comme votre dit agnostique est juste ! (note cher lecteur comme je sais aussi jeter de la poudre aux yeux pour obtenir une consultation à l’œil)

-Euh docteur, pour résumer, je n’ai plus à m’affoler si je continue à voir comme un trou ?

-Non, non aucune inquiétude je vous dis, moi aussi je bois trouble c’est pour ça que je vois double, nous avons quatre yeux Mr Eloy et c’est tant mieux pour nous!

-Docteur je crois que si un jour je devenais aveugle, je ne m’en remettrais pas ou alors je me remettrais au poker et je ferais tapis pour voir.

-Je demande à voir ça !

-(joignant le geste à la parole) je montre ma paire de deux au docteur qui pris d’un fou rire

se prend les pieds dans le tapis !

-Au re voir Docteur

 

Moralités : Si l’oeil qui voit croit qu’il se voit, il se met le doigt dans l’œil ! M’enfin voyez-vous, faudrait pas non plus que les aveugles dépassent les borgnes, il y a une ligne jaune à ne pas dépasser, mais peut-on être dur émouvoir quand même, je me pose cette question car cette dernière histoire j’hésite toujours à la raconter : C’est l’histoire d’un mec qui revend à vil prix sa bicoque à un non-voyant en lui faisant croire qu’elle est les pieds dans l’eau au bord de la grande bleue, le leurre est parfait car le jardin est inondé d’un bon mètre d’eau, le non-voyant a pu vérifier de lui-même que la mer enfin l’eau était vraiment près.

Le mec a même l’audace de passer pendant toute la visite un enregistrement de bruits de vagues, le plus beau c’est qu’elle est au fin fond du Cantal sa cabane à lapins !

 

Moralité finale : il vaut mieux voir avant d’acheter !

 

Moralité post finale pour qu’elle soit sauve :

Après enquête il s’est avéré qu la bicoque avait été payée avec un chèque volé à un bienveillant* qui n’y a vu que du feu……

 

JC Eloy

24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 20:51
S.A.S.H.A. Vol 459 - Martin Michaud

« Le 24 juin, le vol 459 en partance de Paris s’est abîmé en mer. C’est la proposition de laquelle sont partis quatre auteurs québécois de talent pour imaginer des histoires haletantes, touchantes, intrigantes »

 

Voici celle de Martin Michaud

 

Terrés dans une cabane au fin fond des bois, dans la vallée québécoise de la Missisquoi, Elias et le petit Sasha, sept ans, vivent en retrait du monde, solitaires. Ils chassent, pêchent, attisent le feu, les sens en alerte dans une perpétuelle confrontation avec la nature. Là-bas, Elias avait cru qu’avec le petit ils y seraient en sécurité. De qui ou de quoi d’autre aurait-il besoin puisqu’il était la seule personne au monde à le rattacher à la vie?

 

« Ce qui lui donnait l’impression de suffoquer, c’était la perte de sa liberté, l’enracinement que provoquait le fait d’être responsable de la vie de quelqu’un d’autre »

 

Avait-il eu tort? Et merde, quelles étaient ces voix dans sa tête? Arriverait-il à se sortir de son monde intérieur? Pour combien de temps encore pourrait-t-il continuer à lui mentir?

 

« À force de vivre reclus dans les bois, il n’était même plus certain de faire la distinction entre ce qui relevait de la réalité et ce que son imagination lui faisait voir »

 

« Tu n’entends même plus quand je te parle, Elias. Là où tu es, je suis incapable de te rejoindre »

 

Ému par la fragilité et l’innocence de l’enfant, Elias avait réalisé à quel point l’homme avait le pouvoir de changer, sinon le cours de sa vie, du moins ses motivations. Il ne s’était jamais douté que Sasha pouvait le ramener à sa propre douleur, à son père et à l’héritage qu’il lui avait transmis. Et qu’il pourrait le transmettre à son tour, lui apprendre le monde, lui enseigner la vie. Mais tout ça, c’était bien avant l’incendie qui les força à fuir. Compte à rebours, retraverser la Missisquoi en sens inverse à travers un froid mordant, de la neige jusqu’aux cuisses, les yeux cernés, injectés de sang, une barbe de plusieurs jours et des engelures. Tous ces vêtements défraîchis qui sentent la fumée. Une odeur de souvenirs imprégnés à la chair, celle d’une cabane abandonnée au fin fond des bois. Tout perdre et se perdre de vue… Est-ce que l’homme est en fuite ou est-ce qu’il fuit un passé qu’il faut taire?

 

« Lorsqu’il s’était endormi, Elias saisissait une bouteille de whisky et se glissait dehors sur la pointe des pieds. Assis près du feu, il observait les flammes danser devant le contour flou des arbres, tendait l’oreille au bruit du bois humide qui sifflait, humait les effluves piquants de la fumée. Et là, dans le ventre de la nuit, il songeait parfois à sa vie d’avant ». 

 

Durant 24 heures, ils vont déambuler dans les couloirs de l’Aéroport Trudeau de Montréal. Et attendre le Vol 459 en provenance de Paris. Je n’en dis pas plus…

 

J’ai dévoré ce petit livre de 135 pages comme une louve affamée! L’intrigue se dévoile au fil de l’eau, avec beaucoup de finesse et de subtilité. L’écriture est directe, sans fioritures. Martin Michaud ne passe pas par quatre chemins, d’ailleurs, ce n’est pas le genre de roman qui se prête aux grandes métaphores poétiques. En revanche, il arrive à nous séduire par la profondeur des réflexions qui émergent de ses écrits. J’ai été touchée par sa façon de nous parler de la perte, du deuil, de l’espoir aussi, de l’héritage affectif qui nous est transmis. De notre part de responsabilité et d’engagement envers ceux que nous aimons et qui dépendent de nous, pour qui nous faisons le choix de nous impliquer émotionnellement, comme le petit Sasha pour Elias. Par le fait même, il aborde la paternité à travers l’espace sauvage et libre d’une nature qui se prête à l’introspection. La force d’un amour peut être si grand qu’il nous transforme à jamais. Il nous amène à concevoir la liberté sous un autre regard, en plus de nous apprendre que nous sommes souvent tout aussi libres en relation avec l’autre qu’avec soi-même, ne serait-ce que par nos incessantes remises en question…    

 

«Mon objectif premier en acceptant d’écrire ce roman était de me mettre en danger. J’avais envie de faire autre chose, d’aller où je vais moins habituellement, donc plus dans l’introspection. Évidemment, on est vite rattrapé par sa nature. Alors oui, il y a un peu de thriller.»

 

«Écrire est un exercice solitaire et ce roman-là ne fait pas exception. Je l’ai écrit seul avec moi-même. Ce qui a été différent par contre, c’est tout ce qui est venu avant: le choix de notre thème, la catastrophe à imaginer et à minuter et tout le travail d’intersection entre certains personnages. C’est là que le véritable travail d’équipe s’est fait. C’est motivant de savoir que trois autres personnes sont en train d’écrire un roman et te poussent dans le derrière pour que tu avances.»

 

Ce « petit » grand livre me fut l’occasion de découvrir un auteur de talent sous une plume à la fois douce et révoltée…

 

******************************

 

Pour jeter un coup d’œil aux autres romans du Vol 459. Un thème commun et quatre regards :

 

Claudia Larochelle : Les îles Canaries

 

 Pierre Szalowski : Elle était si jolie

 

Aline Apostolska : Fleur de Cerisier

 

S.A.S.H.A. Vol 459 - Martin Michaud
S.A.S.H.A. Vol 459 - Martin Michaud
10 septembre 2015 4 10 /09 /septembre /2015 00:56
Ulysse from Bagdad - Eric-Emmanuel Schmitt

« Le problème des hommes, c’est qu’ils ne savent s’entendre entre eux que ligués contre d’autres. C’est l’ennemi qui les unit. En apparence, on peut croire que le ciment joignant les membres d’un groupe, c’est une langue commune, une culture commune, une histoire commune, des valeurs partagées ; en fait, aucun liant positif n’est assez fort pour souder les hommes ; ce qui est nécessaire pour les rapprocher, c’est un ennemi commun. »

 

Bagdad est en feu. Les bombardements grondent de toutes parts. Attentats-suicides, coups de feu et explosifs, la ville est plongée dans le chaos. D’abord, il y eut Leila, ce grand Amour. Puis son père, sa nièce, ses beaux-frères : tous morts. Pourtant, jusque là, Saad n’avait jamais imaginé sa vie ailleurs que sous l’aile protectrice du parti Baas de Saddam Hussein, transmission d’un héritage religieux plus qu’affectif. Admiré par son peuple autant que redouté, le dictateur irakien venait de déclencher, en 90, la guerre contre le Koweït. Alors que son peuple crevait de faim, il construisait de nouveaux palais, proclamant, à coup de dictature, sa haine à l’encontre des kurdes, juifs, chiites, complices d’Israël ou amoureux de l’Amérique. Mais tout cela, c’était avant Leila. Car depuis sa mort, les choses ont changé…

 

« Le passé n’est pas un pays qu’on laisse facilement derrière soi »

 

Aujourd’hui, Saad déteste le monde arabe. Il a besoin de quitter l’Irak, de s’enfuir, d’éclore ailleurs. Autre villes, autres pays. Il caresse l’idée de gagner l’Europe. D’abord se rendre au Caire, rejoindre ensuite la Lybie, traverser jusqu’à Lampedusa puis Malte et s’établir à Londres. Le statut de réfugié lui est refusé. Pour l’aider à passer les frontières, on lui proposera de devenir terroriste, de rallier Al-Qaida et le mouvement islamiste. Sait-il seulement, comme migrant, le chemin qui l’attend? Comment parcourir des milliers de kilomètres sans un dinar? Le monde clandestin offre un univers cimenté par la peur et la méfiance. La promesse d’une vie meilleure arrivera-t-elle à effacer en lui cette vie d’avant marquée par la guerre, les souffrances et les morts? Durant ce long périple, il sera accompagné par le fantôme de son père, avec qui il aura des conversations sur l’importance des choix que nous faisons et avec lesquels il faut accepter de vivre. 

 

« Les hommes sont des papillons qui se prennent pour des fleurs : dès qu’ils s’installent quelque part, ils oublient qu’ils n’ont pas de racine »

 

« Le bonheur qu’on attend gâche parfois celui qu’on vit »

 

À bord des bateaux chargés de clandestins, il souffrira de la soif, de la faim, de crampes à l’estomac, de douleurs insupportables. Le visage hagard, épuisé, il savait pourtant qu’il confiait sa vie à une fragile embarcation. Qu’en mer, quand la tempête se lève, les vagues ont des lames affinées qui vous avalent et vous noient. Et que peu survivent au naufrage… Mais Saad était prêt à tout pour oublier cette vie d’avant. Car en plus de la mer, il vivra la peur des gardes-côtes, la terreur des centres de détention et les interrogatoires sans fin. Il fuira la mafia d’Italie, les barbelés, les gens douteux et les assassins. Saad a envie de liberté autant qu’il a besoin de refaire sa vie. Ailleurs…

 

« -D’où es-tu?

-Je ne m’en souviens plus, Vittoria.

-Bien sûr… tu me le diras plus tard. Comment t’appelles-tu?

-Je ne m’en souviens plus. Comment veux-tu m’appeler?

-Puisque je t’ai trouvé nu sur la plage, telle Nausicaa découvrant Ulysse nu entre les roseaux, je t’appellerai Ulysse. »

 

Tel Ulysse, Saad est un héros. Il a choisi la vie à la mort, la liberté aux chaînes de la dictature.

 

« J’aimerais que tu t’épanches, Ulysse, que tu me fasses confiance, que tu me décrives ton passé.

-Qu’est-ce que ça changerait?

-Ça me permettrait de t’aimer mieux.

-Ta façon actuelle me convient.

-Ça prouverait que tu m’aimes. »

 

Éric-Emmanuel Schmitt arrive une fois de plus à me secouer les tripes. Cet homme, de loin l’un de mes auteurs favoris, est un vrai génie. Un génie de sensibilité face aux souffrances humaines et aux couleurs de l’âme. Il arrive à analyser le contexte historique et les enjeux dans lesquels ses personnages s’inscrivent pour nous faire vivre, de près, tantôt leurs blessures, tantôt leurs défis. Son univers romanesque est habité par la générosité et l’entraide. Dans Ulysse from Bagdad, donnant vie à Ulysse à travers le personnage de Saad, il questionne le sens du mot liberté et du sentiment d’appartenance. Être libre, mais a quel prix? Avec et contre qui? On a beau fuir son pays, ce qu’on trouve au bout du chemin n’est pas forcément le rêve qu’on souhaitait. Si l’homme était resté nomade, aujourd’hui, y aurait-il autant de frontières? Une chose est certaine, le rêve est le moteur de la vie. Et cette lecture s’inscrit parfaitement dans la crise actuelle des migrants en Syrie.

 

« Ériger des frontières, est-ce la seule manière pour les hommes de vivre ensemble? »

 

Merci à vous M. Schmitt, votre plume est magnifique et vos mots trouvent écho en moi…

 

Petit encart pour mentionner les romans d’Éric-Emmanuel Schmitt que j’ai adoré, comme je n’aurai peut-être jamais l’occasion de faire des billets sur ces lectures. Mes plus gros coups de cœur vont à ses romans du Cycle de l’invisible : Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran, Oscar et la Dame rose et L’enfant de Noé. Sans oublier tous les autres : Lorsque j’étais une œuvre d’art, Milarepa, Le Sumo qui ne pouvait pas grossir, La Part de l’autre, Ma vie avec Mozart et d’autres encore.

 

Voir les billets de Céline du blog Le livre-vie :

 

Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran

Oscar et la Dame rose

L'enfant de Noé

Ulysse from Bagdad - Eric-Emmanuel Schmitt
4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 22:48
Une vie entre deux océans - M.L. Stedman

« Il est des moments où l’océan n’est pas l’océan – ni bleu, ni même aqueux-, mais une violente explosion d’énergie et de danger : une férocité que seuls les dieux peuvent atteindre. Il se rue contre l’île, projetant son écume par-dessus le phare, rongeant la falaise. Le vacarme qu’il produit ressemble au hurlement d’une bête dont la colère ne connaît pas de limites. »

 

Au point culminant de l’île de Janus, en Australie, le phare se dresse, immobile. Ses flancs de pierres ont connu les démesures du temps. Ils résistent aux grandes marées, à la colère des vagues, témoins immuables du sillage des navires. Le phare se dresse, il est l’ancre et l’amarre des marins voyageurs, lumière qui guide sur la route des eaux. Plus encore, il fut le dernier symbole de l’Australie lorsque le régiment de Tom est parti pour l’Égypte, en 1915. Le phare se dresse et le jour s’éteint. Tom se souvient…

 

Mobilisé durant la guerre, il porte en lui les traumatismes de l’homme qui a côtoyé la mort, transformé à jamais par cette odeur fétide de sang et de corps arrachés à la vie. Tom se souvient, car certaines douleurs sont ineffables. Elles rendent compte du mépris de l’homme. Peut-on même y trouver un sens, des années plus tard? Comment témoigner de la mort sans se sentir brisé, coupable de s’en être sorti indemne?

 

« Lui viennent en tête différentes versions de lui-même lors de la scène d’adieu : l’enfant de huit ans abandonné ; le soldat devenu fou qui errait quelque part en enfer ; le gardien de phare qui a osé ouvrir son cœur. Comme des poupées russes, ces vies s’emboîtent les unes aux autres. »

 

C’est un lieu isolé, sauvage, un petit point sur la carte du monde où se dresse un phare, immobile. Le point le plus éloigné du continent, sur la côte de la Nouvelle-Galles-du-Sud. Tom y trouvera refuge, nouvellement engagé comme gardien de phare. Ce même phare qui le vit quitter la terre ferme à bord d’un navire, des années plus tôt. En homme solitaire, il trouvera la liberté dans le silence des jours. Ici, il faut tenir le registre, polir le prisme, apprendre le morse. Il faut aussi être inébranlable dans ce monde coupé de tout. Tom est le « gardien de la lumière », au sommet de son phare, il tente de renouer avec le passé. Cette vie est faite pour lui. Mais avant tout…

 

Dans ce roman, il y a l’Amour, celui dont il ne se doutait pas d’en connaître les saveurs un jour. Elle s’appelle Isabel et partagera sa vie au phare. Avant elle, il y a tant de choses dont il ne soupçonnait pas même l’existence.

 

« -Je suis désolé Isabel. Je ne suis pas très doué pour affronter ce genre de situation.

-Quel genre de situation?

-Comme… dire au revoir. Je m’accoutume très bien de la solitude. Et je m’accommode aussi très bien de la compagnie des gens. C’est le passage de l’un à l’autre qui me pose des problèmes. » 

 

« Comment as-tu fait pour que je ressente autant d’amour pour toi? »

 

Elle rêve d’avoir des enfants et n’envisage pas sa vie sans eux. Puis il y a les fausses-couches, ces faux espoirs qui se transforment, au fil du temps, en cauchemars. Nuits sans fin où s’éternise, comme une longue plainte de douleur, la colère impuissante du couple. Au sommet d’une falaise, le vent emporte l’écho inassouvi des pleurs. Le rire d’un enfant pas même éclos. C’est alors que s’ « échoue » Lucy, petite vie surgie de nulle part, un cadeau du ciel, un trésor des eaux… D’où vient-elle? Qui sont ses parents? Et si on la gardait avec nous, Tom?       

 

La petite Lucy a guéri des vies, celles d’Isabel et Tom. Mais les décisions que l’on prend, et qu’il faut accepter, pèsent parfois néanmoins sur la conscience. Elles n’enlèvent en rien la culpabilité qui ronge à petit feu. Encore moins le mal que l’on cause en les prenant. Mais jusqu’où ignorer les règles? Et qu’en est-il des liens du cœur et de ceux du sang? Comme manU (clicker sur le lien) je n’ai aucun doute sur ceux qui ont le plus de valeur. À mes yeux, l’héritage d’amour est plus fort que tout.       

 

Dans ce roman qui a chaviré mon cœur, on s’interroge sur le sens de la vie. Sur le fait de laisser ou non le passé à sa place. Sur le bien et le mal. Sur la mort et la douleur qu’elle suscite en nous. Sur l’héritage affectif que nos parents nous lèguent ; les souvenirs imprégnés d’odeurs et de sensations. Sur le pardon aussi, la mémoire et les blessures. Trop souvent, ce que la vie donne d’une main elle le reprend de l’autre. Les jours vont et viennent comme le mouvement des vagues. « À l’image des humains, la mer n’a aucune limite. Elle ne connait ni début ni fin ».    

 

Comme toi manU, marin parmi les hommes, j’ai refermé ce roman avec des larmes au coin des yeux. Mais c'était juste des résidus d'embruns venus tout droit de l'océan ;-)

 

Entre deux océans, un grand merci d’avoir fait voyager ce lire jusqu’à moi. L'étagère océane s'agrandit :D

 

« Sur la table de la cuisine, la flamme de la lampe à huile vacillait par intermittence. Le vent poursuivait sa vendetta séculaire contre les fenêtres, escorté par le tonnerre liquide des vagues. Tom frissonna en songeant qu’il était le seul à en percevoir le bruit, en se disant qu’il était l’unique être humain à pratiquement cent cinquante kilomètres à la ronde. Il pensa aux mouettes blotties dans leurs nids hérissés de branchages sur les falaises, aux poissons évoluant calmement à l’abri derrière les récifs, protégés par l’eau glaciale. Toute créature a besoin d’un refuge »

Une vie entre deux océans - M.L. Stedman
31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 21:35
Le restaurant de l'amour retrouvé - Ito Ogawa

« Un repas, c’est parce que quelqu’un d’autre le prépare pour vous avec amour qu’il nourrit l’âme et le corps »

 

Un panier à la main et une jarre de saumure sous le bras, Rinco emprunte le car qui la ramène à son village natal. À travers la grande vitre embuée, les souvenirs défilent. Dix ans déjà qu’elle a quitté ce lieu de montagnes et de rivières alors qu’elle avait quinze ans. Douceur d’une nature qui fut sa plus grande confidente et dont les paysages qui s’offrent à ses yeux éveillent en elle les vestiges émus de son enfance. Cette mère qu’elle n’a jamais revue, femme froide et indifférente. Mais surtout sa grand-mère qui lui tint lieu de refuge ; le trésor d’une vie dont elle garde en elle l’héritage des souvenirs tendres qui ne l’ont jamais quittée. L’amour d’une grand-mère comme celui d’une mère, plus fort encore, plus présent. Et les larmes qui coulent d’autant d’années de carence. Le jour où elle posera les pieds dans le car, sa vie venait de basculer. Son chemin parsemé d’embûches se résumait à une suite de deuils, de pertes  qui font grandir et dont l’exutoire le plus probable consiste à tout recommencer. Ailleurs…  

 

« C’est une petite colline sur laquelle se dresse un figuier d’une taille exceptionnelle. En dix ans, je n’avais pas eu une seule fois envie de voir ma mère, mais ce figuier, lui, m’avait manqué, et je l’avais cherché en rêve »

 

Les mets ont une histoire, ils traduisent l’ivresse des sentiments. Préparés avec amour et dans la joie, ils font ressortir de vieilles émotions. Ils sont empreints de souvenirs… Comme le goût suave des beignets aux graines de pavot de sa grand-mère. Pour peu que Rinco se ferme les yeux, ils fondent sur son palais. Et ce léger parfum dans l’air de garam masala qui lui rappelle son fiancé indien. Trois ans de vie commune et ces odeurs qui ne sont plus. Mais si la force de l’amour permettait de graver à jamais en nous l’empreinte olfactive des mets qui nous ont été préparés avec tendresse? Il m’arrive souvent ainsi de voyager à travers les saveurs de mon enfance. Et chaque fois je sais à qui je dois la force de ces souvenirs…

 

« Mon restaurant, je voulais en faire un endroit à part, comme un lieu déjà croisé mais jamais exploré. Comme une grotte secrète où les gens, rassérénés, renoueraient avec leur vrai moi »

 

Au restaurant L’Escargot, que vient d’ouvrir Rinco, il n’y a qu’une table par jour. Aucune musique, que le bruit des oiseaux. Chaque invité sera rencontré afin de savoir ce qu’il souhaite manger. Comme l’amour n’a pas besoin d’artifices, tout sera préparé avec simplicité. Rinco est entière, généreuse, elle souhaite contribuer au bonheur des autres…

 

« Le simple fait de remettre sur ses pattes un cloporte coincé sur le dos était pour moi une joyeuse rencontre. La chaleur d’un œuf fraîchement pondu contre ma joue, une goutte d’eau plus belle qu’un diamant sur les feuilles mouillées de rosée, une dame voilée cueillie à l’orée d’un bosquet de bambous, son superbe capuchon pareil à un dessous de verre en dentelle flottant dans mon bol de soupe de miso… la moindre petite chose me donnait envie de déposer un baiser sur la joue du Bon Dieu »

 

Même qu’une suite de petits miracles se produisent après chaque repas. Des vœux se réalisent et des amours se comblent. Et c’est d’une tendresse inouïe… J’ai fondu d’amour pour ce vieil homme venu souffler les bougies de son gâteau d’anniversaire à la veille d’être placé en maison de retraite. Et ce rêve doux qui a donné lieu au retour d’un amant. Mais la plus belle retrouvaille est à mes yeux celle de Rinco avec sa mère pour qui elle cuisinera un repas d’Amour.     

  

« Mais dis-moi, quand est-ce que ça a mal tourné entre nous? Une fois qu’il y  des nœuds, comme ils sont difficiles à défaire! Moi qui t’aime de tout mon cœur, pourquoi n’ai-je pas réussi à te le montrer? Je t’en demande pardon. Vraiment »

 

Ce beau roman contient des messages d’amour très forts. Il nous parle de l’être humain, de ses fragilités, de ses défis, de la confiance que l’on accorde à l’autre dans l’acte d’aimer. De l’acceptation de la perte dans l’impuissance qu’elle génère en nous : « Quoi que nous fassions, rien ne peut abolir le sentiment d’impuissance qui nous assaille quand la personne que nous aimons a décidé de partir »

 

Les relations mère-fille démontrent à quel point il n’est jamais trop tard pour pardonner. Quand la haine laisse place à l’amour, tout est possible, surtout l’impossible. Quand sa mère est entrée dans sa chambre, une douce odeur de parfum flottait dans l’air. Rinco faisait semblant de dormir… elle venait d’apprendre l’histoire de sa mère et sa vie s’en trouvait bouleversée. Sa mère qu’elle croyait connaître et qui évoluait dans un monde qui lui était inconnu. Il ne sert jamais à rien de regretter le passé. Il faut savoir poser les bons gestes, se serrer dans les bras l’un de l’autre et se dire je t’aime. Il n’y a rien de plus fort pour retrouver la « voix » et reprendre goût à la vie…

 

« Merci de m’avoir mise au monde »

 

Merci à toi ma belle Cristina de m’avoir fait goûter à toutes ces saveurs, et à celle de l’Amour <3

xxx

Le restaurant de l'amour retrouvé - Ito Ogawa
24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 01:00
Sous l'arbre à palabres, mon grand-père disait... - Boucar Diouf

« Si la mort exigeait une rançon, je paierais celle de mon grand-père »

 

*************************

 

Quittant la Savane de son enfance pour venir s’établir dans le Bas-du-Fleuve, sur la rive sud de l’estuaire du St-Laurent, Boucar Diouf fit ses adieux à l’homme envers qui il vouait la force de son amour et la richesse de son admiration, un homme parmi les hommes, son grand-père Diouf. Sixième d’une famille de neuf enfants, éleveurs de zébus et cultivateurs d’arachides, il aura grandi dans la province du Sine, le fief de l’ethnie sérère du Sénégal. Berger jusqu’à l’âge de quinze ans, il se souviendra d’avoir parcouru la savane durant la saison des pluies. Et d’avoir mélangé la terre de ses ancêtres à son cœur d’enfant avide de découvrir les paroles du grand homme.   

 

« La rivière a un tracé sinueux parce qu’elle n’a pas d’ancêtres pour lui montrer la voie à suivre »

 

Sous l’arbre à palabre, un baobab géant fut donc témoin de l’amour d’un petit-fils pour son grand-père. Au pied de son immense tronc, l’ombre des souvenirs fut autant de richesse que l’est la sagesse d’un vécu transmis de génération en génération. C’est à « Boucar le vieux », son aïeul, que les pages de ce récit sont dédiées. Plusieurs passages m’ont fait monter les larmes aux yeux tant j’ai ressenti toute la tendresse du petit-fils sous ses motivations de rendre hommage à l’homme qui l’aura élevé. D’ailleurs, si le don nous était donné de pouvoir revenir en arrière, je viendrais honorer de tout mon amour pour eux ces grands-parents qui ont tenu lieu de refuge à la petite fille que j’étais alors et à cette femme aujourd’hui qui leur doit ce qu’elle est devenue.    

 

« Regardez ce baobab qui nous sert d’arbre à palabres. Ce géant de la savane plonge ses racines dans la terre où reposent nos ancêtres. Son tronc majestueux représente les vieillards, et chacune de ses branches prépare l’avenir d’une nouvelle génération. Pour qu’un baobab reste vigoureux, il faut que la sève continue de circuler des racines aux bourgeons et des bourgeons aux racines… »

 

Sous l’arbre à palabre, les gens du village se sont rassemblés pour qu’ait lieu l’assemblée. Ici, tout le monde peut exercer son droit de parole, mais d’abord, il faut écouter les vieillards. Ils ont un savoir à nous transmettre, une expérience sur la vie et les choses qui nous entourent, en plus de ce don dont ils disposent de nous émouvoir et nous faire réfléchir. Leurs paroles arrivent même à faire oublier l’estomac vide du petit Boucar qui s’endort, rêveur.   

 

« Sous l’arbre à palabres, mon grand-père disait » est un récit émouvant de sa vie, façonné à travers des proverbes et adages qui ont marqué son enfance. À travers aussi des coutumes et traditions, qui ont conservé une grande part d’animisme, et dont la plupart des pensées proviennent des ethnies sérère, wolof, toucouleur et bambara, qui peuplent l’Afrique de l’Ouest. Il partage avec nous quelques aspects des rites initiatiques des Sérères du Sénégal. Et, pour donner de la couleur au texte, il s’amuse à mélanger les expressions africaines aux expressions québécoises, où le baobab côtoiera la fleur de lys.  

 

« Le talent incomparable des maîtres de la parole dont papa Diouf savait s’entourer a suscité en moi le désir de raconter des histoires »

 

Mais avec Boucar Diouf, les émotions passent aussi à travers l’humour. Dans un chapitre intitulé « De la Savane à la neige – entre choc culturel et choc thermique », j’ai ri à m’en décrocher la mâchoire. Même qu’une journée, mes enfants m’ont entendue rire, du quai où je me trouvais confortablement installée sur une chaise longue, jusqu’à l’autre bout du lac où ils étaient en train de pêcher et ce n’était pas dû qu’à l’écho! Quand il nous raconte avec maints détails comment la poudre des ailes des papillons peut faire pousser les poils de pubis ou comment insérer un objet dans le derrière d’une tortue pour qu’elle sorte la tête, ben ça a le don de me faire mourir de rire.

 

Après, comment décrit-on l’hiver au Québec à son grand-père africain qui n’est jamais sorti de sa savane? Comment décrire à quel point « y fait frette »? Que la guerre froide est loin d’être terminée et qu’elle recommence chaque année au mois de novembre? Que pendant l’hiver, les sept jours de la semaine sont remplacés par trois : la veille d’une tempête, le jour de la tempête et le lendemain de la tempête? Qu’on peut se taper trois saisons dans une même journée? Qu’à -40 c’est au moins deux fois plus froid que dans un congélateur?

 

« Grand-père, je t’écris aujourd’hui pour te parler non pas du choc culturel, mais du choc thermique. Pendant longtemps, j’ai pensé que les habitants des pays chauds étaient résistants aux températures froides. La théorie sur laquelle je me basais, c’est mon père qui me l’avait enseignée. Il m’a dit un jour : « Mon fils, dans toute chose, il faut un juste milieu. Tiens, par exemple, si tu prends un homme et que tu lui mets la tête dans le feu et les pieds dans un congélateur, tu devrais pouvoir faire pousser des cocotiers dans la région de son nombril ». Cette théorie vient de tomber à l’eau. Hier, la température est descendue à -40. Pour te donner une idée, en revenant de l’université, j’ai pissé dans la rue et, crois-le ou non, le jet est resté figé en l’air. Un arc de glace me reliait directement à la terre! Je te vois déjà demander comment j’ai réussi à me libérer. Eh bien, je suis resté planté là! Il a fallu que mon voisin sorte et me dise : « Il faut casser la glace mon homme! »

 

« Surveille ta blonde. Quand elle commence à porter son string en flanellette, c’est le temps de sortir tes combines à panneau. Lorsque le froid pointe son nez au Québec, le string en flanellette devient à l’hiver ce que la marmotte est au printemps »

 

*************************

 

Merci à « Boucar le jeune » qui, sur le chemin de ses mots, m’a permis de revivre l’Afrique et l’Haïti des grands-parents de mon enfance. Il a fait remonter en moi l’odeur des bananes plantains au sirop d’érable, les épices du riz créole, les parfums du mafé au poulet et ces beignets de manioc dont je garde encore le goût en bouche, pour peu que je me ferme les yeux quelques secondes!

Je revois encore ces longues tablées à quinze autour d’une table. Leur maison n’étant jamais assez grande pour accueillir toutes ces familles orphelines venues d’ailleurs et avec lesquelles j’ai eu la chance de grandir. À travers leur présence et leur tendresse, je leur dois ces moments précieux où ils m’auront transmis l’Amour et le goût au bonheur. Les éclats de rire aussi et l’envie de découvrir le monde.

Sous l’arbre à palabre, j’ai touché à la mémoire d’un temps et mon cœur est emplit de reconnaissance…

Nos racines poussent là où une vie les a précédées afin de les embellir… 

Avec Amour xxx

Sous l'arbre à palabres, mon grand-père disait... - Boucar Diouf
13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 01:39
Les dames de nage - Bernard Giraudeau

« Je peux voir la canopée comme des vagues immobiles auxquelles seul le vent de la montagne donne une vie de mer sombre. Il traîne des brumes alanguies que le soleil levant finit toujours par enflammer. Au-delà, il y a un grand fleuve et bien au-delà la mer, la vraie, l’infinie, qui se dessine parfois comme un trait de lumière pour souligner l’indéfini du ciel. J’aime cet endroit comme une escale de paix. Je suis un égaré ayant décidé de se poser, de rester là dans chaque instant des souffles. J’apprends l’attente, celle de l’instant, celle de la pluie, des jours à venir, de la nuit, de la première étoile, celle du feu pour les repas et pour réchauffer les soirs. J’attends sans impatience, en vivant l’instant comme une éternité »

 

Il y a de ces voyages dont on ne voudrait jamais revenir. De ceux qui nous transportent sur des vagues d’émotions si fortes que l’on souhaiterait s’y enfermer pour vivre en cette apnée de l’instant qui ne fuit jamais. Chemin faisant, au cours de la traversée, il nous arrivera de nous perdre, malgré les repères et la force des souvenirs. J’ai aussi échoué sur des terres qui m’étaient inconnues, face contre vent, parce que comme Marc, Amélie, Michel, Marcia, Mama, Diego et tous les autres, je partais voyager au cœur de ma vie, à travers le désordre des émotions qui nous fragilisent et nous rendent plus forts encore, et auxquelles je cherchais à donner un sens. Cette valeur que l’on accorde aux événements qui ont tissé la toile de notre existence ou qui les auront aussi dénoués par petites touches de souffrances et d’envie. La route m’aura apprise à regarder droit devant sans ne jamais rien nier des odeurs du passé. À connaître le désarmement face au choc amoureux, à ressentir l’abandon des sens, laisser libre court à mes pensées et à me donner entière au nom de ces rencontres, qu’elles soient d’amitié ou d’amour. Après… est-ce qu’il y a plus beau voyage?   

 

« Je regardais au loin la mer agitée. J’aime ce temps qui vous menace, vous provoque, boursouffle l’océan en une rage inutile mais belle »

 

À l’encontre des dames de nage, ces embouts de métal qui servent à fixer les rames d’une embarcation et permettre les mouvements du rameur, Marc voyage à travers ce perpétuel mouvement de recul propre aux gens qui refusent de s’engager. Il enracine ses rêves à des amours de ports, noyades en secousse aussi éphémères qu’une escale sans ancrage. Puis, avide d’imprévu, le marin reprend la mer, laissant derrière lui, sur le quai de ses envies faussement épanouies, quelques traces des soupirs que les femmes lui auront arrachés. Il n’aura jamais su s’amarrer…

 

Son seul port d’attache porte le nom d’Amélie, l’amour de ses sept ans. Elle avait deux fois son âge et gravé en lui cette brûlure du désir et la douleur de l’attente. Un premier amour aussi grand que peuvent laisser en nous ces frissons de jeunesse que l’on pleure toute sa vie ou que l’on regrette avec nostalgie. Jusqu’à rêver de poser sur ses seins tous les baisers qu’il avait gardés pour elle depuis l’enfance...  

 

« Je l’ai aimée comme un enfant, comme un homme, comme je n’ai jamais plus aimé. Son corps était parfait et elle était ma lumière. Elle avait un grand cou pour poser des baisers et des cheveux blonds, doux, dans lesquels parfois, quand elle voulait bien, je cachais mon visage. Ses yeux me donnaient des frissons. Elle ne marchait pas, elle dansait. Un ange avec des seins comme des oiseaux. Je me suis barbouillé d’elle, insatiable »

 

Michel a voyagé sur d’autres rivages, les terres noires d’Afrique. À l’image de Marc, il est ce voyageur fatigué, insoumis aux règles du temps, incapable de s’ancrer et craignant d’aimer. Mais Mama, une magnifique Toucouleur lui apprendra l’amour et ses secrets, la peau lisse des femmes et l’odeur d’un parfum qui bouleverse les sens. Il n’avait que douze ans et déjà l’amour se vivait comme une évidence, un élan impatient dont il fallait vite remplir le vide. En lui offrant ses premiers soupirs de jouissance, elle lui enlèverait à la fois une part de l’essentiel, l’innocence. Et ferait de lui ce petit homme ayant grandi beaucoup trop vite. Puis, il y eut Maïmouna, belle, féline, désinvolte, inaccessible… Sous le tamarinier, elle lui parlera du vent. Fidèle, Michel aura passé sa vie à le poursuivre, jusqu’à l’épuisement…

 

« Mon amour est sauvage, multiple. Il est cette odeur délicieuse de l’attente, ce sanglot étonné, cette caresse chaude, cette silhouette au bord du fleuve. Il est ce vent insoumis, cette profondeur marine, une algue au plus fort du courant. Il n’a pas de nom, il est femme au large du quotidien, femme offerte et libre. Je l’ai vu en Orient derrière une lune de papier huilé, dans ce jardin clos où meurent les tourterelles, sur ce banc, où j’attends. Tout ceci jusqu’à Maïmouna, pour le pire »

 

Je suis ressortie de cette lecture profondément émue, si bien que j’arrive difficilement à en parler sans avoir le sentiment de minimiser la beauté des mots de Giraudeau. Il arrive avec tellement de sensibilité à nous livrer, dans une prose d’amour, ses passions les plus intimes : la mer, les voyages et la beauté des femmes. Arrière-petit-fils d'un cap-hornier, à seize ans il s'est engagé dans la Marine nationale et fait le tour du monde deux fois. À l’image de ses personnages, j’imagine sa jeunesse bouleversée par la sensualité et le goût du mystère. À travers quelques fragments de leur vie, il nous livre des instants de bonheur fragile, des passions, des fièvres, des réflexions, des déceptions aussi, des lâchetés, des peurs et des doutes. Tout ce qui contribue à rendre l’humain plus beau. Avec, en paysage de fond de cette mer qui vacille au gré des tempêtes, entre l’Afrique et le Chili, l’éternel déchirement de l’homme entre la quête et la paix, le désir et l’abandon…

 

********************

 

«Cap à l’ouest, le regard porté sur les vagues, les mains sur les femmes», un BISON imagine avec émotions les hauts plateaux d’Atacama où le soleil et le sel brûlent la peau, là-bas, au bout du monde, au pays de Coloane et Sepulveda…

 

********************

 

La Rochelle, mes 17 ans et cet amour de vacances… et s’il s’appelait Bernard? ;-)

Merci Bison de m’avoir permis de faire ce grand voyage... 

 

« J’attends sans impatience, en vivant l’instant comme une éternité » 

 

L'avis d'EEGUAB

Les dames de nage - Bernard Giraudeau
13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 01:15
Je reviens de mourir - Antoine Dole

« I smoke your brand of cigarettes

And pray that you might give me a call

I lie around in bed all day just staring at the walls

Hanging round bars at night wishing I had never been born

And give myself to anyone who wants to take me home »

 

Garbage, Cup of coffee

 

 

Un cri déchire la nuit, première cassure.

Ce cri est celui de Marion...

Il rompt l’avenir et nourrit l’incertain.

 

Quelques mois plus tôt, elle arrivait à Paris pour refaire sa vie. Venue de nulle part et nul endroit où aller. Des journées qui se résument à manger, dormir et tenir debout. Elle repense à ce père qu’elle cherche à tuer en elle et le lit défait des nuits interminables. Poupée de verre qui se casse sur le sol d’une enfance innocente. Rien ne sera plus jamais pareil…      

 

« J’ai senti les murs comme quand j’étais enfant, sans porte ni fenêtre, la menace à nouveau, la peur partout. J’ai trouvé l’amour triste, pas ce que j’avais cru, il ne suffisait pas d’aimer pour l’être en retour »

 

Elle loue son corps aux hommes que Nicolas l’oblige à rencontrer. Obéir pour éviter les coups, pour survivre, aussi par amour. Pour se donner le sentiment d’être aimée de l’homme qui la méprise. Elle recherche l’amour comme on cherche à comprendre les choses qui nous sont incomprises. Comment peut-il en être autrement quand on n’a pas appris à exister pour soi-même et que le besoin de l’autre est plus fort que la hargne qu’il nous offre en retour? Surtout, nourrir l’espoir que les choses changent, d’être ramenée à la vie, à l’abri de tout.

 

« C’est plus difficile d’aimer quand on n’a pas entrainé le cœur à prendre des coups »

 

L’instant d’une illusion et tout bascule à nouveau. Rejet et coups de pied dans les côtes. Un simple réflexe, une colère, un dégoût. Un mot de trop de sa part, l’excuse parfaite. Et mourir l’instant d’après… Son corps est une plaie qui se referme chaque fois sur un espoir qui conduit inévitablement à la fatalité de l’amour.

 

L’âme de Marion s’est fracturée. Entre la solitude et le vide, elle vit dans la honte coupable de ne jamais avoir été à la hauteur. Diminuée par les hommes, dépréciée par la vie…

 

« Il neige à l’intérieur de moi, comme une saison morte »

 

Second cri dans la nuit, deuxième cassure.

C’est le cri d’Ève

Il rompt le silence des nuits paisibles et des après-midi sans fin.

 

Elle fréquente les sites de rencontre où, sans amour, elle offre son corps à qui est assoiffé de sexe. Ève ne fait pas l’amour, elle baise. Comme une revanche sur la vie, elle méprise et contrôle les hommes, convaincue que de l’espoir et du rêve naît l’envie, et que l’envie conduit à la déception. Surtout, ne pas s’attacher et prendre le dessus sur ses émotions, « donner juste assez pour pouvoir tout reprendre ». Une fois les mecs partis, elle se caresse dans l’intimité de sa chambre pour remplir le vide qu’ils auront laissé en elle.

 

« J’enfonce les ongles dans le palpable, le bout des doigts râpés à trop chercher l’appui. Rien qui ne se disloque, rien qui ne cède pas. Dans tout ce que j’attrape y a rien d’assez solide pour supporter le poids des choses »

 

Mais avec David ce sera différent, elle apprendra le manque. La beauté d’être soi. L’acte de se donner et recevoir dans l’amour. Arrivera-t-elle à combattre ces sentiments nouveaux qui émergent en elle sans avoir à se blinder? Sans avoir à craindre et entrevoir un avenir? À ses yeux, l’amour est une forme de mort lente qu’il faut fuir avant d’en crever.  

 

L’âme d’Ève s’est fracturée. Entre la rage et le mépris, elle vit emmurée dans la crainte de ne jamais pouvoir aimer. Diminuant les hommes, dépréciant la vie…  

 

« Les gens qui souffrent n’ont pas besoin de mots pour se reconnaître… »

 

À travers Marion et Ève, Antoine Dole nous livre le témoignage touchant de deux femmes aussi différentes qu’elles ont tout en commun, une soif d’amour et de tendresse, d’une caresse apaisante, du sentiment de sécurité affective. C’est avec une force inouïe qu’il nous parle de l’instinct de survie, de la confiance et de la force fragile en chacun de nous. Mais au-delà de tout, de ce besoin viscéral d’aimer et d’être aimés en retour…  

 

Merci manU de m’avoir amenée à croiser le destin de ces deux femmes. Je ressors de cette lecture profondément touchée par les couleurs de l’âme humaine… 

 

Photo d'Antoine Dole

Je reviens de mourir - Antoine Dole
13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 01:10

Un grand merci aux résidents de l'Avenue pour ces superbes soleils sur la côte atlantique française... ;-)

Une Avenue sous le soleil
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Published by Nad - dans Vos soleils
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