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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 00:37

 

 

Sur tes conseils, je suis allé voir Moonlight. Quel film étonnant mais quel beau film ! Ce qui m’a le plus marqué je crois, c’est le rythme. Cette lenteur, ce calme, alors qu’il s’y dit et s’y passe des choses terribles.

 

Crois-tu que la musique y est pour quelque chose? Cette musique je l’ai trouvé enveloppante, vraiment superbe. Une harmonie de douceur vive au milieu du tumulte. Il y a une force dans les notes qui désamorce le drame sans pour autant lui enlever d’importance, qui au contraire met en valeur toute la charge émotive contenue dans ce film intelligent et sensible. Poignant, intense, bouleversant…
Qu’est-ce qui t’a le plus touché durant ces deux heures?
 
Une musique enveloppante et néanmoins contrastée par rapport à ce qui est en train de se jouer.
Qu'est-ce qui m'a le plus touché ? Difficile à dire...
Sans doute ses rapports, compliqués, avec sa mère, cette femme complètement broyée par son addiction, leur impossibilité à communiquer, leur douleur, puis réaliser le paradoxe de la "voie" qu'il va finalement suivre.
 
Ça m’a fait mal cette relation avec sa mère, ce jeune homme introverti qui se cherche et qui n’arrive à trouver aucune réponse auprès d’elle. En ce sens j’ai trouvé le film humainement violent. Toute cette trahison, et l’oppression omniprésente du début à la fin, que la qualité des acteurs rend à merveille!
Certains diront que le thème principal du film porte sur l’homosexualité. Moi je crois que, plus fort encore, il y a la question de l’identité que chacun porte en soi, avec ses doutes et ses interrogations.
Toi, t’en penses quoi?
 
Dirait-on que le thème du film porte sur l’hétérosexualité si telle était l’orientation sexuelle du héros ? Je ne crois pas !
Pour moi, il est question de quête d’identité évidemment, et d’amour, amour au sens large.
L’amour un peu paternel d’un dealer envers un gamin paumé.
L’amour d’une mère pour son fils même si la route sera longue et l’issue incertaine.
Et enfin un amour passé sous silence, sous une chape de plomb même, avant de se révéler enfin…
 
J’suis d’accord avec toi et c’est pourquoi je le soulève, l’orientation sexuelle ne se catégorise pas plus qu’aucun sentiment humain, j’ai d’ailleurs toujours eu horreur des catégorisations qui nous ostracisent, c’est la forme la plus cruelle d’exclusion et d’intolérance. Si les gens ne nous rejettent pas pour nos choix, ils le feront sous d’autres couverts que sont ceux du racisme, des guerres de religion, de l’intelligence cognitive, des inégalités sociales etc
L’identité est un terme plus global et plus juste pour parler des émotions, de la recherche de soi et de son accomplissement. Pour parler de l’Amour...
 
J’t’offre un gros bol de crème glacée avec extra sirop d’érable mon kinG? (le popcorn c’est trop light et banal) :D
 
 
 

 

 
Rendez-vous dans quelques temps pour les prochains blablas de manU et Nad!
 
 
 

 

 

15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 18:20

 

 

Marianne ne se serait jamais doutée cette nuit-là que sa vie allait basculer. Qui peut seulement savoir ce qui l’attend? Petit train-train quotidien jusqu’au coup de fil qui vous brise à jamais. Son fils Simon est dans le coma. Les lésions sont irréversibles, il est sous assistance respiratoire, en état de mort encéphalique.

 

Je l’accompagnais ce soir-là, il faisait froid à crever, journée typique d’un février glacial. On venait de cirer nos planches et on partait pour un trip de surf. S’étaient joints à nous quelques amis de Simon, aussi enragés que nous pouvions l’être lui et moi. C’est ça avoir vingt ans, le cœur rempli de fougue et l’envie de repousser ses limites. Rien au monde ne nous aurait empêché d’aller affronter la vague, le « swell » comme on dit dans le jargon, genre de déferlante de Mavericks qui se produit au plus trois fois par année. Au retour, dans le van, c'était juste un peu passé Étretat et il se faisait tard. Tout s’est passé si vite, je cherche encore à comprendre. Un endormissement, une erreur de manœuvre, la seconde de trop où tout vole en éclat.

 

Marianne vit dans une autre temporalité. Le temps n’a plus de signification. Si elle pouvait seulement s’endormir et ne jamais s’éveiller. C’est une douleur insoutenable et innommable, le choc de l’impuissance, un état de désespoir. La pièce tangue. Je lui prends la main, pour peu qu’elle arrive à la sentir. Et je l’accompagne au chevet de Sinon. Ses yeux sont clos mais sa poitrine se soulève. Saleté de vie qui vous arrache à un bref instant d’espoir. Je suis forcée de lui dire qu’il respire artificiellement. Je voudrais n’avoir jamais eu à tenir ce rôle...

 

Je connaissais le synopsis de ce roman et je savais d’emblée que ce n’était pas le genre de lecture pour moi. Comme j’aurais dû m’écouter! Ça me bouleverse trop, ça me fait même mal en dedans, c’est ma fibre maternelle qui n’arrive pas à imaginer cette douleur. Je suis consciente du fait que l’auteure signe un très bel ouvrage avec ce livre, je n’ai juste pas l’objectivité ou le recul pour l’apprécier à sa juste valeur.

 

J’ai fait aussi l’erreur d’aller voir le film en cours de lecture, un excellent film par ailleurs, mais qui ne m’a pas donné envie de revenir vers le roman. J’avais déjà le sentiment d’avoir bouclé la boucle d’une histoire que je mettrais du temps à digérer, par le poids de son contenu.

 

Le livre en soi ne se réduit pas à une simple histoire de transplantation cardiaque. Bien au-delà, il y a une multitude de sentiments humains. Il y a le corps médical amené chaque jour à côtoyer la mort. Toutes ces vies tenues entre leurs mains et l’impuissance trop souvent ressentie. Il y a les questions délicates, comme celle notamment présentée dans le roman, d'aborder le don d’organe auprès d'une famille sous le choc, dans un délai que ne doit pas dépasser la survie de l'organe en question. Comment les proches peuvent-ils seulement l’envisager alors qu’ils n’ont pas encore réalisé que cette vie à laquelle ils tenaient leur sera arrachée à jamais?

 

Le cœur est bien plus qu’un organe vital, c’est aussi un symbole. Car c’est à travers lui que passe les sentiments humains…

 

« Enterrer les morts et réparer les vivants »

 

C'est le genre d'histoire qui vous bouleverse vous aussi?

 

Pour lire le billet de mon amie Nadège

 

 

 

13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 23:59

 

 

J.M. Coetzee m’a permis d’accompagner Michael K. en marchant sur les pas de son histoire. On le disait simple d’esprit, mais si vous voulez mon avis, il possédait une intelligence hautement supérieure à bien des êtres humains, celle des émotions. Elle l’aura menée à survivre en milieu hostile, égaré en plein cœur d’une zone de combat. Quand il habitait le Cap, en Afrique du Sud, il gagnait sa croûte en effectuant de menus travaux pour les parcs et jardins de son patelin, avant de devenir gardien de nuit aux toilettes publiques de Greenmarket Square. Il était alors confié à l’Institut Huis Norenius pour les hommes que l’on disait de « sa nature ».

 

Accompagné de sa mère mourante, qu’il transportera durant des km à bout de bras dans une charrette capitonnée de coussins et de couvertures, il effectuera une remontée vers le nord du pays jusqu’à sa ville natale, Prince Albert, dans le désert du Karoo. Il devra s’arrêter en chemin pour réchauffer ses mains engourdies. Une longue marche au terme de laquelle sa mère rendra l’âme – je ne dévoile rien, c’est écrit dans la quatrième de couverture. Son seul désir n’avait été de fuir la ville et la cruauté des hommes. Sa démarche fut celle d’une femme résignée à mourir auprès de ses souvenirs, emmêlée aux odeurs de la terre qui l’a vue naître. Si je vous dis que personne en chemin ne s’arrêta pour leur offrir de l’aide, serez-vous vraiment étonnés? Pas moi. Les gens meurent au coin des rues sans qu’aucune âme n’ose même porter le regard vers eux. Où est passée l’entraide? S’il fallait seulement que l’homme soit assez digne pour accepter de se mettre au même niveau que son prochain pour lui tendre la main, que serait le monde devenu…

 

Chemin faisant, il se fera prisonnier dans un camp de travail de Jakkalsdrif d’ il finira par s’échapper. Il aura mangé quelques jours de bouillie froide jusqu’à se demander, fort de son intelligence émotive, s’il ne serait pas là pour apprendre la vie. Il ne pouvait juste pas croire en la lâcheté des hommes. Durant des jours et des jours, il dormira sur un carton dans une ruelle, sous les ponts, au bord de la route, dans un fossé, une grotte, sous les étoiles. S’abreuvera de rosée et mangera des lézards grillés, des sauterelles et des larves de fourmis. C’est ainsi que Michael, mon héros, errera sur la route, affamé et pris de vertiges. Son corps tel un cadavre d’os saillants et de plaies ulcéreuses.

 

Il m’est constamment arrivé, durant ma lecture, d’être ramenée à La route de Cormac McCarthy. Dans un contexte politique et géographique complètement différent, évidemment, mais pour la part de survivance auxquels nos courageux personnages sont confrontés. Dans un cas comme dans l’autre, l’humanité a disparu. Michael vous dirait que l’apocalypse est aussi ce monde dépourvu d’humanité et de sensibilité dans lequel il aura tenté par tous les moyens de survivre. Mais rien n’arrêtera un être humain dans sa quête, aussi solitaire soit-il. Il en faut du courage. À mes yeux, c’est ça être un Homme.

 

Première rencontre avec cet auteur sud-africain. Un jour, je relirai ce roman…

 

« Quel dommage que pour vivre en des temps comme ceux-ci, un homme doive être prêt à vivre comme une bête. Un homme qui veut vivre ne peut pas vivre dans une maison où il y a de la lumière aux fenêtres. Il doit vivre dans un trou et se cacher pendant le jour. Pour vivre, il faut qu’il ne laisse aucune trace de sa vie. Voilà où nous en sommes arrivés. »

 

Pour lire le billet de Eeguab c'est ICI

9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 22:14

 

 

J’ai lu Album d’un bout à l’autre, dans un grand souffle, l’âme emportée par les vents vifs de l’Islande, étourdie par tant de beauté. On traverse les étendues sauvages de ces pages comme on le ferait d’un album photos, d’une suite d’instantanés et de parcelles de vie captés sur le vif et chargés d’émotions.

 

Une jeune islandaise se remémore ses souvenirs d’enfance, tantôt pétillants, tantôt nostalgiques, toujours authentiques. Elle nous les livre avec spontanéité et naturel, des étoiles dans les yeux et débordante d’amour, d’une reconnaissance infinie pour cette Île qui l’a vu naître. Album est un battement de cœur, une aurore boréale, une danse du ciel en mille couleurs nostalgiques.

 

C’est une ferme de campagne et un champ de moutons, une grande étendue sauvage de lichens et de lave. Une grotte dans la montagne et des centaines de villages de pêcheurs. C’est un phare à l’appel des marins, un monastère, des tempêtes de neige, beaucoup de vent et du blizzard. Une eau de vie pour se garder au chaud. Des chevaux sur le flanc des falaises, un phoque sur un glacier et le galop des rennes. De jeunes filles aux longs cheveux blonds comme le soleil. Crayons gras, cubes de bois, jeux de mots et devinettes. Un rouleau de réglisse, des sucreries, des carrés de chocolat, l’art de croquer dans une pomme.

 

C’est une enfant espiègle et futée, remplit d’humour, qui a vécu de rêves et de désillusions, de peurs et d’éclats de rire. Jeune fille forte face aux remous de l’enfance. Confrontée à une mère que l’on qualifie de putain et lourde de ses confidences d’adulte. Devant s’adapter à une nouvelle famille, à la perte et l’insécurité. Son récit m’a touchée, c’est un vent de fraîcheur, de celui propre aux âmes épurées et saines. Un flot de superstitions et de commérages. Un voyage en Islande <3

 

C’est un superbe Album...

 

Merci Jérôme d’avoir fait voyager ce beau livre vers chez moi, je me suis régalée... :-*

 

**********************

 

Contourner les fumerolles, retenir son souffle

 

 

Vouloir vivre dans une maison au toit recouvert d'herbe

 

 

Tomber en amour avec les moutons...

 

 

 

Écouter le chant du cratère et de ses colonnes de basalte

 

 

Chevaux sauvages, vivre en toute liberté

 

 

Qu'importe le chemin, l'important est d'y arriver 

 

 

Marcher sur la lave, atteindre le volcan

 

 

Se rendre à bon port et vivre sa vie...

 

 

 

9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 21:43

 

L'âne à Tommy, of course :D))

 

 

ANNIE

 

Pour ne pas prendre ce risque

d'être moins cru en disant plein le dos

je dirai qu'Anne en a plein le cul

de tant d'années chargées d'études

dans un institut d'Asnières* :

Annie erre

puis se fait preneuse de son au cirque Pinder!

Là, elle a droit à quolibets et sarcasmes:

Est-ce ânerie qu'Anne pleure

ou est-ce quand Anne rit que l'âne pleure;

mais quel âne rit?

L'âne à Tommy ami d'Anne

Là une question m'habite:

L'anatomie d'Anne est elle comparable

à celle de l'âne à Tommy !

où le bât blesse, c'est que selles

les plus à cheval sur les principes

ont répondu franchement oui!

Alors Anne lasse braiment lasse

des quolibets et des sarcasmes

changea son sinistre prénom et

d'Anne se fit Annie fit au lit braire:

Finie la tête de mule, bonjour la tête d'émule

la tête de turque car dans la trappe Annie GO!!!

Ânesse ce bien raisonnable?

 

Annie Go à nigauds ?

Annie bar à nichons

Annie bas ni longs et talons

Annie barre Jo un nigaud beur!

Annie habite à Nice, Annie à rats

à rats nationaux paraît-il

là, une question m'habite: A Nice,

est-ce qu'Annie a l'anus anisé?

à n'user que si on s'insère

sincèrement je préfère

les sucettes à l'Annie!

mais les sucettes à l' Annie collent

je préfère les crêpes suzette à l'anis

de la Nicole une vieille amie d'école!

que nenni Annie croche accrochée

à l'âne us et coutumes amusés

c'est con ne badine* pas avec Annie!

moi sans entrain je dis au passage

Annie vaut mieux que tout ça!

 

Annie dieu ni mettre

God et Michet à nichons

n'a ni gode ni godet à godiche

ah nigaude à nigauds à gogo

oh my Gode à qui à ni ni à Ninon?

Annie nie que nenni, honnit God

God blesse you and gode save the queen!

Annie oui à Ninon ni non à Michet

nie god, et Michet alors?

là une question m'habite:

adieu godemichet ou à dieu alors?

Les nigauds niaient

Annie n'y était plus,

s'exila au Japon

à nid doux à nippons

des oeufs bien fripons!

Annie nie que nenni:

que nid pond qu'Annie pond!

 

Annie mal dans sa peau

ce mâle qui lui colle à la peau

manque de pot à n'y plus rien piger:

ânon pas ça encore

bande de peaux de vaches

Annie vaut mieux que tout ça:

vaudeville ou veau des champs?

au diable veaux, vers vomissants

par dépit Annie s'envoie un panini

sans voix même Annie en rit

Henri? la question m'habite:

Annie mâle alors?

Annie nie, que nenni

c'est des trucs à nigauds

nigauds et lents d'esprit

ni go et l'êtes vous oh si!

nigauds ni égaux sans ego à gogo!

 

Annie entre en transe sans frapper

Annie danse c'est Annibal masqué,

qu'Annie balance son corps dense

tous les nigauds à croquer s'en balancent!

Annie rentre à Nice

amulette au cou et mules aux pieds

Annie verse, sert anis sans eau

elle est folle à nier car à Nini

à Ninon , Nicolas et Nicole lasse, Annie nie.

alors Annie, ou Anne est ce toujours?

Quittant Nice Annie à Nîmes part

pleine d'entrain entre en Gard*

là Annie anime une lingerie féminine

beau nez blanc, blancs bonnets à dessein

car Annie a des seins animés !

dessous chics et dessus choque;

Ah non, ça va pas recommencer!

Faisons plutôt une partie de boules

on va peut-être la baiser la Fanny*

la question qui m'habite!!!

 

JC.ELOY 30/04/2005

(Number one mangeux de poutine) :-*

Bisous baveux xxx

 

* à la pétanque baiser Fanny c'est perdre la partie par 13 points à zéro.

* badine: femelle du bardot de la famille des équidés

*Asnières ville de la banlieue parisienne

* Gard: département français préfecture Nîmes

4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 00:07

 

 

« Le pire, dans l’enfance, c’est de ne pas savoir que les mauvais moments ont une fin, que le temps passe. Un instant terrible pour un enfant plane avec une sorte d’éternité, insoutenable. »

 

Rahhhhhhh je me suis encore fait avoir par David Vann!!! (sourire)

 

Pourtant, concernant ce roman j’avais lu quelques avis mitigés, que venaient confirmer un début de lecture un peu cahoteux. Comparativement à ses autres romans, j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire avec la même fougue. Le rythme est lent. Il y a quelques longueurs jusqu’à la moitié du livre, même si je trouve l’idée absolument géniale d’associer le monde marin à l’âme humaine. Il faut dire que je m’attendais d’emblée à être submergée de plein fouet dans un univers tout ce qu’il y a de plus noir - cet univers unique auquel l’auteur m’avait habituée - de ressentir un malaise, une plongée en apnée, malsaine et violente, dans laquelle je me débattrais en eau trouble et qui me terroriserait juste assez pour passer quelques nuits blanches. J’exagère à peine. J’ai eu du mal à me remettre de son Sukkwan Island, que j’ai ADORÉ par ailleurs! Chemin faisant, l’histoire progresse, les nuances s’affinent de détails multiples, longue évolution vers des personnages qui s’intensifient et se précisent dans leur personnalité. Et là, sans qu’on ne le voit venir, c’est le point de rupture et tout bascule. JUBILATION! Je venais de retrouver David Vann dans toute sa « splendeur », explorant les limites de l’homme, cette immersion de l’autre côté du mur, Dark side of the moon, une noyade de la psyché sur des vagues d’émotions qui auscultent les dérives de la folie. Quel génie!

 

Caitlin, 12 ans, vit seule avec sa mère dans une vieille bicoque de Seattle. La peur au ventre de la perdre, elle fait des cauchemars. Chaque soir après l’école, elle se rend à l’aquarium et admire les poissons à travers l’épaisse vitre, lieu de recueillement et bulle de réconfort. Elle y rencontre un vieil homme, étrange personnage qui ressemble à un poisson-grenouille à trois-tâches, avec ses cheveux, ses vieilles mains usées. D’ailleurs, les hommes adoptent un peu les mêmes comportements que les poissons, pour peu qu’on prenne le temps de les observer. Enfouis sous la roche, à l’abri du monde marin, ils se protègent. Certains, comme l’hippocampe, ont l’avantage d’avoir une armure. Et nous, n’avons-nous pas cette même carapace nécessaire à notre survie? Ces mécanismes de défense qui nous isolent en plein cœur des eaux agitées. Leur aquarium est notre maison. Aux heures de remous intérieurs, des vagues à l’âme aux violences du spleen, on s’accroche. Vagues fragiles et dévastatrices. On se brise mais on survit.

 

Dans Aquarium, David Vann confronte le lecteur à certaines questions essentielles, voire existentielles. Qu’est-ce qui fait de l’homme un être humain? Quelle est la part d’héritage dans les séquelles d’amour? Sommes-nous perméables ou non aux traumatismes de l’enfance, et qu’est-ce qui fait que certains le sont plus que d’autres? Il explore également, avec une finesse incroyable, le manque sous toutes ses formes, l’absence, l’incapacité de revenir en arrière, la sécurité affective et le pardon. Les séquelles de la guerre et l’homosexualité. Enfin, la relation mère-fille est au cœur du roman, avec ses élans violents, ses culpabilisations, son dégoût, sa haine et sa rage. L’aquarium est un rempart efficace à la survie de l’âme, mais à tout moment, il pourrait se briser en mille éclats...

 

« Comment recolle-t-on les morceaux d’une famille ? »

 

Lire l'excellent billet de Guillome

 

Et celui de Fanny

 

Mes billets sur Sukkwan Island et Désolations

31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 10:32

 

 

 

Joyeux anniversaire mon beau Tom Tom d'amour! Je sais qu'il n'y a rien qui te ferait plus plaisir que je souligne ton anniversaire sous le signe de la pêche, toi mon petit grand pêcheur parmi les hommes. Tu es si passionné et ça me rend très fière de toi! <3

 

Ta maman qui t'aime xxxxxx

 

Je dépose ici ce poème de Nérée Beauchemin, un poète québécois que j'adore et dont j'ai retrouvé les vers dans l'Almanach 2015 du pêcheur que t'avait offert ton ami grenouillE (l'appât à pêche? ^^)

 

LA MER

 

Loin des grands rochers noirs que baise la marée,
La mer calme, la mer au murmure endormeur,
Au large, tout là-bas, lente s’est retirée,
Et son sanglot d’amour dans l’air du soir se meurt.

 

La mer fauve, la mer vierge, la mer sauvage,
Au profond de son lit de nacre inviolé
Redescend, pour dormir, loin, bien loin du rivage,
Sous le seul regard pur du doux ciel étoilé.

 

La mer aime le ciel : c’est pour mieux lui redire,
À l’écart, en secret, son immense tourment,
Que la fauve amoureuse, au large se retire,
Dans son lit de corail, d’ambre et de diamant.

 

Et la brise n’apporte à la terre jalouse,
Qu’un souffle chuchoteur, vague, délicieux :
L’âme des océans frémit comme une épouse
Sous le chaste baiser des impassibles cieux.

 

Nérée Beauchemin (1850 - 1931)

 

 

 

25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 20:59

 

 

« Zazie, déclare Gabriel en prenant un air majestueux trouvé sans peine dans son répertoire, si ça te plaît de voir vraiment les Invalides et le tombeau véritable du vrai Napoléons, je t’y conduirai.

-Napoléons mon cul, réplique Zazie. Il m’intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.

-Qu’est-ce qui t’intéresse alors?

-Le métro. »

 

C’est par hasard que je suis tombée sur ce roman de Queneau chez un bouquiniste du Mont-Royal, quand j’ai vu le sourire tout en dents de Zazie, j’ai craqué! Je l’ai même acheté sur ce seul motif, sans lire la quatrième de couverture, car j’aime bien parfois l’imprévu et que j’étais convaincue d’au moins passer un bon moment. Et ça a été le cas! D’ailleurs, comment s’ennuyer avec une enfant pareille! ^^

 

Avec ce sourire de dents, vous ne trouvez pas qu’elle a l’air GRAVEMENT détestable? Et elle l’est! Les enfants je les aime bien un peu rebelles - chez les autres, on s’entend (sourire). Une vraie peste, mais qu’est-ce qu’elle a du chien cette petite – du mordant, du bagou, de l’aplomb - appelez-ça comme vous le voulez - elle ne manque pas de répondant, têtue comme trois, impolie comme quatre, aucune gêne, arrogante à souhait, c’est qu’elle est drôlement mal élevée! Ahhhhhhhhh et elle n’a pas sa langue dans sa poche, complètement futée et e-x-t-r-ê-m-e-m-e-n-t perspicace, quand elle a une idée en tête elle ne lâche pas le morceau, ça je peux vous le dire! Elle pose des questions, beaucoup beaucoup de questions, s’achaaaaaaaaaaaarne. C’est l’oncle Gabriel qui pourrait vous le confirmer. Depuis qu’elle a appris qu’il se travestit et danse en tutu dans une boîte de Pigalle, elle ne cesse de lui demander s’il est « hormosessuel ». Et puis c’est quoi au juste tonton « l’hormosessualité »?

 

« Tonton Gabriel, dit Zazie paisiblement, tu m’as pas encore espliqué si tu étais un hormosessuel ou pas, primo, et deuzio où t’avais été pêcher toutes les belles choses en langue forestière que tu dégoisais tout à l’heure? Réponds. »

 

Dur de lui en vouloir, depuis que sa mère a un nouveau copain et passe nuits et jours à s’envoyer en l’air, la petite a pris le bord. Elle est même de trop, alors elle l’a confiée quelques jours à l’oncle Gabriel dixit l’artiste, le danseur de charme. Elle a adoré le voir en spectacle, fière comme tout, mais Zazie n’a qu’une envie, un grand rêve – une obsession plutôt, c’est le moins qu’on puisse dire - prendre le métro! Pas de chance, il est en grève. Ah les salauds… me faire ça à moi…

 

« -Tonton, qu’elle crie, on prend le métro?

-Non.

-Comment ça, non?

-Bin oui : non. Aujourd’hui, pas moyen. Y a grève.

-Y a grève?

-Bin oui : y a grève.

-Ah les salauds, s’écrie Zazie, ah les vaches. Me faire ça à moi.

-Y a pas qu’à toi qu’ils font ça.

-J’m’en fous. N’empêche que c’est à moi que ça arrive, moi qu’étais si heureuse, si contente et tout de m’aller voiturer dans l’métro. Sacrebleu, merde alors. »

 

Un matin elle prend la fuite, Zazie veut découvrir la grande ville, les gens de Paris d’ailleurs elle les trouve un peu bizarres, du moins ceux qu’elle rencontre. Tout le monde se mêle des histoires des autres, chacun y met son grain de sel, ils semblent vivre de petits et grands drames, de cœurs brisés, d’espoirs envolés, on s’envoie joliment valser. Les dialogues sont cinglants, faits de conversations « à ciel ouvert », avec n’importe qui, des gens de passage, on discute de tout et de rien, n’importe comment, on se fait la morale et on se donne des leçons. Elle ira raconter à un inconnu que sa mère a fendu le crâne à son père d’un coup de hache. Comme ça, tout bonnement.

 

Ce roman c’est toute une galerie de personnages amusants, de Mado P'tits Pieds à la veuve Mouaque en passant par le cordonnier, le tavernier, Zazie bien sûr, au cœur de tout ce brouhaha. De l’ironie, du sarcasme, des situations cocasses et beaucoup de démesure. C'est le regard mature et humain d’une enfant sur le monde des adultes.

 

Il ne me manque plus qu’à voir le film de Louis Malle des années 60 ;-)

 

« La vie. Un rien l’amène, un rien l’anime, un rien la mine, un rien l’emmène. »

20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 22:08

 

 

« La nostalgie, c’est de la tristesse, mais c’est aussi un peu du bonheur. »

 

 

************

 

 

« L’amour ne s’attarde ni sur l’âge ni sur rien qui ne soit l’amour. »

 

Quel petit roman tout à fait étonnant! Peut-être même une nouvelle, je ne sais pas, peu importe. Au cœur de son histoire, la vie d’une femme sarde nous est racontée par sa petite-fille. Elle a une masse de cheveux noirs aussi magnifique que ses grands yeux. Douce, désirable, discrète, elle parle très peu, que pour dire l’essentiel, transmettre une émotion à fleur de peau, à qui elle le veut bien, sans doute au Rescapé plus qu’à quiconque. Elle est atteinte d’un mal, le Mal de pierres, qui a interrompu toutes ses grossesses.

 

En accompagnant son personnage au fil des pages, on explore de près les limites de la folie. Folie douce, à peine dissimulée sous le voile de comportements atypiques et dépressifs. Elle est pointée du doigt, c’est la « folle » du village. On dit qu’elle s’est jetée dans un puits pour tenter d’en finir, se taillade les bras, s’enlaidit. Pourquoi l’amour lui est-il refusé? Peut-être est-elle prise d’un mal mystérieux, autre que son Mal de pierres, qui le fait fuir? Ses parents ont voulu l’interner, jeune femme abandonnée à sa détresse. Petite parenthèse, en lisant son histoire, je n’ai pu m’empêcher de penser à Camille Claudel, cette folie dont on la disait atteinte et le grand nombre d’internements injustifiés et ce, dans un passé pas si lointain. Fin de la parenthèse :-)

 

On y explore à la fois l'amour. La folie d'aimer? Celui des douceurs mais aussi l’amour des bouleversements intérieurs. Celui qui nous pousse à tout accepter, jusqu’aux jeux malsains, au prix d’en mourir. Celui des caresses qui nous manquent et des larmes qu’on ne retient plus. Mais aussi celui qui rend heureux. L’amour des nuits d’amour et des êtres inséparables. La souffrance de l’éloignement et l’envie de se retrouver. C’est la différence entre le mari épousé en 1943, un mariage forcé, et l’homme rencontré sur le continent, quelques années plus tard. Celui qui la fit sortir de son mutisme et le seul à penser que ce sont les autres qui sont dérangés...

 

« Une princesse. Vous vous comportez comme une princesse. Vous ne vous souciez pas du monde autour de vous, c’est le monde qui doit se soucier de vous. Votre seule tâche est d’exister. »

 

Ces pages s’inscrivent dans le contexte historique de l’après Seconde Guerre mondiale. La quête désespérée de cette femme pour trouver le grand amour nous arrache des sentiments d’empathie, de pitié? Les pages défilent au fil de vérités où le lecteur est amené à démêler le vrai du faux, le réel de l’imaginaire. Une fin surprenante et complètement inattendue en ce qui me concerne! Je tenterai de voir le film sous peu, ça c'est certain.

 

« Que pouvons-nous savoir, vraiment, même des personnes les plus proches? »

 

Mal de pierres, maux d’amour. Parce qu’un Bison aime lire des romans d’amour :P

 

Merci! :-*

15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 22:57

 

 

« Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. Mais je ne crois pas avoir jamais pensé que la vie qui nous était échue fût particulièrement mauvaise. C’était la vie, un point c’est tout : et nous grandissions avec l’obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile. »

 

Ahhhhhh ce roman j’en avais envie depuis un moment déjà! Pour les paysages de Naples, que l’on devine malgré tout plus qu’on ne ressent. Mais surtout pour cette histoire d’amitié entre Lila et Elena, l’auteure, qui nous raconte, dans le premier tome de cette saga, les épisodes marquants de son enfance et de son adolescence. D’ailleurs, la richesse du portrait adolescent est sans doute ce qui m’a le plus touchée. Rien n’y échappe, on se revoit, malgré nous, aussi fragiles que forts. On se souvient des amitiés indispensables, souvent trop compliquées. Des querelles et réconciliations. Du regard des autres, celui qui blesse et nous fait douter. Des vengeances, des menaces, des coups de poing, des coups au cœur et des premiers chagrins. On se cherche, recherche à s’identifier, jamais complètement heureux, parfois tourmentés, maintes fois vulnérables. On s’abandonne difficilement. On se rappelle nos histoires d’amour, la légèreté d’une robe, le soleil sur la peau, l’insouciance et l’excitation du frisson qui traverse l’échine. Les premières caresses, les sentiments amoureux difficiles. Nous reviennent en mémoire les rivalités, les jalousies, le désir d’indépendance qui se heurte à celui de la présence de l’autre. C’est la contradiction entre le besoin d’isolement et l’absence de frontières. C’est une rumeur sourde et le temps qui nous change... 

 

C’est donc inévitablement un portrait de femmes comme je les aime. Femmes fortes, femmes rebelles, déterminées et audacieuses. Leur histoire se situe dans les années 50, en période d’après-guerre. Elena Ferrante et Lila sont copines depuis plus de 60 ans. Elles se sont connues en première année de primaire. Elles ont fait les quatre cents coups et on nourrit des projets communs. Elles ont été les témoins de leur corps transformé, du pouvoir de séduction, du regard des hommes sur elles et des premières rondeurs, ces seins qui prennent vie. Elles ont été complices, ont contourné les règles et au détour du chemin, ont emprunté des vies divergentes. Mais toujours elles ont été unies par ce lien d’amour qui habite les amitiés vraies.

 

Comme lectrice, je me suis attachée autant à l’une qu’à l’autre, à leurs forces complémentaires mais aussi à leurs fragilités qui les ont rendu belles à mes yeux. Elena Ferrante a marché sur les pas de Lila, à la fois inébranlable et chancelante. Elle rêvait d’une amitié exclusive, faite de jalousie et d’insécurité. On aurait voulu que cessent ses envies et ses peurs constantes. Qu’elle mesure la richesse de ses forces, qu’elle s’accroche à son intelligence et sa fine sensibilité. Mais son personnage se construit la force d’avancer et je suis convaincue de la retrouver autrement dans le deuxième tome. Lila, quant à elle, est tout le contraire. Intimidante, audacieuse et pleine de malice, indisciplinée, rebelle, humiliante, imprévisible, « terrible et fulgurante », elle attise chez les autres la crainte. Mais elle fera les mauvais choix et sera trahie. Transformée à jamais... 

 

J’ai ADORÉ cette lecture, exigeante dans sa première partie. Un nombre impressionnant de personnages défilent, pour lesquels l’auteure a pris soin de mettre un lexique en début de roman. On y aborde des sujets dont je n’ai pas parlés mais auxquels j’ai été sensible, notamment la pauvreté, la rage et la violence dont les pères sont capables, les histoires de famille qui nous suivent et nous hantent, une lame acérée qui transperce la peau et laisse des stigmates. C’est aussi une fine réflexion sur le rang social et l’ascension au pouvoir. Trop hâte de lire la suite!

 

Merci à mon sweet manU, mon ami prodigieux, pour ce si beau livre <3

 

À lire sous un cocotier du Costa Rica (parce que l'ami prodigieux comprendra le sens que je porte à ces mots là) ;-)

 

«Le sable était froid, noir-gris à la lumière de la lune, et la mer respirait à peine. Il n’y avait pas âme qui vive et je me mis à pleurer de solitude. Mais qu’est-ce que j’étais, et qui j’étais?»

 

Les avis de Noukette, Canel, Alex et Violette

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