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10 décembre 2018 1 10 /12 /décembre /2018 20:32

Lieu : New-York

Lever du soleil : 7h10 | Coucher du soleil : 16h29

Décalage horaire : aucun

Météo : 2° C

Latitude : 40.7808 | Longitude : -73.9772

Musique : Hymn to Freedom - Oscar Peterson

Un Verre au Comptoir : La Fin du Monde 

 

  

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Onze heures du soir, les néons clignotent sous une lune voilée. Des hôtels bon marché, des restaurants chinois qui ne semblent jamais fermés, des tripots de mauvais augures. En rouge flash, s'illumine devant moi le « Moon Palace », palais de mes rêveries d'antan. Brooklyn Avenue s'allonge comme l'ombre des putes sur le macadam chauffé par cet été indien, je promène mon regard perdu dans cet univers bouillonnant, guidé par « La musique du hasard » un livre en poche, un pavé aussi lourd qu'une caisse pleine de Bud même pas light. Le poids des mots pèse sur ma conscience, mais le plaisir de la rencontre sera au rendez-vous. J’attends donc Archibald Ferguson à la terrasse d'un café où les serveuses baladent leur cul en rollers en balançant leurs seins dans un chemisier dont l'attachement au dernier bouton défie toutes les lois de la physique, sublime époque, la déchéance du rock et le déhanché des serveuses. Mais quel Archie vais-je rencontrer ce soir ?

Moon Palace, aux petites heures du matin. Trop de whisky, surdose d’amphétamines qui me coule dans les veines. Fuck ! J’suis sur un méchant bad trip. Je n’arrive même plus à savoir si les néons clignotent sous la Blue Moon ou dans ma tête. Tempête de son et d’images, d’amour et de jazz. Parlant jazz, ça me rappelle un certain tavernier de la rue St-Antoine, Rufus le grand dont j’ai envie d’honorer la mémoire en mettant sur la platine un vinyle de Peterson, Hymn to Freedom... Je m’enfile un dernier verre, pourquoi pas, pour oublier, pour noyer l'ennui. J’ai rendez-vous avec Archie, mais quel Archie vais-je rencontrer ? À moins que ce ne soit Nelson… je n’entends que le poids des mots, Les Mots de Sartre. Où serait-ce ceux de l’amant, « Never come morning… » disait Algren. Années 40, la mère de l’existentialisme vient de débarquer à New York. Dans les bas-fonds de la ville et les planques à junkies, je croise son regard éteint. Beauvoir in love. Quand l’amour est tourmente…

« On ne naît pas femme, on le devient »

Simone de Beauvoir

 

Je n’ai jamais lu Sartre, pourtant la littérature française reste à l’honneur, même dans les tribunes d’un stade au milieu d’une horde de pères se levant en hurlant leur joie à leur progéniture : HOME RUN ! Archie vient à ma rencontre. Ou alors, est-ce Nelson ? Ils sont deux mais n'en font qu'un, ou deux, ou trois ou quatre. Quatre êtres, quatre destins. Mais finalement qu'est-ce que le destin ? Archie va mourir. Probablement au Viêt-Nam, ou plus drôlement écrasé par un Westfalia. A moins qu’il me survive... Qui sait dans quel monde d'Archie je (sur)vis ? Rufus me sert une autre bière avec Archie. A moins que cela soit un whisky avec le second Archie. Un Cuba Libre avec le troisième Archie. Je ne sais plus… 4 3 2... il me manque un verre, je sais encore compter. 1... avec le dernier Archie c'est le cocktail de ma vie, l’intraveineuse du plaisir, bière-rhum-whisky. Merci Rufus, tu es un ange. Ou un saint. Je suis sûr, en revanche, d'une chose. Quel que soit l’Archie auquel je fais face, il est toujours amoureux de la même femme, celle qui a une longue paire de jambes couleur caramel, et une crinière brune lapsang souchong, un parfum épicé qui pique mes sens. C'est une évidence, l'amour est au-dessus du destin, quoiqu'elle en pense. Le silence, il s'impose dans la vie d'Archibald, et la mienne. Devant la tristesse du verre vide, ou la solitude du verre esseulé sur le comptoir, je poursuis ma vie à la rencontre de Nelson. La radio diffuse un match de baseball, les Yankees de New-York. Je sors de la taverne de Rufus sans plus savoir qui je suis, ni dans quelle vie j'erre. Je ne suis sûr que d'une chose : quand je lève la tête, je vois les néons rouges du Moon Palace clignoter, je regarde la lune, blue moon, et personne ne pourra m'empêcher de penser à elle. La seule évidence de ma vie, le roman d’une vie.

« I don’t think anything’s true that doesn’t have poetry on it »

 

Nelson Algren

  

Au-dessus de ma tête plane une neige floconneuse d’un janvier new-yorkais. Elle s’échappe du ciel et tamise de blanc les néons rouges, Moon Palace, white snow… Une envie soudaine me prend de rendre hommage à l’errance des jours, à sa désinvolture, là où mes pensées vagabondent de rêves en silences, de douceurs en musiques. Je m’attable, me commande un verre. Et je l’observe, tout près de moi, cette femme radieuse, cette femme forte, libre, aimée, songeuse… Sur le papier des jours, elle dépose ses mémoires, les Mémoires d’une jeune fille rangée dont les années en sont venues à hanter les cauchemars. J’éprouve à son égard une compassion sans fin. Je crois deviner dans ses songes une communion d'esprits avec Sartre, quelque part à Paris. À moins que ce ne soit avec Nelson ou Archie. Qu’importe, les âmes finissent toujours par se croiser dans les méandres enfumés du Moon Palace. Le whisky me monte à la tête et je me dis qu’il serait peut-être temps de rentrer rejoindre Rufus. Je me laisse guider par la Lune Bleue des nuits noires. Je pense à la vie, un peu de la mienne, beaucoup de la leur. Les temps ont changés mais les tourments sont les mêmes au creux du regard de ceux qui les portent. Le sel reste sel sur la larme de l’œil. Et l’évasion est salutaire. Simone avait raison, « Le monde réel est un vrai foutoir »… !!!

« The end is nothing, the road is all »

 

Nelson Algren

 

 

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Nos lectures :

« 4321 » - Paul Auster (CLICKER POUR LIRE) 

et

« Beauvoir in Love » - Irène Frain

 

« Hymn to Freedom »

Oscar Peterson (Clicker pour entendre)

 

 

Les Escales,

un trip littéraire composé à 4 majeurs (CLICKER)

 

Merci BISON d'avoir partagé cette Fin du Monde à la taverne chez Rufus :-)  

 

Prochaine escale : L'Irlande

 

 

 

13 octobre 2018 6 13 /10 /octobre /2018 21:04

Joyeux anniversaire ma grenouille pourrie !

CRÔAAAAAAAAAAA

 

 

Merci d'être un Ami aussi MERVEILLEUX !

GROS BECS !

XXXXX

11 mai 2018 5 11 /05 /mai /2018 23:14

Lieu : Patagonie Chilienne

Lever du soleil : 9h15 - Coucher du soleil : 18h03

Décalage horaire : + 1 heure

Météo : 4° ressentie 3°. Couvert. Faible pluie et neige mêlée

Latitude : -52.918628 | Longitude : -70.577160

Musique : Miles Davis (le choix de Rufus)

Un Verre au Comptoir, toujours le choix du tavernier : Pisco Sour (extra Pisco)

 

 

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« Les hauts sommets de la planète sont riches en légendes ; telles des gouttes perdues, elles voyagent sur les nuages, les glaciers, les filets d’eau ou de lumière qui s’infiltrent silencieusement dans les veines de la terre ; elles franchissent les océans et leurs reflets brillent comme autant de miroirs illusoires de la geste de l’homme ou des dieux. » 

Le vent fouette le visage des marins affairés sur le pont à relever l’ancre. Des gueules burinées par le soleil du profond sud et le froid des grandeurs extrêmes. A son bord, un vieux capitaine, la barbe grisonnante, le regard toujours perdu dans ses souvenirs d’antan. Tel un vieux loup de mer, je l’imagine me racontant des histoires de pêches et de pirateries. Un regard qui se lit comme un livre ouvert, des chapitres de vie et de mort. Il m’a accepté à son bord pour que je témoigne de son histoire, l’histoire de la fougue de l’Océan qui n’a rien de Pacifique et de la Patagonie. Pendant ce temps-là, la mer se déchaîne contre la coquille métallique qui me sert d’abri sommaire et presque éphémère, déverse toute son impétueuse haine, une écume blanche au bord de ses lèvres comme la bave d’un chien enragé, contre ma misérable existence.   

Quand les bateaux quittent vers le large, ils laissent dans leur sillage un fracas de vagues – d’émotions fortes ou douces - houle dansante sur les falaises rongées par la mer. Des mille tempêtes au sommet du Cap Horn, des rafales de vent et de glace déséquilibrent le vol des caranchos. J’ai croisé ton capitaine, ce bon vieux loup de mer. Il m’a raconté l’histoire de Men Nar, la dernière Indienne Ona qui désormais ne quittera plus jamais mes pensées... Sa tribu venait d’être massacrée quand Esther et Riera le Pelé l’ont trouvée au pied d’une meule, une balle de Winchester plantée dans le talon. La jeune adolescente venait de parcourir quinze km de marche entre le cap Domingo et l’embouchure du fleuve. Les chasseurs d’Indiens l’avaient violée. Dans cet extrême austral du monde, la main de l’homme est aussi féroce que ses paysages laissent à rêver.

Quand les bateaux quittent vers le large, j’entends désormais dans leur sillage les échos de son cri perçant. J’entends la peur de ma jeune Indienne Ona... L’homme est l’animal le plus redoutable, de l’amour à la haine il n’y a parfois qu’une tempête qui sépare ces deux sentiments contradictoires, ou un naufrage. Trente-cinq jours sans voir la terre, pull rayé, mal rasé, cargo de nuit, la violence des âmes débarquent, assoiffées, avinées, pour se vider, change de port poupée.

Après trois jours et trois nuits, les déferlantes s’assagissent, l’horizon s’aplanit, le soleil refait surface d’outre-tombe. La mer change ses couleurs. Du noir profond, elle se projette bleu azur avant de virer au rouge carmin. Du rouge et du sang. Une nappe de sang et d’entrailles s’invite autour des bateaux. La chasse à la baleine est un honneur. Massacre à la tronçonneuse. Et aux harpons. L’odeur de chair et de graisse devient écœurante, je ne sens même plus le parfum iodé de la brise. J’ai envie de gerber, pas le roulis, pas la bouteille de whisky, juste cette vision d’horreur et de massacre. Sang rouge, sang bleu, la mer devient un océan rouge profond, d’un sombre aussi noir que l’âme de ces marins.

Le vent fouette le visage des marins affairés sur le pont à relever l’ancre. Après trente-cinq jours sans voir la terre ferme, ils ont soif d’alcool, ils ont soif de sexe, d’amour, de chair. Le tavernier du coin en fait son affaire, entre deux airs de jazz - hey Rufus ! J’te prendrais bien une p’tite frette ! Il faut oublier l’odeur des baleines mortes, mais non pas leurs souffrances. Lorsque j’évoque le souvenir de mon Indienne Ona, Men Nar, « Ombre de sang », je me dis que la Terre est peuplée de gens qui font de la mémoire cette faculté qui oublie le mal que l’on a fait subir à son prochain. Avant que les massacres barbares ne commencent, elle parcourait librement la Terre de Feu, entre vagues de cristal et iceberg, savourant à la nuit tombée un ragoût de bandurria - de l’éléphant de mer. On raconte que dans cet univers teinté de légendes, Men Nar serait fille de guanaco, le lama blanc sauvage symbole de liberté : El Guanaco. Son peuple y était intimement lié avant de disparaître. Avant l’arrivée des fusils, de la barbarie, du mépris et de la haine des hommes. Et vous savez quoi ? Ça me donne envie de vomir de colère : fuck le blizzard ! Le blizzard patagonien des tempêtes de vent et de l’insouciance humaine.

Quand les bateaux quittent vers le large, ils laissent dans leur sillage non seulement un fracas de vagues, mais la mémoire de milliers d’innocents qui se heurte à ne sombrer sur les récifs de l’oubli. Si seulement j’avais pu m’asseoir avec ton bon vieux capitaine, un soir de lune bleue. J’aurais tellement aimé entendre, de sa voix, le cri solitaire des âmes emportées vers le large...

 

Nos lectures :

« Le Golfe des Peines » - Francisco Coloane (CLICKER) 

et

« El Guanaco » - Francisco Coloane

 

MILES DAVIS, le choix de Rufus (Clicker pour entendre)

 

 

Les Escales,

un trip littéraire composé à 4 majeurs

 

Merci BISON d'avoir fait voyager ce roman jusqu'à chez moi. J'te sers un p'tit Pisco Sour? 

 

Prochaine escale : New York

 

 

20 février 2018 2 20 /02 /février /2018 21:45

Lieu : rue Tacuba, México

Lever du soleil : 7h03 - Coucher du soleil : 18h37

Décalage horaire : 1 heure

Météo : 23 degrés Celsius – partiellement couvert – humidex 31%  

Latitude : 19.4284700° | Longitude : -99.1276600°

Musique : Tino Contreras

Un Verre au Comptoir : Mezcal, un ver et quelques larves

 

 

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« Les paroles d’un poème ne recommencent à être, parfaites ou imparfaites, que lorsqu’elles coulent de nouveau, c’est-à-dire lorsqu’elles sont dites – dichas. Dicha et des-dicha (heur et malheur : bénédiction et malédiction) : le poème que je suis en train de traduire s’intitule El Desdichado, mais l’original français ne contient pas ce fantôme verbal de la langue espagnole, dans laquelle dire consiste non seulement à rompre le silence mais à exorciser le mal. »

Une odeur de soufre, un parfum de chair putréfiée. Je n’ose pas rentrer dans la pièce. J’ai rêvé d’une détonation cette nuit. Il s’est fait sauter le caisson, pressentiment sauvage, le bison de la nuit me l’a murmuré à l’oreille, comme d’autres susurrent à l’oreille des chevaux ou d’une brune dans le coït bestial. Tu n’échapperas pas à cette voix, ni toi, ni moi, le bison rode, et tu vois cette mare de sang, le corps gluant et puant de ton ami gisant sur le lino virant du blanc-poussière au sombre-carmin. Sombre karma que cette nuit.

Une odeur de femme, un parfum de paso doble sous la moiteur des robes. Pedro Infante et le crescendo d’une nuit charnelle dans l’abandon des sens. J’ai rêvé au Mexique des années 30, aux bordels et sa désinvolture, mais aussi à l’envers de son histoire, à toute sa violence, de Pancho Villa à la guerre des Cristeros. Qu’est devenu ce temps ? Un naufrage, une cité abandonnée. Un Bison rode rue Tacuba, un soir de nuit bleue -  blue moon - n’ayant pas échappé à ce regard triste dans la vitrine. Elle semble lointaine, solitaire, visage impassible et énigmatique de la femme objet. Muse de chair ou carcasse sans âme ? Le Bison s’en saisit et la ramène chez lui. Dépouillée de ses vêtements, aussi nue que le ver au fond de sa Mezcal, le majeur en émoi. Doux karma que cette nuit.

« La violence de l'histoire du Mexique constitue un grand facteur de nivellement.
Celui qui se trouve un jour à la cime se réveille le lendemain,
si ce n'est dans l'abîme,
en tous cas dans la plaine :
le marais des classes moyennes
dont la majeure partie s'est formée à partir des déchus appauvris d'aristocraties éphémères. »

Chambre 803 d’un motel, un aparté dans cette nuit, réflexion profonde pensée nocturne, le ver était-il plongé vivant dans la bouteille de Mezcal. Une légende urbaine parle également de vers suicidaires. Ou est-ce le bison qui lui a soufflé les derniers instants de la vie d’un ver ? La bouteille à moitié vide en évidence entre les oreillers du lit, draps défaits odeurs de baise taches de sperme, il se réfugie dans les souvenirs. Cette femme, son ami ... et l’amour ... Un trio de possédés, plongés dans la mort et les souvenirs, un tatouage à l’encre bleue d’un bison une seule aiguille, leurs destins sont liés, même dans la mort. Aucun moyen d’échapper la nuit au Bison bleu.

Un appart miteux que partagent deux hommes, à défaut d’un motel room 69 ou d’une quelconque chambre qui dégage des odeurs de poésie et de rêve, d’innocence surtout, de folie peut-être. Plus qu’un aparté dans cette nuit, elle est là, immobile, muette, ensorcelante. Est-ce un mirage ou la Mezcal avec son ver, noyade par ordonnance dans les abysses de l’agave bleue, ou encore dans son flot de larves avoisinantes. J’ai cru l’entendre pousser un soupir, sous la perfection de ses traits. Provocante, vêtue d’un peignoir chinois telle une invitée d’honneur, sans dessous, un fantasme parmi tant d’autres que semblent partager Tonio, Bernardo et le Bison. La Misérable, Vénus callipyge aux fesses rondes ... un quatuor de possédés. Draps défaits et tâches de sperme, mais il n’y aura de cette femme que l’odeur du passé, une robe de mariée à l’ancienne et un voile recouvrant son visage, des souliers de satin. Offerte au regard des passants rue Tacuba. Je m’échappe à son histoire pour rejoindre un Bison sous la nuit bleue et boire une Mezcal au nom de l’amour, celui rêvé, celui des souvenirs ou encore des fantasmes. Blue moon, j'ai le cœur tropical des nuits de tempête.

Le souffle de la tempête fait soulever les détritus d’une terre généreuse en poussiéreuse et en désespoir. Des vies abandonnées de tout espoir qui se résument d’ailleurs à des traces de spermes entre les cuisses de la Vénus callipyge, et à quelques poussières. Poussières d’âme et de gerbe, sous la lune d’un bleu délavé. Mêlées au vent, des trompettes mariachis sonnent, à deux pas de là, la fiesta, à moins que cela ne soit le glas. Car il t’est impossible d’échapper à la mort, à la tristesse, à l’amour déchu, à la fin d’une escale à Mexico. Le bison de la nuit oscillera toujours sur ton corps et te rappellera ton ami mort, un trou de calibre .22 dans la caboche, ça reste toujours moche. Putain de vie. Putain de bison, l’ombre menaçante du bison bleu ...  

« La musique du boléro permettait à ces femmes rescapées de la campagne,
exploitées de nouveau par la ville,
d'exprimer leurs sentiments les plus intimes,
vulgaires sans doute mais réprimés. »

 

Nos lectures :

« Le bison de la nuit » - Guillermo Arriaga (Clicker) 

et

« La Desdichada » - Carlos Fuentes

 

Tino Contreras (CLICKER POUR ENTENDRE), musique des sens sous la nuit bleue

 

 

Les Escales,

un trip littéraire composé à 4 majeurs

 

Merci BISON d'avoir croqué avec moi dans le ver au fond de la Mezcal avant d’humer le parfum de paso doble sous la moiteur des robes. Blue Moon …

 

Prochaine escale : Patagonie

 

 

18 janvier 2018 4 18 /01 /janvier /2018 17:05

 

« Il était une fois un vieil homme, tout seul dans son bateau, qui pêchait au milieu du Gulf Stream »

Ernest Hemingway, Le Vieil Homme et la mer

 

J’ai nagé dans les grandes eaux du Gulf Stream en m’efforçant de garder la tête hors de l’eau, mais les courants marins ont eu raison de moi. Le souffle retenu, je me suis laissé emporter. Une attirance sans doute vers les profondeurs obscures, comme celles de l’âme qui recèlent tant de mystères... Ses courants ont des formes légères, des boucles, des volutes - danse fougueuse entre ciel et mer dont je m’abreuve corps et cœur à la source.     

 

Suivant sa trajectoire, on dit du Gulf Stream qu’il quitte le golfe du Mexique par le détroit de Floride, entre Cuba et les Keys, pour remonter vers le nord le long de la côte américaine, piquer vers l’est à la hauteur du cap Hatteras (Caroline du Nord) et traverser l’Atlantique où il s’échoue. D’autres vous diront qu’il prend fin au sud du Grand Banc de Terre-Neuve. C’est peut-être là, l’été de mes 12 ans, que j’ai ressenti sa première chaleur, ses premiers remous, sa force et sa puissance alors que je croyais m’y noyer, emportée à jamais. Au fur et à mesure que ses courants remontent en latitude, les navires marchands qui s’y aventurent triplent leur vitesse de croisière. La chaleur de ses courants préserverait même la Norvège des grands froids. Vous savez quoi? Je m’y laisserais bien tourbillonner pour m’échouer quelque part, dans mes souvenirs d’enfance, tout près des bancs de Terre-Neuve où le sel iodé de la mer saurait me mener.

 

« La pratique des courants m’aura appris l’abandon, l’obstination et la ruse. Il était temps de rendre hommage à une telle générosité. »

 

J’ai nagé dans les eaux du Gulf Stream et au final, je me demande pourquoi je me suis efforcée de garder la tête hors de l’eau. Car dans son sillage sous-marin, j’y ai croisé des merveilles d’une beauté inestimable. J’ai suivi la route des tortues Luth de Guyane dans leur traversée de l’Atlantique. J’ai compris la dérive de vaisseaux abandonnés. Une bouteille lancée à la mer en 1837 au Cap Horn aurait été retrouvée vingt ans plus tard en Irlande. Quel message pouvait-elle contenir? Les mots que contiennent une bouteille échouée ne regardent que ceux qui les ont adressés. Ils sont dans le secret des eaux, pleurs de joie ou de tendresse, d’amour ou de détresse... 

 

Que ses grands courants viennent du ciel, du soleil et de son rayonnement, qu’ils proviennent de l’anticyclone des Açores, de l’alizée ou de la lune, des eaux glacées du Labrador ou des banquises du Groenland, je ne rêve plus que de ce Gulf Stream. Nager dans ses eaux et me laisser dériver sur des vagues d’émotions fortes, abandonnée à ses bras marins. Seule au milieu de nulle part. Et rêvant qu'on m'y laisse... 

 

« Il se trouve que, depuis l’enfance, j’aime d’amour les courants marins. J’aime ces fleuves cachés dans l’eau. J’aime me laisser happer et dériver : quelqu’un de fort, soudain, vous prend dans sa paume. Il n’y a qu’à se laisser porter… »

 

Merci Bison pour cette escale dans les tourbillons du Gulf Stream. En route vers le Mexique... ;-)

 

 

5 décembre 2017 2 05 /12 /décembre /2017 01:00

Lieu : Tarmac de Port-au-Prince, Haïti

Lever du soleil : 6h08 - Coucher du soleil : 17h12

Décalage horaire : aucun

Météo : 31 degrés

Latitude : 18.594395 | Longitude : -72.307433

Musique : Buena Vista Social Club - Chan Chan

Un Verre au Comptoir : Barbancourt

 

 

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« D’abord l’odeur. L’odeur du café des Palmes. Le meilleur café au monde, selon ma grand-mère. Da a passé toute sa vie à le boire. J’approche la tasse fumante de mon nez. Toute mon enfance me monte à la tête. Je jette trois goutes par terre pour saluer Da. »

Je débarque sur le tarmac de Port-au-Prince. Je croise un type, dans le genre souriant et avenant. Les dents blanches, fraicheur de vivre. Il respire la bonté, la bienveillance et l'humanité. Tout mon contraire. Je l'avais déjà aperçu bien des années avant à Petit-Goâve, sa terre natale. J’apprends que grand-mère Da est partie pour le « pays sans chapeau », il y a quatre ans - là-bas c’est le ciel, où repose son âme. Au cœur de ses souvenirs, les odeurs de café sont les mêmes. Quelques gouttes de Barbancourt dans sa tasse encore fumante est une réjouissance, jouissance en bouche, touche d’extase. Le café des Palmes est divin. Et la mémoire des sens ineffable, terre sauvage vers laquelle on revient sans cesse. Certes, l’errance est un rêve, elle nous emporte aussi loin de nos racines que les étoiles, mais au jour du réveil, nous savons que le pays d’une seule d’entre elle brillera à jamais d’une lueur unique. Au fil de ses déambulations, l’homme se dit qu’il n’avait pas réalisé à quel point ce « caillou entouré d’eau » lui avait manqué durant ces vingt dernières années, à quel point il avait marché à côté de sa vie.

« Ce n’est pas la même chose dans une autre langue, même si c’est le français, et surtout quand l’accent est différent. On n’est chez soi que dans sa langue maternelle et dans son accent. »

Je débarque sur le tarmac de Port-au-Prince et je croise ce type. Je suis profondément émue... Je voulais lui payer un verre, Sex’ on the Beach sur la plage de cocotiers, le rhum des îles est une escale, Sex’ appeal, coconut beach. En attendant le sourire de la serveuse noire, celle qui plait tant aux touristes avec ses seins pointus comme des ogives nucléaires, il me sert ses souvenirs, de la peur de la bombe atomique à son déracinement en terre blanche, Terre-Neuve, Sex’ on Montreal. Mon esprit redécolle aussi sec, ça le fait marrer, d’un sourire rayonnant il me confie ne pas baiser une blanche à sec. Un vieux haut-parleur crachote une musique.  

Des airs de jazz trottent dans sa tête, sa Remington ayant appartenu à Chester Himes sur les genoux, il tape frénétiquement les premières pages de son roman. L’histoire, si basique soit-elle, m’envoûte déjà : deux nègres, très spirituels qui lisent le Coran et les Boddhisattvas, passent leur temps dans une piaule minable, sombre et cafardée du quartier St-Louis, noire et cafardeux de Montréal, à écouter des disques de jazz et à baiser des femmes blanches. Ainsi soit-il, la spiritualité sent le musc sauvage, elle devient sexe. Un écrivain nègre et un bonze noir. Je me suis toujours attaché aux romans spirituels, avec ici cette pointe de déracinement.

« J’écris à ciel ouvert au milieu des arbres, des gens, des cris, des pleurs. »

J’ai bien cru d’ailleurs que j’allais me congeler la graine en atterrissant si au Nord moi qui avais prévu le minimum pour mon escale haïtienne. C’est sans compter sur la canicule de l’été indien ou la chaleur des filles de McGill, elles sont hot celles-là, même l’ivresse du grain de notre nègre ne les effraie pas. Je comprends mieux pourquoi la banquise fond toujours plus, le réchauffement climatique n’est pas un mythe, ni même la grosseur de son engin. Ce n’est pas qu’une question d’un majeur qui titille l’intimité de ces Miz mais celle d’un baobab noir qui pénètre le con d’une blanche et l’asperge de son sperme aussi blanc que nègre.

Autre temps, autre latitude, mais la graine bien au chaud et les majeurs frétillants sous le soleil des Caraïbes. Un détail peu anodin, croyez-moi, car il est impossible de s’imaginer à quel point ce bout de chair, toutes proportions gardées, peut se rendre vulnérable par moins trente. Ceci dit, après vingt ans d’exil, il se remet à peine de ses déboires sexuels avec les bombes de McGill, sans oublier ses soirées méditatives alliant à merveille l’ampleur du baobab à l’immaculé de la neige. Notre type revient ainsi vers ses odeurs de café. Parce que son grain est divin. Parce que sa graine est spirituelle. 

« Cette poussière, ces gens, la foule, le créole, les odeurs de friture, les mangues dans les arbres, le ciel bleu infini, les cris interminables, le soleil impitoyable, les femmes… »

Quand je débarque sur le tarmac de Port-au-Prince, je l’aperçois au loin, cet homme fier, dans le genre souriant et avenant. Tu sais, je trouve qu’il te ressemble, en quelque sorte, avec ses bouts de solitude et ses rêves sauvages. Sa vieille Remington ne l’a jamais quitté, ses airs de jazz non plus. Sous un manguier, il tape sur les touches de sa vie avec le sel des souvenirs et l’épice douceâtre de ses réminiscences. Il est venu nous parler d’Haïti. Et moi, affamée de son verbe, je croque dans le fruit mûr de ses mots. Les hommes d’un autre âge n’ont pas la même saveur. J’aime ce goût pimenté qu’ils me laissent en bouche...

D’autres airs de jazz trottent dans sa tête. C’est pour mieux affronter l’armée de zombis. Le dix-neuf septembre 1994, vingt mille soldats de l’armée américaine ont investi le nord d’Haïti. Telles d’autres zombies, les Miz s’investissent dans le lit de l’apprenti-écrivain, des bouteilles de vins se vident, Sonny Rollins remplit l’air fétide de cette piaule maculée de sueur mi-blanche mi-noire. Je crois que celui qui a connu la peur et redouté demain a ses raisons de craindre les bombes atomiques. Le déracinement est une forme de sevrage qui provoque l’effet de manque. Il est doux quand on se sent vulnérable de repenser à l’ami retrouvé. Et de songer à Antoinette, le pays rêvé. Lui se sèvre à la mamelle de ces nanas.

« Je reprends ma vie où je l’ai quittée. Je respire à pleins poumons. Libre dans la nuit port-au-princienne. »

Le parfum de la mangue mûre est resté sur son île. Ces filles de McGill, aussi blanches que du talc, sentent plus le baby powder que la sueur des tropiques. Accrochées au fantasme du plaisir caribéen, elles sont toutes amoureuses de Dany, de Dizzy et de sa trompette. Hé gus tu connais Charlie Mingus. Parker, j’le connais par cœur. Hé fils le dénommé Davis. Les standards de Duke Ellington, Oscar Peterson, Lionel Hampton, Scott Hamilton, je gicle sur son con, ça c’est pour la rime. Je transpire à grosses gouttes, suées aigres qui s’épanchent entre les seins parfumés d’une nana de McGill. J’aime toucher son cœur. Ça craque en moi, comme lorsqu’une branche de goyavier se fissure sous le poids de ses fruits mûrs.

Sur le tarmac j’ai croisé ce type, beau, grand, fier... échange de regards, de sourires. Dans ses yeux, cette étincelle. Je l’ai trouvé nostalgique. De vieux souvenirs sans doute, des parcelles de rêves qui vacillent entre Montréal et Port-au Prince, de Petit-Goâve à McGill. Va-et-vient de son cœur tropical, de son corps animal. Le temps file, un million de gens sont entassés au milieu des détritus, des cadavres d’animaux, de la sueur, de la pisse, des égouts. Au centre de ce ravage, la fleur d’oranger, une caresse du vent et la saveur des épices. Mais avant tout, l’odeur du café. Le bon vieux café des palmes que grand-mère Da aimait tant. De son « Pays sans chapeau », il suffit de fermer les yeux pour entendre l’écho éternel de sa voix. 

Un vieux vinyle posé sur la platine crache des airs de jazz. Je me lève, une envie soudaine de danser sous un manguier au clair de lune. D’autres airs, une autre musique. Envoûtée par les notes de Chan Chan, je t’invite à me rejoindre, Buena Vista Social Club baby, un homme rentre au pays, Miz Littérature revient ce soir. Pour faire la vaisselle, pour faire le ménage. Elle aime quand c’est net, c’est qu’elle a le cul aussi propre qu’une bourgeoise, sentir l’immaculé avant ma giclée. Elle me demande ce que je lis au lit. Parce qu’entre nous, il est aussi beaucoup question de littérature. Ma réponse l’éclaire : j’aime quand on me suce quand je lis Bukowski. Elle descend ma fermeture éclair. Avec Miller, j’aime humer la mousse d’une bière. Au tour d’Hemingway et elle me sert un whisky tourbé, odeur de fumée ou de café. Je ne sais pas à quel moment notre conversation a déviée sur Mishima... Mais il ne faut pas être gêné, Mishima nécessite un certain rituel. Comme le seppuku, il a ses codes et ses honneurs. Avec Mishima, la sodomie s’impose. Elle se retourne je pose mon livre sur son derrière, les reins légèrement cambrés, et la pénètre, façon d’honorer son cul, elle garde la tête fière, lisant la prose nippone, ressentant mon sabre la transpercer, de son cul à son âme, la plus belle des littératures.   

Mais je sens que mon âme dérive sur les écueils de la vie. Mon récit s’écrase sur ses récifs. Mon escale en terre haïtienne a tourné court, pris dans un tourbillon de chaleur, de sueur et de sperme qui colle les dernières pages de mon livre comme l’auteur qui a fini son roman sur une vieille Remington ayant appartenu à Chester Himes.

 

Nos lectures :

« Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer » - Dany Laferrière 

et

« Pays sans chapeau » - Dany Laferrière

 

Et si on dansait sur

Chan Chan de Buena Vista Social Club (CLICKER POUR ENTENDRE)

 

 

Les Escales, 

un voyage littéraire composé à 4 majeurs.

Merci BISON d'avoir fait ce voyage haïtien avec moi, entre moiteur caribéenne et érotisme en terre québécoise :-) 

 

Prochaine escale : Mexique

 

 

25 novembre 2017 6 25 /11 /novembre /2017 04:24

 

 

« Le temps d’un cocktail, d’une danse, une femme folle et chapeautée d’ailes, m’avait rendu fou d’elle en m’invitant à partager sa démence. »

 

Excellent ce livre !!! Va savoir pourquoi j’ai toujours été fascinée par les personnages qui disjonctent! (^^) Une chose est certaine, avec ce roman d’Olivier Bourdeaut on est plus que servi, George et Marguerite étant délicieusement cinglés, j’étais aux anges, je jubilais même au fil des pages de découvrir leurs nouvelles lubies! Aucun temps mort, d’un bout à l’autre je me suis laissé entrainer par leur histoire, cette lente métamorphose vers le déluge, la chute et l’internement. Et toi mon kinG, tu l’as aimé autant que moi?

 

Oui, va savoir pour... ^^

Comment dire ce livre ? Un peu les montagnes russes comme l'humeur de Marguerite ou Hortense ou... Je n'ai lu et entendu que du bien de ce livre depuis sa sortie. J'avais très envie de lire et encore plus de partager cette lecture avec toi. J'ai adoré le premier chapitre, surprenant, pétillant, drôle. Las, au deuxième chapitre, plouf, mon enthousiasme est complètement retombé. J'ai complètement déconnecté, l'auteur m'a totalement perdu...  Dans les limbes de la folie de ses personnages ? Je ne sais pas. Une sensation de "too much" ? C'est possible... Si ça n'avait pas été une lecture commune avec toi, je pense que j'aurai abandonné là ma lecture. J'ai poursuivi ma lecture sans conviction, totalement à distance, sans le moindre intérêt pour le devenir de ces personnages. Puis environ au 3/4 du livre je dirai, je suis réentré dans l'histoire, totalement accroché, n'arrivant finalement plus à la lâcher avant la fin ! Fin qui m'a cueilli, fin que j'ai adorée et qui m'a totalement fait oublier mes précédentes réserves.

    

De mon côté je ne l’ai vraiment pas lâché du début à la fin, mais avec un intérêt grandissant au moment de l’internement, de la dissociation de l’âme avec la psyché. J’ai même apprécié cette lenteur progressive mais efficace avec laquelle l’auteur a su nous dresser le portrait de ses héros. J’ai craqué pour la galerie de personnages hauts en couleur de l’institut psychiatrique, Bulle d’air, Yaourt et tous les autres. Que l’histoire nous soit racontée à travers le regard du fils m’a émue, j’ai ressenti énormément d’empathie pour ce jeune garçon plongé trop tôt dans un monde de grands. Avec une mère pareille, qui donne un sens à sa vie en la transformant en un grand mensonge déconnecté de la réalité, on suppose facilement l’effort d’adaptation qu’il a dû déployer pour arriver à trouver le chemin de son propre équilibre.

 

Je n'aurai pas mieux dit. Rien à ajouter ! ^^

 

Un excellent moment de lecture donc, humour, cynisme, excentricité, un régal !

Merci à toi mon kinG pour ce cadeau ! :-*

 

Rendez-vous dans quelques temps pour les prochains blablas de manU et Nad !

 

 

22 novembre 2017 3 22 /11 /novembre /2017 02:25

 

 

Moscou, 1948

 

Le rideau se ferme sur les notes encore audibles du Stradivarius d’Ilia Grenko, descendant d’une longue génération de violonistes virtuoses. Il vient d’offrir un concerto pour violon en ré majeur de Tchaïkovski. À peine le temps de regagner sa loge qu’il est arrêté par le KGB. Sous la contrainte, il signe des aveux qui le condamnent à vingt ans de goulag. À l’époque du régime stalinien, les musiciens effectuant des concerts à l’étranger étaient soupçonnés de contacts avec l’ennemi et d’agitation antisoviétique. Au-delà de ces rumeurs, on soupçonna Ilia d’avoir tenté d’élaborer un plan de fuite vers Vienne. Sa femme et ses enfants sont envoyés en exil à Karaganda, au Kazakhstan. Longue descente en enfer...

 

Cologne, 2008

 

Sacha, petit-fils d’Ilia, travaille pour une société de sécurité et de renseignements privés. En cherchant à retrouver le Stradivarius de son aïeul - offert par le tsar Alexandre II, rien de moins - il repartira inévitablement sur les traces de son passé. Autre descente en enfer...   

 

J’ai dévoré ce livre d’une traite ! Je lis rarement des thrillers mais quand ils savent aussi bien nous plonger au cœur d’une période marquante de l’histoire je me régale. On se retrouve sous le régime communiste et totalitaire de Staline dans la Russie des années cinquante, régime marqué par la dictature et la terreur. Ilia, comme des milliers d’innocents, a été déporté dans le camp de concentration de Vorkouta. Entassé dans des wagons à bestiaux, il a connu la faim, la soif, l’odeur fétide des excréments, la privation de sommeil, l’isolement, le froid glacial, les travaux forcés... On connaît ces atrocités qu’il est juste d’évoquer en mémoire des millions de vies envolées. L’auteure retrace ce lourd passé sans toutefois en faire un roman historique. C’est par pure curiosité que je suis allée lire sur la révolte des zeks (détenus) dans les camps staliniens du goulag. De l’insurrection du système après la mort de Staline et du Soulèvement de Vorkouta - la révolte des prisonniers du Retchlag, un camp pour les prisonniers politiques.          

 

Un roman qui ne manque pas non plus d’évoquer la force réparatrice de certaines rencontres, la solidarité, les liens salvateurs qui offrent des repères et un certain apaisement. Un roman sur la confiance et l’entraide. Sur la force des souvenirs et des liens familiaux. Un roman sur la survie.

 

Un roman sur la mémoire...

 

Un grand merci à toi ma Nadège pour ce cadeau :-*

 

 

 

13 novembre 2017 1 13 /11 /novembre /2017 23:42

 

En ouvrant cette BD sur la première page, je savais déjà que j’allais être émerveillée par l’univers de Kenneth Grahame que Plessix a su adapter avec génie pour en faire un chef d’œuvre. Les dessins sont d’une rare beauté, un régal renouvelé à chaque page. Grâce à Jérôme, qui me l’a fait découvrir par-delà l’océan, j’ai eu la chance inestimable de pouvoir en lire l’intégrale, les quatre tomes regroupés dans un même album, je jubilais !   

 

Comment ne pas s’attacher à cette galerie de personnages à quatre pattes hauts en couleur ? Impossible ! D’abord Taupe, le maladroit, débordant d’un enthousiasme frôlant la naïveté et d’une émotivité attachante. À peine sorti de son terrier par une belle journée printanière qu’il se retrouve avec Rat à canoter sur la rivière. Ah ha ce Rat !!! Qu’il m’a arraché des fous rires celui-là ! Paresseux comme pas un, bougon comme deux, rêveur au centuple et grand poète parmi les hommes, enfin... les bêtes... On le retrouve songeur, balayant l’air de grandes tirades à rimes, tout à fait le genre de personnage qui me charme. D’autres mammifères encore coloreront cette histoire, Loutre, Blaireau, la famille Hérisson mais je m’arrête là car il me tarde de vous parler de mon grand favori, le richissime Crapaud alias « baron Tétard » ! J’ai toujours eu un faible pour les batraciens, allez savoir pourquoi (^^). Délicieusement vaniteux et excessivement colérique, rusé et si pourri d’orgueil qu’on lui ferait bien subir le châtiment de la poêle à frire, une petite gousse d’ail en sus. Mon intrépide « bestiole verte bondissante et galopante » s’était prise d’une nouvelle lubie, que je vous laisse découvrir et qui lui causera bien des soucis...    

 

Cet album est porteur de riches réflexions sur la course effrénée du monde qui nous entoure et des réactions imprévisibles des hommes : « Tantôt ils vous caressent, tantôt ils vous jettent des pierres, allez comprendre pourquoi... ». Les animaux sont en relation constante avec leur environnement, ils ont du flair, de l’instinct. La nature est évoquée avec sensibilité, à cet effet la vallée de la Tamise est au premier plan de cette somptueuse histoire animalière qui allie aventure et mysticisme.     

 

Le Vent dans les saules (titre original : The Wind in the Willows) est un roman publié en 1908 par le romancier écossais Kenneth Grahame. En France, le roman est paru pour la première fois en 1935.

 

 

 

Un immense merci à toi Jérôme de m'avoir fait découvrir ce grand homme, Monsieur Plessix :-*

 

 

30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 20:11

 

« Je vous écris dans le noir. De l’obscurité dans laquelle mon crime m’avait jetée, bien sûr, mais aussi de celle qui terrorise les enfants, remplie de monstres et de fantômes. Je me demande si l’on écrit autrement que dans le noir, dans cette opacité qui ne révèle ce qu’elle cache qu’au fur et à mesure de l’écriture, comme l’œil finit par s’habituer à l’obscurité et à redessiner les contours des obstacles qui pourraient nous faire trébucher. »

 

J’ai refermé ce livre bouleversée, émue, me demandant s’il est possible de mourir autant de fois que cette femme, s’il est envisageable de tenir debout, après tant de deuils et de cruauté, s’il est seulement possible d’avoir survécu autant d’années à autant d’horreurs et de mépris de la part des hommes. Jean-Luc Seigle nous écrit dans le noir, ce terrain vague aux limites des obscurités les plus denses, les plus opaques, presqu’impénétrable mais nécessaire pour s’approcher de la vérité, s’il en est une. Il s’est enquis de l’histoire de cette femme, Pauline Dubuisson, à travers des mots qu’il nous adresse à la première personne, comme habité par son mystère. 

 

Nous sommes en 1961. Pauline regarde sur son écran « La vérité » de Clouzot, le film inspiré de sa vie et dans lequel son rôle est incarné par Brigitte Bardot. Brisée par ces images, comme autant de trahisons et de fausses représentations sur son histoire - camouflant les silences de sa vie chargés d’enfance et de rêves, pour n’exposer que des instantanés basés sur des faits dépourvus d’affects – elle s’exile au Maroc pour refaire sa vie, sous une autre identité. Une mort pire encore, si cela est possible, que ses neuf ans d’emprisonnement.  

 

« Je crois qu’on ne peut mourir que d’être désaimée. Et ça, ce n’est pas mourir d’amour, c’est même l’inverse. »

 

Ce que Clouzot a caché dans les interstices de son film ce sont les brûlures affectives, la guerre - élément déterminant de sa vie - ce sont les viols, la honte, une sexualité exacerbé telle la marque d’un corps qu’elle se découvre et auquel elle cherche à donner vie, un certain pouvoir pour panser la souffrance des jours. Cette femme a été tondue sur la place publique durant la Libération, elle n’avait que 17 ans. Des lames acérées lui ont blessé la peau, à vif, mise à nue, une croix gammée tatouée sur le crâne. Elle vivait entre l’effacement d’une mère dépressive et la vénération d’un père, ancien colonel qu’elle adulait pour sa puissance, sa droiture, ses discrétions. Sa beauté suscitait la jalousie et elle vendit son corps pour nourrir sa famille. Avant tout, Pauline Dubuisson était une femme libre et indépendante, dont les visions féministes en firent en quelque sorte le précurseur d’une génération de femmes qu’elle souhaitait voir s’émanciper. En vain…      

           

À 21 ans, elle fut condamnée à la peine de mort pour un crime passionnel, convaincue qu’elle fut accusée pour bien plus que son crime.

 

Six mots suffirent à donner un sens à la charge des émotions contenue dans son histoire : « Je vous écris dans le noir ». Jean-Luc Seigle est allé au-delà des faits, de ceux mis de l’avant par Clouzot, pour peindre sa propre « Vérité ». Et elle est impossible désormais à oublier…

 

« Ce n’est pas l’amour, ni le désir, ni la sexualité qui fait une femme mais sa prodigieuse capacité à affronter et à transformer la vie comme aucun homme ne serait capable de le faire. »

 

Un immense merci à toi BISON pour ce grand livre... :-*

 

 

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