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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 00:11

 

Toujours à table avec Les Restos du cœur, l’édition 2015 nous offre treize nouvelles dont le thème commun est « le repas ». Je retrouve certains auteurs de l’édition 2016 en plus d’en découvrir de nouveaux, c’est un régal! Un recueil « gustativement » alléchant dont les mets, salés ou sucrés, émoustilleront vos papilles :D

 

Ma grande nouvelle COUP DE CŒUR fut La Part de Reine d’Éric-Emmanuel Schmitt. En quelques pages il arrive à nous faire sourire et pleurer, en passant par les mille réflexions qu’il éveille au passage. Impossible de rester insensible à l’histoire de Clovis, cet attachant clochard, et de sa chienne Reine. À travers un émouvant dialogue avec un jeune garçon, duquel émerge une amitié réciproque dès le premier coup de regard, nous sommes amenés à réfléchir au sens que l’on donne à ces quelques mots : le partage, l’amour, le dévouement et la bonté. Et à cette pensée encore plus profonde qui devrait tous nous habiter : « ce que les gens ont de trop ne leur appartient pas ». Qu’il est beau cet Éric-Emmanuel Schmitt! Tu avais raison mon kinG des marais, c’est la meilleure ;-)

 

Franck Thilliez nous fait voyager, quant à lui, dans le sud de l’Alaska où un couple vit au milieu des grizzlis… grosses bibittes à poils!!! Quelle horreur! Mon deuxième coup de cœur <3

 

Avec Françoise Bourdin on se met à table pour le fameux réveillon de Noël entre querelles, règlements de compte et petites vacheries. Idem, quelle horreur! ^^

 

L’histoire d’obésité morbide (à peine 100 kilos en un an.......) d’un gars qui se croit possédé. Je retrouve à nouveau Maxime Chattam toujours dans un face à face avec le cannibalisme. Végétaliens s’abstenir! :D

 

Agnès Ledig, avec Un petit morceau de pain, a écrit avec sensibilité une très belle nouvelle. Une femme qui tente d’endosser le rôle de la mère parfaite (pfffffff). Ça vous dit quelque chose? Deux beaux extraits que j’ai retenus :    

 

« Apprends-lui le discernement, pas la méfiance en tout. »

 

« La vision peut être jolie, quel que soit le niveau de l’échelle sur lequel on se trouve. Tout dépend ce qu’on regarde. Du premier barreau, on peut quand même regarder le ciel en levant la tête. »

 

Je n’oublie pas les autres bons auteurs : Alexandra Lapierre, Gilles Legardinier, Pierre Lemaître, Marc Lévy, Guillaume Musso, Jean-Marie Périer, Tatiana de Rosnay, et Bernard Werber

 

1 livre acheté = 3 repas distribués!

 

Encore un beau merci à mon kinG des marais pour ce cadeau gustatif, d’ailleurs j’me craquerais bien une p’tite cuisse de grenouillE! ^^ 

SLURP sur ta joue qui pique! CRÔAAAAAAAAAAAAA :-*

1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 22:52

 

Sous le thème de la fraternité, Les Restos du cœur offrent chaque année un recueil de nouvelles dont les recettes permettent de distribuer des milliers de repas. Pour le lecteur, en plus de contribuer à une bonne cause, c’est l’occasion de découvrir la plume de douze auteurs, dont plusieurs m’étaient inconnus, chacun y allant de sa sauce ! Salée, sucrée, acide, douce ou amère, mes trois coups de cœur vont aux nouvelles de Karine Giebel, Agnès Ledig et Bernard Werber.   

 

Françoise Bourdin nous parle de Florian et Charles, deux frères qui s’aiment autant qu’ils se détestent. À vrai dire, Florian est un lâche, il passe ses journées écrasé sur le canapé à fumer, boire et se nourrir de restes de pizza. Vous me direz à quoi bon vous énerver, ce n’est pas de vos affaires, sauf que le fils de Charles s’est mis à le fréquenter et que ce dernier s’inquiète de l’influence négative que son frère pourrait avoir sur lui. Une nouvelle sur la culpabilité au profit de la solidarité fraternelle. Michel Bussi, quant à lui, évoque la jalousie entre sœurs, celle qui attire tous les regards sur elle au détriment de l’autre, la miss-p’tite-parfaite-je-te-pique-ton-copain, alias Alexandra. On poursuit avec Maxime Chattam qui casse le ton avec sa nouvelle complètement gore ! Sans vouloir trop en dire pour éviter de dévoiler le punch final, disons qu’il est question de camion à bouffe réfrigéré, de cannibalisme et d’ADN. Une histoire de vengeance qui donne froid dans le dos et qui me donnerait envie de découvrir l’auteur à travers l’un de ses romans pour sonder plus à fond son style qui me semble plutôt unique. Peu de choses à dire concernant Stéphane De Groodt, des jeux de mots assez fins, sur le cinéma, mais qui m’ont laissée indifférente. La nouvelle est trop courte, à peine trois pages qui ne me permettent pas de me faire une idée de son talent…   

 

À l’instar de Michel Bussi, François d’Épenoux nous raconte une histoire de jalousie entre sœurs, que leur mère tente de réconcilier à tout prix. Haine et rancoeur, l’héritage du père est au cœur des conflits. Quand l’argent vous pourrit la vie ! Et là, premier coup de cœur pour Aleyna de Karine Giebel. Aleyna, 17 ans, une jeune turque forcée de marier un homme de 35 ans qu’elle n’a jamais vu, encore moins aimé. Un texte qui rend compte de la souffrance de milliers de femmes dans le monde. Elle aborde les restrictions liées aux lois ancestrales, la privation de liberté, le déshonneur et le prix à payer - la plupart d’entre elles sont tuées dans des conditions atroces. Ensuite, l’échec du mariage est présenté par Douglas Kennedy, les interrogations, les regrets et la solitude qui s’ensuivent. Puis Alexandra Lapierre nous parle de la souffrance de l’enfant unique. Quand une lettre fait tout basculer et que sont mis en doute notre vie, notre passé et notre avenir.   

 

Deuxième coup de cœur pour la nouvelle d’Agnès Ledig dont j’ai adoré la plume ! Et savouré la douceur des mots. Deux personnes qui se rencontrent par hasard, un homme et une femme, et qui sont émus l’un par l’autre. Lui par sa simplicité et son optimisme, elle par sa sincérité et sa spontanéité.

 

Un extrait retenu et que j’ai trouvé très beau... :  

 

« Quand, des années après, je me retournerai sur ma vie, je pourrai me dire qu’on prend parfois des chemins sans savoir où ils mènent, et qu’on n’en a que faire, du moment qu’on avance à côté des personnes qui comptent. »

 

Finalement, Nadine Monfils nous rappelle que les apparences sont souvent trompeuses. Romain Puertolas y va de jeux de mots, de bizarreries et d’humour afin de créer chez le lecteur une réflexion sur notre société capitaliste et l’acceptation des différences. Les extraterrestres sont tous des communistes, c’est lui qui le dit ! Enfin, dernier auteur et troisième coup de cœur pour la nouvelle de Bernard Werber qui porte sur la gémellité. Sur fond d’intrigue, elle tente de répondre à des questions qui sont toujours en suspens concernant les jumeaux identiques : est-ce que l’esprit est séparé de la matière? Quelle est la place des gènes versus le milieu de vie? Jusqu'où les gestes de l’un peuvent inconsciemment influencer les gestes de l’autre? Des questionnements qui remettent en cause la complicité et l’empathie…

 

Il a été glissé sous mon sapin par une sweet grenouillE de marais à qui je dis un gros merciiiiii CRÔAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA slurp ! :-*

30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 22:22

 

 

« Dans le ciel, les premières étoiles s’allumaient timidement. Elles fixaient la petite cour de Mamie, tout en bas, un carré d’exil ma famille s’échangeait des rêves et des espoirs que la vie semblait leur imposer. »

 

***************

 

« Je ne me sens chez moi nulle part, je ne fais que passer. »

 

Ces quelques mots sont les témoins abruptes des conséquences de l’exil…

 

Gaël Faye a une dizaine d’années lorsque la guerre éclate au Rwanda - le génocide des Tutsis et la guerre civile le forceront à rejoindre la France. Né d’une mère Rwandaise et d’un père Français, il a passé son enfance au Burundi, à Bujumbura. C’est à travers le regard émouvant d’un enfant de 10 ans qu’il nous livrera son récit. J’ai bu ses mots comme on s’abreuve d’une bouleversante histoire, sans même m’arrêter pour reprendre mon souffle. Et j’ai eu l’impression qu’il l’avait écrit d’un trait de crayon, avec le même élan, l’énergie du survivant…     

 

« Ma vie ressemble à une longue divagation. Tout m’intéresse. Rien ne me passionne. Il me manque le sel des obsessions. Je suis de la race des vautrés. »

 

La guerre civile éclate au Burundi. L’Union pour le progrès national (UPRONA) et Le Front pour la démocratie du Burundi (FRODEBU) s’affrontent. Melchior, du deuxième camp, est élu. Il sera assassiné par des militaires lors du coup d’État du 21 octobre 73 à Bujumbura. Couvre-feux, coups de feu, obus et mort du président, Gaël Faye témoignera avec courage de ce chaos de massacres et de tueries. Bien que son père ait tenté de le préserver du monde de la politique et de l’imminence de la guerre, il aura connu l’apartheid, la pauvreté, l’exclusion, la notion d’ethnie... Il apprendra qu’il faut se ranger dans un camp ou dans l’autre, les Hutus ou les Tutsis. Que sa situation d’enfant privilégié, dont les mères sont des « putes de blancs », lui vaudra la haine de certains camarades.       

 

Les traumatismes de son enfance émergent du passé en même temps que les souvenirs tendres, les rires, les camarades et Laure, cette jeune Française avec qui il entretenait une relation épistolaire. Ces lettres échangées étaient des mots couchés sur le papier, tel un exutoire, un besoin pressant d’échapper au quotidien. Et que dire du goût des mangues qui adoucissaient le poids des conflits familiaux. L’odeur rassurante des citronniers, ses copains, Gino, Francis et les jumeaux. Les heures de discussions dans la vieille Volkswagen rafistolée, les cigarettes et les frégates construites avec des feuilles de bananiers. L’évasion à travers les livres, les grandes vacances et la joie du retour en classe. Parcelles de bonheur et d’innocence dans ce monde en guerre.

 

Merci Gaël Faye pour ce récit écrit avec dignité. Si cette démarche a été pour vous une rédemption – ou non… - elle aura été pour moi une leçon de courage. Les liens d’appartenance sont plus forts que tout. « Certaines blessures ne guérissent pas ». Elles donnent de la force à ce que nous sommes au présent...   

 

« Quand on quitte un endroit, on prend le temps de dire au revoir aux gens, aux choses et aux lieux qu’on a aimé. Je n’ai pas quitté le pays, je l’ai fui. J’ai laissé la porte grande ouverte derrière moi et je suis parti, sans me retourner. »

 

***************

 

J’ai été heureuse de lire un extrait de Jacques Roumain dans ce récit, auteur de Gouverneurs de la rosée, le grand poème d’amour que j'avais tant aimé :

 

« Si l’on est d’un pays, si l’on y est né, comme qui dirait : natif-natal, eh bien, on l’a dans les yeux, la peau, les mains, avec la chevelure de ses arbres, la chair de sa terre, les os de ses pierres, le sang de ses rivières, son ciel, sa saveur, ses hommes et ses femmes… »

 

J’ai partagé par hasard cette lecture avec mon amie Nadège. Vous pouvez lire ICI son magnifique billet. Prenez le temps d'écouter la chanson de l'auteur, "Petit pays". Impossible de ne pas être ému(e)...

 

L'avis d'Alex-mot-à-mots

 

 

23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 19:23

 

« Le silence est un refuge, il vous procure la paix. »

 

« Partir dans les montagnes par une nuit calme et sombre comme l’enfer pour y chercher la folie ou la félicité, c’est peut-être cela, vivre pour quelque chose. »

 

La tristesse des anges est un roman qui porte sur les mots. Ceux que l’on dit et ceux que l’on tait. Ceux qui enjolivent la vie et ceux qui la ternissent. Ceux portés par les vents les plus violents et qui nous reviennent. Gifle de regrets amers, ils écorchent au passage l’âme de nos blessures. Ils se heurtent à notre conscience, échappés de la page de notre histoire. Il y a ceux qui prennent de la force avec le temps, qui permettent de se souvenir. Les mots d’amour et mots d’humour, mots nostalgie ou mots solitude, les mots bavards et ceux avares, ceux qui se chantent et ceux qui se pleurent, mais aussi ceux qui se vivent.   

 

Et ceux qui nous tuent… Ce jour-là, Bardur, l’ami du gamin, avait oublié sa vareuse. Tout ça pour les vers d’un poème, Le Paradis perdu de Milton. La tempête s’était levée et la mer de l’Islande ne pardonne pas. Portant sur son dos le poème maudit, il fera la route jusqu’à la ferme de Kolbeinn, le vieux capitaine aveugle, pour le lui remettre. Il y trouvera le réconfort, les mots douceur et mots chaleur…

 

Ce roman porte sur les mots. Ou serait-ce les maux?

 

Jens, le postier de campagne, devra se rendre de la Rive de l’Hiver jusqu’aux Fjords de Dumbsfirdir pour atteindre Vik, au Nord-Ouest de l’Islande. Une expédition postale de plusieurs jours qu’il entreprendra avec le gamin sur des terres battues par le vent. Impossible de traverser ces fjords à la barque et d’enjamber seul les landes glacées. Cette tournée a coûté la vie à plusieurs postiers. Quand le canot a chaviré et que Jens est passé par-dessus bord, il y a presque laissé sa peau. Le gamin n’aurait pas supporté de voir son compagnon de route mourir. Il repense à Bardur. Alors, il n’y aura pas que les mots, il y aura aussi le froid.  

 

Le vent est violent et glacial, il hurle à la mort et coupe le souffle. Jens et le gamin errent d’une ferme à l’autre à travers la tempête. Enfoncés dans la neige jusqu’aux genoux, ils luttent pour ne pas mourir de froid. Il faudra parfois même s’enterrer bien profond dans la croûte pour survivre. Ils ont peine à se suivre et se perdent de vue plus d’une fois, aveuglés par le blizzard. La tentation de s’endormir est grande, on se laisse aller au sommeil sans jamais ne se réveiller. Cette femme qui semble leur indiquer un chemin, est-ce d’ailleurs un rêve ou une hallucination ? En Islande, j’ai appris plus que nulle part ailleurs le sens de l’expression « regarde où tu poses les pieds ». Le gamin ne s’est pas méfié, il est tombé dans le vide. Il n’y aura pas que les mots, ni seuls ceux d’Othello et de Shakespeare, mais ils auront eu une force inouïe sur la survie des hommes.

 

« … avec ces histoires, ces lambeaux de poèmes et de rêves depuis longtemps éteints au fond de l’oubli. Nous sommes à bord d’une barque à rames vermoulue et, avec nos filets moisis, nous attraperons les étoiles. »

 

La tristesse des anges, ou flocons de neige, est ce chef-d’œuvre qui nous incite à ne jamais renoncer. Il y a ceux qui luttent et ceux qui ont abandonné. Oui, La tristesse des anges est un roman qui porte sur les mots. Ceux que l’on dit et ceux que l’on tait. Ceux des marins et des hommes de courage. Ceux des bavards et ceux qui sont quête. Mots de tristesse ou mots de solitude, il y a les mots de l’amour et des nuits chaudes qui insufflent la vie. Et tous ces mots qui portent la mort, à laquelle personne n’échappe.   

 

« Nous entendons les poissons soupirer au fond de la mer, et ceux qui gravissent les montagnes ou se rendent sur les hautes terres peuvent écouter le chant des étoiles. »

 

« Le ciel abrite une multitude de flocons. Voilà les larmes des anges, disent les Indiens au nord du Canada quand la neige tombe. Ici, il neige beaucoup et la tristesse du ciel est belle, elle est une couverture qui protège la terre du gel et illumine l’interminable hiver. »

 

Mon billet sur le tome 1 : Entre ciel et terre

 

L'avis d'Eeguab

 

Et quelques photos de mon voyage en Islande en mai 2016...

 

 

 

 

 

 

 

 

18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 00:25

 

« J’aime ton sommeil mieux que ta vie. Tu m’appartiens mieux quand tu dors. Au moins tu ne changes pas. Tu ne ris pas avec d’autres. Je ne voudrais pas que tu aies de petites intrigues avec d’autres. Je ne suis pas capable comme tes nouvelles camarades de vivre dans la haute atmosphère des livres. »

 

WOW quel roman ! Je viens vraiment de vivre une belle rencontre littéraire, à la fois tendre et intense. J’aurais tellement voulu que cette histoire ne prenne jamais fin et que je puisse la retrouver chaque soir, ne serait-ce qu’à travers quelques lignes, que je parvienne à lire entre les marges les sentiments amoureux qui y sont évoqués avec fougue et spontanéité. L’auteure et narratrice, Claudie Hunzinger, nous raconte les amours de sa mère Emma, dont elle ignorait l’existence jusqu’à ce qu’elle reçoive à ses funérailles un colis contenant des centaines de lettres. En parcourant les pages de ces mots tendres, elle redonnait vie à un amour plus grand que nature. Un amour passionnel, foudroyant, celui de sa rencontre avec Marcelle au début du siècle dernier, vers 1907.  

 

L’auteure se souvient de sa mère comme d’une femme peu affectueuse, distante et incapable de proximité. Elle se questionne sur les raisons qu’elle a eu de rester toute sa vie silencieuse sur les sentiments qu’elle éprouvait envers Marcelle. Elle avait 17 ans à l’époque quand, dans un village de la Côte-d’Or, Marcelle et sa famille viennent s’installer tout près de chez Emma. Elles s’aperçoivent de loin, d’abord farouchement, puis se revoient à un bal du village. Au cours d’une deuxième rencontre, lors d’un mariage, elles se regardent à peine, toutes en émotions retenues. Marcelle « 2 ailes E », femme casse-cou, sauvage, troublante, excessive et « hautement inflammable » - est-ce suffisant pour la décrire tant le personnage est beau ? - a été amoureuse de sa mère. Elles ont vécu deux années d’amour passionné, période durant laquelle Emma est devenue femme, jusqu’à ce qu’une distance se crée. Marcelle, souffrante, la supplie de revenir, de se souvenir de leurs nuits et du désir profond installé sous les draps de leurs jouissances. Emma s’intellectualise. Dans le fossé qui s’est creusé entre elles, cette intellectualisation n’y est pas pour rien… Jalouse du savoir d’Emma, qui la plonge dans un sentiment douloureux d’infériorité à son égard, elle tente tout pour lui plaire. En vain…      

 

Il y aura aussi Thérèse, Lucie, Marguerite… Mais le cœur du roman pivote autour de cet amour entre Emma et Marcelle. Déchirement de chaque instant, elles se quittent, renouent, se quittent encore jusqu’à la rupture finale. Claudie Hunzinger revient souvent sur la souffrance infligée par sa mère à sa partenaire. Elle exprime ouvertement lui en avoir voulu, ne pas comprendre, puis finit par se prendre d’affection pour Marcelle, l'incandescente. Sa mère pousse l’audace jusqu’à lui demander l’autorisation d’en aimer une autre. Qui était donc cette femme, secrète, puissante, indépendante et spontanée ?

 

Quoi qu’il en soit, les femmes qui habitent cette histoire sont toutes éprises de liberté. Elles vivent hors d’une époque, affirmées et rebelles. Elles sont belles et vivantes. Et l’auteure nous les raconte en épousant leurs sentiments aux beautés de la nature. Ce récit est une grande métaphore, un poème d’amour…  

 

« Emma, vous avez l’amour de l’équilibre ; moi, celui des excès. Vous, plus de puissance de compréhension ; moi, plus de puissance de sensation. »

 

******************

 

« Vous êtes la fille la plus vivante que j’ai jamais rencontrée »

 

Un immense merci à ma précieuse amie Nadège d’avoir partagé cette lecture avec moi. Quel plaisir <3

 

L'avis de Céline

 

Et ceux d'Aifelle sur La Survivance, Bambois, la vie verte et La langue des oiseaux

Published by Nad
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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 21:26
L'Amitié comme un Jardin de Lumières

HAPPY BIRTHDAY mon kinG des marais à grenouillEs !!! CRÔA CRÔAAAAAAAAAAA

 

28 ans (j’arrondis……. :D) aujourd’hui, ça se fête en grand !!! Pour ne pas dire en mautadine.... !!! ^^

 

À mes yeux, rien ne pouvait mieux représenter notre Amitié que ce Jardin de Lumières du Jardin botanique. Des lumières multicolores comme des pépites d’or, dans un trésor gros comme le ciel….

 

Merci d’éclairer mon quotidien de ta présence, de ton écoute, beau temps mauvais temps, et de ton rire (au gros accent mdrrrrrrr) :-*

 

Tiens, j’me craquerais bien une p’tite cuisse de froskuR marinée dans l’beurre à l’ail (au diable le cholesthérol……….!!!)

 

Grosses bisouillEs sur ta joue qui pique!

 

SLURP!!!!!! xx

Celle-ci n'est pas de moi mais je ne retrouve plus sa source (blog de Candice et Kevin ?)

Celle-ci n'est pas de moi mais je ne retrouve plus sa source (blog de Candice et Kevin ?)

L'Amitié comme un Jardin de Lumières
11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 18:18

 

 

« Un homme doit être fort et essayer de se dépasser toujours davantage. Il maîtrise sa vie et ce en quoi il croit. »

 

C’est ma copine Hitomi, du pays du Soleil-Levant, qui m’encourage depuis longtemps à lire cet auteur. Et l’autre jour je suis tombée par hasard sur ce titre chez un bouquiniste, ignorant complètement s’il était représentatif ou non de la qualité de son œuvre. J’avais déjà des réticences car il m’arrive peu souvent d’apprécier l’univers des Nouvelles, même s’il existe des auteurs qui ont le talent de nous les rendre à merveille.

 

Ce petit recueil en compte donc trois, Les ombres, Le retour et Le dernier souper, que j’ai lu d’une traite. Ce que je n’ai pas du tout regretté puisque les histoires se recoupent, sous forme de fil continu, à travers des thèmes qui lui sont chers – la  mort, la solitude et la souffrance des secrets gardés en soi comme des blessures ouvertes. Les ombres étant celle, à mes yeux, la plus « complète » en ce sens. En premier, sont illustrés dans cette nouvelle les enjeux de la foi chrétienne, mal perçue dans le Japon des années 30. Le narrateur rédige une longue lettre à un prêtre catholique « défroqué » qui s’est occupé de sa mère durant des années, comblant ainsi un grand vide. Un incident x est survenu, sous forme de trahison, souillant la foi du narrateur en même temps que l’image de l’homme irréprochable s’est écroulée. Sa vie s’en est vue changée à jamais. Il l’a détesté, s’est mis à avoir des doutes, s’est remis en question avant d’être plongé dans une profonde solitude. Shûsaky Endô nous expose ici le pouvoir de la religion comme une manière possible de contrôler le comportement des hommes. 

 

On retrouve cette même solitude dans Le dernier souper, que j’ai aussi adoré ! Tsukada s’enivre à longueur de journée pour alléger ses souffrances. Depuis plusieurs années il porte en lui un terrible secret, les marques d’un traumatisme vécu durant la guerre en Birmanie. Le hasard d’une rencontre le fait croiser la route d’un psychiatre, le Dr Sakai. De très beaux échanges en découleront en même temps qu’un secret qui termine le recueil de nouvelles sur une note surprenante, pour ne pas dire glaciale !

 

Je n’en resterai pas là avec l’auteur, ça c'est certain. J’ai très envie de découvrir l’un de ses romans et je reste convaincue que je vais me régaler encore davantage…

 

Thanks Hitomi <3

 

« Ils sont torturés entre le désir de se décharger du lourd secret qui les hante et la souffrance et l’humiliation de le faire savoir à autrui. »

4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 17:42

 

 

« Papa m’a dit cent fois d’être un homme, et d’agir comme un homme. »

 

« Papa m’a dit cent fois : « Mon fils sera pas pédé, qu’il voulait pas de ça dans la famille. »

 

« Papa m’a dit cent fois comment faudrait que je sois. Qu’un garçon, ça ne pleure pas, ça se laisse pas faire. »

 

« Papa m’a dit cent fois de prendre exemple sur les autres : « Les autres garçons de ton âge, ils ont une copine, qu’est-ce qui tourne pas rond chez toi? »

 

C’est pareil tous les jours. Le narrateur, 13 ans, part à l’école chaque matin avec une douleur dans le ventre, celle de la peur et de l’appréhension. Il sait ce qui l’attend : l’intimidation, les moqueries, l’humiliation, les coups… Oui, les coups font mal, très mal même, les gars n’y vont pas de main morte avec les « mauviettes ». Ils tapent dur et figurez-vous que ça les fait même rire. Mais pire encore est la douleur en dedans, la solitude. Chaque claque en plein visage est une remise en question. C’est une culpabilité en plein cœur de l’adolescence déjà fragile, celle de la quête identitaire et des multiples questionnements sur soi.

 

C’est pareil tous les jours. Il se fait reprocher de son père de se faire battre sans rien dire, de manquer de courage, d’être faible devant les autres. Son paternel n’a rien compris. Il n’a pas même pu reconnaître le courage de son fils d’être resté soi-même. Il attire plutôt la honte, la déception, l’absence de fierté. Si seulement il pouvait être quelqu’un d’autre, et surtout pas un « pédé ». Non, pas son fils…

 

C’est pareil tous les jours. Heureusement, il y a Sarah avec qui en parler. Avec elle, il n’y a pas de « honte à avoir », parce qu’elle « aussi aime bien les garçons », elle peut le comprendre - c’est là un passage du livre qui m’a fait du bien. L’humour de cette jeune fille et son approche sensible. Plus question de devenir « invisible ». Si seulement de son père il pouvait aussi recevoir la fierté et l’amour…    

 

Impossible de sortir de ce petit « grand » livre sans ressentir de la colère et beaucoup de tristesse. Une autre très belle lecture d’Antoine Dole qui m’avait séduit avec «  Je reviens de mourir ». Un auteur dont je dois la découverte à mon sweet manU :-*

Un roman qui devrait être déposé entre toutes les mains des enfants de collèges…

 

Les avis de Jérôme, Noukette et Canel

 

Pour visiter le site de l'auteur c'est ICI

 

« Pourquoi tu m’apprends pas les mots, plutôt? Les mots qui soulagent, les mots qui apaisent, je voudrais avoir les mots qui soignent, ceux qui ne laissent pas seul. Ceux qui ne me viennent pas quand les choses vont trop loin. »

 

« J’ai pas treize ans, j’en ai cent quarante-deux. Usé, fatigué, amoché. À force de ressasser la peur, j’ai rogné tous les points d’appui, quand j’essaie de grimper dans les hauteurs je glisse, m’écrase au sol. Chaque fois je tombe de haut, alors le moral reste bas, c’est plus sûr. »

28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 19:45

 

 

« On ne peut rien savoir d’un vieillard si on ne va pas à ses yeux, ce sont eux qui détiennent l’histoire de sa vie. »

 

Trois vieillards épris de liberté, Ted, Charlie et Tom, fuient le monde des vivants et choisissent de s’isoler en forêt. Ils ont chacun une cabane face au lac et vivent de chasse, de pêche, d’ours et de maringouins, mais avant tout, ils vivent dans ce lieu où les jours sont propices à la lenteur et l'errance. Dans ce coin reculé de l’Ontario (profond), la chaleur du poêle à bois suffit à peine pour survivre aux hivers par moins 50. Le confort est minimal mais ils y gagnent le luxe de l’isolement serein.     

 

Leur touchante histoire, romancée mais plausible, s’inscrit dans le contexte historique des Grands Feux qui ont ravagé le nord de l’Ontario au début des années 1900 - Matheson, Timmins, Cochrane, Haileybury… - une tragédie apocalyptique à jamais ancrée dans la mémoire collective des survivants. Aux trois hommes viendra s’ajouter Marie-Desneige, 82 ans, la petite jeunesse du groupe. Minuscule bout de femme, en cavale avec de faux papiers, qui aura passé soixante-six ans de sa vie dans un institut psychiatrique en banlieue de Toronto. Presque cent ans plus tard, une photographe débarque sur les lieux dans le but de recueillir le récit des quelques survivants, s’il en reste, ou de leurs témoins. Elle s’accrochera avec émotions à ces vies racontées. Celle de Ted, l’enfant de quatorze ans qui a marché durant des jours dans les décombres fumants, ses parents, frères et sœurs morts asphyxiés dans un caveau à légumes. Du ciel, ce jour-là, il pleuvait des oiseaux…

 

Magnifique roman sur le courage, autant celui de choisir sa vie que de se reconstruire. Sur les traces du passé qui hantent le présent de souvenirs imprégnés dans la chair. C’est un roman qui défie les âges, un amour naissant et des caresses pour deux vieilles personnes attachantes qui ont choisi de vivre avant de mourir - faire l’amour pas la guerre. L’histoire n’est pas dépourvue de cet humour noir dont Tom et Charlie usent avec délice. Entre deux cabanes poussent des plants de marijuana, c’est tout dire. Le portrait des soins psychiatriques du début du siècle dernier, où on incarcérait à peu près n’importe qui pour n’importe quoi est bien représenté. L’histoire de Marie Desneige me rappelle celle de Camille Claudel… C’est un roman sur la vieillesse, l’appréhension de la mort et le suicide. De vies pleinement vécues jusqu’au dernier souffle.  

 

Depuis sa sortie en 2011 que j’ai envie de lire ce roman que tout le monde sauf moi semblait déjà avoir lu au Québec ! Une histoire que je ne suis pas prête d’oublier…

 

« J’aime les histoires, j’aime qu’on me raconte une vie depuis ses débuts, toutes les circonvolutions et tous les soubresauts dans les profondeurs du temps qui font qu’une personne se retrouve soixante ans, quatre-vingt ans plus tard avec ce regard, ces mains, cette façon de vous dire que la vie a été bonne ou mauvaise. »

 

L'avis de Didi

Il pleuvait des oiseaux - Jocelyne Saucier
25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 01:29

 

 

Je sors de ce deuxième rendez-vous avec l’auteur en me disant qu’Olivier Adam n’a pas fini de me secouer les tripes avec ses écrits. Deuxième roman avec lequel je me débats à la surface d’une eau trouble pour éviter de me noyer. Seul mon visage arrive à sortir du tumulte, j’ai le souffle court. C’est cru, c’est vif, comme une brûlure c’est un froid lacérant qui pénètre au creux des entrailles. C’est divin! Une impression de s’avancer sans cesse au bord de la falaise. Il suffirait d’un coup de vent pour basculer dans le vide, seulement quelques vents contraires. L'auteur allie les sentiments les plus forts aux éléments de la nature dans des descriptions qui donnent vie aux émotions qu’il foule. La mer a des odeurs de souffrance, le vent des goûts d’amertume, comme une gifle qui laisse ses empreintes longtemps après le coup.

 

Sarah a disparu sans laisser de trace. Depuis ce jour-là, Paul s’agrippe, tente de s’amarrer. Anesthésié, tout semble lui venir d’un écho lointain, sans jamais ne l’atteindre. Il noie la douleur de l’absence dans le whisky et camouffle d’illusions les fissures de son âme. Il le fait pour lui, mais surtout pour ses enfants, Manon et Clément, encore si petits. Partir vivre au bord de la mer avec eux est d’instinct sa seule issue. L’endroit lui est familier et rassurant, il y a passé son enfance. Comme une évidence, il y confie leur destin. La mer se retire et laisse sur le sable une trace sinueuse, celle de la peine...

 

« J’avançais vers des flots invisibles et perdus dans le ciel noir, le ventre tordu et la poitrine serrée dans un étau. Il s’est mis à pleuvoir, des gouttes lourdes comme des balles, je me suis laissé trouer, transpercer, je me suis laissé laver de fond en comble, jusqu’à ce que Sarah s’en aille, son visage et son corps, et l’empreinte que creusait son absence. »

 

Comment a-t-elle pu faire une chose pareille ? La mer s’agite encore plus au fur et à mesure que la culpabilité lui noue les entrailles. Personne ne semble s’étonner qu’elle soit partie, c’est presqu’une évidence. Mais qu'en savent-ils ? Il se dit qu’il a dû lui arriver quelque chose, elle ne serait jamais partie sans prévenir, abandonnant ses enfants… Si ? Lui peut-être, mais pas eux…

 

« De l’extérieur on ne sait rien de ce qui se noue entre les êtres, de ce qui se joue dans un couple. On émet des hypothèses, des jugements hâtifs mais au fond on ne sait rien, c’est beaucoup trop profond, beaucoup trop complexe. »

 

À mes yeux, la densité des personnages compose la force de ce roman. Ils nous atteignent tous à leur manière, avec leurs blessures et leur enfermement. Manon avec son hypersensibilité, ses crises de nerf et de larmes. Clément et son impassibilité, il s’est muré dans le silence, léthargique. Puis les jours amènent Paul à s’entourer de gens qui, étonnamment, comme lui, sont en fuite. Ils fuient un travail trop exigeant, un beau-père - une brute de la pire espèce - ou encore il y aura Bréhel, ce père qui prend la fuite avec son fils. En s’attachant à eux, il apprend à composer avec la fragilité de la vie et comprend que la souffrance est universelle. 

 

On ressent au fil des pages une montée d'adrénaline. Les émotions s'accentuent et se précisent, elles sont amenées avec finesse à travers des dialogues d'une force incroyable. Il décortique l'âme humaine avec tant de justesse qu'on ne peut s'empêcher de penser qu'il a connu de près ou de loin la souffrance des hommes...   

    

« J’ai fermé les yeux sans dormir et j’ai attendu. Que la marée me prenne et m’emporte. »

 

La mer se retire et laisse sur le sable une trace sinueuse, celle du doute. Serait-elle vraiment partie sans laisser de trace ?

 

Un immense merci au Bison pour ce roman que j’ai adoré ! D’autres Adam m’attendent et j'ai déjà hâte de m'y plonger, tête première, et tant pis si je m'y noie... ;-)

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