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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 01:08

 

Nom, prénom, âge, « profession du père »?

 

Trois mots qui se détachent du formulaire scolaire auquel le jeune Émile doit répondre. Agent secret? Fabulateur? Son père a été Compagnon de la chanson, pasteur pentecôtiste, ceinture noire de judo, parachutiste à la guerre, footballeur professionnel et j’en passe.

Enfin, c’est ce qu’il raconte…

 

Avec le chef de l’OAS (l’Organisation de l’Armée Secrète) et d’autres complices, il planifie une opération afin de tuer de Gaulle le 1er janvier 1963, à 11 heures. Il vient de s’allier à Salan dans sa lutte contre l’indépendance de l’Algérie. À l’entendre parler, avant le putsch de 61, il avait été le bras droit de de Gaulle. Mais ça, c’était avant qu’il ne le trahisse.

Enfin, c’est aussi ce qu’il raconte…

 

« Mon fils, je ferai de toi un rebelle! Tu rejoindras le camp de la France! »

 

C’est à coups de fouet qu’Émile a rejoint ce fameux camp de la France. Son bourreau de père l’a martyrisé. Il l’a forcé à jeûner pour l’endurcir. L’a enfermé dans sa « maison de correction », des heures dans le noir, une nuit entière, la peur au ventre. Coups de martinet et gifles. Perdant connaissance en même temps que la raison, sa tête heurtant le mur. Black out. D’après son père, il ne méritait rien de mieux ce « salaud d’incapable ». 12-13 ans, tout juste sorti de l’enfance. À peine le temps de reprendre son souffle entre deux bourrasques.

 

« Je ferai de toi un soldat! »

 

Élan de survie, les mains devant le visage pour parer aux coups. Se boucher les oreilles pour ne pas entendre les cris de sa mère en train de se faire battre. Longue descente en enfer.

C’est ce qu’on raconte, mais c’est aussi ce qui s’est passé…

 

Ce roman illustre à perfection la folie d’un père violent, fabulateur, parano et manipulateur. La chute vers l’enfermement psychiatrique. Les séquelles à long terme de la maltraitance, les conséquences d’une enfance meurtrie. La survivance d’un enfant aux pires violences psychologiques et physiques, à l’abandon, au rejet, au désillusionnement. Certains parleront de résilience. Qu’importe les mots, que fait-il que certains s’en sortent et d’autres non? « Profession du père » nous parle aussi d’une mère qu’il ne faudrait jamais oublier dans ce processus de survie : impuissante et résignée.       

 

Il n’est pas peu de dire que ce livre est une claque en plein visage. Puissant. Souffrant. Une histoire qui ne s’oublie pas. Impossible... 

18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 00:34

 

 

Aujourd’hui je viens vous parler d’Antoine Dole, un auteur bourré de talent avec qui j’ai eu la chance de discuter hier matin au Salon du livre de Montréal. J’ai d’abord découvert la richesse et la profondeur de sa plume avec son roman pour adolescents Je reviens de mourir. C’est en abordant À copier 100 fois  - un livre nécessaire, voire indispensable, qui nous entraîne dans le monde courageux d’un adolescent homosexuel victime des pires atrocités - que je me suis vue confirmer ce que le premier m’avait déjà révélé : Antoine Dole est un jeune auteur parmi les grands!  

 

Son répertoire est diversifié. D’ailleurs, c’est de « Mortelle Adèle » dont je viens vous parler aujourd’hui. Une petite peste rouquine qui est débarquée assez récemment en terre québécoise et qui séduit non seulement les jeunes mais aussi les grands, je vous le confirme! Ses parents ont eu l’ingénieuse idée, au grand dam d’Adèle, de l’envoyer à la colonie de vacances des « Ragondins Joyeux » alias les « Ragondins Morveux », les « Gras de boudin Affreux », les « Crétins » de « Gros radins Pouilleux » et j’en passe. Pouahhhh quelle horreur!!! Mais ça, elle s’en défoulera bien assez dans son « mortel journal »… C’est le début de son cauchemar et surtout de celui qu’elle fera subir aux autres vacanciers. Début de la parenthèse : remarquez que je la comprends, quand j’étais petite je passais mes soirées à pleurer autour du feu de camp! Pfffffff quelle idée d’envoyer ses enfants en camp d’été! Fin de la parenthèse… J

 

Bref, après avoir tout tenté pour dissuader ses parents, voilà qu’elle se retrouve en pleine forêt, mais ça ne s’arrêtera pas là. Elle a bien l’intention de tous leur faire vivre des mortelles vacances, à ces « andouilles » de moniteurs y compris! D’ailleurs, je ne vous l’avais pas dit, mais dans sa valise il y aura des objets pour le moins suspects, grenade, hache, torche électrique, Adèle n’a pas envie de rigoler, ça non!

 

À peine arrivée qu’elle fait déjà une « overdose de nature ». Tassez-vous, Mortelle Adèle est d’attaque! Elle flanque la trouille à tout le monde en plus de les faire pleurer, ébouillante des grenouilles, abat des arbres, n’y va pas de main morte avec les animaux qu’elle croise sur son passage et s’invente même une varicelle, sans oublier sa « fracture de la couette ». Mais là, comme l’auteur le souligne, c’est peut-être un peu « tiré par les cheveux ». Il y a dans cette BD de ces jeux de mots qui m’ont arraché des fous rires! Mais l’un de mes favoris est certainement ce clin d’œil à la surconsommation douteuse de produits Made in Taïwan. En plus des messages sous-jacents à la dépendance aux écrans, à ces manipulations que nous exerçons comme parents : « Les adultes nous ont rendus dépendants au sucre pour mieux nous soumettre. ». J’adore!

 

Détestable, cynique, sarcastique, rabat-joie, sans demi-mesure et excessive, Adèle cache aussi une tonne de sentiments. Elle finira bien par s’ennuyer malgré son emploi du temps chargé... a empoisonner la vie de tous!

 

Antoine Dole signe ses ouvrages de Mortelle Adèle sous la griffe de Mr Tan.

 

Merci Mr Tan, quelle « mortelle lecture »!

 

 

 

14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 20:42

 

Ce soir j’ai envie de vous parler d’un petit garçon hyper attachant! Il est plein de vie, indépendant, il est même plutôt téméraire et ne manque pas d’imagination. C’est aussi un grand solitaire, d’ailleurs, il ne comprend pas très bien pourquoi les gens ont toujours besoin de s’entourer pour être heureux. Il n’y a pas si longtemps, il s’est pris d’affection pour un vieil arbre, Bertold. Alors, il vous dira qu’il n’est jamais si seul après tout, puisque sur les branches de son chêne, il y a des écureuils, des sittelles, un Grand-duc d’Amérique, son ami le corbeau… Mais c’est bête, j’oubliais de vous dire, aujourd’hui il a perdu un gant. Lui trouve ça cool, il en aura des dépareillés et puis tant pis pour ceux que ça dérange!

 

Parfois c’est étrange, on n’arrive pas à s’expliquer pourquoi on s’émerveille devant un livre plutôt qu’un autre. Le très beau graphisme y est pour beaucoup, c’est certain. Ces quelques touches de couleurs vives, au cœur d’un dessin minimaliste fait de contours fins, donnent l’impression aux images de sortir de la page. À la manière de « Où est Charlie », on s’amuse à repérer l’araignée qui pendouille au bout de son fil, la casquette de baseball avec le logo des Expos - ancienne équipe de baseball montréalaise qui fait le sujet de plusieurs polémiques, pour ceux qui ne connaissent pas - ou encore le retour migratoire des outardes du Mexique vers le Québec. Des clins d’œil qui m’ont fait autant plaisir à voir que sourire! Et ce joli petit livre n’est pas dépourvu d’humour! Que ferait-on de ce vieil arbre s’il venait à mourir? Du bois de chauffage ou des milliers de cure-dents? Quoi qu’il en soit, notre petit garçon a une idée bien plus géniale mais ça, je vous laisse la découvrir…

 

Je me réjouis de rencontrer Jacques Goldstyn au Salon du livre de Montréal ce mercredi! L’auteur et illustrateur québécois est le créateur de la fameuse grenouille Beppo, mascotte du magazine Les Débrouillards. Vous connaissez peut-être aussi Le Petit Tabarnak, publié tous deux aux Éditions de la Pastèques.

 

L’arbragan, un bijou sur la différence, la solitude et le temps qui passe, avec une histoire touchante qui aborde le thème de la mort.   

 

Adressé aux 6 à 9 ans mais aussi pour les grands! <3 

 

********************

 

Quelques mots sur l’entrevue de ce matin avec Jacques Goldstyn…

 

Il a parlé de l’arbre en tant que symbole, ce qu’il signifie pour lui, son côté magique, magnifique, le fait d’y grimper. Le choix de l’arbre relève également de son amour pour les sciences naturelles et la botanique. Il a partagé son point de vu sur la solitude, qui exprime à ses yeux un regard détournée sur la différence. Lorsqu’on exerce le choix d’être seul, les gens nous jugent, ne comprennent pas. D’ailleurs, quand on le questionne sur le petit personnage solitaire de L’arbragan, il répondra qu’il n’est jamais seul puisqu’il a un ami : l’arbre!

 

« Je pense aux histoires comme j’aurais aimé qu’on me les raconte quand j’étais petit. »

 

« J’aime les gens hors norme. Ça prend de l’audace pour être seul. »

 

J’étais vraiment heureuse de le rencontrer, un homme d’une rare sensibilité, d’une belle générosité et d’un dynamisme à l’image de son petit héros de L’arbragan. Et son travail est magnifique! C’est mon Coup de Coeur 2016...!   

 

 

 

 

12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 23:21

 

L’autre jour j’ai revu The reader, avec Kate Winslet et Ralph Fiennes, et après le film j’ai eu GRAVEMENT envie de me plonger dans le livre! Probablement un désir de revivre les émotions que j’avais éprouvées à l’époque. Il faut dire que ce n’est pas tous les films qui laissent ce genre d’empreinte en moi et pour des raisons qui m’appartiennent, je n’avais pas été capable de le revoir avant aujourd’hui. Le roman est vraiment magnifique, mais à mes yeux, il n’équivaut pas le film dans sa seconde partie. Cet avis n’engage que moi, c’est certain, mais la force des regards qui se croisent, se rencontrent et s’effleurent - notamment durant le procès - demandent à être « vus » pour être ressentis. On devine la souffrance et la honte d’Hanna, on devine aussi l’impuissance de Michael et pourtant, il m’a manqué ce petit quelque chose pour avoir des étincelles dans les yeux.  

 

Un soir, au retour du lycée, Michael est pris de vomissement. Hanna lui vient en aide. Il a 15 ans et elle en a 36. Sa mère l’envoie porter un bouquet de fleurs pour la remercier, rue de la Gare. Par la porte entrebâillée, il la voit en sous-vêtements, femme dans toute sa féminité. Il l’observe, avec ses gestes lents et naturellement sensuels, enfiler son bas jusqu’à mi-cuisse pour l’attacher à la jarretelle. Michael vit ses premiers élans de désir, il ressent cette chaleur douce dans le bas de son ventre. Chaque jour il viendra lui faire la lecture, avant qu’elle ne l’emmène sous la douche et dans son lit. L’adolescent est transporté vers des sensations qu’il n’avait jamais connues, initié aux vertiges de l’amour charnel. Puis elle disparaît.

 

Sept ans plus tard ils se recroisent en cour d’assises. Comme ancienne gardienne de camp à Auschwitz, Hanna est accusée d’actes criminels. Et Michael, dans le cadre de ses études de droit, assiste aux interrogatoires. Le choc des images se bousculent en lui. Il revoit la Hanna sensuelle, celle des premiers orgasmes, la Hanna heureuse, rayonnante et souriante, celle qu’il a mis des années à cesser de chercher sous ses draps. Puis la Hanna toujours restée secrète sur sa vie, celle accusée de complicité auprès des SS.     

 

Beau roman sur l’initiation au monde des sensations, à la « première fois », qui ne s’oublie jamais. À la désillusion, au mensonge aussi. Aux conséquences de l’analphabétisme, tels que la honte d’être démasqué et le pouvoir du sacrifice au nom de cet honneur. Enfin, Le liseur aborde également le travail de reconstruction de l’âme auquel ni Hanna ni Michael n’échapperont…

 

Je vous conseille de regarder le film avant de lire le roman. Pour mieux « voir » et donc mieux ressentir, à la lecture, les échanges de regard et l’amour complice qui font toute la beauté de cette histoire.

 

(Commentaire hors sujet et non constructif : me faire faire la lecture par Ralph Fiennes dans un bain de mousse, c'est le genre de sacrifice dont je serais capable... :D)

 

 

 

 

 

11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 15:49

 

Leonard Cohen à sa muse, Marianne Ihlen, décédée en juillet dernier:

« Sache que je suis si près, derrière toi, que si tu tends la main, tu peux atteindre la mienne. Au revoir, ma vieille amie. Mon amour éternel. Rendez-vous au bout du chemin. Je te rejoindrai bientôt. »

Chanteur, poète et musicien, il incarnait la vie, l’amour, le désir...

Prenez le temps d'écouter cette danse...

Dance me to the end of love (Clicker sur le lien pour la vidéo)

 

Dance me to your beauty with a burning violin
Dance me through the panic 'til I'm gathered safely in
Lift me like an olive branch and be my homeward dove
Dance me to the end of love
Dance me to the end of love

 

Oh, let me see your beauty when the witnesses are gone
Let me feel you moving like they do in Babylon
Show me slowly what I only know the limits of
Dance me to the end of love
Dance me to the end of love

 

Dance me to the wedding now, dance me on and on
Dance me very tenderly and dance me very long
We're both of us beneath our love, we're both of us above
Dance me to the end of love
Dance me to the end of love

 

Dance me to the children who are asking to be born
Dance me through the curtains that our kisses have outworn
Raise a…

Dance me to the children who are asking to be born
Dance me through the curtains that our kisses have outworn
Raise a tent of shelter now, though every thread is torn
Dance me to the end of love

 

Dance me to your beauty with a burning violin
Dance me through the panic till I'm gathered safely in
Touch me with your naked hand or touch me with your glove
Dance me to the end of love
Dance me to the end of love
Dance me to the end of love

 

 

Published by Nad - dans Musique
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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 00:11

 

Toujours à table avec Les Restos du cœur, l’édition 2015 nous offre treize nouvelles dont le thème commun est « le repas ». Je retrouve certains auteurs de l’édition 2016 en plus d’en découvrir de nouveaux, c’est un régal! Un recueil « gustativement » alléchant dont les mets, salés ou sucrés, émoustilleront vos papilles :D

 

Ma grande nouvelle COUP DE CŒUR fut La Part de Reine d’Éric-Emmanuel Schmitt. En quelques pages il arrive à nous faire sourire et pleurer, en passant par les mille réflexions qu’il éveille au passage. Impossible de rester insensible à l’histoire de Clovis, cet attachant clochard, et de sa chienne Reine. À travers un émouvant dialogue avec un jeune garçon, duquel émerge une amitié réciproque dès le premier coup de regard, nous sommes amenés à réfléchir au sens que l’on donne à ces quelques mots : le partage, l’amour, le dévouement et la bonté. Et à cette pensée encore plus profonde qui devrait tous nous habiter : « ce que les gens ont de trop ne leur appartient pas ». Qu’il est beau cet Éric-Emmanuel Schmitt! Tu avais raison mon kinG des marais, c’est la meilleure ;-)

 

Franck Thilliez nous fait voyager, quant à lui, dans le sud de l’Alaska où un couple vit au milieu des grizzlis… grosses bibittes à poils!!! Quelle horreur! Mon deuxième coup de cœur <3

 

Avec Françoise Bourdin on se met à table pour le fameux réveillon de Noël entre querelles, règlements de compte et petites vacheries. Idem, quelle horreur! ^^

 

L’histoire d’obésité morbide (à peine 100 kilos en un an.......) d’un gars qui se croit possédé. Je retrouve à nouveau Maxime Chattam toujours dans un face à face avec le cannibalisme. Végétaliens s’abstenir! :D

 

Agnès Ledig, avec Un petit morceau de pain, a écrit avec sensibilité une très belle nouvelle. Une femme qui tente d’endosser le rôle de la mère parfaite (pfffffff). Ça vous dit quelque chose? Deux beaux extraits que j’ai retenus :    

 

« Apprends-lui le discernement, pas la méfiance en tout. »

 

« La vision peut être jolie, quel que soit le niveau de l’échelle sur lequel on se trouve. Tout dépend ce qu’on regarde. Du premier barreau, on peut quand même regarder le ciel en levant la tête. »

 

Je n’oublie pas les autres bons auteurs : Alexandra Lapierre, Gilles Legardinier, Pierre Lemaître, Marc Lévy, Guillaume Musso, Jean-Marie Périer, Tatiana de Rosnay, et Bernard Werber

 

1 livre acheté = 3 repas distribués!

 

Encore un beau merci à mon kinG des marais pour ce cadeau gustatif, d’ailleurs j’me craquerais bien une p’tite cuisse de grenouillE! ^^ 

SLURP sur ta joue qui pique! CRÔAAAAAAAAAAAAA :-*

1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 22:52

 

Sous le thème de la fraternité, Les Restos du cœur offrent chaque année un recueil de nouvelles dont les recettes permettent de distribuer des milliers de repas. Pour le lecteur, en plus de contribuer à une bonne cause, c’est l’occasion de découvrir la plume de douze auteurs, dont plusieurs m’étaient inconnus, chacun y allant de sa sauce ! Salée, sucrée, acide, douce ou amère, mes trois coups de cœur vont aux nouvelles de Karine Giebel, Agnès Ledig et Bernard Werber.   

 

Françoise Bourdin nous parle de Florian et Charles, deux frères qui s’aiment autant qu’ils se détestent. À vrai dire, Florian est un lâche, il passe ses journées écrasé sur le canapé à fumer, boire et se nourrir de restes de pizza. Vous me direz à quoi bon vous énerver, ce n’est pas de vos affaires, sauf que le fils de Charles s’est mis à le fréquenter et que ce dernier s’inquiète de l’influence négative que son frère pourrait avoir sur lui. Une nouvelle sur la culpabilité au profit de la solidarité fraternelle. Michel Bussi, quant à lui, évoque la jalousie entre sœurs, celle qui attire tous les regards sur elle au détriment de l’autre, la miss-p’tite-parfaite-je-te-pique-ton-copain, alias Alexandra. On poursuit avec Maxime Chattam qui casse le ton avec sa nouvelle complètement gore ! Sans vouloir trop en dire pour éviter de dévoiler le punch final, disons qu’il est question de camion à bouffe réfrigéré, de cannibalisme et d’ADN. Une histoire de vengeance qui donne froid dans le dos et qui me donnerait envie de découvrir l’auteur à travers l’un de ses romans pour sonder plus à fond son style qui me semble plutôt unique. Peu de choses à dire concernant Stéphane De Groodt, des jeux de mots assez fins, sur le cinéma, mais qui m’ont laissée indifférente. La nouvelle est trop courte, à peine trois pages qui ne me permettent pas de me faire une idée de son talent…   

 

À l’instar de Michel Bussi, François d’Épenoux nous raconte une histoire de jalousie entre sœurs, que leur mère tente de réconcilier à tout prix. Haine et rancoeur, l’héritage du père est au cœur des conflits. Quand l’argent vous pourrit la vie ! Et là, premier coup de cœur pour Aleyna de Karine Giebel. Aleyna, 17 ans, une jeune turque forcée de marier un homme de 35 ans qu’elle n’a jamais vu, encore moins aimé. Un texte qui rend compte de la souffrance de milliers de femmes dans le monde. Elle aborde les restrictions liées aux lois ancestrales, la privation de liberté, le déshonneur et le prix à payer - la plupart d’entre elles sont tuées dans des conditions atroces. Ensuite, l’échec du mariage est présenté par Douglas Kennedy, les interrogations, les regrets et la solitude qui s’ensuivent. Puis Alexandra Lapierre nous parle de la souffrance de l’enfant unique. Quand une lettre fait tout basculer et que sont mis en doute notre vie, notre passé et notre avenir.   

 

Deuxième coup de cœur pour la nouvelle d’Agnès Ledig dont j’ai adoré la plume ! Et savouré la douceur des mots. Deux personnes qui se rencontrent par hasard, un homme et une femme, et qui sont émus l’un par l’autre. Lui par sa simplicité et son optimisme, elle par sa sincérité et sa spontanéité.

 

Un extrait retenu et que j’ai trouvé très beau... :  

 

« Quand, des années après, je me retournerai sur ma vie, je pourrai me dire qu’on prend parfois des chemins sans savoir où ils mènent, et qu’on n’en a que faire, du moment qu’on avance à côté des personnes qui comptent. »

 

Finalement, Nadine Monfils nous rappelle que les apparences sont souvent trompeuses. Romain Puertolas y va de jeux de mots, de bizarreries et d’humour afin de créer chez le lecteur une réflexion sur notre société capitaliste et l’acceptation des différences. Les extraterrestres sont tous des communistes, c’est lui qui le dit ! Enfin, dernier auteur et troisième coup de cœur pour la nouvelle de Bernard Werber qui porte sur la gémellité. Sur fond d’intrigue, elle tente de répondre à des questions qui sont toujours en suspens concernant les jumeaux identiques : est-ce que l’esprit est séparé de la matière? Quelle est la place des gènes versus le milieu de vie? Jusqu'où les gestes de l’un peuvent inconsciemment influencer les gestes de l’autre? Des questionnements qui remettent en cause la complicité et l’empathie…

 

Il a été glissé sous mon sapin par une sweet grenouillE de marais à qui je dis un gros merciiiiii CRÔAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA slurp ! :-*

30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 22:22

 

 

« Dans le ciel, les premières étoiles s’allumaient timidement. Elles fixaient la petite cour de Mamie, tout en bas, un carré d’exil ma famille s’échangeait des rêves et des espoirs que la vie semblait leur imposer. »

 

***************

 

« Je ne me sens chez moi nulle part, je ne fais que passer. »

 

Ces quelques mots sont les témoins abruptes des conséquences de l’exil…

 

Gaël Faye a une dizaine d’années lorsque la guerre éclate au Rwanda - le génocide des Tutsis et la guerre civile le forceront à rejoindre la France. Né d’une mère Rwandaise et d’un père Français, il a passé son enfance au Burundi, à Bujumbura. C’est à travers le regard émouvant d’un enfant de 10 ans qu’il nous livrera son récit. J’ai bu ses mots comme on s’abreuve d’une bouleversante histoire, sans même m’arrêter pour reprendre mon souffle. Et j’ai eu l’impression qu’il l’avait écrit d’un trait de crayon, avec le même élan, l’énergie du survivant…     

 

« Ma vie ressemble à une longue divagation. Tout m’intéresse. Rien ne me passionne. Il me manque le sel des obsessions. Je suis de la race des vautrés. »

 

La guerre civile éclate au Burundi. L’Union pour le progrès national (UPRONA) et Le Front pour la démocratie du Burundi (FRODEBU) s’affrontent. Melchior, du deuxième camp, est élu. Il sera assassiné par des militaires lors du coup d’État du 21 octobre 73 à Bujumbura. Couvre-feux, coups de feu, obus et mort du président, Gaël Faye témoignera avec courage de ce chaos de massacres et de tueries. Bien que son père ait tenté de le préserver du monde de la politique et de l’imminence de la guerre, il aura connu l’apartheid, la pauvreté, l’exclusion, la notion d’ethnie... Il apprendra qu’il faut se ranger dans un camp ou dans l’autre, les Hutus ou les Tutsis. Que sa situation d’enfant privilégié, dont les mères sont des « putes de blancs », lui vaudra la haine de certains camarades.       

 

Les traumatismes de son enfance émergent du passé en même temps que les souvenirs tendres, les rires, les camarades et Laure, cette jeune Française avec qui il entretenait une relation épistolaire. Ces lettres échangées étaient des mots couchés sur le papier, tel un exutoire, un besoin pressant d’échapper au quotidien. Et que dire du goût des mangues qui adoucissaient le poids des conflits familiaux. L’odeur rassurante des citronniers, ses copains, Gino, Francis et les jumeaux. Les heures de discussions dans la vieille Volkswagen rafistolée, les cigarettes et les frégates construites avec des feuilles de bananiers. L’évasion à travers les livres, les grandes vacances et la joie du retour en classe. Parcelles de bonheur et d’innocence dans ce monde en guerre.

 

Merci Gaël Faye pour ce récit écrit avec dignité. Si cette démarche a été pour vous une rédemption – ou non… - elle aura été pour moi une leçon de courage. Les liens d’appartenance sont plus forts que tout. « Certaines blessures ne guérissent pas ». Elles donnent de la force à ce que nous sommes au présent...   

 

« Quand on quitte un endroit, on prend le temps de dire au revoir aux gens, aux choses et aux lieux qu’on a aimé. Je n’ai pas quitté le pays, je l’ai fui. J’ai laissé la porte grande ouverte derrière moi et je suis parti, sans me retourner. »

 

***************

 

J’ai été heureuse de lire un extrait de Jacques Roumain dans ce récit, auteur de Gouverneurs de la rosée, le grand poème d’amour que j'avais tant aimé :

 

« Si l’on est d’un pays, si l’on y est né, comme qui dirait : natif-natal, eh bien, on l’a dans les yeux, la peau, les mains, avec la chevelure de ses arbres, la chair de sa terre, les os de ses pierres, le sang de ses rivières, son ciel, sa saveur, ses hommes et ses femmes… »

 

J’ai partagé par hasard cette lecture avec mon amie Nadège. Vous pouvez lire ICI son magnifique billet. Prenez le temps d'écouter la chanson de l'auteur, "Petit pays". Impossible de ne pas être ému(e)...

 

L'avis d'Alex-mot-à-mots

 

 

23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 19:23

 

« Le silence est un refuge, il vous procure la paix. »

 

« Partir dans les montagnes par une nuit calme et sombre comme l’enfer pour y chercher la folie ou la félicité, c’est peut-être cela, vivre pour quelque chose. »

 

La tristesse des anges est un roman qui porte sur les mots. Ceux que l’on dit et ceux que l’on tait. Ceux qui enjolivent la vie et ceux qui la ternissent. Ceux portés par les vents les plus violents et qui nous reviennent. Gifle de regrets amers, ils écorchent au passage l’âme de nos blessures. Ils se heurtent à notre conscience, échappés de la page de notre histoire. Il y a ceux qui prennent de la force avec le temps, qui permettent de se souvenir. Les mots d’amour et mots d’humour, mots nostalgie ou mots solitude, les mots bavards et ceux avares, ceux qui se chantent et ceux qui se pleurent, mais aussi ceux qui se vivent.   

 

Et ceux qui nous tuent… Ce jour-là, Bardur, l’ami du gamin, avait oublié sa vareuse. Tout ça pour les vers d’un poème, Le Paradis perdu de Milton. La tempête s’était levée et la mer de l’Islande ne pardonne pas. Portant sur son dos le poème maudit, il fera la route jusqu’à la ferme de Kolbeinn, le vieux capitaine aveugle, pour le lui remettre. Il y trouvera le réconfort, les mots douceur et mots chaleur…

 

Ce roman porte sur les mots. Ou serait-ce les maux?

 

Jens, le postier de campagne, devra se rendre de la Rive de l’Hiver jusqu’aux Fjords de Dumbsfirdir pour atteindre Vik, au Nord-Ouest de l’Islande. Une expédition postale de plusieurs jours qu’il entreprendra avec le gamin sur des terres battues par le vent. Impossible de traverser ces fjords à la barque et d’enjamber seul les landes glacées. Cette tournée a coûté la vie à plusieurs postiers. Quand le canot a chaviré et que Jens est passé par-dessus bord, il y a presque laissé sa peau. Le gamin n’aurait pas supporté de voir son compagnon de route mourir. Il repense à Bardur. Alors, il n’y aura pas que les mots, il y aura aussi le froid.  

 

Le vent est violent et glacial, il hurle à la mort et coupe le souffle. Jens et le gamin errent d’une ferme à l’autre à travers la tempête. Enfoncés dans la neige jusqu’aux genoux, ils luttent pour ne pas mourir de froid. Il faudra parfois même s’enterrer bien profond dans la croûte pour survivre. Ils ont peine à se suivre et se perdent de vue plus d’une fois, aveuglés par le blizzard. La tentation de s’endormir est grande, on se laisse aller au sommeil sans jamais ne se réveiller. Cette femme qui semble leur indiquer un chemin, est-ce d’ailleurs un rêve ou une hallucination ? En Islande, j’ai appris plus que nulle part ailleurs le sens de l’expression « regarde où tu poses les pieds ». Le gamin ne s’est pas méfié, il est tombé dans le vide. Il n’y aura pas que les mots, ni seuls ceux d’Othello et de Shakespeare, mais ils auront eu une force inouïe sur la survie des hommes.

 

« … avec ces histoires, ces lambeaux de poèmes et de rêves depuis longtemps éteints au fond de l’oubli. Nous sommes à bord d’une barque à rames vermoulue et, avec nos filets moisis, nous attraperons les étoiles. »

 

La tristesse des anges, ou flocons de neige, est ce chef-d’œuvre qui nous incite à ne jamais renoncer. Il y a ceux qui luttent et ceux qui ont abandonné. Oui, La tristesse des anges est un roman qui porte sur les mots. Ceux que l’on dit et ceux que l’on tait. Ceux des marins et des hommes de courage. Ceux des bavards et ceux qui sont quête. Mots de tristesse ou mots de solitude, il y a les mots de l’amour et des nuits chaudes qui insufflent la vie. Et tous ces mots qui portent la mort, à laquelle personne n’échappe.   

 

« Nous entendons les poissons soupirer au fond de la mer, et ceux qui gravissent les montagnes ou se rendent sur les hautes terres peuvent écouter le chant des étoiles. »

 

« Le ciel abrite une multitude de flocons. Voilà les larmes des anges, disent les Indiens au nord du Canada quand la neige tombe. Ici, il neige beaucoup et la tristesse du ciel est belle, elle est une couverture qui protège la terre du gel et illumine l’interminable hiver. »

 

Mon billet sur le tome 1 : Entre ciel et terre

 

L'avis d'Eeguab

 

Et quelques photos de mon voyage en Islande en mai 2016...

 

 

 

 

 

 

 

 

18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 00:25

 

« J’aime ton sommeil mieux que ta vie. Tu m’appartiens mieux quand tu dors. Au moins tu ne changes pas. Tu ne ris pas avec d’autres. Je ne voudrais pas que tu aies de petites intrigues avec d’autres. Je ne suis pas capable comme tes nouvelles camarades de vivre dans la haute atmosphère des livres. »

 

WOW quel roman ! Je viens vraiment de vivre une belle rencontre littéraire, à la fois tendre et intense. J’aurais tellement voulu que cette histoire ne prenne jamais fin et que je puisse la retrouver chaque soir, ne serait-ce qu’à travers quelques lignes, que je parvienne à lire entre les marges les sentiments amoureux qui y sont évoqués avec fougue et spontanéité. L’auteure et narratrice, Claudie Hunzinger, nous raconte les amours de sa mère Emma, dont elle ignorait l’existence jusqu’à ce qu’elle reçoive à ses funérailles un colis contenant des centaines de lettres. En parcourant les pages de ces mots tendres, elle redonnait vie à un amour plus grand que nature. Un amour passionnel, foudroyant, celui de sa rencontre avec Marcelle au début du siècle dernier, vers 1907.  

 

L’auteure se souvient de sa mère comme d’une femme peu affectueuse, distante et incapable de proximité. Elle se questionne sur les raisons qu’elle a eu de rester toute sa vie silencieuse sur les sentiments qu’elle éprouvait envers Marcelle. Elle avait 17 ans à l’époque quand, dans un village de la Côte-d’Or, Marcelle et sa famille viennent s’installer tout près de chez Emma. Elles s’aperçoivent de loin, d’abord farouchement, puis se revoient à un bal du village. Au cours d’une deuxième rencontre, lors d’un mariage, elles se regardent à peine, toutes en émotions retenues. Marcelle « 2 ailes E », femme casse-cou, sauvage, troublante, excessive et « hautement inflammable » - est-ce suffisant pour la décrire tant le personnage est beau ? - a été amoureuse de sa mère. Elles ont vécu deux années d’amour passionné, période durant laquelle Emma est devenue femme, jusqu’à ce qu’une distance se crée. Marcelle, souffrante, la supplie de revenir, de se souvenir de leurs nuits et du désir profond installé sous les draps de leurs jouissances. Emma s’intellectualise. Dans le fossé qui s’est creusé entre elles, cette intellectualisation n’y est pas pour rien… Jalouse du savoir d’Emma, qui la plonge dans un sentiment douloureux d’infériorité à son égard, elle tente tout pour lui plaire. En vain…      

 

Il y aura aussi Thérèse, Lucie, Marguerite… Mais le cœur du roman pivote autour de cet amour entre Emma et Marcelle. Déchirement de chaque instant, elles se quittent, renouent, se quittent encore jusqu’à la rupture finale. Claudie Hunzinger revient souvent sur la souffrance infligée par sa mère à sa partenaire. Elle exprime ouvertement lui en avoir voulu, ne pas comprendre, puis finit par se prendre d’affection pour Marcelle, l'incandescente. Sa mère pousse l’audace jusqu’à lui demander l’autorisation d’en aimer une autre. Qui était donc cette femme, secrète, puissante, indépendante et spontanée ?

 

Quoi qu’il en soit, les femmes qui habitent cette histoire sont toutes éprises de liberté. Elles vivent hors d’une époque, affirmées et rebelles. Elles sont belles et vivantes. Et l’auteure nous les raconte en épousant leurs sentiments aux beautés de la nature. Ce récit est une grande métaphore, un poème d’amour…  

 

« Emma, vous avez l’amour de l’équilibre ; moi, celui des excès. Vous, plus de puissance de compréhension ; moi, plus de puissance de sensation. »

 

******************

 

« Vous êtes la fille la plus vivante que j’ai jamais rencontrée »

 

Un immense merci à ma précieuse amie Nadège d’avoir partagé cette lecture avec moi. Quel plaisir <3

 

L'avis de Céline

 

Et ceux d'Aifelle sur La Survivance, Bambois, la vie verte et La langue des oiseaux

Published by Nad
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