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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 02:27

Le Musée des beaux-arts de Montréal présente l’exposition "Métamorphoses - Dans le secret de l'atelier de Rodin". Avec plus de 300 œuvres, sculptures, croquis et aquarelles, j’ai vécu un grand voyage dans l’intimité de l’artiste que j’admire au-delà de tout ce que je n’arriverai jamais à exprimer. Il en est ainsi des longues histoires d’amour impossible à réduire en quelques mots sans avoir le sentiment de trahir la passion qui nous habite. Merci au maître et à son élève, Camille Claudel, d’avoir à l’époque ouvert la porte de mes 18 ans sur cet univers de beautés et de possibilités. Ma vie en a été changée…

 

« Camille, je t'embrasse les mains, toi qui me donne des jouissances si élevées, si ardentes, près de toi, mon âme existe avec force et, dans sa fureur d'amour, ton respect est toujours au dessus. Le respect que j'ai pour ton caractère, pour toi ma Camille, est une cause de ma violente passion. Je t’aime avec fureur » 

 

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7 septembre 2014 (ancien billet):

 

« Quand un sculpteur modèle un torse humain, ce ne sont pas seulement des muscles qu’il représente, c’est la vie qui les anime... mieux que la vie... la puissance qui les façonna et leur communiqua soit la grâce, soit la vigueur, soit le charme amoureux, soit la fougue indomptée ». Rodin

 

J’ai toujours été passionnée par l’œuvre de Camille et Rodin. Plus qu’une passion, je crois que c’est une réelle fascination. Ce n’est pas pour rien que je ne suis jamais arrivée à communiquer mon ressenti. C’est trop haut, trop grand et mes mots trop fades. Leurs sculptures, leur histoire, éveillent en moi des frissons, l’empreinte indélébile de souvenirs encore gravés au bout de mes doigts. Des souvenirs qui demandent à se renouveler, à reprendre vie. Des souvenirs encore emmurés dans les salles au charme clair obscur de ce Musée Rodin que j’aime tant... 

 

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Camille et Rodin, deux sculpteurs, deux génies, deux destins, une immense passion l’un pour l’autre. Il se sont rencontrés dans l’atelier de Rodin en 1883. Elle deviendra sa jeune élève, sa muse, puis son plus grand amour. Rodin est fasciné par le génie artistique de Camille, sa créativité, son originalité. Son audace aussi, car les femmes artistes étaient rares et jugées provocatrices à cette époque. Elle participera d’abord, auprès de lui, à la création des Bourgeois de Calais, du Baiser, de la Porte de l’Enfer, puis à d’autres œuvres communes inconnues. Des œuvres incroyables sont nées sous les doigts de l’élève. Rodin jugera lui-même qu’elles seront plus abouties que les siennes.    

 

Dans l’atelier de Rodin, Camille se met à nu et pose pour l’artiste. Les yeux bandés, ses doigts se posent sur son corps. Il caresse chaque muscle, chaque grain de peau, ses lèvres, ses cheveux, ses seins, tout... Le sculpteur veut arriver à sculpter son modèle avec la seule force des souvenirs gravés dans ses mains. Et il y arrivera… Quand il sculpte, ce sont les émotions qui s’expriment, le corps devient miroir de l’âme.

 

Leur relation durera 15 ans, au terme de laquelle Camille se résoudra à rompre. Portant l’enfant de Rodin, elle ne se sera jamais remise de l’avortement. De son côté, Rodin a vécu toute sa vie auprès de Rose Beunet, une blanchisseuse de Champagne qu’il a mariée quelques mois avant sa mort. Une femme qu’il n’aimait pas mais qu’il était incapable de quitter. Camille en mourra. Peu de temps après l’interruption de grossesse, certains diront qu’elle a sombré dans la folie. On peut émettre des doutes là-dessus, surtout quand on sait à quel point il s’en fallait de peu à cette époque pour être considéré fou. Après tout, c’est quoi la folie ou bien, c’est quoi la normalité? Dans le cas de Camille, peut-être ne s’est-elle jamais remise de cette séparation avec Rodin et qu’elle s’est laissée doucement glisser vers l’isolement de la dépression, avec tout ce qui s’ensuit. Un jour avant son enfermement, elle avait détruit la moitié de ses œuvres.  

 

« Je réclame la liberté à grands cris », Camille Claudel

 

Paul Claudel, son frère, l’a fait interner à l’institut psychiatrique de Montfavet dans le Vaucluse. Elle y a passé les trente dernières années de sa vie, murée dans le silence. Paul est venu la voir trois fois en trente ans. Cinq ans après son internement, elle envoie une lettre désespérée au docteur Michaux pour demander sa libération. Sans réponse… Son internement a donné lieu à beaucoup de controverses. Certains disant qu’elle avait des délires paranoïaques, qu’elle ne s’alimentait plus, d’autres qu’elle souffrait du syndrome de Korsakoff (trouble neurologique lié à l’alcoolisme chronique). En lisant les différents ouvrages sur sa vie et son œuvre on pourrait en fait conclure qu’elle est morte de chagrin et d’ennui, et que c’est l’enfermement qui l’a plongé progressivement dans cette détresse, et non l’inverse. C’est une hypothèse qui en vaut une autre.  

 

« Sakountala » ou « L’abandon », par Camille. À l’image de la légende de Sakountala, Rodin s’agenouille devant Camille et implore son pardon.

 

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« L’implorante », par Camille. Camille et Rodin sont séparés depuis 2 ans, elle implore Rodin de revenir vers elle. Une œuvre bouleversante de souffrance…

 

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« L’éternelle idole » : Rodin sculpte son éternelle idole, la femme de tous ses désirs

 

éternelle idole

 

« L’éternel printemps » : Œuvre inspirée de sa passion pour Camille

 

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Le film "Camille Claudel" est â voir et revoir. Depardieu et Adjani sont merveilleux, grandioses. 

 

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Valse pour piano de Debussy, composée pour Camille Claudel

Pour l’écouter

 

Expo à Paris et Montréal en 2015

Le cinéaste Denys Arcand et l'artiste visuel Adad Hannah vont créer une oeuvre autour de la sculpture de Rodin Les bourgeois de Calais. Elle sera exposée en 2015 à Paris puis à Montréal :-)

 

Le lien vers l’expo en cliquant "ici"

 

Les bourgeaois de Calais

22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 01:50
Le soleil des Scorta - Laurent Gaudé

« Rien ne viendra à bout de moi… Le soleil peut bien tuer tous les lézards des collines, je tiendrai. Il y a trop longtemps que j’attends… La terre peut siffler et mes cheveux s’enflammer, je suis en route et j’irai jusqu’au bout »

 

Ce roman est une brûlure vive, cette brûlure à laquelle aucun Scorta ne peut échapper. C’est le feu dans lequel ils s’immolent depuis des générations, marchant sur des terres d’Italie aussi arides que l’enfer auquel ils sont condamnés. C’est l’acharnement des rayons qui rendent fous, tout en laissant sur la peau l’empreinte d’une odeur consumée. Mais c’est aussi la lueur vive qui les éclaire les uns les autres dans les épreuves, pour le meilleur et pour le pire. Quand on est un Scorta, rien ne nous sépare, encore moins la blessure du Soleil…

 

Plus qu’une brûlure, ce roman est la quête existentielle d’une famille frappée par la malédiction. Le sang de Luciano Mascalzone coule en eux et souille les générations futures. Il sera de retour à Montepuccio après quinze ans de prison et fera naître le premier de la lignée des Scorta, Rocco Mascalzone-Scorta. Un escroc à l’image des bandits de films italiens qui inspirent la terreur et paradoxalement le respect qui en découle. Qu’il ait tué, violenté, pillé ou saccagé, les gens du village entretiennent à son égard un mélange de crainte, de fierté et de mépris.

 

Plus encore qu’une quête, c’est l’histoire de Giuseppe, Domenico, Carmela, Raffaelle et de tous les autres, enfants et petits-enfants Scorta, vivant dans la misère et soudés dans les épreuves. C’est un bureau de tabac, une vie de sueur et de fumée, leur plus précieux héritage. C’est une mère que ses enfants déterrent de la fosse commune pour l’enterrer là où ils pourront honorer dignement sa dépouille. Mais avant tout, c’est la promesse que les histoires, les secrets, les souvenirs, leurs espoirs et un certain savoir soient racontés aux enfants et qu’ainsi ils se transmettent d’une génération à l’autre. Une part touchante de ce roman… Parce que si les uns sont de malhonnêtes truands endurcis, ils obéissent tout de même à des règles et sont unis par des sentiments nobles comme la peur, la dignité, le courage et la honte...

 

Laurent Gaudé célèbre aussi, dans son magnifique roman, un débordement de saveurs et de gourmandises. Dans l’Italie de Montepuccio, des oliviers à perte de vue se dressent fièrement dans les collines du village. Le vent bouscule les heures. Moules, gnocchis, troccoli à l’encre de seiche, anchois frits, aubergines grillées, grappa, limoncello et alcool de laurier embaument l’air et vous mettent en appétit. Un grand banquet donné en l’honneur de la familia, dans un trabucco typiquement du pays, fait éloge de toute cette abondance qui tranche fièrement avec la pauvreté humaine. Ainsi, il épouse les odeurs et les couleurs aux sensations et ressentis de ses personnages pour les alléger… ou encore les élever dignement?

 

« Il fait trop beau. Depuis un mois, le soleil tape. Il était impossible que tu partes. Lorsque le soleil règne dans le ciel, à faire claquer les pierres, il n’y a rien à faire. Nous l’aimons trop, cette terre. Elle n’offre rien, elle est plus pauvre que nous, mais lorsque le soleil la chauffe, aucun d’entre nous ne peut la quitter. Nous sommes nés du soleil, Elia. Sa chaleur, nous l’avons en nous. D’aussi loin que nos corps se souviennent, il était là, réchauffant nos peaux de nourrissons. Et nous ne cessons de le manger, de le croquer à pleines dents. Il est là, dans les fruits que nous mangeons. Les pêches. Les olives. Les oranges. C’est son parfum. Avec l’huile que nous buvons, il coule dans nos gorges. Il est en nous. Nous sommes les mangeurs de soleil »

 

Le plus beau roman de Laurent Gaudé que j’ai eu l’occasion de lire…

 

Merci ma chère Nadael de m’avoir accompagnée dans cette lecture

13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 01:24
Beauvoir in love - Irène Frain

« C’est ma vie et je l’ai vécue comme je voulais la vivre… Le monde réel est un vrai foutoir »

 

« On ne naît pas femme, on le devient »

 

Si vous pensiez que Simone de Beauvoir passait ses samedis soirs dans la quiétude de son foyer à boire de la tisane détrompez-vous! La mère de l’existentialisme, fraîchement débarquée à New York dans les années 40 pour donner une série de conférences, n’aura de cesse de s’envoyer en l’air et de faire la fête - Sartre en fera tout autant à Paris avec une certaine Dolorès. Chaque soir, dans les bas-fonds de la ville, ce sera jazz et caves enfumées à s’enfiler des whiskies, non sans avoir oublié de se bourrer préalablement d’amphétamines. La personne qui m’a offert ce livre savait que je me régalerais de découvrir cette grande dame que j’admire tant sous des dehors plus humains, à tout le moins plus éclatés. Dans les bars douteux et les planques à junkies, Simone est délicieuse…

 

C’est dans ce décor « idyllique » qu’elle rencontrera Nelson Algren, un écrivain de Chicago, l’homme qui, de son propre aveu, fut la seule grande passion de sa vie. Un homme débordant d’humour avec un pouvoir de séduction irrésistible, engagé dans le camp des pauvres et des opprimés. Elle quittera Sartre pour lui, mais lorsqu’elle apprendra sa liaison avec Dolorès, elle coupera contact, s’obstinera à le fuir. En vain… Après des semaines de bouderies, elle reviendra vers lui pour l’éviter à nouveau. Tourmentée, elle retombera dans les amphétamines, la boisson et l’écriture à outrance. Pour revenir vers Nelson… Une spirale infernale qui durera des années et aux termes de laquelle elle se résoudra à reconnaître que Sartre a une réelle emprise sur elle.

 

Loin d’être dupe, Nelson la confrontera à plusieurs reprises, insistera sur ce que représente Sartre à ses yeux. Ce à quoi elle répondra que s’ils ont été amants, tout est fini depuis des années. Qu’ils ne sont liés que par le travail et que si elle a une communion de pensées avec lui comme elle ne l’a jamais eue avec personne, Nelson est le seul qui compte. Cela ne lui suffit pas, elle réalise que si elle veut le garder elle devra être honnête envers lui, mais comment le lui dire? Comme lui dire que tout ce qu’elle souhaite est qu’il l’aime mais qu’il la laisse repartir au gré de ses envies? Elle y renoncera. Jamais elle n’y sera arrivée…

 

Il la quitte à son tour et la spirale repart en sens inverse. Elle se drogue aux barbituriques et plonge dans un sommeil hanté par les cauchemars. Les crises de nerfs s’enchaînent, Simone dérape, tente de le reconquérir et finit par en perdre toutes ses passions. Où sont passés ses larmes, ses protestations, ses élans de gamine, le regard du plaisir quand elle jouissait? Simone parvient enfin à choisir entre ses passions contradictoires et renonce à une liaison sans issue pour aller sagement finir ses jours dans les bras de son premier amour… Quelle tristesse! Durant quatorze ans ils se sont écrits plus de 300 lettres. Amoureux fou, Nelson n’aura jamais pu lui donner moins que de l’amour…

 

Ces 450 pages nous permettent de découvrir une femme dont les amours tourmentées ont mené progressivement au désespoir. Une femme d’une grande intelligence - philosophe et romancière - têtue, provocante, persistante et fascinante à la fois...

 

« I don’t think anything’s true that doesn’t have poetry on it »

Nelson Algren

Beauvoir in love - Irène Frain
Beauvoir in love - Irène Frain
22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 19:41

porte enfer5

 

« Je n’ai pas peur. Je reviens des Enfers. Qu’y a-t-il à craindre de plus que cela? La seule chose qui puisse venir à bout de moi, ce sont mes propres cauchemars. La nuit, tout se peuple à nouveau de cris de goules et de bruissements d’agonie. Je sens l’odeur nauséeuse du soufre. Et la forêt des âmes m’encercle. Je sais que tout cela est vrai. Je viens de là »

 

À cette seconde précise, au coin du vicolo della Pace et de la via Forcella, à Naples, le temps vient de s’arrêter. Un quart de secondes plus tôt, Matteo tenait la main de son fils Pippo. Quelques secondes plus tard, une fusillade, des bris de verre. Et cette balle perdue, celle dont Matteo ne se doutait pas qu’elle allait lui enlever ce qu’il avait de plus cher au monde… 

 

Ceux qui meurent emportent avec eux un peu de notre existence, la part inachevée des instants qui se sont suspendus. Et nous, que faisons-nous pour apaiser la douleur et le vide? Les parents font face à l’inimaginable dans cette éternité d’un quotidien qui passe avec la lenteur du supplice. Ils marchent à contre-courant d’un monde qui continue d’avancer sans eux. Pour Matteo, que la solitude ronge un peu plus chaque jour, franchir la porte des Enfers - aussi symboliquement que cela puisse lui paraître – et ramener son fils du côté des vivants, constituera le seul geste envisageable dans un monde où plus rien n’a d’importance. Giuliana, sa femme, quittera tout avec « le geste inachevé d’une femme qui regrette de ne plus pouvoir aimer ».

 

« Les fils meurent et il ne reste que nous, les mères endeuillées, qui pleurons avec rage sur ce qui nous a été volé. Je te maudis, Matteo, pour la promesse de vengeance que tu m’as faite et que tu as oubliée derrière toi, sur les trottoirs sales du quartier »

 

Laurent Gaudé me charme chaque fois avec ses portraits qui opposent souvent l’amour à la violence, la vie à la mort, la souffrance à la rédemption. Il a réussi dans La Porte des enfers le défi de définir la vie à travers le regard de ceux qui ont franchi la porte du monde des vivants. Il ne craint pas de salir l’image renvoyée et souvent trop factice des émotions humaines pour les rendre plus justes. Certaines personnes vivent sans n’être pour autant pleinement vivantes. La vie se résume pour elles à une succession de craintes et d’habitudes où plus rien ne bouillonne ou remue. En enfer, la vie n’est pas embellie. Derrière la grande porte, la lâcheté, la honte et les regrets ne peuvent être dissimulés sous les apparences… 

 

C’est donc une histoire sur deux tableaux. Un présent imbriqué dans le passé et vice-versa. Avec des personnages aussi torturés que vivants : un professeur qui a tout perdu jusqu’à sa dignité, un travesti prostitué qui vit sur le trottoir depuis 20 ans, un curé complètement fou et un patron de café débonnaire. Bref, un ensemble de personnages avec qui il me plairait bien de passer une soirée, car comment faire autrement avec des gens aussi humains qui n’ont plus rien à prouver?

 

La Porte des enfers, c’est un peu comme franchir un lieu duquel on ne revient jamais tout à fait indemne, mais où la blessure nous apprend à vivre…

 

« Je me sens fort. Je suis revenue d’entre les morts. J’ai des souvenirs d’Enfers et des peurs de fin de monde »

 

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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 23:40

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  « Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants, mais peu d'entre elles s'en souviennent. »

 

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Cette histoire d’amour a commencé j’avais à peine 12 ans et, depuis, elle ne m’a jamais quittée. J’en ai rêvé des nuits de ce petit garçon au regard azur et aux cheveux d’or. On disait de lui qu’il était tombé du ciel, ébloui par une étoile. Qu’en plein désert, à mille milles de toutes les terres habitées, il avait surpris de sa petite voix un aviateur… 

 

« S'il te plaît... dessine-moi un mouton! »

 

J’avais aussi entendu dire qu’il avait rencontré des gens un peu bizarres. Un roi, un buveur, un vaniteux, un allumeur de réverbères, un géographe... Si je ne pouvais pas encore apprécier toute la saveur de leurs échanges, je me doutais bien qu’en lui vivait un petit homme qui avait toutes les curiosités de saisir le monde qui l’entoure.

 

« Les grandes personnes aiment les chiffres. Quand vous leur parlez d'un nouvel ami, elles ne vous questionnent jamais sur l'essentiel. Elles ne vous disent jamais : "Quel est le son de sa voix ? Quels sont les jeux qu'il préfère ? Est-ce qu'il collectionne les papillons ?" Elles vous demandent : "Quel âge a-t-il ? Combien a-t-il de frères ? Combien pèse-t-il ? Combien gagne son père ?" Alors seulement elles croient le connaître. »

 

C’est alors que j’ai croisé la route du renard…


J’ai mis des années à comprendre pourquoi on risquait de pleurer un peu si on s’était laissé apprivoiser. Que l’on devient responsable de ses engagements et qu’il faut prendre le temps d’approfondir pour mieux connaître. S’asseoir un peu plus loin, d’abord, et regarder du coin de l’œil. Puis s’approcher, doucement. Tout cela m’apparaissait tellement triste! Je n’avais pas encore compris que se laisser apprivoiser pouvait susciter le manque, mais qu’en même temps, tout l’amour qu’il contenait était le cadeau d’une vie. Je n’avais pas encore compris que c’était à cause de la couleur du blé… Qu’« on ne voit bien qu’avec le cœur et que l’essentiel est invisible pour les yeux »…

 

« Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde. »

 

On disait justement de mon Petit Prince qu’il était tombé amoureux d’une rose, une rose unique au monde, ce qui l’avait désemparé. Et que le renard l’avait aidé à s’y retrouver un peu. Au premier regard, elle avait l’air d’une rose comme toutes les autres. Puis, il l’avait arrosée, abritée sous un paravent et mise sous un globe. Il l’avait même écoutée se plaindre et se vanter. Ainsi, elle était devenue importante, à cause du temps qu’il y avait consacré…

 

« C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui rend ta rose importante. »

 

Il lui fallut un long voyage pour le comprendre, saisir à quel point il l’aimait. Un voyage duquel on ne revient jamais que par l’esprit. Aimer, c’est accepter de voir l’autre disparaître un jour. Pauvre Petit Prince… À moins que ce soit toi qui aies tout compris? Tu disais que « Les grandes personnes ne comprennent jamais rien toutes seules, et que c'est fatigant, pour les enfants, de toujours et toujours leur donner des explications.  » Moi, je veux bien te croire… D’ailleurs, l’aviateur m’a priée de le prévenir si jamais je croise ta route un jour. Tu voudrais bien qu’on s’apprivoise l’un l’autre? Nous serons uniques au monde…


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Chaque fois que je retrouve le Petit Prince de St-Exupéry, je me surprends à le chercher dans les recoins de mon cœur. Après tout, il m’a enseigné beaucoup de ces valeurs essentielles que les grandes personnes ne m'avaient pas encore apprises. Il m’a montré que la vie est une histoire de rencontres. Que l’écorce est la part superficielle des choses. Que, lorsque l’on devient de grandes personnes, on se retrouve souvent emprisonné par les choses matérielles, que l’on s’accroche à l’inessentiel. Que l’on juge par rapport aux apparences. Que les grelots dans le ciel ou les champs de blé peuvent nous rappeler les gens que l’on aime. Mais avant tout, qu’on a tous un enfant en nous…

 

Si vous le croisez quelque part, vous lui direz que je l’attends toujours?

 

Je t’aime mon Petit Prince xx

 

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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 00:18

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« L’important, c’est d’arriver. Peu importe la durée du voyage »    

 

Sors ton Kanuk et tes bottes à poil, tes mitaines et ta tuque, direction le 66e parallèle de latitude nord du cercle polaire arctique. Douillets s’abstenir…

 

J’ai ce goût de l’Alaska, du Nunavut et du Grand Nord. Eh oui... Pourquoi me regardez-vous de travers? Parce que tu n’en as pas assez de la neige cinq mois par année, à moins 40, qu’on me dit? Mais non, la neige pour moi, c’est comme un grand poème d’amour. Les flocons dansent dans le ciel, s’épanouissent dans la chute et viennent mourir sur ta joue. C’est pas romantique ça? Je suis une femme d’hiver, née un jour de tempête de neige, en plein cœur d’un janvier frileux. C’est sans doute ce qui a forgé en moi ce goût passionné des extrêmes. Une attirance vers ces bouts de monde à la Sepulveda et Tesson, version sud, version est. Un désir, plus fort que la rage encore, de vivre en harmonie avec la nature sauvage, d’escalader les montagnes ou les pics glaciers, ailleurs qu’au mur d’escalade de la rue du Vieux-Port. Ce goût des aiguilles de pin qui tapissent le sol et l’odeur du feu de bois qu’on regarde s'éteindre jusqu’à la dernière braise. Ce décor figé dans la glace et pour lequel je fonds d’amour…

 

« La quinzaine de petites tentes luisaient dans la nuit claire, comme des lanternes éclairées de l'intérieur et disposées sur le sol en prévision d'une cérémonie secrète. L'ensemble évoquait un village d'êtres féeriques, tout droit sortis d'une vieille légende. Un voyageur aurait douté de sa réalité... »

 

Nicolas Vanier, lui, n’a pas peur du froid. Passionné du Grand Nord québécois, il a suivi les traces des Indiens montagnais, puis traversé la péninsule du Labrador, guidé par ses chiens de traîneau et accompagné de ses loups. Il a vécu dans une cabane des Rocheuses et de la Colombie-Britannique, puis parcouru le Yukon jusqu’en Alaska. Voyagé face au vent dans les forêts glacées de Sibérie. Descendu des rivières en radeau de sapin et en canoë jusqu’au détroit de Béring. C’est un voyageur de l’extrême. Extrêmement passionné, infiniment passionnant.

 

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Serguei, 17 ans, est ému par le spectacle d’une louve jouant avec ses petits. De la lueur qui éclaire ses yeux, à la vue du spectacle, il est conscient de violer les lois de son peuple nomade. Pire encore, comme futur chef, il doit les abattre. Il refuse. Rejeté de son clan, il devra survivre seul avec ses « Loups », en pleine Sibérie. Les destins se croisent, car le jeune Ohio du « Chant du Grand Nord », 15 ans, sera aussi chassé de son peuple pour les mêmes raisons. Il a refusé de respecter les traditions de sa tribu Nahannis et partira avec ses Huskies. Tous deux sont allés au bout de leurs convictions. Ils ont choisi une vie en solitaire à la mort de leurs plus fidèles compagnons. Leur destin a basculé du jour au lendemain. Et jamais ils ne se sont retournés pour regretter.

 

« À force de parler à ses loups, il avait l'impression de les entendre lui répondre. Il lisait dans leurs yeux la moindre interrogation, la plus petite peur. Surtout, il y reconnaissait la confiance absolue et permanente qu'il avait fini par conquérir, au prix du renoncement ultime, celui auquel nul être humain n'avait consenti avant lui. L'abandon de tout ce qui, jusque-là, avait fait de lui un homme parmi les hommes. »

 

Je poursuis mes lectures de Vanier, un peu pour me rappeler les igloos de mon enfance et les gros bonhommes de neige avec un foulard autour du cou. Beaucoup pour ces odeurs de bois dans la cheminée. Énormément, rien que pour sentir la neige qui fond sur la langue. Extrêmement, comme un souvenir de bouts de doigts gelés et d’orteils qu’on ne sent plus. Passionnément, pour toutes les batailles de boules de neige auxquelles je suis imbattable (sourire). Finalement, à la folie, pour le plaisir de boire un grand chocolat chaud avec des guimauves qui flottent à la surface... Miam! Sans oublier les queues de castor au Nutella. Mortel...

 

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18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 01:05

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Le bateau est au mouillage dans une baie de l’Amérique centrale. La vie à bord est rude et les quarts de nuit sont pénibles. Tout a un sale goût de sel marin, une odeur de gasoil et de promiscuité masculine qui étouffe l’âme des solitaires les plus endurcis. Et puis, il manque de femmes. Les membres de l’équipage ont la nuit devant eux et les yeux brillants. Direction le bordel le plus proche. Quant à moi, je me suis trouvée un coin sauvage non loin de la baie pour respirer l’air pur et m’inonder de silence. Homer et Olmann, eux, sont sortis des sentiers battus à la recherche d’un bordel isolé, loin de la côte et des autres, tentant de fuir, au moins pour quelques heures, la réplique du poste d’équipage.

 

Ce petit paradis, ils l’ont trouvé après des heures de marche, au fond d’une cour. Une maison privée, l’endroit idéal. La guirlande d’ampoules au-dessus de la porte d’entrée clignotait de temps en temps. Pedrico, le gardien, se tenait sous la véranda, son révolver à la main. Des poulets au cou déplumé couraient dans tous les sens. Une bonne odeur de viande grillée flottait dans l’air. Il suffisait de boire, de fumer, peut-être de jouer aux cartes mais surtout, de monter à l’étage, le moment venu, avec l’une des filles qui attendait le long du mur.

 

Maria était assise au milieu de la cour, faisant couler le sable entre ses cuisses. Aguicheuse, désinvolte… Homer, tout en discutant avec le gardien, ne cessait de contempler ses jambes, dévoilées par sa robe légère. Ils montèrent à l’étage, dans le calme silencieux d’une entente tacite. Là où ils se touchaient, leurs vêtements étaient devenus humides et tièdes…

 

« Dans la chambre, Homer accrocha sa casquette au montant de la chaise.

-Tes jambes sont très jolies.

-Merci.

-Je les aime beaucoup.

-Je sais.

-Comment peux-tu le savoir?

-Tu les as beaucoup regardées tout à l’heure.

-Tu m’as vu les regarder?

-Oui, mais ça ne m’a pas gênée.

-Mais je t’écoutais aussi.

-Ça aussi, je l’ai vu, c’est gentil... »

 

Elle avait commencé à enlever sa robe, doucement. C’est alors qu’Homer vit la cicatrice sur son sein, profonde, le déformant légèrement. Il baissa les yeux et renfila sa chemise. Maria ramena ses jambes contre elle, proposa d’éteindre la lumière. Elle se dit que finalement, il n’était pas si différent des autres hommes. Mais tout de même un peu différent, pour accepter de payer à ne s’étendre qu’auprès d’elle sans faire l’amour. Il avait posé la joue sur son ventre, dans un besoin de tendresse. Elle avait même un peu dormi, apaisée. Quelle était donc cette douleur atroce au creux de la poitrine d’Homer? Cette souffrance, c’était celle de l’absence, « depuis le jour où il était sorti du ventre de sa mère jusqu’à cette seconde de cette nuit ». Hommes sans mère, le titre de ce petit roman, est l’image poignante de ce cri qui s’échappe des tripes de tant d’hommes. Ce sont les sanglots de celui qui recherche seulement un peu d’amour.

 

Ce qui m’a le plus émue et touchée dans ce roman, c’est le dialogue entre Maria et Homer. Un échange sensible, bouleversant, tendre et respectueux. Il m’a laissée sans voix. Ce dialogue est pourtant simple, occupé par quelques mots, sans artifice, sans plus. D’ailleurs, c’est de là qu’il tire à mes yeux toute sa beauté. Car les mots sont profondément humains, ils sont la marque de ceux qui vivent dans l’isolement et qui vont à l’essentiel sans s’encombrer d’inutile. Ils parlent de solitude. C’est ainsi que les phrases prennent vie et cherchent à laisser une petite trace au fond de l’autre, une fois les chemins séparés. Cet acte presque désespéré m’a vraiment touché en plein cœur.

 

«- Est-ce que tu te souviendras de moi?

-Oui.

-Alors c’est bien, tu es un peu différent.

-Non, mais je me souviendrai de toi.

-Et qu’est-ce que tu penseras?

-Je me souviendrai que tu poses beaucoup de questions.

-C’est tout!

-Oh! Non, d’autres choses encore.

-Tu parleras de moi sur ton bateau?...»

 

Bien sûr qu’il parlera d’elle. Il ramènera à bord le souvenir d’une nuit troublante. Quant à moi, j’ai glissé dans ma poche un petit galet, trouvé dans la mer. Une envie, toute simple, de me rappeler ces instants-là. Même si après un certain temps, je sais très bien que le petit galet n’aura plus la même résonance…

 

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 00:10

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« La petite mendiante qui avait déclenché le jeu de ces souvenirs ne bougea pas. Je m’approchai d’elle. Sa paume était ouverte sur ses genoux repliés. Mais elle n’en savait rien. Elle dormait… Je mis quelques pièces dans cette main qui se referma inconsciemment, innocemment, comme une fleur blessée. Je pensai alors à ce que Dostoïevski faisait dire à l’un de ses personnages :

-Tant qu’il y aura au monde un enfant, un seul enfant malheureux, je ne pourrai pas croire à Dieu.

Et, regardant la petite fille de Macao, j’ajoutai intérieurement :

-Encore moins aux hommes… »


Quand on aime voyager, il est presque impossible de passer à côté des écrits de Kessel. Ses romans sont une invitation à prendre le large. Et il m’en faut peu pour céder à la tentation, remplir un sac et m’évader. Le plus difficile a été de choisir la destination vers laquelle j’avais envie de partir. J’ai hésité entre plusieurs, La piste fauve de l’Afrique, Les cavaliers de l’Afghanistan, Les nuits de Sibérie, La vallée des rubis de la jungle birmane, La steppe rouge de la Russie bolcheviste. Plusieurs encore… Pour finalement arrêter mon choix sur la découverte du pays des dragons, la Cité Interdite. Goûter un « vrai » canard laqué Made in China, ça me plairait bien!


Kessel a suivi les traces de son ami George, Chinois de Shanghaï, dans les recoins les plus obscurs du grand monstre sacré. Son ami fait parti de ces hommes rares, pleins de bonté, obsédés par la misère humaine. Ensemble, ils nous font découvrir, à travers leurs dialogues, la fureur d’une ville qui ne dort jamais. Parce que Hong-Kong, ce n’est pas que le charme de ses campagnes, avec ses petites rizières, ses paysans et ses attelages de boeufs. Ce n’est pas non plus que la beauté des femmes, cette grâce dont l’auteur fait éloge avec pas mal d’enthousiasme. Ni que la magie des sampans, ces barques flottantes qui, à la nuit tombée, emplissent le fleuve d’un immense navire nocturne, spectacle de feux multicolores. Ah ça, j’aimerais trop…


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La Chine, c’est aussi ces grands ports qui sentent le mazout et le charbon. Là où chaque jour des contrebandiers d’opium de la Compagnie des Indes orientales s’en mettent plein les poches, sous la complicité des autorités chinoises. L’un des plus grands marchés clandestins au monde. Beaucoup d’argent pour un petit nombre de gens et tant de misère pour la majorité… Mais ça, ce n’est pas qu’en Chine! Sans oublier le trafic clandestin de l’or. Kessel a aussi rencontré cette « vendeuse d’enfants », c’est son titre, elle met au monde de beaux enfants pour les revendre à des prix exorbitants et se faire une fortune. Le moyen qu’elle a trouvé pour survivre. Sinon, l’auteur parle très peu de l’invasion de la Chine par les Japonais. En revanche, comme Hong-Kong est situé au seuil de la Chine communiste, Mao Tsé-Toung et le nationaliste Tchang Kaï-Chek sont au cœur de bons nombres de ses débats. La Chine communiste! Ça me fait rire… « communiste », mais avec une économie et le capitalisme!


Quand on pense à Hong-Kong et Macao, on pense aux maisons de jeux, là où après une partie de Ma-Jong ou de fanfan, les hommes vont se choisir une femme pour passer la nuit, comme dans un buffet « all you can eat ». Le paradis de la débauche version orientale. M. Fu est à la tête de l’une des plus grandes maisons de jeux mondialement connue. Une chose est certaine, il ne vit pas dans la rue à manger des restants de table! Miss coca Cola non plus. Kowloon est un no man’s land qui a forcément marqué Kessel puisqu’il y consacre un chapitre entier. Un enfer de boue et de ruelles obscures, douteuses, d’une odeur corrompue. Avec ses fumeries d’opium, ses cases de prostituées.


En gros, l’auteur ne donne pas tellement envie d’y aller, mais il nous fait connaître ces deux villes avec l’authenticité du voyageur qui s’est mêlé à ses habitants. Celui qui sort des grands hôtels pour touristes et plonge au cœur de leur quotidien. C’est ainsi que j’aime voyager, loin de la foule, loin des sentiers déjà tracés. De toute façon, je préfère les grands espaces sauvages à la foule étourdissante des grandes villes où les gens sont entassés et vivent les uns sur les autres. 

 

Mon véritable coup de cœur? Le Tiger Balm! Un petit pot d’onguent qui représente un pactole impressionnant. Là-bas, ils en font tout un plat. 25% de camphre, 10% de menthol. Douleurs musculaires, migraines, piqûres d’insectes ou voies respiratoires obstruées? Optez pour Tiger Balm! Mdrrrr Je ne verrai plus jamais mon pot d’analgésique de la même manière!

 

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Dans le cadre du Challenge « Lire sous la contrainte » chez Philippe D.

 

C’est ici

 

Philippe D

21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 22:15

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« Je suis tombée amoureux, et je ne me relève pas. »

 

Quatre témoins et un mariage qui n’aura jamais lieu. Voilà à quoi le destin a prédisposé Yun-Xiang, une jeune Chinoise de 19 ans, qui plaque tout pour venir se marier en France avec Marc. Comment Hermann, Marlène, Jean-Claude et Lucas, les plus fidèles amis de Marc, vont-ils lui annoncer qu’il est mort subitement ? Comment la préparer au drame ? Elle arrive au pays dans quatre jours, rayonnante de bonheur. Et c’est ainsi que débute une histoire peu commune…

 

Le roman s’articule autour de la complexité du personnage de Yun-Xiang dont le métier est de peindre des reproductions de tableaux célèbres qu’elle authentifie faussement. À quoi faut-il s’attendre d’une faussaire? Feint-elle d’ignorer ou ignore-t-elle vraiment la mort de Marc? Les quatre comparses n’arrivent plus à savoir ce qui relève chez elle du calcul ou de la perversion. Joue-t-elle les femmes délurées par souci d’intégration, d’une recherche de l’amour? Car un à un, elle tentera de les séduire, cloisonnera ses rapports avec eux en s’adaptant à la personnalité de chacun. Qu’en est-il de ce fameux droit de cuissage auquel elle se dit soumise sous couvert d’une coutume ancestrale? Autant de questions auxquelles ils seront exposés. Peut-être, finalement, n’est-elle venue que pour les aider à se retrouver, se remettre en question, s’occuper d’eux… et leur permettre de vivre chacun le rêve auquel ils aspirent. Je ne peux en dire davantage sans révéler la trame du roman. Quelques clins d’oeil à Schopenhauer sur la philosophie de la passion amoureuse et de l’inclination sexuelle versus l’illusion amoureuse. Quelques liens également avec le dalaï-lama, le bodhisattva et le bouddhisme. Je n’en écrirai pas plus long que le livre ne l’est. Le roman se laisse lire, il est agréable, bien écrit, drôle par moments, mais sans grands bouleversements intérieurs, je suis vite passée à autre chose…


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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 22:20

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Avec Foenkinos, je passe toujours de délicieux moments. Si La tête de l’emploi me laisse une impression de déjà-vu, il n’en demeure pas moins que l’auteur m’arrache chaque fois des éclats de fou rire en soi suffisants pour conquérir mon âme de lectrice. En effet, certains thèmes qui lui sont chers reviennent de manière récurrente. À l’origine, la toile de fond des cinq romans de l’auteur que j’ai eu l’occasion de lire relève d’une enfance qui a laissé ses traces de douleur, à laquelle s’ajoute l’échec amoureux, la remise en question, la reconstruction de l’âme et les souvenirs. Mais ce qui le différencie de beaucoup d’auteurs est sa capacité à traiter des sujets les plus douloureux avec un humour marqué d’ironie et de sarcasmes. On ne ressort jamais de ses romans accablés d’émotions pénibles. Au contraire, aussi douloureux les thèmes soient-ils, on en ressort avec le sourire aux lèvres. Et j’aime cette légèreté…

 

Bernard a 50 ans lorsqu’il perd son emploi de banquier. Il est humilié et maltraité, sa femme le quitte, ses amis l’abandonnent et il retourne vivre chez ses parents qui l’accueillent à contre cœur et le traitent comme un adolescent immature. En bon pessimiste, il se croit voué à un destin d’homme misérable, demeure passif, léthargique et rongé par l’incertitude : « J’avais la tête d’un homme enfermé à tout jamais dans le mois de février ». Dès les premières pages du roman, Bernard attribue la succession de ses échecs au prénom que lui a attribué ses parents : « Avec le temps, j’ai saisi la dimension sournoise de mon prénom ; il contient la possibilité du précipice. Comment dire? En somme, je ne trouve pas que ce soit un prénom gagnant. Sans cette identité qui est la mienne, j’ai toujours ressenti le compte à rebours de l’échec ».

 

Ce roman met l’accent sur l’importance d’agir face à ses difficultés. Dans l’impasse, on est forcé de faire demi-tour et de se remettre en question. L’auteur pose également un regard avisé sur la profession de banquier et ne manque pas dans la foulée de parler de Madoff. Je termine donc ce court roman avec le sourire aux lèvres…

 

Allez, je sais que c’est hors contexte, mais j’ai tellement envie de vous laisser sur un dernier extrait. Bernard parle des débuts de sa relation amoureuse avec Nathalie, alors que cette dernière étudiait en psychologie (tiens, ça me rappelle quelque chose…): "Elle semblait déçue que je ne sois pas plus compliqué que ça. Notre début d'histoire amoureuse ne lui servait pas à grand-chose pour ses études. Alors je me suis mis à devenir bipolaire. Pour devenir un cas intéressant à ses yeux, et donc passer plus de temps auprès d'elle, j'ai développé toutes sortes de folies douces".

 

Ça me fait mourir de rire…!

 

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