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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 22:00

Les premiers humains en terre d’Amérique seraient arrivés par le détroit de Béring, entre la Sibérie et l’Alaska. Les hommes qui ont découvert ces terres se sont demandé : est-ce qu’on retourne affronter nos malheurs ou est-ce qu’on tente la grande traversée? Une femme parle à son homme, tente de le convaincre de le faire, il s’appelle Nataq. Voici sa complainte, à mon sens l’une des plus belles chansons de Desjardins…

 

artiste richard desjardins

 

Nataq

Vous pouvez écouter ce si beau poème en cliquant ici

 

Toi, tu es ce soleil aveuglant les étoiles;
Quand tu parles au mourant sa douleur est si douce.
Pour trouver le racage et tuer l’animal,
Pour trouver le refuge tu es mieux que nous tous,
Nataq.


Je dis que je ne peux rêver la vie sans toi.
J’ai la mémoire des eaux où je me suis baignée.
Maintenant que tu vis, que je rêve à la fois,
Tout mon être voudrait que tu sois le dernier,
Nataq.


Mais je ne veux pas mourir sur ce rocher accore
A la vue des autres, abusée par les dieux.
Il n’y a pas de fleurs pour jeter sur mon corps,
Et qui donc frappera le tambour de l’adieu?


Je te le redis, je te suivrai dans la fosse,
Mais je veux de la terre, ô Nataq, tu m’entends!
Si cela te convient, si la vie nous exauce,
Nous serons ensemble jusqu’à la fin des temps.


Mais je suis si inquiète, la lumière retarde
Un peu plus chaque jour, ton silence m’opprime.
Ouvre les yeux et vois que les loups nous regardent,
Ils ont déjà choisi le moment, la victime.


Et voilà que s’échappe dans ce ciel obscurci
Le souffle du chaman étranglé de remords.
Vois! il tremble de peur et ses doigts sont noircis,
Et pendant que je t’aime, il appelle la mort.


Si la mort se hasarde où s’achève le monde
Sois certain qu’elle ne viendra pas que pour lui;
Cachons bien nos blessures, elle s’en vient pour le nombre.


Ô Nataq bien-aimé, moi, mon coeur a conclu,
Moi, je meurs de mourir dans ce funeste camp.
Oui, nous sommes perdus comme nul ne le fut,
Oui, nous sommes perdus mains encore vivants.


Ouvre les yeux et vois cette nuée d’oiseaux
A l’assaut de la mer inconnue, où vont-ils?
Moi je dis que là-bas il y a des roseaux;
Allons voir, allons voir; je devine des îles.


Où le jour se lève, me nourrit et se couche,
Sur des plumes divines et des cavernes sûres.
Il y aura de l’eau chaude comme ta bouche
Pour accoucher la fille et fermer sa blessure.


A ton signe, à ta voix, recueillis sous tes lances,
Des troupeaux de bisons réclamant sacrifices,
Et quand éclatera la lune d’abondance,
Des orages de fruits pour que vive ton fils.


Ton destin est le mien, nous ne mangerons plus;
Nous irons frayer aux savanes intérieures,
Et tu t’enflammeras mon désir pur et nu;
Que je hurle ta joie, que tu craches mon coeur.


Et si par miracle nos prières parviennent
A calmer ces dieux fous que ta douleur fascine,
Je n’accepterai pas que l’un d’eux me ramène
Où j’ai pleuré du sable et mangé des racines.


Je ne retourne pas sur les lieux anciens,
Sous les lois de guerriers débouchant aux clairières,
La mémoire brûlée, le flambeau à la main;
S’il me faut retourner, je retourne à la mer.


Je suis jeune, Nataq, comme un faon dans l’aurore,
Et la vie veut de moi et voudrait que tu viennes;
Réveillons la horde, je l’entends qui l’implore;
Attachons les épaves aux vessies des baleines.


Nous serons les premiers à goûter aux amandes;
Traversons, traversons, amenons qui le veut.
Aime-moi! Aide-moi! Mon ventre veut fendre.
Je suis pleine, Nataq, il me faudra du feu.

 

Richard Desjardins


Chez Asphodèle 

 

Asphodèle1

 

1- Marie et Anne : La soupe de la sorcière de Jacques Charpentreau
2 – Valentyne : Tempête de Thomas Tranströmer
3- Soène : extrait d’une prière que devait dire Consuelo chaque jour, écrite par Saint-Ex, extraite du livre « A et C de
4 – Béné31 : Beaux jours d’octobre de Fernand Gregh
5 – Nadael : Le Moulin d’Émile Verhaeren
6- Jacou33 : Books on the bookshelves de LR Knost.
7 – Modrone-Eeguab : Le Phare d’Eckmuhl de Max Jacobs
8 – LylouAnne : À ma fille de Victor Hugo.
9 – DimDamDom59 : Mort aux vaches de Georges Brassens
10 – Asphodèle : 
Les oiseaux déguisés d’Aragon

commentaires

le Bison 06/10/2016 14:43

Un jour viendra où je parlerai du seul album que j'ai, abbittibbi live, de Richard Desjardins. Déjà parce que musicalement il me correspond, entre rock et blues. Son léger accent me fait voyager sur la banquise, sur la terre des Indiens, un coucher de soleil qui s'effondre dans un lac pas loin d'être glacé. Pas besoin de glacière, je sors une bière, les pieds dans l'eau gelé, le corps gelé, seul le majeur reste en éveil. une blonde qui prépare des pancakes arrosés de sirop d'érable tiré directement de la cabane à sucre, les clichés sont tenaces... Maudite, ou Don de Dieu, bière éphémère pour un instant de plaisir à regarder le fond du lac, comme certains regardent le fin fond des falaises.

Nad 08/10/2016 02:54

Je craindrais le pire pour "elle" mais avec le temps on s'y fait, excuses-moi le mauvais jeu de mots mais je dirais même qu'on s'"endurcit"!!! ^^ ^^
Viens pas m'dire qu'un Bison ça a peur du froid quand même!!! Avec toute cette touffe de poils y'a d'quoi te tenir au chaud!!! ptdrrrrrrrrrrrrrrr

le Bison 07/10/2016 22:48

-40 quand même. Effectivement, je ne sais pas si elle survivrait à des températures aussi extrême... et la bouteille de whisky qui est déjà vide. par ta faute.

Nad 07/10/2016 00:07

Ah ben là si t’avais pas réagit à ça j’me serais vraiment inquiétée!!! D’autant plus que ta bouteille de whiky est à sec après les falaises, j’ai craint le pire..… Ishhhhhhhhhhhhh ^^
Si tu la “sors” à moins quarante, fais quand même attention aux engelures, ça pourrait craquer et tomber........ MDR

le Bison 06/10/2016 22:36

et encore Heureusement qu'il ne fais mouiller que tes yeux :D
oui, je sais, elle était facile, celle-là... même que tu y attendais à ce que je la sortes (je parle bien de ma connerie)

Nad 06/10/2016 20:22

Là tu viens de me replonger dans un moment de tendresse avec Richard Desjardins, il n’y a pas un chanteur qui vienne autant me chercher en-dedans, c’est viscéral presqu’amoureux, je l’écoute et je me ferme les yeux pour entendre la poésie de ses mots qui me mouille chaque fois les yeux. J’en vibre d’émotions à l’entendre. Un homme parmi les humains comme un loup sauvage en plein coeur de sa forêt, solitaire. Un lac droit devant et le silence des heures qui défilent, à deux mètres de là, la cabane à sucre, les pieds gelés mais le coeur chaud, c'est la force du majeur qui garde en éveil. Il n’y a que ça de vrai….. :-*

Marie et Anne 19/10/2014 20:40

Très belle découverte, Je t'en remercie!

Nad 20/10/2014 04:38



Avec plaisir…



valentyne 19/10/2014 16:49

A le lire, moi aussi j'ai cru qu'il était amérindien ce monsieur ;-)
très beau .....
Bises Nadine

Nad 20/10/2014 04:37



Bah je crois qu’on a tous ici un peu de sang indien ou amérindien. Si Richard
Desjardins vient du Québec profond, il a consacré beaucoup de son œuvre à la nation algonquine. Un grand poète à mes yeux. Bisous Valentyne



manU 18/10/2014 20:23

J'ai tout bien fait M'dame !
J'ai tout lu le poème et en entier même.
Et j'ai tout bien écouter la vidéo et en entier aussi.
Merci pour la découverte ! :)

Nad 19/10/2014 15:36



Merci M’sieur d’avoir pris ce temps… 



claudialucia 17/10/2014 23:19

J'aime beaucoup. Je suis allée l'écouter et j'aime qu'il donne des explications au poème. Est-il d'origine amérindienne lui aussi?

Nad 17/10/2014 23:41



Il est québécois pure laine…



dimdamdom59 17/10/2014 15:32

C'est vraiment très beau et lorsqu'on a vu et écouté la vidéo on donne aisément un rythme à ce poème magnifiquement interprété!!!
Merci Nadine pour ce sublime partage.
Bisous
Domi.

Nad 17/10/2014 23:07



Alors tu l’as écoutée? Super! Mis en musique le poème est encore plus beau…



Eeguab 16/10/2014 17:19

Très riche chanson ou poème, peu importe. Ici le seul titre un peu connu de R.C. est Quand j'aime une fois j'aime pour toujours. Merci Nad,ce texte rejoint les grand écrits amérindiens. A bientôt.

Nad 17/10/2014 23:07



Une allégorie que j’adore, qui cite la découverte de l'Amérique par les Premières
Nations. Un grand poème à mon sens. À bientôt Claude



Asphodèle 16/10/2014 11:38

Quelle belle découverte encore au coeur de cette poésie canadienne, méconnue et pourtant riche de talents ! J'ai adoré ! Les mots coulent d'une source qui semble inépuisable... Merci Nad de nous
faire partager ces trésors de la Belle Province...

Nad 17/10/2014 23:06



Richard Desjardins est sans doute l’un des plus grands poètes du Québec. Je l’adore!
Bon weekend Isa, je t’embrasse



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