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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 17:42

Le Char de l'aube

Deuxième série de textes en hommage à René Char


«Le Char de l'aube»


Non

« Vint un soir où le cœur ne se reconnut plus dans les mots qu’il prononçait pour lui seul »
René Char

Ne parlez plus de neige en attente éternelle
Au lac qui s’est formé juste au-dessous du ciel
Elle s’y serait jetée un soir en avalanche
Pour y trouver la paix, en longues flammes blanches

Ne parlez plus du vent qui mesure la plaine
Au cheval du Gaucho à l’encolure fauve
Il s’y serait donné par un froid matin mauve
Pour enfin s’envoler, allégé de sa peine.

Ne parlez plus d’amour qui déplace les dunes
Au désert de mon cœur où le vent a cessé,
Où la neige a fondu sous les sabots de Lune
D’un cheval éperdu que mon cœur chevauchait.

 

5 mai


********************

 

Il est

Il est un lac de sang où j’aime à me baigner
Y nagent mille et cent cadavres oubliés

Il est une vallée baisant les pieds du ciel
Où j’aime à promener dans l’herbe sombre et folle
De l’exaspération d’un amour éternel,
Un regard apaisé sur le temps qui console.

Il est de chaudes peaux et de froids sentiments
Habillés de beaux vers mais que la vie dément.

Multiplié de toi mais amputé de nous,
Cendre renouvelée d’un amour à genoux

Un pont jeté sur l’aube entre nos deux mains
Peur exacte de chair qui pleurera demain.

A l’angle des regards il y a un voleur
Qui n’attend qu’une larme à voler notre cœur

Il est des soirs ainsi où les nuits sont plus noires
Aux amères beautés parées de désespoir,
Fruits de lèvres closes dont les chants dérisoires
Se sont éteints de doute en route vers l’espoir.

7 mai


********************


Exil

Je courais sur la terre enfantine de ce monde inconnu
Où mon cœur jeta l’ancre et ma mère ses larmes
Je courais dissipant la poussière ténue,
Rêve fourbissant ses armes.

*

« Avant de te connaître, je mangeais et j’avais faim, je buvais et j’avais soif, […] je n’étais pas moi mais mon prochain »
René Char

N’être …

Il n’est de mot que de moi
Il n’est de moi que par toi
Il n’est de toi que sans moi,
Il n’est de moi qu’en émoi.

Il n’est d’émoi que de nuit,
Il n’est de nuit qu’avec toi
Il n’est de toi que le rêve,
Il n’est rêve que toi.

N’être que moi qui nais de toi.

7 mai

 
********************


Le port des miracles

« Moi qui n’ai jamais marché mais nagé mais volé parmi vous »
René Char

Qui m’empêchera de marcher sur les eaux ?
Certainement pas vous, à prendre le métro,
Maussades, traits tirés, qui bâillez au bureau
Et vivez de télé, de foot et de loto.

Qui m’empêchera de changer l’eau en vin ?
Certainement pas toi, qui patiente au comptoir
Des demandeurs d’émoi et d’espoirs toujours vains,
Que la vie a jetée aux longs de ses trottoirs.

Qui m’empêchera de chanter pour toujours
La phrase de velours qui habille la mort ?
Elle seule pourrait, car elle est mon amour,
Et je suis un marin victime d’un seul port.

 

Théo
5-12 mai 2007

commentaires

Nad 21/09/2012 19:21

Cher Théo,
Aussi belle et profonde que la première, cette deuxième série de poèmes semble se détacher de la passion de l'amour, de sa recherche d'authenticité et du désir, pour faire place à la résignation
(dans les premiers poèmes), à une représentation de la passion de la mort. J'ai l'impression qu'une âme s'est perdue, égarée et solitaire. Qu'elle recherche l'apaisement et la consolation dans le
froid du désespoir. Il me semble retrouver dans plusieurs images une dualité, des forces contraires qui luttent pour trouver l'équilibre (entre ciel et Terre, «Il est de chaudes peaux et de froids
sentiments»...). Les illusions ne sont plus, la réalité frappe. Jusqu'à une âme déterminée de vaincre la «mort», qui refait surface dans «Le port des miracles», et qui se sent plus forte et
révoltée que jamais pour y arriver... Toutes ces belles images me parlent d'une personne qui affronte la vie non pas le regard dans le vide, mais sur ses «vrais» paysages. Et quand je regarde la
photo qui représente cette série de poèmes, il me semble pénétrer encore plus profondément dans les recoins de cette «Aube». Émue comme toujours...
Bisous cher Théo

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