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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 19:41

porte enfer5

 

« Je n’ai pas peur. Je reviens des Enfers. Qu’y a-t-il à craindre de plus que cela? La seule chose qui puisse venir à bout de moi, ce sont mes propres cauchemars. La nuit, tout se peuple à nouveau de cris de goules et de bruissements d’agonie. Je sens l’odeur nauséeuse du soufre. Et la forêt des âmes m’encercle. Je sais que tout cela est vrai. Je viens de là »

 

À cette seconde précise, au coin du vicolo della Pace et de la via Forcella, à Naples, le temps vient de s’arrêter. Un quart de secondes plus tôt, Matteo tenait la main de son fils Pippo. Quelques secondes plus tard, une fusillade, des bris de verre. Et cette balle perdue, celle dont Matteo ne se doutait pas qu’elle allait lui enlever ce qu’il avait de plus cher au monde… 

 

Ceux qui meurent emportent avec eux un peu de notre existence, la part inachevée des instants qui se sont suspendus. Et nous, que faisons-nous pour apaiser la douleur et le vide? Les parents font face à l’inimaginable dans cette éternité d’un quotidien qui passe avec la lenteur du supplice. Ils marchent à contre-courant d’un monde qui continue d’avancer sans eux. Pour Matteo, que la solitude ronge un peu plus chaque jour, franchir la porte des Enfers - aussi symboliquement que cela puisse lui paraître – et ramener son fils du côté des vivants, constituera le seul geste envisageable dans un monde où plus rien n’a d’importance. Giuliana, sa femme, quittera tout avec « le geste inachevé d’une femme qui regrette de ne plus pouvoir aimer ».

 

« Les fils meurent et il ne reste que nous, les mères endeuillées, qui pleurons avec rage sur ce qui nous a été volé. Je te maudis, Matteo, pour la promesse de vengeance que tu m’as faite et que tu as oubliée derrière toi, sur les trottoirs sales du quartier »

 

Laurent Gaudé me charme chaque fois avec ses portraits qui opposent souvent l’amour à la violence, la vie à la mort, la souffrance à la rédemption. Il a réussi dans La Porte des enfers le défi de définir la vie à travers le regard de ceux qui ont franchi la porte du monde des vivants. Il ne craint pas de salir l’image renvoyée et souvent trop factice des émotions humaines pour les rendre plus justes. Certaines personnes vivent sans n’être pour autant pleinement vivantes. La vie se résume pour elles à une succession de craintes et d’habitudes où plus rien ne bouillonne ou remue. En enfer, la vie n’est pas embellie. Derrière la grande porte, la lâcheté, la honte et les regrets ne peuvent être dissimulés sous les apparences… 

 

C’est donc une histoire sur deux tableaux. Un présent imbriqué dans le passé et vice-versa. Avec des personnages aussi torturés que vivants : un professeur qui a tout perdu jusqu’à sa dignité, un travesti prostitué qui vit sur le trottoir depuis 20 ans, un curé complètement fou et un patron de café débonnaire. Bref, un ensemble de personnages avec qui il me plairait bien de passer une soirée, car comment faire autrement avec des gens aussi humains qui n’ont plus rien à prouver?

 

La Porte des enfers, c’est un peu comme franchir un lieu duquel on ne revient jamais tout à fait indemne, mais où la blessure nous apprend à vivre…

 

« Je me sens fort. Je suis revenue d’entre les morts. J’ai des souvenirs d’Enfers et des peurs de fin de monde »

 

porte enfer4

commentaires

le livre-vie 16/03/2016 10:46

Je t'ai laissé un petit mot sur Babelio et ne résiste pas à la tentation de revenir ici. Que j'ai aimé ce livre... Merci pour cette belle chronique, vraiment...

Nad 22/03/2016 19:45

Je suis vraiment fan de Laurent Gaudé!
Merci à toi surtout. J'irai te laisser un mot sur Babelio...
Bisous et bonne semaine

Philippe D 25/03/2015 21:13

Je ne sais plus si j'ai aimé ce roman ou pas mais je sais qu'il m'a marqué.
Bonne soirée.

Nad 31/03/2015 20:31

Il est rare que Laurent Gaudé ne marque pas…
Bonne soirée

Kay 25/03/2015 17:19

Aaaarrrrggghhhhhh, ce sont des textes comme ça qui me font rager qu'il n'y a pas 48 heures dans une journée. Il y a tellement de lives que je voudrais lire et relire, comme celui-ci, qui semble
être exactement dans mes goûts. Mais entre les corrections et plannifications, lessive, vaisselle, ramassage de poil de chien, alouette! J'ai vraiment hâte à l'été, quand je pourrai m'installer sur
mon balcon, dans le parc ou sur une terrasse et commencer à passer à travers ma liste de livres à lire qui est de plus en plus longue. Et il ne faut pas que j'oublie de boire du vin aussi... parce
que c'est quand même important... xxxx

Nad 31/03/2015 20:39

Tu m’appelleras quand tu iras lire un livre, assise à une terrasse rue St-Denis, je viendrai avec toi! :D
Et tu amèneras Cooper, ton quadrupède qui perd ses poils!
p.s. : Ses romans ont été traduits en anglais, en tchèque j’en suis moins certaine!
Miluji tě xx

MTG 25/03/2015 09:22

Tu es très convaincante, je lirai surement Gaudé un jour...ça a l'air puissant !

Nad 31/03/2015 20:27

Puissance maximum! ;-)

Nadael 24/03/2015 10:13

Hâte de commencer la lecture du Soleil des Scorta avec toi! Bises.

Nad 25/03/2015 00:44



Moi aussi j’ai hâte! Elles sont rares les lectures que j’aime relire, mais celui-ci,
quel régal…


Je t’embrasse



le Bison 23/03/2015 22:19

Je n'ai pas encore lu Gaudé. J'en ai un en réserve, Ouragan. Il faudra vite que je m'y attèle. Tu fais trop envie avec sa plume humaine remplie d'émotion et de sentiments. Oui, j'ai hâte, il va
falloir que je le retrouve et que je le dépoussière...

(bon, ok j'avoue, j'en fais un peu trop, parce qu'en fait je sais parfaitement où il est - dernière étagère tout en bas, troisième ou quatrième livre en partant de la gauche, et complètement à
l'abri de la poussière)
;-)

Nad 25/03/2015 00:43



C’est tout à fait ça, une plume humaine remplie d’émotions et de sentiments. Je pense
qu’on ne se trompe avec aucun de ses romans, même si j’ai mes préférences…


Et puis voyons Bison, c’est quoi ces manières! Faut nettoyer tes sabots en rentrant si
tu veux éviter de foutre de la poussière des grandes plaines partout!  



Guillome 23/03/2015 13:17

lu il y a maintenant quelques années, je dois bien t'avouer que c'est sûrement mon préféré avec le Soleil des Scorta.

Nad 25/03/2015 00:40



Les deux sont vraiment superbes, même si j’ai une préférence pour Le soleil des
Scorta…


Bonne journée dans l’Avenue



Chrisdu26 22/03/2015 22:00

Je n'ai lu qu'un livre de Laurent Gaudé, ELDORADO" il m'avait laissé un souvenir très douloureux. Celui ci m'a l'air tout aussi déchirant avec des portraits d'hommes et de femmes touchants et
émouvants.

Un très beau billet Nadine ... On ne peut passer à côté ...Je veux bien passer la soirée avec vous, moi !

Des p'tits becs ma Nad XX :D

Nad 23/03/2015 01:17



Je pense qu’Eldorado est dans la même lignée
d’émotions que La porte des enfers ou Danser les ombres, de beaux romans marqués au fer rouge…


Pour la soirée, ce serait trop bien!  


Bisous à toi xxx



manU 22/03/2015 20:54

Laurent Gaudé est un grand écrivain avec un style unique et magnifique auquel tu rends toi-même un bel hommage...
Il va falloir que je le lise ce livre !

Nad 23/03/2015 01:16



Si tu n’as pas lu « Le soleil des
Scorta », peut-être que tu l’aimerais encore plus…



Eeguab 22/03/2015 20:51

Bonsoir. Je n'ai pas lu La porte des enfers mais je viens de chroniquer le tout dernier Danser les ombres et j'aime énormément cet auteur.

Nad 23/03/2015 01:16





Je suis tombée amoureuse de la plume de Gaudé avec « Le soleil des Scorta »,
le roman que j’ai le plus aimé de lui. Un jeune écrivain en plus, ce qui laisse présager d’autres belles lectures à venir… (et quel regard, craquant!)



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