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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 01:25

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Ce livre de Paul Auster, conjoint de Siri Hustvedt, est écrit selon le modèle type du roman inséré dans le roman. Il nous invite à une réflexion sur la conception littéraire à travers maints questionnements. Est-ce que l'écrivain entretient un lien avec la réalité et est-ce que le roman influence lui-même l'avenir de cette réalité? Le message véhiculé reflète-t-il les angoisses de l'écrivain, lequel utilise le médium de l'écriture pour tenter de les apaiser, voire les guérir? Son parcours de vie influence-t-il la dynamique des émotions dévoilées? D'où proviennent les personnages? Quelle est la relation entre eux et son vécu personnel? Bien d'autres questions encore... Son personnage principal, Sidney Orr, est écrivain et lui-même choisira un éditeur comme personnage principal du livre qu'il écrira. Ses questionnements entourant la dynamique du processus littéraire sont dévoilés à eux seuls à travers ce choix.

 

Paul Auster se révèle être un narrateur plutôt qu'un dialoguiste, ce qui, au demeurant, n'enlève rien à la qualité du roman. Le procédé est complexe mais non exagérément. Il arrive à maintenir notre intérêt et notre compréhension à travers trois histoires qui se chevauchent. Les émotions sont à fleur de peau. Les angoisses de l'auteur sont palpables à chaque page. Certaines rencontres entre personnages sont fascinantes, notamment celle entre Sidney et le papetier chinois. Ceci dit, les longueurs des notes en bas de pages peuvent s'étirer jusqu'à plus de cinq pages, ce qui est peu commun. J'ai eu l'impression de souvent perdre contact avec le roman, pour entrer brusquement dans la réalité. Cette scission ne m'a pas plus, au point où j'ai finalement opté pour un survol rapide de la majorité de ces notes au fil de ma lecture.

 

Je suis heureuse de m'être initiée à la littérature de Paul Auster après avoir lu «Tout ce que j'aimais», de Siri Hustvedt. Dans l'un ou l'autre cas, il s'agissait de ma première lecture d'une de leurs œuvres et leur empreinte respective dans l'oeuvre de «l'autre» est frappante. Même si le thème abordé est complètement différent, j'ai eu l'impression dans le deuxième roman d'entamer la seconde partie d'une œuvre musicale. J'en sors positivement troublée...

 

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 00:26

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C'est le seul livre dont je n'ai pas terminé la lecture avec une certaine fierté. C'est vraiment n'importe quoi et ceux qui me connaissent savent que j'arrive difficilement à dire entièrement du mal d'une «œuvre» littéraire. Je suis presque toujours en mesure de reconnaître un certain mérite à une œuvre, ne serait-ce que d'avoir été publié. Mais le livre d'Élizabeth Gilbert, ce n'est rien de moins qu'une accumulation de névroses maladroitement dissimulées sous les mots. Un chagrin d'amour déployé aux yeux de tous avec provocation. Élizabeth Gilbert est intolérable, narcissique, hystérique, imbue d'elle-même et j'en passe! Elle est à mes yeux tout ce qui s'éloigne de l'authenticité. Son voyage n'est pas crédible, j'ai soupiré à chaque page, toujours en me disant, après avoir lu les deux premiers volets sur l'Italie et l'Inde, «c'est maintenant en Indonésie que je serai touchée». Et j'ai fait le tour de la République en deux pages, c'en était vraiment trop. C'en était d'ailleurs déjà trop quand elle se prenait pour un guide spirituel après quelques jours dans un ashram de l'Inde. Bon, c'est assez, j'en ai déjà trop dit...

1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 16:13

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Longtemps après l'avoir terminé, ce livre est demeuré sur ma table de chevet, un peu comme lorsqu'on regarde un film et qu'on demeure sans voix, tétanisés par les images et les mots. Je ne sais pas précisément qu'elles étaient mes attentes, mais une chose est certaine, j'avais le désir de partager mon ressenti avec des gens l'ayant lu. Quelque chose me «dérangeait» ou m'avait probablement troublée. Difficile de ne pas l'être lorsqu'on traverse avec le petit Oskar Schell, 9 ans, l'un des plus grands drames que puisse avoir à vivre un enfant: la perte d'un parent. Son père est mort dans les attentats du World Trade Center et ce livre constitue avant tout un roman sur le deuil et la colère face à l'incompréhensible.

 

Le petit Oskar est un enfant surdoué, curieux, imaginatif, créatif, sensible et possède une maturité bien au-delà des enfants de son âge. Sans que son diagnostic ne soit clairement explicité dans le livre, il a le portrait type de l'«autiste savant» ou du «syndrome d'Asperger». Ses interactions sociales sont anormales et non empathiques. Il s'intéresse à l'astrophysique et aux inventions, qu'il note méticuleusement dans un cahier. Ses comportements sont répétés et excessifs. C'est ainsi que, découvrant une clé dans la garde-robe de son père, Oskar se convainc qu'il s'agit de l'héritage lui étant destiné et entreprend de parcourir le grand New York durant plusieurs mois pour trouver la serrure à laquelle elle correspond. Ses recherches acharnées donneront lieu à des rencontres inusitées, parfois totalement loufoques, parfois tragiques. Sa pensée est minutieuse et introspective, avec un flot d'émotions surabondantes. J'ai trouvé un certain décalage entre la complexité de son raisonnement adulte et sa manière de s'exprimer plutôt enfantine, même si j'en comprends les liens avec le syndrome d'Asperger.

 

Oskar est complètement détestable dans certaines scènes et antipathique avec sa mère, au point de sembler la détester. Est-ce une colère redirigée? Quoi qu'il en soit, l'auteur a clairement mis l'accent sur la relation père-fils au détriment de la relation avec la mère. Je me suis demandée tout au long de cette lecture pourquoi il a prêté à ce personnage une personnalité «déviante». Pour justifier ses actes ou pour amplifier le drame déjà existant? Pour jouer sur la complexité des sentiments? Lorsqu'un enfant de 9 ans perd son père auquel il est profondément attaché, il suffit d'avoir une âme pour être plongé dans un profond deuil, même si sa peine n'est pas un prétexte pour tout excuser...

Un «mystérieux» locataire, muet et survivant des bombardements de Dresde en 1945, avec lequel Oskar se lie d'amitié, est hébergé chez sa grand-mère paternelle. Sans vouloir vous en dire davantage, j'ai été conquise par ces rencontres et par la teneur de leurs dialogues...

 

Ce roman innovateur et original porte sur le deuil et le destin. L'auteur nous amène à comprendre que la perte d'un être cher se vit bien au-delà de l'espoir que le souvenir ne s'amenuise. La présence de ceux qui nous ont quittés s'amarre éternellement à l'âme de ceux qui survivent et le temps ne permet que d'apaiser la douleur. Ce roman ne peut laisser personne indifférent. Il a littéralement conquis mon cœur...

 

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 19:00

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J'ai lu quelque part que Nicole Krauss avait connu le succès grâce à son célèbre mari écrivain, Jonathan Safran-Foer. Que c'est lui qui avait jeté l'intérêt des lecteurs sur son premier roman. Si l'on est apte à saisir certaines affinités dans la finesse de leur plume, Nicole Krauss n'est aucunement l'auteure qui vit dans l'ombre de son mari. Elle possède un génie qui, n'enlevant rien à Jonathan Safran-Foer, bien au contraire, se démarque des écrivains de son époque.

 

En dépit du titre, L'histoire de l'amour n'a rien du roman rose bonbon et des histoires d'amours pathétiques. L'auteure traite avec doigté du deuil et de la perte, du manque, de la mémoire... Et elle rend avant tout hommage à la vie, à la reconstruction de l'âme, dans un amour qui triomphe avec beauté de la perte. Ce livre, hanté par la Shoah, est original et bouleversant. Trois destins se croisent et se rejoignent en un seul fil conducteur. L'histoire est complexe mais sans lourdeur. Une auteure profondément humaine, qui semble connaître avec sensibilité les trésors et la complexité de l'âme humaine. Et qui sait les transmettre. Quel coup de cœur....

 

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 18:58

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Shalom Auslander signe avec ce livre son premier roman autobiographique. L'auteur, élevé dans les plus pures traditions juives orthodoxes, est hanté par les souvenirs de son enfance. Entre la peur maladive de son père et sa paranoïa face à Dieu, dont il est persuadé qu'il devra en payer tous les écarts de conduite, l'auteur est littéralement ravagé. Jusqu'au jour où il se révolte... non pas contre Dieu, mais contre la rigidité de ses croyances et pratiques.

 

Sur plusieurs pages l'auteur nous décrit avec précision, humour et pathétisme à la fois, «Le Guide des bénédictions»: ces centaines d'aliments bannis par la Torah. Mais quand survient la révolte et la consommation d'aliments «bibliquement prohibés», c'est beaucoup plus que drôle, c'est à mourir de rire, en dépit du sentiment de culpabilité qui le ronge «je suis un malade, un criminel, un Sodomite, un Amoréen, un Hétéen..... je suis Caïn, Esaü, la femme de Lot...».

 

Et puis il y a le nouveau-né..... un garçon! Le circoncire ou non? Osera-t-il renier sa famille et leurs croyances?

 

Ce livre est hilarant mais aussi infiniment touchant. On en sort avec le sentiment de connaître beaucoup mieux le drame existentiel qui se joue chez plusieurs enfants issus de la communauté juive orthodoxe.

 

Roman assurément à lire...

 

Il est où???

 

prépuce

8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 18:57

 

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C'est un ami qui m'a fait découvrir l'auteur et le livre. Un chef-d'oeuvre, un coup de coeur...

Russell Banks, militant politique et fervent critique de la société même dans laquelle il vit, nous transporte ici dans ce qui constitue son plus grand chef-d'oeuvre politique.

 

Le drame promène le lecteur entre deux continents, deux époques: le Liberia et les terroristes d'extrême-gauche américains, des années 70 à ce jour.

 

C'est l'histoire imbriquée d'un présent hanté par le passé. Le personnage principal, la narratrice, à l'époque (dans les années 70) jeune activiste en faveur des droits civiques, refait surface dans son Liberia d'antan, 40 ans plus tard, rongée par la tourmente et alors qu'elle est âgée de 60 ans. Une magnifique représentation des forces de la psyché sur le passage temps.

 

Son style littéraire nous transporte à travers un livre dense, sans pour autant nous blaser. On est continuellement porté à aller plus loin, à comprendre et à connaître le destin de cette femme que rien n'arrête dans sa lutte...

 

L’avis du Bison sur « Un membre permanent de la famille »

 

"La tristesse des vies se résume en une douzaine de nouvelles, chacune chargée d’émotion, de peur ou d’impuissance. Toutes ont ce point commun la solitude de ces êtres, ces gens pour qui la société semble leur échapper. Magnifique écriture, sombres vies, vibrantes nouvelles"

 

 

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 18:50

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Parce qu'il s'agit d'un roman-culte qui a été vendu à plus de 60 millions d'exemplaires dans le monde et qui figure parmi les 25 livres les plus vendus de la littérature américaine, je m'attendais à beaucoup. Je m'attendais à être touchée, bouleversée. Je m'attendais à me dire: «C'est certain que je le relirai un jour.». À chaque chapitre, je me disais: «Ça viendra... ça y est! Je le sens... je vais être émue...». Mais ce n'est pas venu...

 

Je ne dis pas que Salinger est un écrivain médiocre, je me demande simplement ce qui a fait la renommée de ce livre. La vie tourmentée de l'auteur? Sa personnalité? Je cherche encore... et si jamais vous faites un détour par ici, merci de participer à ma réflexion...

 

Foglia, notre fameux chroniqueur de La Presse, a écrit un article sans détour (fidèle à son habitude) sur ce livre, en janvier 2010, suite à la mort de Salinger. L'attrape-coeurs se dit un roman de l'adolescence. Foglia répondra: «Roman de l'adolescence mon cul: une petite histoire de fugue, banale et décousue». Et j'avoue être passablement en accord avec lui. Les quelques émotions dévoilées sont plutôt superficielles. On ne rentre pas très en profondeur dans la psyché de l'adolescence et c'est ce qui m'a le plus déçu.

 

J'ai eu le sentiment que l'histoire se tissait au fil des pages, que les événements précédaient la pensée de l'auteur, sans liens entre eux, au gré d'une inspiration momentanée.

 

J'ai lu dans un autre article de journal, publié également à l'époque de sa mort, des faits sur l'auteur qui m'étaient alors inconnus: la guerre a laissé de profondes cicatrices, jusqu'au choc post-traumatique. Il détestait la vie publique, était antisocial, reclus et ses proches l'ont décrit comme un manipulateur jonglant avec la religion. Et ce genre d'éloges n'en finit plus... Tout compte fait, ne serais-je pas plus fascinée et touchée par les fondements psychologues de sa personnalité que par sa plume? Certainement...

 

Quoi qu'il en soit, beaucoup de livres ne connaîtront jamais un succès mondial et, pourtant, il me semble avoir croisé, au fil des ans, des lectures qui en auraient, à mon avis, tout le mérite.

 

salinger

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