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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 13:52

barbara1

 

« La vallée de Tucson se trouvait étalée devant nous, nichée dans son berceau de montagnes. La plaine déserte qui nous séparait de la ville s'offrait à nous comme une main à une diseuse de bonne aventure, avec ses buttes et ses mamelons, les lignes de vie et de coeur des lits secs de ses cours d'eau.
Venant du sud, un orage approchait, lentement. Il ressemblait à un immense rideau de douche gris-bleu tiré par la main de Dieu. C'était tout juste si on voyait au travers, si on distinguait les contours des montagnes de l'autre côté. De temps en temps, de blancs rubans de lumière bondissaient nerveusement entre les nuages et les sommets des montagnes. Une brise fraîche se levait derrière nous, parcourant de frissons les troncs des prosopis »

 

Barbara Kingsolver fait partie de mes écrivaines américaines favorites. Quelle dame! La vie rêvée, une petite ferme isolée dans les Appalaches, loin de l’agitation urbaine. J’aime bien ces femmes déterminées, qui ont du caractère. Militante, elle a longtemps contesté l’engagement américain au Vietnam et milite contre le maccartisme… et pour la liberté des femmes. Elle est pianiste, biologiste, écologiste, activiste écolo et environnementaliste. Son intérêt pour la justice sociale est présent dans chacun de ses romans, où elle s’exprime avec une émouvante simplicité. Oh oui, quelle femme! Une femme qui touche à l’essentiel… Les héroïnes de ses romans sont libres et indépendantes. Elles expriment leur féminité à travers des sentiments complexes. Elles sont attachantes. Rebelles aussi. Et je m’y reconnais…

 

C'est donc toujours un plaisir d'entamer l’un de ses romans et ces deux-ci furent, une fois de plus, une excellente surprise. Évidemment, il y a cette nature sauvage et aride, le dépaysement. Et ces petits drames de la vie quotidienne. Il y a aussi Taylor, l’héroïne de ses deux romans, qui fuira le Kentucky et roulera vers l’ouest, vers un « nowhere ». Mais attention! Rien de moins qu’à bord de sa vieille Coccinelle, que j’échangerais même, sans hésitation, contre mon Westfalia rose! Sa destination? Qu’importe… sans doute partira-t-elle un peu à la recherche d’elle-même. Et cherchera à fuir une vie bien rangée, de mère au foyer, avec sa traînée de petits.  

« Quand j'étais haute comme trois pommes, je partais pêcher au bord des étangs le dimanche, et je ramenais tout un tas de goujons plus maigrichons les uns que les autres et, des fois, une perche grande comme le pouce. À voir maman, on aurait dit que j'avais attrapé le fameux poisson de Shep's Lake, le rêve des vieux chiqueurs de tabac.
"Voilà ma grande fille qui ramène le souper", disait-elle. Et après avoir fait cuire le tout, elle nous le servait rien qu'à nous deux comme un repas de Thanksgiving »

 

Elle rencontrera Turtle, une petite indienne de trois ans, abandonnée sur la route de l’Oklahoma. À travers elle, elle se retrouvera peu à peu. Cette petite sera l’occasion, pour l’auteure, de parler des populations autochtones Cherokee et des réfugiés guatémaltèques. D’autres femmes s’ajouteront à son parcours, avec qui elle se liera d’amitié. Aussi différentes soient-elles, elles auront un point en commun : elles s’offriront la liberté de vivre, avec leurs rêves et leurs regrets. Et j’en serai touchée… Touchée par cette solidarité et cette entraide. Par leur générosité inconditionnelle. L’arbre aux haricots et sa suite, Les cochons au paradis, est une histoire pleine d’humanité, de douceur et de tendresse. On se sent bien en refermant le livre sur la dernière page. On en ressort avec une soif de simplicité et d’exil… J’aime cette idée de partir vers un nowhere, à la recherche de rien, de rien d’autre qu’une certaine liberté…  

 

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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 12:18

John

 

 

Que peut-on faire d'une maison - et à plus forte raison de deux - quand, depuis son enfance, on préfère dormir à la belle étoile ?

 

De retour de la guerre, Danny s’installe dans sa patrie natale, Tortilla Flat. Ce petit village pauvre et miséreux est situé au sommet de la colline qui surplombe Monterey, aux abords de la côte californienne. Les paisanos y vivent au jour le jour, dans le tourment du lendemain. Ils vivent du temps qui s’écoule, sous une chaleur accablante, le ventre tordu par la faim. Ils vivent de l’ivresse procurée par un gallon de vin, celui qui fait oublier. Ils tentent d’amasser quelques sous, volent, se nourrissent de ragots, mendient. Ici, c’est chacun pour soi, on vit d’isolement et de solitude, de cette nonchalance propre à tous désespoirs. Les paisanos sont confrontés à la grande dépression. Jusqu’au jour où Danny, sans s’y attendre, reçoit deux maisons en héritage.

 

Dans tout le village, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. C’est ainsi qu’il « loue » à son ami Pilon, par charité et fort de son sentiment de générosité, l’une de ses maisons. Louer est un grand mot, son locataire est sans le sou et s’impose plutôt qu’il n’y est invité. Mais tout cela importe peu à Danny, puisqu’il se sent moins seul. Et c’est à ce moment de l’histoire qu’a lieu l’effet boule de neige. Rien n’est trop beau quand notre générosité passe par la charité d’autrui… Pilon invite Pablo, puis Jesus-Maria, et Pirate et puis Big Joe et puis et puis… Une meute d’assoiffés qui entravent définitivement la liberté et le bonheur de l’hôte et qui lui font regretter amèrement le temps où il vivait dans les bois l’été et dans le foin chaud l’hiver. Le poids de la richesse et sa condition sociale le rendent malheureux, sa vie ne lui appartient plus. Il perd confiance en ses amis, craque, et un beau matin, il laisse tout tomber pour revenir à sa vie de paisano. Et c’est le retour à la liberté.

 

Les personnages sont astucieux, manipulateurs, futés et menteurs. Pour s’acquitter de leurs « dettes », ils s’assurent que Danny ait toujours du pain sur la table et une goutte d’alcool dans le gosier. Promesse qu’ils honorent avec le souhait qu’il l’oubliât, « car sinon ce serait de l’esclavage » ! Que de sentiments partagés entre le vice et la vertu. Steinbeck m’a arraché des fous rires avec ces situations complètement risibles. Et, de ces situations, il y en a bien d’autres. Je découvre l’auteur avec un humour que je lui reconnais pour la première fois. Et, si sont mis en valeur l’égoïsme, l’avarice et les sentiments pourvus d’un altruisme intéressé, il n’en demeure pas moins que ce roman, au final, est une grande histoire d’amitié, d’entraide et de partage. Charité bien ordonnée commence par soi-même ? Pilon et sa bande de soûlards en ont fait leur leitmotiv…

 

« Je vais tout te raconter, poursuivit Jesus-Maria. J’ai acheté deux gallons de vin et je les ai apportés ici dans le bois, puis je suis allé me promener avec Arabella Gross. J’avais acheté pour elle, à Monterey, une paire de pantalons de soie. Elle les a beaucoup aimés, si roses, si doux. Et puis, je lui ai aussi acheté une petite bouteille de whisky. Un peu plus tard, elle a rencontré des soldats et elle est partie avec eux.

 

-Oh ! la détrousseuse de l’honnête homme ! s’écria Pilon, scandalisé»

 

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19 mars 2014 3 19 /03 /mars /2014 23:49

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« Il y a des moments où la fragilité de tout ce qui vit est si apparente que l’on se met à attendre un choc, une chute ou une rupture à n’importe quel moment. »

 

Lire Siri Hustvedt, c’est un peu comme s’offrir une sucrerie chocolatée des plus appétissante. On la tient entre nos mains, on la porte à nos lèvres, la déguste goulûment et lorsque la dernière bouchée nous fond dans la bouche, on se désole que ce moment de bonheur se soit si vite achevé. Je me sais chaque fois conquise d’avance, car je ne suis pas sans ignorer que je serai transportée dans un univers complexe où les sentiments les plus profonds et humains jailliront de chacun des personnages. Que je vivrai à plein régime, ayant à peine le temps de reprendre mon souffle. Si ce roman peut nous donner l’impression de partir dans tous les sens, l’auteure garde pourtant le cap, droit devant, en maintenant le fil, sans s’éparpiller. Car rien n’est laissé au hasard. Tout est décortiqué, analysé finement, jusqu’au recoupement des idées... 

 

Un été sans les hommes, c’est l’histoire de Mia, 55 ans. Le jour où elle se fait larguer par son mari, elle pète les plombs et est internée, victime d’une crise psychotique aiguë. Elle ne mange plus, est désorientée, le corps ankylosé par les médicaments, en proie au délire et aux hallucinations. Elle quitte alors Brooklyn pour le Minnesota, pour se réfugier auprès de sa mère placée en maison de retraite. Elle fera la connaissance de quatre femmes, à la force de caractère surprenante, qui participent avec sa mère à un club de lecture, et se liera d’amitié avec certaines d’entre elles, dont elle sera la confidente d’histoires touchantes. En plus de ces riches rencontres,  et en tant que poète de formation, Mia initiera, le temps d’un été, sept adolescentes à la poésie. Vous imaginez sans doute les défis auxquels elle sera confrontée auprès de ces jeunes femmes en pleine crise identitaire. Bien que ces dernières offrent un contraste étonnant avec les octogénaires du club de lecture, l’auteure identifie les enjeux auxquels font face les femmes, tous âges confondus. Et c’est sans doute à mes yeux l’une des plus grandes forces de ce roman. Voilà, c’est ça… c’est une histoire de femmes, aussi fragiles et fortes à la fois. Car il y a aussi Lola, sa voisine, avec qui elle nouera un fort lien d’amitié. Cette dernière délaissée par un mari colérique et violent.

 

Siri Hustvedt sait parler de la maladie mentale et de ses limites. La thérapie à laquelle est soumise sa narratrice révèle la connaissance de l’auteure pour la psyché humaine. Elle porte un regard désolé sur la méchanceté, la douleur, la violence et la mesquinerie. Sa capacité de s’adresser, par moments, directement au lecteur révèle avec force son originalité. Son roman est parsemé d’ironie et de sarcasme, mais également de propos sur la sexualité qui me parlent d’une femme épanouie et libre. C’est sans étonnement que Mia tient un journal sexuel intime. Et qu’elle nous entretient sur certains pans de l’anatomie humaine, de l’histoire du clitoris à la genèse des chromosomes XX – XY. Vous aurez compris que je vous recommande fortement cette lecture, pour laquelle on est soi-même amené à se remettre en question. Un été sans les hommes, c’est un livre qui s’adresse aux femmes, mais que chaque homme devrait lire…

 

siri

31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 13:30

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Si je n’ai pas lu ce roman avec la même énergie que La puissance des vaincus, du même auteur, il n’en demeure pas moins que je l’ai dévoré en quelques jours. Là où La puissance des vaincus abordait la recherche identitaire chez les jumeaux identiques, en opposant la normalité à la folie, celui-ci décortique en 600 pages un pan de la détresse adolescente : l’obésité. Au fil des pages, Wally Lamb arrive à nous faire vivre le quotidien de Dolorès, de son déclin à la chute. L’héroïne a 13 ans lorsqu’elle se fait violer (je ne vous dévoile rien, c’est dans la quatrième de couverture). Ses tourments sont à l’image des souffrances auxquelles certaines adolescentes font face. Elle est la risée de toute l’école, jusqu’au jour où, l’âme meurtrie, elle se laisse mourir en se gavant de sucreries, vivant en parfaite réclusion avec son désespoir. Ce qui l’habite est la culpabilité constante des victimes du viol.

 

Comme lectrice, je l’ai détestée. Son caractère est trop représentatif à mon goût des femmes qui attribuent leur malheur aux fautes commises, et qui, par le fait même, offrent une justification au lâcher-prise. Ces femmes qui intériorisent la victimisation et ont cessé de lutter. J’avoue que je suis très peu objective, j’ai toujours eu en aversion ce genre de personnalité. Par contre, j’ai adoré le fait que l’héroïne ne réponde pas aux standards de la beauté et que ce livre aille à l’encontre des clichés de la femme parfaite et séduisante que l’on côtoie dans trop de romans. J’ai aussi toujours été étonnée par ces hommes auteurs qui abordent avec autant de finesse l’intimité des femmes. Je pense notamment à Douglas Kennedy, qui arrive à décrire une dépression post-partum à vous couper le souffle! Bref, ce livre est aussi une leçon de courage, un cri du cœur et une longue introspection visant à se défaire de sa rage et de sa culpabilité, de son impuissance et de ses remords, de sa détresse psychologique et de sa solitude. Dans ses deux romans, Wally Lamb nous élabore un processus thérapeutique avec suffisamment de doigté pour que je sois portée à aller lire sa biographie et chercher en lui un psy de formation. J’ai fait fausse route à ce sujet, mais l’auteur est certes profondément humain…

 

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 00:00

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En refermant le livre sur la dernière page, une première question m’est venue à l’esprit : « Est-ce que le roman autobiographique est un prétexte à l’expression publique de sa folie? » De me poser la question même m’a semblé un euphémisme … Car si l’écriture semble, pour beaucoup de ces auteurs marqués au fer rouge, l’exutoire le plus efficace à la libération des épisodes marquants de leur vie, le roman autobiographique ne s’associe que très peu dans mon esprit aux sentiments sains et dépourvus d’une certaine révolte.

 

La famille Goolrick a quelques traits en commun avec les Jardin et Gary de ce monde, et ce n’est pas peu dire … Ne vous méprenez pas sur mon appréciation à leur sujet, Romain Gary demeure mon écrivain culte. Dans la tourmente, certains auteurs, tels que lui, ont cet avantage, allié à la richesse de leur personnalité, de pouvoir tirer la profondeur de sentiments forts et le talent pour les mettre en mots. Robert Goolrick n’a sans doute pas eu, à mes yeux, le même génie de transformer les maux en des mots aussi imagés et forts de sens, mais je ne lui enlève pas le courage de les avoir affrontés par ce médium. Il faut dire, aussi, que certaines histoires nous dérangent plus que d’autres, sans doute en partie parce que nous nous y associons dans certains passages. Bref, j’ai eu du mal à le terminer et je me suis même demandé où l’auteur avait pu puiser la force d’écrire ce roman sans s’effondrer avant la dernière page.

 

Le moins qu’on puisse dire est que ce livre est d’une noirceur inqualifiable, dense et à la limite de l’insupportable. Après avoir dressé, dans les premiers chapitres, un sombre aperçu de chacun des membres de sa famille, Robert Goolrick plonge tête première dans les réminiscences de son passé, plus spécifiquement dans la bourgeoisie des années 50, à l’époque où son cadre familial baignait dans les cocktails et l’alcoolisme. Entre sa mère tyrannique, sa tante attardée, ses grands-parents alcooliques (comme tous les autres d’ailleurs) et son père abuseur, en passant par son frère tout aussi sain d’esprit, Goolrick arrive à peine à survivre à ses maintes tentatives de suicide. Il se drogue aux tranquillisants et aux neuroleptiques, se défonce à la cocaïne, s’automutile, sans oublier de sombrer dans la promiscuité avec des hommes, des femmes, au gré de ses humeurs. Ce qu’on ressent avant tout en lisant ce livre, c’est la terrible tristesse qui envahit tout son être et aussi la part de responsabilité qu’il s’attribue dans cette déchéance familiale. Il demeure convaincu que tout a explosé le jour où il a publié son premier roman, Chronique du dormeur, où il parlait publiquement de sa famille. Pas étonnant qu’il se soit retrouvé interné dans un asile de fous. Robert Goolrick est un grand dépressif. Une phrase tirée du livre est assez représentative de son état de pensée : « En période de chagrin, on attend que quelque chose se passe, mais ce que l’on attend s’est déjà produit. » 

 

Si ce roman est certes bien écrit, l’auteur nous raconte son enfance malheureuse comme un récit de vie digne des manuels de psycho à l’usage des étudiants assoiffés d’en apprendre sur les empreintes familiales dévastatrices. J’en ai déjà lu suffisamment quand j’étais sur les bancs d’école. Je laisse ces ouvrages à ceux ou celles qui pourront mieux les apprécier...

 

férovevrai

17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 22:33

couleur sentiments

 

Ce livre, je l'ai adoré! L'histoire se situe à Jackson, Mississippi, dans les années soixante. Deux mondes s'opposent et se confrontent : les domestiques noires et leurs maîtresses blanches. Pour illustrer la dynamique de l'époque, l'auteure met principalement en scène trois personnages féminins. D'abord Abileen, 53 ans, travaillant chez les Leefolt. Elle prendra soin de la petite Mae Mobley, fera le ménage, cuisinera les repas. Puis Minny, 36 ans et 5 enfants. Elle travaille chez Miss Walters, une femme à ce point détestable qu'on a envie de l'étriper jusqu'à la moëlle. Enfin, Miss Skeeter, 23 ans, femme blanche interpellée par le mépris et les injustices dont sont victimes les bonnes. Elle se liera d'amitié avec elles et recueillera leurs témoignages dans le but d'écrire un livre anonyme illustrant leur vision de cette société méprisante. Rappelons-le, nous sommes à l'époque où il était interdit aux femmes noires d'utiliser les mêmes toilettes que leur maîtresse ou même de partager la même table. Aberrant...

 

La beauté de ce livre émane de la richesse de ses personnages. Leur personnalité est forte et attachante, affirmée dans leurs différences. La couleur des sentiments, c'est une histoire de vie dans laquelle on s'immerge rapidement et d'où on ne voudrait jamais émerger. Heureusement, le film est une très juste représentation du livre et Minnie, plus vraie que nature, est un délice ! Si le racisme est un sujet délicat, il est ici illustré avec humour, ce qui évite de tomber dans le mélodrame. Cela ne change rien au fait que l'on se sente, par moment, triste, en colère ou révolté. Ceci dit, le style n'est jamais ramené à une simple opposition entre le bien et le mal. L'écriture est simple et sans fioritures poétiques ou métaphoriques.

 

Détail, me direz-vous, mais je trouve le titre en français La couleur des sentiments plus évocateur que le titre original plutôt minimaliste The Help. L'expression d'un sentiment ne devrait pas être tributaire de la couleur de sa peau. Pourquoi les caractéristiques morphologiques ou culturelles d'un individu devraient-elles influer sur des sentiments universels tels l'amour, l'empathie ... et la haine, justement en raison de la haine, sentiment vil, viscéral et totalement irrationnel.

 

Je l'ai lu d'une traite, l'auteure ayant le talent de nous captiver à un point tel qu'on ne peut plus lâcher le livre, toujours en attente de la prochaine crise, du prochain dénouement. Un bijou de 500 pages...

 

couleur

12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 10:11

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Toni Morrison, qui obtient avec Beloved le prix Nobel de littérature, est la première femme noire à recevoir cette distinction. Elle obtient également le prix Pulitzer, l'une des plus hautes consécrations littéraires américaines. Inutile de vous dire que ce livre est « considéré » comme un chef-d'oeuvre. J'ai pourtant mes réticences – et ceux qui me connaissent le savent - face aux prix à hautes distinctions littéraires : Nobel, prix de l'académie française, etc … J'ai en tête notamment L'attrape-coeurs de Salinger, avec ses émotions mal abouties et ses longueurs, à la différence près que Toni Morrison est une femme et une combattante. Et qu'ainsi, j'ai beaucoup de respect pour l'écrivaine ... Mais pourquoi faut-il que plus souvent qu'autrement ces prix littéraires soient mortellement ennuyants ? Je l'ai terminé avec supplice. J'irais presque à le comparer dans sa lourdeur à La route de Cormac McCarthy.

                   

L'histoire se déroule à Bluestone Road, dans les années 1870, aux États-Unis. Sethe est hantée par le souvenir de sa fille, qu'elle a tuée par amour maternel pour lui éviter l'abomination de l'esclavage (je ne vous révèle rien, c'est dans la quatrième de couverture). Ses pas quotidiens, ancrés dans un labyrinthe de souffrances et d'horreurs, sont alourdis par la culpabilité. Toutefois, jamais l'auteure ne figera ce personnage dans la victimisation. Sethe est une femme courageuse et forte, libre et maître de son destin. Elle est sans doute à l'image de cette femme-auteure, Toni Morrison, s'étant battue pour le droit des femmes.

 

Survient alors Beloved, énigmatique et mystérieuse, qui exorcisera les démons du passé de Sethe. Qui est cette femme? Je ne peux pas vous en révéler les secrets, mais là, Tony Morrison a eu une idée de génie, il faut bien l'admettre … Tout était là pour en faire un grand bouquin...

 

L'esclavage est représenté sous deux formes, celle du corps et celle de l'âme. Cette prison intérieure, vécue dans le tourment et l'isolement, est tout aussi dévastatrice et l'auteure nous le rend avec doigté. En peu de temps, nous nous retrouvons habités de toute part par les souffrances de cette mère.

 

L'écriture demeure douce et poétique. Il y a peu ou pas de transition entre les allers-retours du présent au passé, ce qui amène de la confusion. Au fil des pages, je ne peux pas dire que j'ai fini par m'y habituer et la formule m'a beaucoup agacée. Et puis, ce livre est lent, très lent, en plus d'être teinté d'une intolérable noirceur. Mais une chose est certaine, il est vraiment bouleversant ... Et Beloved m'a hantée longtemps après avoir refermé le livre.

 

morrisson

9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 00:17

La puissance des vaincus

 

Je n'ai jamais parcouru un roman de 1000 pages avec une telle énergie! Wally Lamb a un talent indéniable pour la rédaction de romans costauds. Il capte notre attention dès le départ, nous subjugue au point où l'on ne peut plus lâcher le livre, puis nous amène vers une finale sans ambiguïté, qui répond aux divers suspenses tout en affinant, dans un dernier aveu, la complexité des traits de personnalité de chaque personnage.

 

L'histoire est merveilleusement bien écrite, dense, d'une richesse peu commune... Elle analyse la recherche identitaire avec finesse. Mais avant tout, elle oppose la folie et la normalité chez les jumeaux identiques. Thomas est un schizophrène paranoïaque qui a des obsessions délirantes, et son frère jumeau, Dominik, est sain d'esprit. Ainsi débute le roman alors que Thomas, dans une bibliothèque, se tranche la main au nom de la paix, pour protester contre l'intervention militaire au Koweit. Dans son délire, il est persuadé que la CIA et le président Bush sont de connivence contre lui, que le FBI et le KGB veulent le supprimer et qu'il a été choisi par Dieu pour sauver le monde.

 

S'ensuivra chez Dominik une longue introspection visant à le défaire de sa rage et de sa culpabilité, de son impuissance et de ses remords, de sa détresse psychologique et de sa solitude. Pourquoi aurait-il défié les lois de l'hérédité en échappant à la psychose de son frère? Un retour dans les recoins les plus obscurs de leur histoire familiale tentera d'y répondre, par l'entremise d'une thérapie. Jusqu'à se demander, au final, lequel des deux frères est le plus souffrant ...

 

Ce roman aborde en parallèle le chagrin d'amour, la perte, le deuil et surtout, le pardon. L'histoire est authentique sans jamais sombrer dans le pathos. La représentation du milieu carcéral psychiatrique est troublante de vérité. C'est à mes yeux un véritable chef-d'oeuvre … J'irai remercier la gentille libraire que j'aime tant chez Renaud-Bray, d'avoir presque insisté pour que je l'achète, parce que je serais passée à côté d'un excellent moment de lecture...

 

L’avis d’Eeguab

 

lambokok

16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 17:49

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Ce roman, issu d'une écriture toute simple, ne tire sa force, à mon sens, que dans la beauté des relations humaines. Une famille conflictuelle sera réunie autour de funérailles. Ce rassemblement donnera lieu à de longs échanges pour tenter de comprendre les différends qui opposent certains d'entre eux. Le point d'ancrage - les funérailles - est un peu cliché, mais il demeure assez réaliste, la mort d'un proche étant souvent l'unique prétexte à ces rencontres.


Si le deuil, la trahison, le pardon et le pouvoir de la Foi sont bien représentés, les dialogues qui en émanent sont plutôt pauvres. J'aurais aimé qu'ils suscitent en moi plus de réflexions, qu'ils soient plus approfondis. C'est dommage, le sujet se prêtait à beaucoup de profondeur... Toutefois, l'intrigue est excellente. Un secret de famille perce le jour et en bouleverse chaque membre. Je me suis questionnée par contre sur l'utilité de ce dévoilement tardif. Mais il fallait bien un peu d'éclat dans ce livre assez terne, et le dénouement, qui nous sera révélé par l'entremise des «Lettres du mercredi», demeure intéressant et original. Ces lettres seront écrites par un mari, Jack, qui, la nuit de son mariage, fera le serment à sa femme Laurel de lui écrire une lettre tous les mercredis, jusqu'à ce que la mort les sépare. Qui ne serait pas touché par cette idée si tendre... Malheureusement, probablement dû à la pauvreté des échanges, j'ai lu certains passages assez rapidement et je suis vite passée à un autre roman...

20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 01:29

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Ce magnifique roman, se déroulant à New York dans les années 70 et s'étalant sur une trentaine d'années, porte essentiellement sur le déclin de l'âme, de la fondation à la chute. Il met en scène quatre personnages principaux à la psychologie complexe, dont Léo Hertzberg, professeur d'histoire de l'art et narrateur, ainsi que sa femme Érica, professeur d'anglais. Ils se lieront d'amitié à Bill et Violet, peintre et écrivaine, avec lesquels ils vivront un parcours de vie parallèle, d'un quotidien dans le même immeuble du quartier de SoHo au vécu de semblables tragédies. Les couples auront chacun un fils.


Les drames, prenant par moments l'allure de «thrillers», se succéderont les uns aux autres et se révéleront dans la seconde partie du livre, la première partie servant à asseoir la personnalité des personnages et se présentant comme initiatrice des drames à venir. L'auteure nous conviera à l'univers des désordres alimentaires, de l'hystérie et nous fera vivre plusieurs deuils. Elle nous illustrera avec doigté l'effondrement d'une âme adolescente orpheline, immature, qui saura trahir, mentir pathologiquement sans remord, abuser de drogue, voler... Et l'âme d'un père «substitut» qui pardonne difficilement, mais qui pardonne...

 

Si ce roman porte sur le déclin de l'âme, il parle aussi d'une grande histoire d'amitié pour laquelle il nous est facile de concevoir certains élans autobiographiques, notamment en ce qui a trait à l'univers de l'art. D'ailleurs, ce n'est pas sans hasard que Siri Hustvedt dédie son livre à son mari Paul Auster (remarquez que je parle du «mari» de Siri Hustvedt et non de la «femme» de Paul Auster – c'est une grande écrivaine!). Un couple en parfaite symbiose, on retrouve dans leurs oeuvres la résonance de l'un chez l'autre et inversement. Ce roman est tout simplement bouleversant et exploite la force fragile de l'âme exactement comme j'aime la découvrir, sans artifices et avec profondeur sur les émotions dévoilées. Elle en tire sa force à un point tel que nous avons l'impression d'évoluer à travers chaque personnage, à travers leurs doutes, leurs questionnements, leurs joies et leurs peines. Hustvedt est une écrivaine honnête, authentique et humaine. Son roman est un chef-d'oeuvre. Quelle grande claque en plein visage...

 

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