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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 23:09

Martin Page

 

Si le premier roman que j'ai lu précédemment de Martin Page, «Comment je suis devenu stupide», est à mourir de rire, en dépit d'une empreinte philosophique dense qui ne lâche pas le lecteur du début à la fin, dans celui-ci, malgré l'absurdité des situations, nous sommes immergés par de tout aussi profondes réflexions, mais portant ici sur le malentendu amoureux. L'histoire prendra naissance à travers le personnage de Virgile, qui, rentrant un soir du travail, vivra une expérience plutôt déconcertante! Un message lui aura été laissé sur son répondeur: «C'est Clara. Je suis désolée, mais je préfère qu'on arrête là. Je te quitte, Virgile». Seulement, cette Clara lui est inconnue...

 

Pour donner un sens à sa vie et se découvrir comme être humain et homme, Virgile vivra dans le fantasme de cet amour qu'il n'a pas connu, jusqu'à souffrir de l'absence de cette Clara et désirer la «reconquérir». Un processus psychologique malsain se mettra en marche: désirer être quitté avant même toute forme de relation, dans le seul but de confirmer sa solitude. Mais je préfère ne pas en dire davantage sur leur destin, ce serait déjà trop en dévoiler...

 

S'ensuivra donc une prise de conscience, chez Virgile, des rapports hommes-femmes. De plus, ce nouvel «amour» générera des sentiments nouveaux en lui: la colère, la déception, l'euphorie, etc... Il s'interrogera également sur l'influence de l'enfance sur la vie sentimentale et sur l'image projetée de l'homme qu'il est devenu, celui perpétuellement insatisfait, se plaignant sans cesse, ne se remettant jamais en question. L'auteur, à cet effet, dira que «quand nous rêvons à notre partenaire idéal, nous nous dépeignons sans les manques, ni les faiblesses». Il ajoutera que le couple est confronté à trois malentendus: «la rencontre, la relation et la séparation», et que l'amour est impossible, qu'il mène inévitablement à la perte. Vision sans doute pessimiste, penserez-vous comme moi, mais je crois que l'auteur ne cherche qu'à nous faire réfléchir aux obstacles et défis du couple.

 

Une phrase m'aura particulièrement marquée et laissée songeuse. Et je vous laisse ici sur ces mots: «Nous tombons amoureux pour avoir des souvenirs, des lettres, une collection de sensations, de nouvelles couleurs dans nos iris. Il n'y a pas de différences entre l'amour et les voyages, car nous en revenons toujours». C'est fort... vous ne trouvez pas? Je vous entends penser jusqu'ici... Un livre à découvrir, passionnément, pour ceux et celles qui sont prêts(es) à se remettre en question:)

15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 16:17

pluie

 

 

Réponse


Aux bougies affaissées par de trop longues veilles

Il lisait le passé

Près la cendre entassée de la cheminée noire

D’une maison distraite à l’écart de la ville.



Pour connaître l’amour il contournait la vie,

Rêvant ne dormant pas,

Suspendu au silence fragile

Qu’un vent mauvais mordait.



Le doute allait sans bruit mais lui trouant le cœur :

Avait-il vécu d’erreur ?

Rêve immobile il attendait

Comme un enfant de l’ombre qu’il était.



La pluie lui répondit dans un ruissellement,

L’éclair le découpa, rompant l’obscurité,

Sur le mur de ses souvenirs ;

Il comprit qu’il vivait et avança d’un pas.



Théo

Mai 2012

12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 22:04

Chagrin d'école

 

Dire de ce livre qu'il est magnifique serait un euphémisme, faire emploi d'un terme réducteur pour illustrer ce qui représente, à mes yeuxun chef-d'oeuvre littéraire. Dans «Chagrin d'école», Daniel Pennac ne dépeindra pas le système scolaire, pas plus que son rôle social, ses programmes, l'école d'hier et celle de demain, tout cela même qu'il considère changeant. Plutôt, il décrira ce qui constitue un facteur immuable de la société: la douleur partagée du cancre, des parents et des professeurs. Et, contre toute attente, pour illustrer ce cancre, il utilisera un modèle lui étant familier: le sien. Difficile à croirenon? Et pourtant... Sa scolarité fut désastreuse et il en garde de profondes blessures. Il mettra 1 an à assimiler la lettre «a» et son père lui dira sarcastiquement que 26 années devraient lui être suffisantes pour qu'il saisisse l'alphabet de A à Z!

 

Du cancre qu'il fut, il cherchera à en cibler les origines, familiales ou autres. Ces années auront laissé de lourdes séquelles: la peur et l'anticipation, la perte de confiance en soi, le renoncement à l'effort, la solitude, le chagrin, la honte, la haine et le besoin d'affection. Tel qu'il l'exprime avec vécu et justesse: «si l'on guérit parfois de la cancrerie, on ne cicatrise jamais tout à fait des blessures qu'elle nous infligea».

 

Il tentera également de retracer les gens et les situations grâce auxquels il s'en est sorti. Comment est né le professeur et l'écrivain célèbre? À quoi attribuer ce devenir? D'où en tire-t-il ses origines? Quels en sont les éléments déclencheurs? L'auteur se posera beaucoup de questionsur les dix années de sa vie, de février 1959 à septembre 1969, où il est devenu, cette métamorphose du cancre en professeur. Il y a certes eu ces professeurs qui ont cru en lui et qui lui ont donné un statut, de même que le rôle de la lecture à travers ce changement, l'écriture avant tout, l'amour également... Mais il se souviendra aussi de ses moments de délinquance comme d'un exutoire à la souffrance: «La naissance de la délinquance, c'est l'investissement secret de toutes les facultés de l'intelligence dans la ruse». La délinquance... son plus beau prétexte pour quémander en douce l'assentiment de ses professeurs, se faire voir des adultes et prouver qu'il existe.

 

Daniel Pennac a la passion de l'enseignement. Il nous entretiendra longuement de sa relation avec ses étudiants (es) et de son attachement plus marqué envers les «cancres», ceux qui ont des défis à relever, d'ordre familial, individuel ou autre. Il croira en leur avenir et sera sensible à leur vécu du moment. D'ailleurs, l'auteur partagera le contenu, par maints détails, des nombreuses heures passées auprès d'eux (elles) à les encourager et user de psychologie. Car, comme il le dira: «Il n'y a pas plus étanche que le chagrin pour faire écran au savoir». Daniel Pennac se consacrera donc corps et âme à ses étudiants (es): «Quand je suis avec eux ou dans leurs copies je ne suis pas ailleurs». Il transmettra son savoir par le jeu et l'humour: «Le jeu est la respiration de l'effort, l'autre battement du cœur, il ne nuit pas au sérieux de l'apprentissage». De cet apprentissage, il préconisera la méthode douce: «...la courtoisie mieux que la baffe prédispose à la réflexion». Et tout cela pour redonner le goût à l'effort... Il s'adaptera à leur langage, leurs silences, leur hostilité. Mais, avant tout: «Il faut aussi savoir donner de l'amour, les méthodes ne suffisent pas». Et l'amour, il en a à donner!

 

Quelle belle découverte que cet auteur. Son écriture est précise, dense, passionnée, sarcastique et ses images surprenantes... Ah, ces images tellement riches dont le livre est généreusement rempli. D'ailleurs, dès les premières pages, je venais déjà de m'arrêter à cette réflexion, parlant de sa mère: «Très tôt mon avenir lui parut si compromis qu'elle ne fut jamais tout à fait assurée de mon présent»...

12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 22:02

Revenir de loin

 

Ce dixième roman de Marie Laberge est, à mes yeux, et de loin, le plus sombre mais le plus émouvant à la fois. Elle y explore, dans les moindres recoins de l'âme humaine, l'univers mystique du coma, dans lequel son personnage principal, Yolande (narratrice), a sombré durant 18 jours. Sa capacité à réfléchir est demeurée intacte et son esprit vif. Mais sa mémoire est atteinte et elle est dépourvue d'affect. Elle a sombré dans l'amnésie.

 

Beaucoup de personnages rayonneront autour d'elle. D'abord, son voisin de chambre, avec qui elle entretiendra une belle complicité, ensuite, une femme qui dit être sa fille, un homme (son mari), et bien d'autres encore. Mais par un jeu complexe et bien ficelé, l'auteure nous fera vivre les enjeux troublants et décisifs de la réminiscence. Revenir de loin, mais à quel prix? Yolande sera l'initiatrice de son destin que nous suivrons, comme tenus à un mince fil, durant ces 600 pages. Les sept chapitres résumeront bien, à eux seuls, son cheminement: «Ouvrir les yeux», «Se mouvoir», «S'émouvoir», «Savoir», «Voir», «Dire» et «Vivre».

 

La densité de ce roman contribuera à cette recherche d'approfondissement des mystères encore inconnus de la conscience et de l'âme, à laquelle seul peut répondre un remarquable talent d'écrivaine. Écrit avec une extrême sensibilité, «Revenir de loin» est troublant. Il est impossible d'en sortir totalement indemne. Les dialogues sont forts et les chapitres teintés des vers de Nelligan, Miron, Rimbaud et Baudelaire. Plusieurs thèmes sont abordés: le tourment amoureux, les relations mère/fille, la perte et le deuil, la recherche d'authenticité... Les personnages sont des représentations de personnalités diamétralement opposées, ce qui ajoute à la complexité et la beauté du roman. Toutefois..... attention! Il faut vraiment rayonner intérieurement pour lire ce livre! Parce que Marie Laberge, plus que jamais et plus que quiconque, arrive à «violemment» nous ébranler. C'est un vrai bijou, comme toujours, oserais-je dire paradoxalement...

 

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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 22:00

Comment je suis devenu stupide

 

Ce roman est extrêmement drôle, absurde, intelligent, lucide et sarcastique. S'il s'agit du premier que je découvre de Martin Page, je sais déjà que je ne suis pas au bout de ma faim. Antoine, 25 ans, est asocial, et il attribue le malheur qui l'accable à son esprit vif, son incapacité à s'empêcher d'analyser et de comprendre. Il se dit atteint d'un «cancer de l'âme», de la maladie de l'intelligence. Avoir une personnalité est un luxe qui lui coûte trop cher. Et il considère qu'il a suffisamment souffert de ce «racisme positif» par ceux qui confondent l'apparence de l'intelligence avec l'intelligence réelle. Il veut devenir «un spectre banal». La solution? Diluer sa conscience.

 

Dans un premier temps, observant combien la pensée des personnes saoules est vague, incohérente et détachée de tout souci à l'égard de la réalité, il tentera de devenir alcoolique pour «supprimer toute velléité réflexive de son intelligence». Mais à son premier verre, il sombre dans un coma éthylique. Suivront des cours d'apprentissage au suicide abouti puis une rencontre avec son médecin pour tenter de le convaincre de lui pratiquer une lobotomie. Il se musclera à l'extrême, s'achètera une porsche, bref, d'innombrables tentatives pour affirmer les «stigmates de sa normalité». Il voudra désormais se fondre dans la masse sociale dominante: «Je connais des tas de gens idiots, inconscients, confits de certitudes et de préjugés, des imbéciles parfaits, et qui sont heureux!».

 

Sous le rire que provoquent ces pages se cache la tendance qu'a l'être humain de s'emmurer à l'intérieur d'une pensée si étroite et si rigide que le manque de jugement est trop souvent inévitable. Tel qu'il le dira si bien: «un être humain est si vaste et si riche qu'il n'y a pas plus grande vanité en ce monde que d'être trop sûr de soi face aux autres, face à l'inconnu et aux certitudes que représente chacun». Il ajoutera que: «les mots de notre esprit aiment à nous rendre service et à nous réconforter en nous dupant». Il cherchera donc à échapper à ces illusions en renonçant à une véritable intelligence, «le prix à payer pour avoir des certitudes». Il prendra conscience que les faux mécanismes psychiques nous font dériver vers la facilité et les préjugés sur la vérité. Et comme il est épuisé, las et déprimé, il tentera à tout prix l'expérience de l'imbécillité. Ce premier roman de Martin Page est tout simplement génial:)

9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 16:20

Char

L'Isle sur la Sorgue, ville natale de René Char

 

«Le Char de la nuit»

 

Les doigts de sable

 

«L’expérience que la vie dément, celle que le poète préfère»

René Char

 

Doigt de sable évadé d’une prison sur l’autre,

L’homme fuit de sa mère au sablier des heures.

De sa mère à la terre, il est sable et frissons.

 

*

 

Quand ton doigt dessina sur mon dos ton regret,

L’arbre au vent se troubla que le ciel ait tonné,

Vint l’automne annoncé qu’un vague été poursuit.

 

Nous poussions vers le sol, à l’envers des forêts.

L’éclair nous détachait sur le front de la nuit.

 

Les vitres languissaient de jouer sous la pluie

Et le vent essayait son aile à tes cheveux

 

Les volets appelaient à regarder dehors

Le monde où nous passons sans trace de passage

 

Alors nous les fermions et nous volions la vie,

Posions des pas au ciel, empreintes de nuages,

Et ton doigt enlevait le sable de mes yeux

 

Par un éclair exact, vérité sur le mur,

Une ombre sincère de doigts fondus criait

«Je te veux»

 

Tu écrivis d’amour sur mon ventre un adieu.

 

4 mai 2007

 

********************

 

Poète et Muse

 

«La poésie me volera ma mort»

René Char

 

Le jour encense l’air qui patiente au jardin

Sur le pas de ta porte où je serai demain

Si l’amour me déporte.

 

Marin privé de port, tu navigues ta rime

Au bonheur de son corps et tu jettes ton encre

Au profond de son puits.

 

Il pleut comme un dimanche

Et mes mots sur tes hanches font leur sel du silence.

 

Une vérité droite a montré le chemin

Mais des pensées étroites ont ralenti nos pas.

 

Poète n’écris pas si tu n’es que de mots,

C’est ta chair que l’on veut pour battre sous nos yeux.

 

Muse inviolée,

Muse imperforée qui se blesse à mes mots,

Je t’aime.

 

Net de vérité mais augmenté du rêve,

Juste matin d’un jour en bord de crépuscule,

Tribuable imposé sur le bonheur en fuite,

Poète, vis tes mots, dis ta vie, nie la mort.

 

5 mai

 

********************

 

Nuits et jours

 

«Le poète ne dit pas la vérité, il la vit ; et la vivant, il devient mensonger. Paradoxe des muses ; justesse du poème»

René Char

 

Nuits et jours s’affrontaient sur le parquet du temps

Nos mains rampaient à leur rencontre en contournant le monde

Le silence effrayé d’une ombre de géant

Disait aux sourds l’amour qui monte

 

Ils eurent peur et firent demi-tour

Debout sur leurs doigts gourds ;

Et depuis, le monde disparu,

Le silence s’est tu.

 

Etoiles

 

O mon corps en morceaux,

Chaque membre une étoile,

Ma lumière sereine est rentrée au berceau.

 

La Lune

 

Incurable silence à l’éternelle empreinte

Et des mots pour le dire à ta lumière feinte,

Comme un morceau de nous qu’une plainte arracha,

Comme un morceau de vous que la Terre cracha.

 

5 mai

 

********************

 

Jour après jour

 

«A chaque effondrement des preuves, le poète répond par une salve d’avenir»

René Char

 

Il sortit d’un matin une pousse de rêve qui mourut en un jour

Fièvre brève d’amour

 

Nous courûmes guéris et nos routes perdues

Au dédale des rues

Ivres de nos mains

 

Aux bouges immobiles des étoiles ouvertes

Nous entrâmes sereins

 

Dans l’eau pellucide d’un miroir sans tain

Nous nous vîmes unis sur une page blanche

 

Ton silence acquiesça lorsque je pris tes hanches

Pour mourir avant l’heure

Et devancer demain.

 

Du matin sortirait une pousse de rêve à mourir en un jour.

 

6 mai

 

********************

 

Attente

 

«Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir»

René Char

 

Le jour où j’ai croisé ton regard et sa route

Pour les perdre aussitôt aux morphines du doute,

J’ai confié tes élans au carré de lumière

Qui retient l’Ephémère entre les murs d’hier

 

Tu attends ce moment où la chandelle baisse,

Les bouches des prisons s’ouvriront sur la nuit

Enfin libres vivront les mots tenus en laisse

Par un cœur épuisé de patienter sa vie

 

Il y aura un cri et moi seul à l’entendre

Lorsque sur le miroir au soupir de tes lèvres,

Noyé dans la buée de nos dernières fièvres,

Ton souffle m’écrira «je t’aime et viens me prendre!»

 

Et mon âme quittant son enveloppe infâme

Tout doucement viendra se blottir à ton âme.

 

 

Théo

4-7 mai 2007

8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 17:42

Le Char de l'aube

Deuxième série de textes en hommage à René Char


«Le Char de l'aube»


Non

« Vint un soir où le cœur ne se reconnut plus dans les mots qu’il prononçait pour lui seul »
René Char

Ne parlez plus de neige en attente éternelle
Au lac qui s’est formé juste au-dessous du ciel
Elle s’y serait jetée un soir en avalanche
Pour y trouver la paix, en longues flammes blanches

Ne parlez plus du vent qui mesure la plaine
Au cheval du Gaucho à l’encolure fauve
Il s’y serait donné par un froid matin mauve
Pour enfin s’envoler, allégé de sa peine.

Ne parlez plus d’amour qui déplace les dunes
Au désert de mon cœur où le vent a cessé,
Où la neige a fondu sous les sabots de Lune
D’un cheval éperdu que mon cœur chevauchait.

 

5 mai


********************

 

Il est

Il est un lac de sang où j’aime à me baigner
Y nagent mille et cent cadavres oubliés

Il est une vallée baisant les pieds du ciel
Où j’aime à promener dans l’herbe sombre et folle
De l’exaspération d’un amour éternel,
Un regard apaisé sur le temps qui console.

Il est de chaudes peaux et de froids sentiments
Habillés de beaux vers mais que la vie dément.

Multiplié de toi mais amputé de nous,
Cendre renouvelée d’un amour à genoux

Un pont jeté sur l’aube entre nos deux mains
Peur exacte de chair qui pleurera demain.

A l’angle des regards il y a un voleur
Qui n’attend qu’une larme à voler notre cœur

Il est des soirs ainsi où les nuits sont plus noires
Aux amères beautés parées de désespoir,
Fruits de lèvres closes dont les chants dérisoires
Se sont éteints de doute en route vers l’espoir.

7 mai


********************


Exil

Je courais sur la terre enfantine de ce monde inconnu
Où mon cœur jeta l’ancre et ma mère ses larmes
Je courais dissipant la poussière ténue,
Rêve fourbissant ses armes.

*

« Avant de te connaître, je mangeais et j’avais faim, je buvais et j’avais soif, […] je n’étais pas moi mais mon prochain »
René Char

N’être …

Il n’est de mot que de moi
Il n’est de moi que par toi
Il n’est de toi que sans moi,
Il n’est de moi qu’en émoi.

Il n’est d’émoi que de nuit,
Il n’est de nuit qu’avec toi
Il n’est de toi que le rêve,
Il n’est rêve que toi.

N’être que moi qui nais de toi.

7 mai

 
********************


Le port des miracles

« Moi qui n’ai jamais marché mais nagé mais volé parmi vous »
René Char

Qui m’empêchera de marcher sur les eaux ?
Certainement pas vous, à prendre le métro,
Maussades, traits tirés, qui bâillez au bureau
Et vivez de télé, de foot et de loto.

Qui m’empêchera de changer l’eau en vin ?
Certainement pas toi, qui patiente au comptoir
Des demandeurs d’émoi et d’espoirs toujours vains,
Que la vie a jetée aux longs de ses trottoirs.

Qui m’empêchera de chanter pour toujours
La phrase de velours qui habille la mort ?
Elle seule pourrait, car elle est mon amour,
Et je suis un marin victime d’un seul port.

 

Théo
5-12 mai 2007

4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 23:11

brisants-guillevic-L-kENNoU

 

 

Brisants  

Se perdant aux brisants du sillage d’un cœur,

La marée du désir escalade les heures,

Nos larmes accrochées sur le fil du bonheur

Ancien.



L’automne a mis du sang aux pentes des forêts,

Le temps neige son blanc sur nos têtes baissées

Et l’hiver a gelé les mots d’amour passés;

-Reviens!



Debout sur mon image, effeuillant l’horizon

Près du lac assoupi des courants de passion

Dont les vagues s’échouent au rivage d’un nom,

-Le tien ,



Je gouverne le vent, je rappelle l’écho

Des doux chuchotements de ton âme à ma peau,

Du brasero des mots qui flamboyait jusqu’au

Matin.


 

Théo

Mars 2012

4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 14:21

À celui qui…


Rendre c'est ultime...

L’occulte menace
Sangsue ceignant
La commissure de mes lèvres
Ma fièvre
Ma fièvre
(L'aurai-je rêvé...)
Son sous-rire
Méphistophélique

Son infecte gestation…
Indigne

L'indigeste
Indigeste

Lui rendre le Verbe
Funeste
De sa dentition perfide…
Luciférienne
Crashant le réel
De sa langue bifide
D’un simple

« Motus mon ange »

Je ne refuse plus rien
Mais je rends Tout

La radiance de l’holocauste
La famine des sens
Le ghetto de son ire
L'Amor qui nécrose
(Est-ce... Est-ce...
Vraiment
Un détail de l'histoire
)
Cette ciguë qui m’anime
Qui me mine
Que je rumine

Cette vaillante Petite sœur
Qui tremble
Brisée
Dans la pâleur de mon charnier


Lui rendre
Son ego sans trique
La Tour Treize
Aux Cent Persiennes
L’envers
La terreur
D’une cage d’ascenseur
En haut… en bas
En haut… en bas

Je ne refuse plus rien
Mais je rends Tout

*

Car je sais qu’en…
Moins de dix ans
Un Ange sauta…
Même s’il était déjà mort

Car de cuirasse
Je n’avais que l’amour
Et j’y ai cru
Si long... temps
Je vous aim... ais
(Cela aurait dû suffire)
Mais moi…
J’étais aveugle
Comme une ecchymose

*

À l’Aube…

Alors si les non-dit
De leurs canines effilochées
Si la meute de molosses affamés
Qui parcourt l’hémoglobine
De mes artères poudreuse
S’interrogent sur leur sort
J’aimerais que ces mots
Soient leur cénotaphe

J’aimerais en secret
Dans ce trait que j’esquisse
Ils déterrent

Ma juvénile sérénité

 

Saphariel

20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 01:29

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Ce magnifique roman, se déroulant à New York dans les années 70 et s'étalant sur une trentaine d'années, porte essentiellement sur le déclin de l'âme, de la fondation à la chute. Il met en scène quatre personnages principaux à la psychologie complexe, dont Léo Hertzberg, professeur d'histoire de l'art et narrateur, ainsi que sa femme Érica, professeur d'anglais. Ils se lieront d'amitié à Bill et Violet, peintre et écrivaine, avec lesquels ils vivront un parcours de vie parallèle, d'un quotidien dans le même immeuble du quartier de SoHo au vécu de semblables tragédies. Les couples auront chacun un fils.


Les drames, prenant par moments l'allure de «thrillers», se succéderont les uns aux autres et se révéleront dans la seconde partie du livre, la première partie servant à asseoir la personnalité des personnages et se présentant comme initiatrice des drames à venir. L'auteure nous conviera à l'univers des désordres alimentaires, de l'hystérie et nous fera vivre plusieurs deuils. Elle nous illustrera avec doigté l'effondrement d'une âme adolescente orpheline, immature, qui saura trahir, mentir pathologiquement sans remord, abuser de drogue, voler... Et l'âme d'un père «substitut» qui pardonne difficilement, mais qui pardonne...

 

Si ce roman porte sur le déclin de l'âme, il parle aussi d'une grande histoire d'amitié pour laquelle il nous est facile de concevoir certains élans autobiographiques, notamment en ce qui a trait à l'univers de l'art. D'ailleurs, ce n'est pas sans hasard que Siri Hustvedt dédie son livre à son mari Paul Auster (remarquez que je parle du «mari» de Siri Hustvedt et non de la «femme» de Paul Auster – c'est une grande écrivaine!). Un couple en parfaite symbiose, on retrouve dans leurs oeuvres la résonance de l'un chez l'autre et inversement. Ce roman est tout simplement bouleversant et exploite la force fragile de l'âme exactement comme j'aime la découvrir, sans artifices et avec profondeur sur les émotions dévoilées. Elle en tire sa force à un point tel que nous avons l'impression d'évoluer à travers chaque personnage, à travers leurs doutes, leurs questionnements, leurs joies et leurs peines. Hustvedt est une écrivaine honnête, authentique et humaine. Son roman est un chef-d'oeuvre. Quelle grande claque en plein visage...

 

hustvedt

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