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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 00:57
Le Sel de la Terre - Sebastião Ribeiro Salgado

« L’homme est le sel de la terre »

 

Il arrive que certaines rencontres changent quelque chose en nous. Comme un cadeau venu du ciel, j’ai eu ce privilège en empruntant un chemin qui m’a menée à marcher sur les pas de l’homme, les deux pieds enfouis dans « Le Sel de la Terre ». Sur ma route, j’ai croisé l’œuvre photographique du grand brésilien Sebastião Ribeiro Salgado et j’ai su que ma vision de l’humanité venait d’être ébranlée dans ses fondements les plus profonds.

 

« Un photographe est quelqu’un qui écrit avec la lumière et dessine le monde avec des ombres »

 

En prenant part à ce documentaire, réalisé par son fils Juliano Ribeiro Salgado et Wim Wenders, photographe allemand, j’ai pris conscience plus que jamais des étendues insoupçonnées du monde qui nous entoure. De sa beauté et de ses souffrances. De ses drames et de ses richesses. De ses édifications et de ses fractures. Le photographe a voulu que nous nous sentions concernés par l’ampleur des bouleversements qui marquent notre planète. Que nous soyons émerveillés, tout autant qu’horrifiés, par ses 40 ans d’images captées sous l’œil témoin de son objectif, dans une volonté de mieux saisir les enjeux auxquels l’humain fait face. Que nous réalisions que nous avons notre part de responsabilité dans ce chaos. Que s’éveille notre conscience collective face à ces désastres qui frappent le vaste monde que nous partageons. Que nous saisissions enfin les motivations de l’homme vis-à-vis son prochain et sa force d’intelligence dans le processus d’adaptation à son milieu.

 

« Plus que jamais, je sens que la race humaine est « une ». Au-delà des différences de couleur, de langue, de culture et de possibilités, les sentiments et les réactions de chacun sont identiques. Les gens fuient les guerres pour échapper à la mort ; ils émigrent pour améliorer leur sort ; ils se forgent de nouvelles existences dans des pays étrangers, ils s'adaptent aux pires situations… »

 

Le chemin qu’il nous amène à emprunter fait écho aux réflexions d’un homme qui a côtoyé les pires tragédies et les plus grands bouleversements des dernières décennies. Qui a fait le tour de la planète et vécu les guerres, les génocides, les exodes… et vu de ses propres yeux les conditions difficiles auxquelles sont exposés les migrants, les mineurs, les victimes de famine, etc. Qui a vécu avec les Touareg, le peuple Yali de Papouasie Occidentale, en plein cœur du génocide Rwandais, avec les travailleurs de la Mine d’or de la Serra Pelada (un de ses reportages les plus prisés), traversé la Mer de Sibérie orientale, le Soudan, l’Équateur, le Pérou, la Bolivie, l’Arctique, l’Antarctique, l’Amazonie, bref le bout du monde, de l’est à l’ouest, du nord au sud, de parallèles en méridiens. Un ensemble de réflexions en ont découlé et l’ont mené à la triste conclusion que les hommes sont incapables de vivre en collectivité…

 

« Je ne suis plus certain que les êtres humains soient vraiment faits pour vivre en communauté, je ne suis pas sûr que nous puissions survivre en tant qu'espèce »

 

Si Le Sel de la Terre est un film documentaire consacré à l’œuvre de Sebastião Ribeiro Salgado, il est avant tout l’écho intime d’un fils parti à la rencontre de ce père qu’il a très peu connu. L’hommage d’une vie dédié à l’un des plus grands photographes humanitaires au monde.

 

« En fait, l’histoire de mon père est celle d’un type qui trouve une fonction à sa photographie, qui va trop loin, qui craque, et qui, obligé de se réinventer, le fait d’une façon qui engendre beaucoup d’espoir »

 

Un grand moment d’émotions, de bouleversements, de larmes et d’émerveillement, un voyage intérieur au cœur de la Terre. Parfois dérangeant, mais toujours émouvant, Le Sel de la Terre a été présenté dans la sélection « Un certain regard » du Festival de Cannes 2014 où il a remporté trois prix. Il a également remporté le prix du meilleur film documentaire aux Oscars en 2015…

Durée: 1h50

 

Plus qu’un coup de cœur, c’est un immense coup de foudre <3

 

Bande-annonce

 

Reportage photos

 

« Au cours des ans, Sebastião Ribeiro Salgado a offert sa collaboration à plusieurs organisations humanitaires, dont l'UNICEF, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Médecins sans frontières et Amnesty International. Avec son épouse, Lélia Wanick Salgado, il se consacre à un projet de reforestation et de revitalisation communautaire dans l'État brésilien de Minas Gerais »

Le Sel de la Terre - Sebastião Ribeiro Salgado
Le Sel de la Terre - Sebastião Ribeiro Salgado
Le Sel de la Terre - Sebastião Ribeiro Salgado
Le Sel de la Terre - Sebastião Ribeiro Salgado
Le Sel de la Terre - Sebastião Ribeiro Salgado
Le Sel de la Terre - Sebastião Ribeiro Salgado
Le Sel de la Terre - Sebastião Ribeiro Salgado
Le Sel de la Terre - Sebastião Ribeiro Salgado
22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 01:50
Le soleil des Scorta - Laurent Gaudé

« Rien ne viendra à bout de moi… Le soleil peut bien tuer tous les lézards des collines, je tiendrai. Il y a trop longtemps que j’attends… La terre peut siffler et mes cheveux s’enflammer, je suis en route et j’irai jusqu’au bout »

 

Ce roman est une brûlure vive, cette brûlure à laquelle aucun Scorta ne peut échapper. C’est le feu dans lequel ils s’immolent depuis des générations, marchant sur des terres d’Italie aussi arides que l’enfer auquel ils sont condamnés. C’est l’acharnement des rayons qui rendent fous, tout en laissant sur la peau l’empreinte d’une odeur consumée. Mais c’est aussi la lueur vive qui les éclaire les uns les autres dans les épreuves, pour le meilleur et pour le pire. Quand on est un Scorta, rien ne nous sépare, encore moins la blessure du Soleil…

 

Plus qu’une brûlure, ce roman est la quête existentielle d’une famille frappée par la malédiction. Le sang de Luciano Mascalzone coule en eux et souille les générations futures. Il sera de retour à Montepuccio après quinze ans de prison et fera naître le premier de la lignée des Scorta, Rocco Mascalzone-Scorta. Un escroc à l’image des bandits de films italiens qui inspirent la terreur et paradoxalement le respect qui en découle. Qu’il ait tué, violenté, pillé ou saccagé, les gens du village entretiennent à son égard un mélange de crainte, de fierté et de mépris.

 

Plus encore qu’une quête, c’est l’histoire de Giuseppe, Domenico, Carmela, Raffaelle et de tous les autres, enfants et petits-enfants Scorta, vivant dans la misère et soudés dans les épreuves. C’est un bureau de tabac, une vie de sueur et de fumée, leur plus précieux héritage. C’est une mère que ses enfants déterrent de la fosse commune pour l’enterrer là où ils pourront honorer dignement sa dépouille. Mais avant tout, c’est la promesse que les histoires, les secrets, les souvenirs, leurs espoirs et un certain savoir soient racontés aux enfants et qu’ainsi ils se transmettent d’une génération à l’autre. Une part touchante de ce roman… Parce que si les uns sont de malhonnêtes truands endurcis, ils obéissent tout de même à des règles et sont unis par des sentiments nobles comme la peur, la dignité, le courage et la honte...

 

Laurent Gaudé célèbre aussi, dans son magnifique roman, un débordement de saveurs et de gourmandises. Dans l’Italie de Montepuccio, des oliviers à perte de vue se dressent fièrement dans les collines du village. Le vent bouscule les heures. Moules, gnocchis, troccoli à l’encre de seiche, anchois frits, aubergines grillées, grappa, limoncello et alcool de laurier embaument l’air et vous mettent en appétit. Un grand banquet donné en l’honneur de la familia, dans un trabucco typiquement du pays, fait éloge de toute cette abondance qui tranche fièrement avec la pauvreté humaine. Ainsi, il épouse les odeurs et les couleurs aux sensations et ressentis de ses personnages pour les alléger… ou encore les élever dignement?

 

« Il fait trop beau. Depuis un mois, le soleil tape. Il était impossible que tu partes. Lorsque le soleil règne dans le ciel, à faire claquer les pierres, il n’y a rien à faire. Nous l’aimons trop, cette terre. Elle n’offre rien, elle est plus pauvre que nous, mais lorsque le soleil la chauffe, aucun d’entre nous ne peut la quitter. Nous sommes nés du soleil, Elia. Sa chaleur, nous l’avons en nous. D’aussi loin que nos corps se souviennent, il était là, réchauffant nos peaux de nourrissons. Et nous ne cessons de le manger, de le croquer à pleines dents. Il est là, dans les fruits que nous mangeons. Les pêches. Les olives. Les oranges. C’est son parfum. Avec l’huile que nous buvons, il coule dans nos gorges. Il est en nous. Nous sommes les mangeurs de soleil »

 

Le plus beau roman de Laurent Gaudé que j’ai eu l’occasion de lire…

 

Merci ma chère Nadael de m’avoir accompagnée dans cette lecture

22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 01:12

Vol du coucou Paris-New-York

 

7h du mat

 

Le roi de la finance dans sa quarantaine rugissante, le cheveu grisonnant

se lève avec le jour du pied gauche comme lui : il pleut,

il râle ne trouve ni slip ni chaussettes grises,

tout est allumé chez la famille Martin;

tous allumés, ils vivent à deux pas de Paris

dans un cossu pavillon-grigri avec jardin nains incorporés.

Dehors, la pluie se grise aussi, dedans il pleut des noms d'oiseaux:

Le fils ne trouve plus son cartable, la fille trépigne, attend,

elle attend que sa mère en termine de rien en salle de bains

le rafistolage en son beau miroir des injures de la nuit.

Les gosses piaffent d'impatience pour leur bectée matinale;

Nicole à la peau mate des filles des îles s'en charge,

Nicole, c'est la fille au pair, tout, même son charme opère!

À la paire si, qu'elle fait même à l'occasion baby-sitting au père

profitant que la Solange aille au théâtre ou au ciné les jours impairs.

Nicole, ne vous méprenez pas pour des cons et comprenez bien

que c'est une fille de bonnes, famille de mère en fille très intime,

bien sous tous rapports: polie vaillante vacillante sans ciller

elle a été recommandée pour ce poste par la meilleure amie de Solange!

Pendant que Rémi est à la bourre, Solange est molle à la barre fixe

de ce vaisseau consanguin, de ce vaisseau fantôme.

Rémi enfile sa veste grise en tweed anglais sans filet coton:

Un coucou aux enfants, un clin d'oeil à nounou à la paire si!

Un à ce soir chérie à s'attendre épouse toujours en salle d'opération.

À huit heures pétantes, Nicole sort la poubelle et les gosses,

Rémi sa BM de fonction et Solange enfin de sa salle de bains.

Le Nikkei à Tokyo le Dow Jones à New York tout est à la baisse

même sa vue, tout ça l'énerve et ces embouteillages, ces klaxons

un champion de cela l'homme à la moto raye la BM grise métallisée;

Costard, slip et chaussettes, temps et BM même combat; tout est gris rayé.

 

9H15

 

35ieme étage d'un gratte-ciel gris du quartier de la Défense

pleine vue sur le tout Paris à vous griser le blanc des yeux:

Notre-Dame et Montmartre, la tour Eiffel, la tour Montparnasse non jumelles

et plein la vue mise et mainmise sur Sylvie, secret taire à la direction;

elle a l'habit de la lumière et la gueule sombre de l'emploi sans rompre,

comme la reine elle entre dans l'arène ovale avec le café et l'agenda,

lèvres pulpeuses rougies au sang celui de sa proie du petit matin gris?

Elle est résistante au travail et collabo en dehors des heures de boulot

elle a été introduite par l'ami de l'ami d'une amie chère à Solange!

 

10H15

 

La pluie telle un cancre redouble, les mauvaises nouvelles pleuvent

Rémi renverse son café sur le beau pantalon soudain couleur gris café,

Sylvie essuie les plâtres et une belle engueulade, essuie tout quand,

elle lui annonce qu'il doit être impérativement à New York avant ce soir,

un gros contrat est en jeu et son fauteuil éjectable est en joug et en vue.

Mille gesticulations, mille polis coups de fil à l'anglaise, mille excuses défilent:

À sa maîtresse pour annuler le déjeuner, à sa femme pour le dîner

à Sylvie pour le café d'onze heures à ceux qui font la queue à la file de taxis.

Il fonce, fonce fronce les sourcils, hèle, engueule le chauffeur

fonce ,fonce sur Roissy pour attraper au vol ce putain de vol

déambule dans le grand hall, enregistrement pour New York terminé

il fait valoir de qui de droit, de qui de quoi, il gueule on l'enregistre.

Il fonce, il entend des voix qui lui susurrent que cet avion ce contrat

il ne peut pas le rater comme si la patrie était en danger, ne pas le rater

celui-là comme ceux d'hier et tous les autres contrats de demain.

Il s'engouffre dans le coucou tout gris, la porte aussitôt refermée derrière lui, voix suave d'hôtesse: Attachez vos ceintures, éteignez vos téléphones portables,

Rémi reprend son souffle et s'envoie un énième café, point fixe, décollage.

Il a oublié ses cachets pour le coeur et son viagra pour le reste.

 

22H15

 

Solange dans son lit est aux anges

dans les bras d'un amant qui la prend,

le tel sonne elle le prend et apprend

par une Sylvie en larmes que le vol AF 269

s'est écrasé,

la lumière s'allume chez les Martin

le père, le roi, lui s'est éteint.

 

7H15 AM le jour suivant:

 

Que la grisaille au diable

se dit Solange ce matin

en s'enfilant un cognac

Rémi-Martin*

 

ELOY. J-C 27-28/03/2005

 

*Rémi Martin: fameuse marque de cognac propriété de Rémi-Cointreau

22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 00:55

Si le sexe s’épile, l’amour c’est face

 

C’est cent mille volts-face,

Sens ça, le sexe à piles

Fait que l’amour s’efface

Quand le sexe s’épile.

De la monnaie de singe

Un jeu à pile ou face,

Un vrai remue-méninges

S’empile quoiqu’on fasse !

 

Quand la pile s’emballe

On sauve la postface

Par du sexe à cent balles

Perdu, l’amour fait face

Sans pile et puis s’empale.

L’amour s’arrête pile

Où sexe n’est que poils

Pile poils, horripile

Un sextant, une étoile !

Peut-on mieux le sauter ?

Mis à nu, mis à poêle

Nu, sûr de sa beauté

Saboter sur la toile

Vaut l’âge ou volatil ?

Veau tel un chat botté !

 

Du sexe tant pileux

Épellation sommaire,

Des os pilés frileux

Ont les glandes, ma mère.

L’amour est pilonné

Leçon de pelotage,

Pile en acné à nez

Avec un trip otage ;

Tripes au goût amer

Comme un cul mal luné

Des poils dans le potage,

Un tas d’ébats houleux

Appris, à l’air primaire !

 

Le sexe ça se pelle

Des sots dans l’au-delà

Des baisers à la pelle

Retenue de gars là

Sots manquant à l’appel.

Si mon amour est dur

C’est que mon sexe est mou

Vice de procédure

Vice amour qui rend flou.

Quand ma chérie est molle

J’avoue ça me rend fou ;

Baiser, faire la moue ?

Dans un feu qui s’immole,

Il se taille au scalpel

Se barre en chocolat

Sucettes qui renflouent !

 

Et pelez- moi, amour :

C’est d’abord un gros t’A

Suivi d’un M toujours

Et les restes basta :

Quatre-vingt-dix pour cent

De ces matières grasses

Pour dix pour cent pour sang

De la matière grise ;

L’amour est tas de grâce

Coup d’État qui me grise ;

A la cour, étalon

Aiguille au prorata

Juste comme on le sent :

Sans chichi ni flonflon !

 

J-C 28/06/2006

 

PS : M’autorisez-vous à sauver la pile quitte à perdre la face !

Oui, alors sincèrement :

Motorisons nous tous puisque

La pile ne suce que si l’on s’insère*

 

! WONDERFULL !

 

* Mon père prétend que c’est lui dans les années 50 qui aurait inventé le slogan :

« La pile Wonder ne s’use que si l’on s’en sert »

17 avril 2015 5 17 /04 /avril /2015 00:13
En mer - Toine Heijmans

« La mer est prévisible, je l’ai appris. Encore plus prévisible que la terre, où l’on rencontre des tas de gens qui veulent un tas de choses auxquelles on ne s’attend pas »

 

« Je me disais que chaque être humain trimballe avec lui son histoire. Ainsi, personne n’est vraiment tout à fait soi-même »

 

Ce magnifique roman est une grande métaphore poétique dont le personnage principal n’est nul autre que la mer. Les vers sont tempête et les rimes une escale où vont s’échouer les âmes…

 

Donald part en voilier du Danemark aux Pays-Bas avec Maria, sa petite de 7 ans. Quarante-huit heures dans la vie d’un père et sa fille en ce monde hors du temps. Une envie irrépressible de fuir et de donner un sens à sa vie. Qui n’y a jamais songé au moins une fois? Il en est à un tournant où seules les eaux troubles et changeantes de la mer provoquent la remise en question. Il se dit qu’à travers les heures froides de la nuit, il recevra l’écho libérateur de ses propres pensées. Un face-à-face douloureux avec ses échecs, ses peurs, ses défaites et ses douleurs. Serait-ce la raison pour laquelle il amènera avec lui sa petite Maria, pour l’aider à survivre ou affronter ses propres démons? À moins que ce ne soit pour mieux se comprendre à travers elle? Ou encore d’éprouver ce besoin impératif de se sentir indispensable, responsable, un bon père? De la rendre fière de lui?

 

Durant la tempête, il faut s’accrocher comme on s’accroche à la vie. Lorsqu’on n’arrive plus à tenir les amarres, les remous intérieurs, qu’ils soient tourments ou incertitudes, se mêlent au sel marin pour laisser en bouche ce vieux goût d’amertume. Et quand on cesse de se battre, la mer nous emporte, mais est-ce que le monde nous tire à lui avec la même insistance? La ride et le vacarme des vagues seront-ils seulement là, dans l’usure du temps, pour venir apaiser ce mal de mer intenable inhérent à nos fractures?

 

Quand nous perdons nos repères avec la même peur au ventre que celle qu’a éprouvée ce jour-là Donald lorsque Maria a disparu, nous sommes en lieu de nous poser mille questions. Des vagues d’émotions se nouent et se dénouent, le brouillard s’infuse avec la lenteur d’une peur panique, angoisse, mal de ventre… La mer te noie, mais comme tu croyais avoir été vigilant et avoir veillé sur ton enfant à la mesure de la confiance qu’elle avait fait reposer sur toi, tu avais oublié que les eaux sont aussi imprévisibles que les hommes… Avais-tu seulement perdu la tête et tout imaginé?

 

Les pages de ce roman glissent au fil de l’eau. Non loin de toi, un journal de bord et ta petite fille. Les voiles sont hissées et le mât claque dans le vent. Tu prends le large et tu n’as envie que d’une chose, ne jamais revenir…

 

En mer, voyage initiatique ou quête de sens?

 

Un beau merci à toi manU, ma p’tite grenouille charentaise, pour ce beau cadeau…

Une lecture à déposer sur l’étagère océane ;-)

 

« Je veux apprendre quelque chose à Maria. Je veux lui montrer qu’on peut aussi vivre autrement. Qu’on n’a pas besoin d’être une marionnette si on ne le souhaite pas. D’être une poupée dont les autres tirent les fils, au gré des situations, au gré de ce qui est acceptable ou comme il faut. Ou sans raison. Lui montrer qu’il y a un autre monde, avec d’autres règles. Je veux lui apprendre comment c’est de vivre en mer »

 

« À bord d’un bateau, le capitaine et seul maître. C’est une personne solitaire. Les capitaines ne peuvent pas prendre de mauvaises décisions, mais ils le font tout de même. Je me disais : Entre un père et un capitaine, il n’y a guère de différence »

En mer - Toine Heijmans
13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 01:24
Beauvoir in love - Irène Frain

« C’est ma vie et je l’ai vécue comme je voulais la vivre… Le monde réel est un vrai foutoir »

 

« On ne naît pas femme, on le devient »

 

Si vous pensiez que Simone de Beauvoir passait ses samedis soirs dans la quiétude de son foyer à boire de la tisane détrompez-vous! La mère de l’existentialisme, fraîchement débarquée à New York dans les années 40 pour donner une série de conférences, n’aura de cesse de s’envoyer en l’air et de faire la fête - Sartre en fera tout autant à Paris avec une certaine Dolorès. Chaque soir, dans les bas-fonds de la ville, ce sera jazz et caves enfumées à s’enfiler des whiskies, non sans avoir oublié de se bourrer préalablement d’amphétamines. La personne qui m’a offert ce livre savait que je me régalerais de découvrir cette grande dame que j’admire tant sous des dehors plus humains, à tout le moins plus éclatés. Dans les bars douteux et les planques à junkies, Simone est délicieuse…

 

C’est dans ce décor « idyllique » qu’elle rencontrera Nelson Algren, un écrivain de Chicago, l’homme qui, de son propre aveu, fut la seule grande passion de sa vie. Un homme débordant d’humour avec un pouvoir de séduction irrésistible, engagé dans le camp des pauvres et des opprimés. Elle quittera Sartre pour lui, mais lorsqu’elle apprendra sa liaison avec Dolorès, elle coupera contact, s’obstinera à le fuir. En vain… Après des semaines de bouderies, elle reviendra vers lui pour l’éviter à nouveau. Tourmentée, elle retombera dans les amphétamines, la boisson et l’écriture à outrance. Pour revenir vers Nelson… Une spirale infernale qui durera des années et aux termes de laquelle elle se résoudra à reconnaître que Sartre a une réelle emprise sur elle.

 

Loin d’être dupe, Nelson la confrontera à plusieurs reprises, insistera sur ce que représente Sartre à ses yeux. Ce à quoi elle répondra que s’ils ont été amants, tout est fini depuis des années. Qu’ils ne sont liés que par le travail et que si elle a une communion de pensées avec lui comme elle ne l’a jamais eue avec personne, Nelson est le seul qui compte. Cela ne lui suffit pas, elle réalise que si elle veut le garder elle devra être honnête envers lui, mais comment le lui dire? Comme lui dire que tout ce qu’elle souhaite est qu’il l’aime mais qu’il la laisse repartir au gré de ses envies? Elle y renoncera. Jamais elle n’y sera arrivée…

 

Il la quitte à son tour et la spirale repart en sens inverse. Elle se drogue aux barbituriques et plonge dans un sommeil hanté par les cauchemars. Les crises de nerfs s’enchaînent, Simone dérape, tente de le reconquérir et finit par en perdre toutes ses passions. Où sont passés ses larmes, ses protestations, ses élans de gamine, le regard du plaisir quand elle jouissait? Simone parvient enfin à choisir entre ses passions contradictoires et renonce à une liaison sans issue pour aller sagement finir ses jours dans les bras de son premier amour… Quelle tristesse! Durant quatorze ans ils se sont écrits plus de 300 lettres. Amoureux fou, Nelson n’aura jamais pu lui donner moins que de l’amour…

 

Ces 450 pages nous permettent de découvrir une femme dont les amours tourmentées ont mené progressivement au désespoir. Une femme d’une grande intelligence - philosophe et romancière - têtue, provocante, persistante et fascinante à la fois...

 

« I don’t think anything’s true that doesn’t have poetry on it »

Nelson Algren

Beauvoir in love - Irène Frain
Beauvoir in love - Irène Frain
9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 23:48
Une saison blanche et sèche - André Brink

« Putain d’bordel de merde, tu veux savoir? Vous, vous persistez à croire que l’histoire se fait là où vous êtes et nulle part ailleurs. Pourquoi ne viens-tu pas un jour avec moi? Je te montrerai à quoi ressemble l’histoire. Celle qui pue la vie »

 

En juin 76, dans les rues de Soweto, Afrique du Sud, Jonathan et 20 000 autres enfants et étudiants noirs venaient de prendre part à la protestation - se voulant pacifique - des lycéens contre l’enseignement donné exclusivement en Afrikaans. Un fait historiquement connu sous le nom d’« émeute des jeunes de Soweto » et qui, dans une escalade de violence, fera au moins 23 morts. Moins d’un an plus tard, accusé du meurtre de deux passants, Jonathan sera condamné à mort par pendaison. De partout, les gens se seront rassemblés pour entendre le verdict. Résonance d’un coup de glas qui sera marqué dans tout le continent africain, tous les 16 juin, en souvenir du massacre.

 

Peu de temps après, Gordon Ngubene, son père, mourra en prison dans des circonstances douteuses. Interrogés de manière illégale, des témoins affirmeront l’avoir vu dans un état lamentable, incapable de marcher ou parler, le visage tuméfié, les côtes cassées, le blanc des yeux jaunâtre et strié de veinules rouges… Les faits seront niés et les vêtements brûlés. C’est donc à travers ce personnage que Ben du Toit, prof d’histoire afrikaner de Johannesburg, découvrira l’apartheid et les conditions de vie atroces des Noirs. Et il sera prêt à tout pour venger la mort de Gordon. Mais à quel prix?

 

Ce roman se veut une introspection sur la solitude. Jusqu’où peut-on aller dans son implication envers l’autre tout en préservant son intimité? Quand tout partira en éclats, il sera trop tard. Quand les enfants feront l’objet de menaces et que le téléphone sera mis sur écoute, alors il ne sera plus temps de revenir en arrière. L’angoisse nous tenaillera déjà les tripes, nous serons rejetés et victimes d’un vide que nous aurons nous-mêmes créé. Ce sera le prix à payer pour s’être accroché à la vie d’un autre afin d’exorciser la sienne…

 

« Je voulais aider. J’étais tout à fait sincère. Mais je voulais le faire à ma façon. Et je suis blanc ; ils sont noirs. Je croyais qu’il était encore possible de transcender notre « blancheur » et notre « noirceur ». Je croyais que tendre la main et toucher l’autre par-dessus l’abîme suffirait. Mais j’ai saisi si peu de chose, comme si les bonnes intentions pouvaient tout résoudre. C’était présomptueux de ma part. Dans un monde ordinaire, dans un monde naturel, j’aurais pu réussir. Pas dans cette époque dérangée et divisée. Je peux faire tout ce que je peux pour Gordon ou pour ceux qui sont venus me voir. Je peux me mettre à leur place; je peux éprouver leurs souffrances. Mais je ne peux pas vivre leur vie à leur place. Que pouvait-il sortir de tout ça, sinon l’échec? »

 

Si le roman est avant tout inspiré d’un fait historique, Brink a aussi voulu démontrer les clivages sociaux et raciaux de l’apartheid dans son pays. Il a mis en relief le puritanisme des Boers, en plus d’exposer la situation d’un gouvernement dont l’expression de l’emprise vise à camoufler les délits. Il ne manque pas de rappeler les conditions de détention atroces des prisonniers, nus au fond de leur cellule, bastonnés et fouettés, une brique attachée à leurs organes génitaux jusqu’à perdre conscience. On ne s’étonnera pas que son œuvre fut interdite de publication durant des années. Mais il était prêt à en payer le prix, alors pourquoi s’en priver?

 

« Chaque geste que je fais, chaque acte que je commets dans mes efforts pour les aider leur rendent plus difficile la tâche de définir leurs besoins réels, de découvrir par eux-mêmes leur intégrité, d’affirmer leur dignité »

 

« Mais il y a des époques, comme la nôtre, où l’histoire n’est pas encore installée dans un nouveau courant, ferme. Chacun est seul. Chacun doit trouver ses propres définitions. La liberté de chacun menace celle des autres. Quel est le résultat? Le terrorisme. Et je ne me réfère pas seulement aux actions du terrorisme patenté, mais aussi à celles d’un État organisé dont les institutions mettent en danger notre humanité essentielle »

Une saison blanche et sèche - André Brink
2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 00:12
Des femmes au printemps - Djemila Benhabib

« Amira a la beauté tragique de ces héroïnes qui souffrent du contraste entre l’infini du rêve et la pauvreté de leur existence de femmes esclaves, confinées dans l’univers étroit des convenances sociales. Quand elle me parlait avec fièvre, ses yeux trahissaient sa tristesse. Ces femmes prisonnières des apparences ne réalisent-elles pas qu’elles obéissent à un système dans lequel leurs semblables se consomment et se consument? »

 

À l’époque, j’avais lu ce livre afin de me souvenir. Pour ne jamais oublier toutes ces femmes et petites filles que j’ai eu la chance de croiser au détour d’un chemin et que la vie m’a offert le privilège d’accompagner. Femmes et filles mutilées dans ce qu’elles ont de plus intime, mais que jamais une tempête n’a freiné dans l’élan de croire en des lendemains meilleurs.

 

Djemila Benhabib fuit l’Algérie en 1994, alors que le pays est aux prises avec la montée de l’intégrisme musulman. Elle arrive au Québec en 1997 et figure maintenant parmi les plus grandes militantes politiques/féministes québécoises. Au printemps 2012, elle part au Caire et à Tunis. En traversant la Tunisie et l’Égypte, elle cherchera à s’enquérir de la situation des femmes et de leur aspiration à la liberté. Ces quelques récits de voyage sont le fruit d’une dure confrontation à la réalité de ce à quoi elles sont exposées en pays arabes et musulmans.

 

L’auteure rappelle que ce livre n’oppose pas les hommes aux femmes, ni même qu’il ne cherche à remplacer un coupable par un autre. Ce qu’il dénonce - et l’auteure part de ce principe pour orienter son analyse – est que si les hommes bénéficient d’un régime de faveur, ils sont aussi, à certains égards, prisonniers d’un système aliénant. Il n’en demeure pas moins que le sort des femmes est aussi destructeur qu’infériorisant, et qu’aucun homme musulman ne pourra prétendre à l’égalité des sexes si ce n’est qu’en se noyant dans l’obscurantisme…

 

Saviez-vous que le fait d’imposer aux femmes de porter la burqa ou le niqab leur offre « une expérience de liberté et d’élévation vers Allah »? Je ne m’en cache pas, bien sûr que ce genre de discours me fait réagir! Réaction de peine plus que de colère, celle de réaliser à quel point ces femmes ont intégré leur rôle. Le visage est sans doute ce qui nous rattache le plus au monde. Et j’ai du mal à comprendre qu’au seul prix de nous priver de cette humanité notre existence devienne légitime.

 

Bien d’autres faits d’ailleurs me font réagir, et si je m’arrête à y réfléchir quelques secondes, je devrais pouvoir vous en trouver… Le contrôle de la sexualité, le rôle de mère - une question de principe et non de choix - des emplois inférieurs, un refus à l’éducation, les tests de virginité, les mariages précoces, la polygamie, les inégalités sociales, la soumission, le trafic des femmes en fonction de leur beauté, leur âge……

 

Je disais, en préambule, qu’à l’époque j’avais lu ce livre afin de me souvenir. Pour ne jamais oublier toutes ces femmes et petites filles que j’ai eu le privilège d’accompagner. À vrai dire, je ne pourrai jamais oublier le visage terrifié de ces enfants qui, au retour du ramadan, s’étaient fait amputer le clitoris par des médecins imams illégaux aux seules fins de les priver de l’orgasme. Quand je prenais leurs petites mains fragiles dans les miennes, j’entendais les sanglots sourds retenus dans leur âme blessée. Et le jour où l’une d’elles a perdu connaissance dans mes bras tant la douleur était insupportable, j’ai été changée à jamais. Je venais de comprendre que la liberté est un droit, et que nous n’en sommes pas toutes au même point de départ…

 

Des femmes au printemps, parce que toutes les femmes sont belles et dignes d’être aimées…

 

« Quand plus de 90% des femmes mariées en Égypte ont subi une mutilation génitale au nom de la décence, alors sûrement, il est nécessaire que tous, nous blasphémions. Quand les femmes égyptiennes sont soumises à d’humiliants tests de virginité uniquement parce qu’elles ont osé prendre la parole, il n’est pas temps de se taire » - Mona Eltahawy

Des femmes au printemps - Djemila Benhabib
22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 19:41

porte enfer5

 

« Je n’ai pas peur. Je reviens des Enfers. Qu’y a-t-il à craindre de plus que cela? La seule chose qui puisse venir à bout de moi, ce sont mes propres cauchemars. La nuit, tout se peuple à nouveau de cris de goules et de bruissements d’agonie. Je sens l’odeur nauséeuse du soufre. Et la forêt des âmes m’encercle. Je sais que tout cela est vrai. Je viens de là »

 

À cette seconde précise, au coin du vicolo della Pace et de la via Forcella, à Naples, le temps vient de s’arrêter. Un quart de secondes plus tôt, Matteo tenait la main de son fils Pippo. Quelques secondes plus tard, une fusillade, des bris de verre. Et cette balle perdue, celle dont Matteo ne se doutait pas qu’elle allait lui enlever ce qu’il avait de plus cher au monde… 

 

Ceux qui meurent emportent avec eux un peu de notre existence, la part inachevée des instants qui se sont suspendus. Et nous, que faisons-nous pour apaiser la douleur et le vide? Les parents font face à l’inimaginable dans cette éternité d’un quotidien qui passe avec la lenteur du supplice. Ils marchent à contre-courant d’un monde qui continue d’avancer sans eux. Pour Matteo, que la solitude ronge un peu plus chaque jour, franchir la porte des Enfers - aussi symboliquement que cela puisse lui paraître – et ramener son fils du côté des vivants, constituera le seul geste envisageable dans un monde où plus rien n’a d’importance. Giuliana, sa femme, quittera tout avec « le geste inachevé d’une femme qui regrette de ne plus pouvoir aimer ».

 

« Les fils meurent et il ne reste que nous, les mères endeuillées, qui pleurons avec rage sur ce qui nous a été volé. Je te maudis, Matteo, pour la promesse de vengeance que tu m’as faite et que tu as oubliée derrière toi, sur les trottoirs sales du quartier »

 

Laurent Gaudé me charme chaque fois avec ses portraits qui opposent souvent l’amour à la violence, la vie à la mort, la souffrance à la rédemption. Il a réussi dans La Porte des enfers le défi de définir la vie à travers le regard de ceux qui ont franchi la porte du monde des vivants. Il ne craint pas de salir l’image renvoyée et souvent trop factice des émotions humaines pour les rendre plus justes. Certaines personnes vivent sans n’être pour autant pleinement vivantes. La vie se résume pour elles à une succession de craintes et d’habitudes où plus rien ne bouillonne ou remue. En enfer, la vie n’est pas embellie. Derrière la grande porte, la lâcheté, la honte et les regrets ne peuvent être dissimulés sous les apparences… 

 

C’est donc une histoire sur deux tableaux. Un présent imbriqué dans le passé et vice-versa. Avec des personnages aussi torturés que vivants : un professeur qui a tout perdu jusqu’à sa dignité, un travesti prostitué qui vit sur le trottoir depuis 20 ans, un curé complètement fou et un patron de café débonnaire. Bref, un ensemble de personnages avec qui il me plairait bien de passer une soirée, car comment faire autrement avec des gens aussi humains qui n’ont plus rien à prouver?

 

La Porte des enfers, c’est un peu comme franchir un lieu duquel on ne revient jamais tout à fait indemne, mais où la blessure nous apprend à vivre…

 

« Je me sens fort. Je suis revenue d’entre les morts. J’ai des souvenirs d’Enfers et des peurs de fin de monde »

 

porte enfer4

19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 02:52

Mille mercis ma gentille Cristina pour ces soleils bleus de ton coin de pays… Ils sont magnifiques!

 

J’aime ce lac et ces collines, le reflet des arbres et l’eau qui dort. Le blé emporté par le vent… et Paco? Ton p’tit soleil à 4 pattes qui t’accompagne dans tes ballades, il se cache où?

 

Merci encore… t’es un amour!     

 

Pleins de p’tits becs xx

 

ch. reflets

 

"Reflets"

 

ch. Le vent m'emportera

 

"Le vent m’emportera"

 

ch. Drôme des collines

 

"Drôme des Collines"

 

ch. bleu le ciel de Provence

 

"Bleu le ciel de Provence"

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