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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 17:59

verre cassé

 

« Verre Cassé, sors-moi cette rage qui est en toi, explose, vomis, crache, toussote ou éjacule, je m’en fous, mais ponds-moi quelque chose sur ce bar, sur quelques gars d’ici, et surtout sur toi-même »

 

Le Crédit a voyagé, un bar congolais crasseux, accueille chaque jour ses habitués, une bande d’alcooliques blasés de la vie. Son proprio, l’Escargot entêté, en a bavé dur avant d’ouvrir ses portes. Et l’auteur prendra un plaisir démesuré à nous en raconter toutes les polémiques. D’abord, il y eut un coup de force du syndicat des cocufiés du week-end, suivi de près par les intimidations d’une association d’anciens alcoolos reconvertis en buveurs de flotte et une action mystique des gardiens de la morale traditionnelle. Le gouvernement s’en est mêlé, en a discuté avec ses ministres, un brainstorming collectif s’en est suivi et « l’affaire » a divisé le pays. Ces quelques pages sont un régal, un bonbon qui fond dans la bouche, c’est grotesque, absurde, risible, et on en redemande ! Même les touristes débarquent pour visiter ce lieu « touristique ». J’en ris encore… 

 

C’est alors que l’Escargot entêté confie à son ami et plus fidèle client, Verre Cassé, d’écrire sur la vie de certains clients. Jouant au fin psychologue, il note tout dans un cahier, les histoires, les impressions. Il y a ce père de famille chassé de chez lui, un imprimeur en peine d’amour, un escroc sans génie qui se prétend descendant des grands sorciers et un homme préoccupé par le sort des canards en hiver. Ici, au Crédit a voyagé, on trouve de tout et surtout, chacun croit sa vie un peu plus importante que celle des autres. Verre Cassé ne manquera pas non plus de raconter sa propre histoire, son poste d’enseignant, l’alcool qui a tout détruit et puis Angélique. 

 

« J’ai marché nuit et jour, c’est comme ça que tu me vois ici, le dos voûté comme un vieil homme, je longe la mer, je discute avec les ombres qui me pourchassent, et l’après-midi je viens ici, tu vois le problème, mais dis-moi clairement Verre Cassé, est-ce que toi aussi, dans ton for intérieur, tu crois que je suis un fou, un demeuré, est-ce que quand je te parle là c’est comme un fou qui discute avec la mauvaise foi des hommes, dis-moi la vérité, hein, promets-moi que tu vas mettre ce que je viens de te raconter dans ton cahier… sinon ce cahier il ne vaudra rien »

 

Si vous pensez lire ce livre à petites doses vous vous trompez. Enfin, je le pense… parce que le roman de 250 pages de Mabanckou est présenté sans point ni ponctuation. C’est une longue suite de pensées vagabondes et spontanées sorties de l’âme humaine de quelques personnages qui ont bien voulu nous raconter leur histoire. Le dépaysement culturel est exquis, d’autant plus que l’auteur est né au Congo-Brazzaville. J’y ai vu déferler à plusieurs reprises le fameux poulet bicyclette, jusqu’à ce que la curiosité me pousse à en savoir plus long sur ce plat… (Surprise ! Voir la photo ci-bas…). Mabanckou en profite également pour mettre en valeur certains auteurs qu’il chérit, à travers de petits clins d’œil nous référant aux titres de leurs œuvres. On s’amuse presque à les trouver comme on jouerait à « Trouver Charlie ». Dany Laferrière (« L’odeur du café », « Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer »), Martin Page (« Comment je suis devenu stupide »), Mishima (« Le marin rejeté par la mer »), Hemingway (« L’adieu aux armes »), et plein d’autres encore. J’ai vraiment été ravie par ce petit livre tout simple, mais d’une belle intelligence qui effleure les sentiments à fleur de peau. Je retournerai, c’est certain, vers cet auteur fabuleux. Peut-être en compagne de « Black Bazar » ou encore de « Mémoires de porc-épic »…  

 

« Tout cela c’est que du rêve, mais le rêve nous permet de nous raccrocher à cette vie scélérate, moi je rêve encore la vie même si je la vis désormais en rêve, je n’ai jamais été aussi lucide dans mon existence »

 

Et puis, the poulet bicyclette (heu… d’accord…)

 

poulet bicyclette

commentaires

Nadael 06/05/2014 09:32

Cet auteur ne m'attirait pas... jusqu'à ton billet!

Nad 06/05/2014 17:52



Mabanckou c’est du bonbon qui fond dans la
bouche



dasola 05/05/2014 17:32

Bonjour Nadine, encore jamais lu d'Alain Mabanckou. Pourquoi pas commencé avec celui ci? Et la photo des poulets: impressionnant! Bonne après-midi.

Nad 05/05/2014 19:09



Ah oui ! Ce fameux poulet bicyclette est
impressionnant non? J’ai vraiment adoré ce livre et j’ai entendu aussi beaucoup de bons commentaires concernant « Mémoires de porc-épic », que je vais lire prochainement. Bonne soirée
Dasola



le Bison 03/05/2014 12:06

Quel souvenir ! Grandiose. Mon seul Mabanckou pour le moment, mais pas mon dernier tant j'ai pris de plaisir au Verre Cassé !

Et puis, il ne faudrait pas oublier Robinette. Quelle femme, celle-là ! A en tomber amoureux.

« … Robinette boit plus que moi, elle boit comme les tonneaux d’Adélaïde que les Libanais vendent au Grand Marché, Robinette boit, boit encore sans même se soûler, et quand elle boit comme ça elle
va pisser derrière le bar au lieu d’aller aux toilettes comme tout le monde, et quand elle pisse derrière le bar elle met au moins dix minutes à uriner sans s’arrêter, ça coule et coule encore
comme si on avait ouvert une fontaine publique, c’est pas du bluff, c’est incroyable mais vrai, tous les gars qui ont essayé de la concurrencer en matière de pisse à durée indéterminée ont fait
l’adieu aux armes, ils ont été vaincus, écrasés, laminés, ridiculisés, roulés dans la poussière, dans la farine de maïs… »

Nad 04/05/2014 01:04



Robinette!!! Mdrrrrrrrrrrrrrrrrr Comment j’ai pu
l’oublier celle-là! C’est le passage du livre où j’ai le plus ri, j’étais pliée en deux et je me disais, ce Mabanckou, il te dépeint le portrait d’une femme avec tellement de douceur et de
féminité ! On est loin d’Ingrid et de ses charmes…





10 minutes sans s’arrêter, pour un homme ça
passe, pour une femme, c’est une autre histoire. Tu l’amènes en camping pas de soucis, elle ne fait pas sa précieuse, elle connaît tous les secrets d’un mâle bien vigoureux, elle pisse même
debout et te verse ta bière à même le fût de chêne. Oh qu’elle doit pas être ennuyante la Robinette ! Par contre, elle te vide en deux temps ta réserve prévue pour la semaine. Et ça, c’est plus
embêtant…


 


À en tomber amoureux fou, à ne plus pouvoir se
relever… Ohhhh Robibiiiii chériiiiiiiiie


 


Ah oui, un livre grandiose ! Quel auteur…



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