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17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 01:05

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« Mon cœur est en fête chaque fois qu’une femme émerge de l’ombre. Je sais mouvant le terrain des acquis, difficile la survie des conquêtes : les contraintes sociales bousculent toujours et l’égoïsme mâle résiste. Instruments des uns, appâts pour d’autres, respectées ou méprisées, souvent muselées, toutes les femmes ont presque le même destin que des religions ou des législations abusives ont cimenté »

 

Il y a des lettres d’amour, de désamour aussi. Des mots passion, des lettres émotions. Mais celle qu’adresse Ramatouyalé à Aïssatou, sa meilleure amie, est aussi noire que 30 années de colère contenue. Ce roman épistolaire est le cri d’une femme que des générations avant elle ont soumise au silence. Des femmes amputées de leur dignité. Reléguées ou échangées ; des femmes-objets que l’on se passe d’une main à l’autre. Des femmes au service des hommes qu’elles épousent. Et de toutes celles qui n’attendaient que la liberté de vivre et de jouir d’une indépendance de sentiments et de mœurs.

 

Cette œuvre est majeure pour ce qu’elle raconte de la condition des femmes dans l’Afrique du Sénégal des années 70. Elle a été écrite entre deux périodes historiques, correspondant à l’éclosion d’une République et de l’Indépendance acquise. Mariama Bâ, Sénégalaise et mère de neuf enfants, s’est hautement engagée dans le militantisme associatif. Elle a lutté contre les castes et la polygamie dont elle se refusait d’être l’alliée. Elle s’est battue pour le droit des femmes, faisant d’elle une icône des luttes pour l’égalité et l’accès au pouvoir. Elle est morte deux ans après nous avoir livré cette lettre…

 

C’est donc dans ce contexte que s’inscrit Une si longue lettre. On dit que la confidence noie la douleur. Que de livrer ses secrets les plus intimes efface un peu de la blessure qu’ils laissent en nous. Au lendemain de la mort de Modou, son mari, Ramatouyalé fera vœu d’épancher ce chagrin à travers les mots. Des mots porteurs d’incompréhension, des mots de douleur, de frayeur aussi, de tendresse, d’un peu d’espoir?

 

Ses souvenirs sont habités d’amertume. Elle cherche à déceler la cassure du fil à partir de laquelle tout s’est dévidé. Se demande de quels bouleversements intérieurs était habité Modou pour ainsi tout abandonner en épousant une autre. Pourquoi avoir accepté ce statut de coépouse et de se voir nivelée du jour au lendemain au même niveau que l’autre, nonobstant les enfants et les années d’amour. Folie ou manque de cœur? Binetou, une enfant pas plus vieille que Daba, l’une de leurs filles. À peine sortie de l’enfance, belle et désirable, « Un agneau immolé comme beaucoup d’autres sur l’autel du matériel ». On vient de l’installer dans la demeure de Ramatouyalé, selon la coutume des funérailles. Et sa désinvolture laissera un goût amer…

 

Nous sommes loin des odeurs rafraîchissantes de la mangue verte pimentée, de la couleur des boubous ou du son des tam-tams. Quand Mariama Bâ écrit son Afrique natale, c’est de la solitude des femmes dont elle nous parle. De la dépression qui les guette et de trop d’années de soumission. Elle nous montre que la vie n’est pas lisse et que ces petites aspérités, sur lesquelles on bute, nous façonnent. Mais surtout, que l’amitié est plus forte que tout. Et qu'on est mère pour comprendre l'inexplicable...

 

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« L’amitié a des grandeurs inconnues de l’amour. Elle se fortifie dans les difficultés, alors que les contraintes massacrent l’amour. Elle résiste au temps qui lasse et désunit les couples. Elle a des élévations inconnues de l’amour »

 

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« Et puis, on est mère pour comprendre l’inexplicable. On est mère pour couver, quand les éclairs zèbrent la nuit, quand le tonnerre viole la terre, quand la boue enlise. On est mère pour aimer, sans commencement ni fin »

 

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commentaires

Nadael 18/03/2015 10:06

Que tes mots sont émouvants, je sens une petite boule au ventre à te lire... merci de ce partage, merci de parler de ces femmes. Je t'embrasse.

Nad 19/03/2015 03:21



Tes lectures montrent à quel point tu chéris aussi les mots de ces femmes fortes et
courageuses. Je crois que tu aimerais cette lettre… Je t’embrasse



le Bison 17/03/2015 22:05

Wahou ! Comme tu plombes l'ambiance avec ce bouquin. Je n'ose même plus te demander d'aller me chercher une bière au frigo pour les dernières minutes du match de hockey. Ah, les femmes. triste sort
sur cette planète.

Nad 18/03/2015 06:10



Tous bons Québécois qui regardent un match de hockey ont leur frigo à binouzes à côté
de la tv. Tu n’as qu’à t’étirer le bras pour te servir. Tu ne m’en donnerais pas une au passage?  



manU 17/03/2015 13:39

Voilà un lecture dont on ne doit pas ressortir indemne...
Tu en parles magnifiquement en trouvant les bons mots !
Et puis les extraits et les citations, sur l'amitié, sur la maternité, juste superbes !

Nad 17/03/2015 16:40



J’en suis ressortie avec les yeux mouillés et un grand désir de serrer cette femme dans
mes bras, pour son courage et la beauté des sentiments qu’elle arrive à exprimer malgré l’horreur…



Babou* 17/03/2015 12:53

Et voilà je viens en urgence de passer la commande de ce livre... tout cela parce que tes mots ont par magie posé l'envie de lire cette longue lettre. Je t'adore et surtout te remercie pour la
jolie carte reçue qui m'a fait voyager. Gros bisous de nous deux.

Nad 13/04/2015 03:12

Une lecture au bord de l’océan… :D
Je suis vraiment heureuse que tu l’aies aimé...
Je t’adore xxx

Babou* 10/04/2015 15:32

Tu étais sûre que j'allais l'adorer... j'en ai fini la lecture au bord de l'océan où mon doudou m'avait installer pour me ressourcer. J'ai regardé l'horizon et je t'ai dit merci... toi cette amie que je porte en mon coeur. Qui me fait voyager et m'évader. Big kiss for you.

Nad 17/03/2015 16:39



Ma belle Bab, je crois que tu vas l’adorer, pour toutes ces raisons…


Je vous aime aussi

Chrisdu26 17/03/2015 09:31

Wahou !!!! Tu envoie du lourd là, du très beau, du très douloureux.
Je ne sais pas si je suis encore prête à lire ce livre mais sache que ton billet me laisse bouche Bée !

J'ai souvent eu des discutions houleuses avec ma fille qui n'était pas d'accord avec moi sur le fait que : " il n'y a rien de plus grand que l'amour d'une mère", mais je crois maintenant qu'elle
commence à comprendre.

Un très beau billet Nadine, BRAVO !

Bisous de mes Collines :)

Nad 17/03/2015 16:38



Finalement, la lecture n’est pas si « dure », elle est surtout pleine de
colère et d’abattement. Avec infiniment de tendresse, de complicité entre ces deux amies…


Parfois les enfants ne comprennent que quand ils sont parents eux-mêmes…

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