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19 mars 2014 3 19 /03 /mars /2014 23:49

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« Il y a des moments où la fragilité de tout ce qui vit est si apparente que l’on se met à attendre un choc, une chute ou une rupture à n’importe quel moment. »

 

Lire Siri Hustvedt, c’est un peu comme s’offrir une sucrerie chocolatée des plus appétissante. On la tient entre nos mains, on la porte à nos lèvres, la déguste goulûment et lorsque la dernière bouchée nous fond dans la bouche, on se désole que ce moment de bonheur se soit si vite achevé. Je me sais chaque fois conquise d’avance, car je ne suis pas sans ignorer que je serai transportée dans un univers complexe où les sentiments les plus profonds et humains jailliront de chacun des personnages. Que je vivrai à plein régime, ayant à peine le temps de reprendre mon souffle. Si ce roman peut nous donner l’impression de partir dans tous les sens, l’auteure garde pourtant le cap, droit devant, en maintenant le fil, sans s’éparpiller. Car rien n’est laissé au hasard. Tout est décortiqué, analysé finement, jusqu’au recoupement des idées... 

 

Un été sans les hommes, c’est l’histoire de Mia, 55 ans. Le jour où elle se fait larguer par son mari, elle pète les plombs et est internée, victime d’une crise psychotique aiguë. Elle ne mange plus, est désorientée, le corps ankylosé par les médicaments, en proie au délire et aux hallucinations. Elle quitte alors Brooklyn pour le Minnesota, pour se réfugier auprès de sa mère placée en maison de retraite. Elle fera la connaissance de quatre femmes, à la force de caractère surprenante, qui participent avec sa mère à un club de lecture, et se liera d’amitié avec certaines d’entre elles, dont elle sera la confidente d’histoires touchantes. En plus de ces riches rencontres,  et en tant que poète de formation, Mia initiera, le temps d’un été, sept adolescentes à la poésie. Vous imaginez sans doute les défis auxquels elle sera confrontée auprès de ces jeunes femmes en pleine crise identitaire. Bien que ces dernières offrent un contraste étonnant avec les octogénaires du club de lecture, l’auteure identifie les enjeux auxquels font face les femmes, tous âges confondus. Et c’est sans doute à mes yeux l’une des plus grandes forces de ce roman. Voilà, c’est ça… c’est une histoire de femmes, aussi fragiles et fortes à la fois. Car il y a aussi Lola, sa voisine, avec qui elle nouera un fort lien d’amitié. Cette dernière délaissée par un mari colérique et violent.

 

Siri Hustvedt sait parler de la maladie mentale et de ses limites. La thérapie à laquelle est soumise sa narratrice révèle la connaissance de l’auteure pour la psyché humaine. Elle porte un regard désolé sur la méchanceté, la douleur, la violence et la mesquinerie. Sa capacité de s’adresser, par moments, directement au lecteur révèle avec force son originalité. Son roman est parsemé d’ironie et de sarcasme, mais également de propos sur la sexualité qui me parlent d’une femme épanouie et libre. C’est sans étonnement que Mia tient un journal sexuel intime. Et qu’elle nous entretient sur certains pans de l’anatomie humaine, de l’histoire du clitoris à la genèse des chromosomes XX – XY. Vous aurez compris que je vous recommande fortement cette lecture, pour laquelle on est soi-même amené à se remettre en question. Un été sans les hommes, c’est un livre qui s’adresse aux femmes, mais que chaque homme devrait lire…

 

siri

commentaires

manU 14/03/2015 22:13

Comme tu écris bien et comme tu sais dire de si belles choses...
Siri Hustvedt fait de plus en plus parler d'elle et j'ai l'impression que c'est amplement mérité...

Nad 15/03/2015 06:01



J’adore cette auteure, toute sa belle profondeur et la finesse de son analyse. Je crois
que « Tout ce que j’aimais » demeure mon favori.


C’est gentil ça sweet grenouille…



Malika 06/05/2014 08:46

Je t'avoue que cette première découverte ne 'a pas donnée envie de poursuivre la rencontre, mais je vais jeter un oeil à "Tout ce que j'aimais" ... il faut toujours laisser une seconde chance à un
auteur !

Nad 06/05/2014 17:54



Coucou Malika, avec les critiques que j’ai lues
d’elle, je crois que Siri Hustvedt on l’aime ou on ne l’aime pas. À mon goût, mais c’est aussi très personnel, « What I loved » est meilleur. L’histoire est moins éparpillée…



Malika 05/05/2014 14:29

Je n'ai pas été aussi enthousiaste que toi à la lecture de ce roman, ce n'est pas tant le fond qui effectivement aborde une thématique intéressante qui fait forcément écho, c'est plus de l'ordre de
la construction et de la narration ... trop décousue je crois.

Nad 05/05/2014 18:44



Il y a des auteures, comme Hustvedt, pour
lesquelles je manque nettement d’objectivité, parce que j’aime avant tout la riche sensibilité de la femme derrière les mots. Dans ce roman, je trouvais qu’elle partait parfois dans tous les
sens, mais soudainement, j’avais l’impression qu’elle reprenait le fil. Ce n’est pas mon favori de cette auteure, j’ai préféré de loin « Tout ce que j’aimais »…


Bonne journée Malika



le Bison 24/03/2014 20:15

Tu me donnes mauvaise conscience, moi qui n'ai toujours pas lu 'Tout ce que j'aimais' (What I Loved) qui traine dans ma bibliothèque depuis des lustres...

Par contre, sans parler de grand livre ou de chef d’œuvre, j'avais beaucoup apprécié L'Envoûtement de Lily Dahl (The Enchantment of Lily Dahl). Mon seul Siri Hustvedt, jusqu'à présent (Mais je suis
incollable sur son mari)

Nad 24/03/2014 23:10



Très personnellement, j’ai trouvé « Tout ce que j’aimais » meilleur que celui-ci. Enfin, j’hésite à me prononcer là-dessus, il y a
tellement longtemps que j’ai lu l’autre. Mais une chose est certaine, cette auteure pointe du doigt avec tellement de psychologie les défis auxquels font face les femmes, tous âges confondus. Et
c’est ce qui me touche le plus… Si j’ai l’impression que dans ses romans elle s’adresse un peu plus aux femmes, en bonne féministe qu’elle est, je serais curieuse de savoir quelle impression elle
laisse (enfin, ses romans…) aux yeux des hommes. Je cherche toujours ce regard masculin sur ses livres. Alors, si tu lis l’un ou l’autre un jour, reviens-moi, si tu le veux, pour m’en parler. Ça
m’intéresse énormément… Pour Paul Auster, je n’ai pas oublié Moon Palace J
Le problème c’est qu’avant ça je dois en lire deux autres reçus en cadeau… hum… Mais quel régal! Autant qu'une bonne BDC... 



Nadael 20/03/2014 10:02

Je l'ai lu aussi et ton billet me donne presque envie de le relire. Ma lecture a été moins enthousiaste que toi même si j'ai aimé.

Nad 20/03/2014 18:13



Siri Hustvedt demeure à mes yeux l’une des plus grandes écrivaines des temps
modernes. Je suis chaque fois émue par la profonde psychologie que dégage
sa plume…



Bonne soirée à toi chère Nadael



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