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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 12:18

John

 

 

Que peut-on faire d'une maison - et à plus forte raison de deux - quand, depuis son enfance, on préfère dormir à la belle étoile ?

 

De retour de la guerre, Danny s’installe dans sa patrie natale, Tortilla Flat. Ce petit village pauvre et miséreux est situé au sommet de la colline qui surplombe Monterey, aux abords de la côte californienne. Les paisanos y vivent au jour le jour, dans le tourment du lendemain. Ils vivent du temps qui s’écoule, sous une chaleur accablante, le ventre tordu par la faim. Ils vivent de l’ivresse procurée par un gallon de vin, celui qui fait oublier. Ils tentent d’amasser quelques sous, volent, se nourrissent de ragots, mendient. Ici, c’est chacun pour soi, on vit d’isolement et de solitude, de cette nonchalance propre à tous désespoirs. Les paisanos sont confrontés à la grande dépression. Jusqu’au jour où Danny, sans s’y attendre, reçoit deux maisons en héritage.

 

Dans tout le village, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. C’est ainsi qu’il « loue » à son ami Pilon, par charité et fort de son sentiment de générosité, l’une de ses maisons. Louer est un grand mot, son locataire est sans le sou et s’impose plutôt qu’il n’y est invité. Mais tout cela importe peu à Danny, puisqu’il se sent moins seul. Et c’est à ce moment de l’histoire qu’a lieu l’effet boule de neige. Rien n’est trop beau quand notre générosité passe par la charité d’autrui… Pilon invite Pablo, puis Jesus-Maria, et Pirate et puis Big Joe et puis et puis… Une meute d’assoiffés qui entravent définitivement la liberté et le bonheur de l’hôte et qui lui font regretter amèrement le temps où il vivait dans les bois l’été et dans le foin chaud l’hiver. Le poids de la richesse et sa condition sociale le rendent malheureux, sa vie ne lui appartient plus. Il perd confiance en ses amis, craque, et un beau matin, il laisse tout tomber pour revenir à sa vie de paisano. Et c’est le retour à la liberté.

 

Les personnages sont astucieux, manipulateurs, futés et menteurs. Pour s’acquitter de leurs « dettes », ils s’assurent que Danny ait toujours du pain sur la table et une goutte d’alcool dans le gosier. Promesse qu’ils honorent avec le souhait qu’il l’oubliât, « car sinon ce serait de l’esclavage » ! Que de sentiments partagés entre le vice et la vertu. Steinbeck m’a arraché des fous rires avec ces situations complètement risibles. Et, de ces situations, il y en a bien d’autres. Je découvre l’auteur avec un humour que je lui reconnais pour la première fois. Et, si sont mis en valeur l’égoïsme, l’avarice et les sentiments pourvus d’un altruisme intéressé, il n’en demeure pas moins que ce roman, au final, est une grande histoire d’amitié, d’entraide et de partage. Charité bien ordonnée commence par soi-même ? Pilon et sa bande de soûlards en ont fait leur leitmotiv…

 

« Je vais tout te raconter, poursuivit Jesus-Maria. J’ai acheté deux gallons de vin et je les ai apportés ici dans le bois, puis je suis allé me promener avec Arabella Gross. J’avais acheté pour elle, à Monterey, une paire de pantalons de soie. Elle les a beaucoup aimés, si roses, si doux. Et puis, je lui ai aussi acheté une petite bouteille de whisky. Un peu plus tard, elle a rencontré des soldats et elle est partie avec eux.

 

-Oh ! la détrousseuse de l’honnête homme ! s’écria Pilon, scandalisé»

 

tortillaflat

commentaires

Nadael 06/05/2014 09:35

De Steinbeck, je n'ai lu que Les raisins... et il y a de cela trèèès longtemps. Tu me donnes envie de le découvrir davantage...

Nad 06/05/2014 17:50



Nadael, ce roman est vraiment agréable. Je te le
suggère vivement…



ubu 05/05/2014 22:43

ah ce livre est dans ma liste a lire dans les semaines qui viennent
c est pour ca que j ai lu ta critique avec interet.
Et je vois que d autres personnes ont ete reticentes a pousser plus loin leur decouverte de STEINBECK, avant de regarder ses oeuvres en toute liberte
j ai ete oblige de lire " des souris et des hommes" sans en tirer un quelconque plaisir, et pourtant j ai voulu decouvrir dernierement ce qui faisait qu il est toujours present dans les rayons de
nos librairies
j ai decouvert un style interessant et surtout une approche de la pauvrete, de la misere sociale que je n ai pas trouvé ailleurs pour l instant.
Bon, c est sur , qu ayant lu beaucoup d ouvrages de science fiction je ne pouvais pas lire des aventures spatiales ou de royaume magique traitant de misere sociale et de lutte des
travailleurs...
Mais la.... Dans, En un combat douteux, j ai vraiment ete captive par cette histoire de lutte syndicale a l epoque ou juste avant l epoque du Mac carthysme, dans la perle, j ai decouvert la misere
d un pecheur accedant aux richesses et se trouvant convoite par tout son village, j ai decouvert aussi les articles de Steinbeck durant la guerre du Vietnam, et maintenant c est decide je
continuerai sur ma lancee
Merci pour ta critique qui m a donne envie de lire encore plus cet auteur

Nad 06/05/2014 17:49



J’ai l’impression que le pêcheur de « La perle », dont tu parles, emprunte sensiblement le même destin convoité que Danny dans Tortilla Flat. Steinbeck a vécu durant la
Grande Dépression aux États-Unis et en a beaucoup souffert. Après il a vécu le Red Scare du début de la Guerre froide, en milieu et fin de vie. Je pense que tout ça a laissé des empreintes
fragiles en lui, la peur du lendemain et l’incertitude. Apparemment beaucoup de ses romans font état de ces périodes de crise économique et de tensions politiques. Merci de ton commentaire…




christw 04/05/2014 12:33

J'ai aimé tous les livres de Steinbeck, mais je n'ai pas (encore)lu celui-ci.
Un auteur profondément humain. À revisiter !

Nad 05/05/2014 18:25



Vraiment génial et drôle ce petit roman de
Steinbeck



Malika 02/05/2014 19:40

Voilà un auteur magnifique !!! Moi c'est "A l'Est d'Eden" mon roman culte !!

Nad 03/05/2014 03:41





À l’est
d’Eden est l’un des prochains sur ma liste
 


ta d loi du cine 02/05/2014 09:51

Comme Eeguab, je vous recommande rue de la Sardine et Tendre jeudi (qui forment un diptyque un peu dans le même genre que Tortilla Flat). Pour ma part, j'ai été obligé de lire Des souris et des
hommes en 3e (en cours de Français), et n'ai vraiment découvert Steinbeck que quelques années plus tard, "en toute liberté"...

Nad 02/05/2014 13:18



Tout à fait d’accord, ces deux livres sont
vraiment excellents. J’ai relu certains Steinbeck dans la dernière année avec un plaisir renouvelé…



KB 01/05/2014 18:24

Je dois preciser que je n'ai pas deteste tous les livres obligatoires du secondaire. Il y en a qui sont encore parmis mes preferes. Mais Steinbeck (Grapes of Wrath, Of Mice and Men, The Pearl) je
n'ai que de mauvais souvenirs.

Nad 01/05/2014 19:06



Je comprends ton clin d’œil aux livres du
secondaire, je me souviens de cette discussion qu’on a déjà eue avec Julie et Sylvie, autour d’un verre de vin, sur certains livres « overdose » (une belle soirée ça). Dans mon cas, il
y en a un en particulier qui m’a marqué et c’est « Bonheur d’occasion », que j’avais tellement décortiqué en long et en large qu’il m’avait complètement écoeuré. Et pourtant, Gabrielle
Roy figure ici parmi mes auteures coup de cœur. La Daphnée à Sylvie me montrait les livres obligatoires de l’an dernier (secondaire 5) et wow, une liste bien étoffée, des auteurs que l’on aime.
Comme quoi, finalement, les ados n’apprécient peut-être simplement pas de se faire imposer quoi que ce soit… un livre, un couvre-feu, un ménage de chambre… 



Eeguab 01/05/2014 08:19

Steinbeck a su allier la drôlerie , Tortilla Flat, Tendre jeudi, Rue de la Sardine, et les constats plus graves, voire un peu lourds, Les raisins..., En un combat douteux, A l'est d'Eden. Pas du
tout d'accord avec KB sur ces fameux livres obligatoires. Il y en a que j'ai aimés.

Nad 01/05/2014 13:36





Comme toi, j’ai beaucoup lu Steinbeck, que
j'aime énormément, et je le redécouvre, quelques années plus tard. Quel plaisir, et surtout, avec cet humour absurde que j’aime tant…



KB 30/04/2014 15:29

Interessant que tu a trouve Steinbeck drole - je ne peux pas l'imaginer. Il reste un des seuls auteurs que je refuse de lire - j'ai tellement deteste les livres qu'on a lus au secondaire. Peut-etre
je lui donnerai une deuxieme chance...

Nad 30/04/2014 21:04



Les fameux
livres obligatoires qui t’ont dégoûté à vie ? 


Je pensais
que c’était aussi impossible de trouver un Steinbeck drôle qu’un Cormac McCarthy avec le sens de l’humour. Mais oui! Il l'est, drôle ! Et d’autres le sont aussi..


Pour la
« deuxième chance », tu passes chez moi le prendre quand tu veux Krystyne. C’est excellent !



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