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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 01:40

Sukkwan Island

 

« Le monde était à l’origine un vaste champ et la Terre était plate. Les animaux de toutes espèces arpentaient cette prairie et n’avaient pas de noms, les grandes créatures mangeaient les petites et personne n’y voyait rien à redire. Puis l’homme est arrivé, il avançait courbé aux confins du monde, poilu, imbécile et faible, et il s’est multiplié, il est devenu si envahissant, si tordu et meurtrier à force d’attendre que la Terre s’est mise à se déformer. Ses extrémités se sont recourbées lentement, hommes, femmes et enfants luttaient pour rester sur la planète, s’agrippant à la fourrure du voisin et escaladant le dos des autres jusqu’à ce que l’humain se retrouve nu, frigorifié et assassin, suspendu aux limites du monde. »

 

*******

 

Comment fait-on pour se remettre d’une telle lecture?

 

Une chose est certaine, le paysage est à couper le souffle. Imaginez-le, quelques instants, en fermant les yeux. Une cabane en cèdre blottie dans un fjord au sud de l’Alaska. Un lieu sauvage en plein milieu de nulle part. Aucune âme qui vit à des km à la ronde. Après tout, c’est l’endroit idéal pour se camper dans la solitude d’un retour aux sources. Le décor rêvé dans lequel l’auteur a planté son histoire qui, elle, ne vous quittera jamais plus une fois le livre refermé…

 

Jim avait repéré ce coin de pays depuis un bon moment. Il s’était dit qu’en s’y installant durant un an avec Roy, son fils de 13 ans, ils pourraient apprendre à mieux se connaître. Quoi de mieux qu’une forêt vierge de toutes choses inutiles pour se retrouver, seuls à seuls. Roy s’était dit qu’il pouvait lui faire confiance. S’était-il même posé la question?

 

Au premier jour, son père s’était acharné à construire un abri pour le bois et un fumoir à poisson. C’est étrange, il avait semblé à Roy qu’il se retrouvait face à un modèle de père qu’il n’avait pas connu : fragile, dépressif, inaccessible... Pourquoi tous ces reproches et cette culpabilité? Ces confidences de grandes personnes sur ses infidélités et son mépris des femmes? Chaque jour, il s’enfonçait un peu plus profondément dans des pensées obscures qu’il était devenu impossible à son fils d’atteindre. Son discours était incohérent. Même que le soir, il pleurait dans des sanglots étouffés en se parlant à lui-même. Roy s’était dit qu’il pouvait lui faire confiance. Avait-il eu tort?

 

« Je ne sais pas pourquoi je suis devenue comme ça. Je me sens si mal. Ça va pendant la journée, mais ça me prend la nuit. Dans ces moments-là, je ne sais plus quoi faire. Je suis désolé, Roy. J’essaie de toutes mes forces. Je ne sais pas si je vais tenir le coup. »

 

Et Roy dans tout ça? Comment tenir le coup devant la fragilité d’un père censé rassurer son enfant? Tous ces doutes ont plongé son fils dans l’insécurité et la détresse. Roy s’était même mis à le craindre, le détester. Pouvait-il en être autrement? Il ressentait de la confusion, des choses qu’il n’arrivait pas à analyser. On aurait même dit que, ce jour-là, son père s’était jeté de la falaise. Roy s’était pourtant dit qu’il pouvait croire en lui…

 

« Je ne sais pas à quoi c’est dû, je ne me suis jamais senti à ma place nulle part.

Quelque chose me manquait, mais j’ai le sentiment qu’être ici avec toi va tout arranger. Tu vois ce que je veux dire? »

 

Je ne sais pas si le petit a compris. Peut-on comprendre le désespoir d’un père quand on a 13 ans et qu’on lui avait fait confiance? Je me retrouve à la fin de ce roman en me disant que David Vann a réussi un exploit hors du commun : arriver à décrire avec finesse une longue chute vers l’inévitable. J’hésite toujours à parler de folie parce qu’après tout, qui suis-je pour en juger? Une chose est certaine, un fils a accompagné son père pour le sauver et survivre à ses propres rêves. Il s’est senti désarmé devant sa douleur, parce qu’il ne la comprenait pas. Ils étaient partis pour apprendre à mieux se connaître et s’apprivoiser l’un l’autre. Au final, ce qu’ils ont découvert était plus terrifiant encore que tout ce que vous ne pourrez jamais imaginer… 

 

L’auteur avait le même âge que son personnage de Roy quand son propre père est mort, à 40 ans. Et j’ai eu le sentiment que son histoire était l’expression d’une souffrance personnelle. On aurait dit qu’il était allé puiser en lui juste ce qu’il lui fallait de force nécessaire pour accomplir ce roman. Au bout de 10 ans, je sens cet aboutissement comme un acte de courage. J’ai aimé la profondeur de ce livre, qui lui, n’est pas qu’une histoire d’horreur et de sang. Mais une grande histoire d’humanité…

 

T’avais raison manU, je m’en souviendrai longtemps! Merci de l’avoir fait parvenir jusqu’à moi, par-delà l’Atlantique ;-)

 

Pour le Bison, passionné de Nature Writing et de terres sauvages, ce roman a été un grand coup de cœur, un CHOC!   

 

Discorde Island ou la possibilité d’une île, l’avis d’Eeguab 

 

Venez lire l’entrevue de Guillome qui a rencontré David Vann! Le chanceux!!! C’est ICI

 

BDSI

 

Quel plaisir j’ai pris à lire la BD d’Ugo Bienvenu. Si vous voulez mettre une image sur les mots, et pour encore plus d’émotions…

 

BDSI2

commentaires

claudialucia 10/03/2015 22:05

C'est sûr que je vais le lire! Depuis le temps que je veux le faire et en plus tu me donnes envie de m'y plonger. Mais je sais que David Vann n'est pas réjouissant! on le comprend! Son père s'est
suicidé quand il avait 13 ans.
Ce n'est pas de la folie mais de une grave dépression!

Nad 10/03/2015 22:30



En plus de son père, quatre autres personnes de sa famille se sont suicidées. Un homme
forcément résilient qui a toute mon admiration. Pas fou mais profondément humain… Bises



MTG 13/02/2015 11:15

Bon tu vas me haïr mais l'honnêteté m'oblige à dire que ce livre est pour moi peut être le plus nase que j'aie jamais lu...je trouve le style navrant...et l'histoire tellement prévisible qu'elle en
devient inintéressante...

Nad 15/02/2015 22:35



Ce n’est pas trop dans mes gènes d’« haïr » une personne parce que son
opinion diffère de la mienne 



Guillome 09/02/2015 22:18

aaaaaah David Vann, je suis un grand fan de cet écrivain. c'est une lecture éprouvante. il faut que je lise l'adaptation en bande dessinée, qui malgré le dessin qui ne me tente pas trop devrait me
plaire. j'ai eu la grande chance de pouvoir interviewé David Vann, un écrivain fascinant. Désolé pour l'auto-publicité mais voilà :
http://fromtheavenue.blogspot.fr/2014/09/le-jour-ou-jai-rencontre-david-vann.html

Nad 10/02/2015 01:24



L’adaptation en bande dessinée vaut la peine, elle n’a pas la richesse du roman, mais
une fois le livre terminé j’ai adoré m’y plonger. Ah!!!! T’es tellement chanceux de l’avoir rencontré!!! (je pense que j’aurais été trop stressée!). Je rajoute ton lien ici, quelle
richesse.



claudialucia 08/02/2015 18:29

Un livre célèbre pour sa dureté; je l'ai dans ma PAL et je sais que je le lirai un jour!

Nad 10/02/2015 01:22



Un livre dur et inoubliable, un immense coup de cœur! Bonne journée Claudia



le Bison 06/02/2015 22:47

Je vais faire court : on ne se remet jamais entièrement d'une telle lecture. Il en restera toujours quelques séquelles au fond de soi.

Nad 07/02/2015 05:22



Ce livre aura laissé des séquelles en moi aussi.
Je ne l’oublierai jamais. Un peu comme « Il faut qu’on parle de Kevin » de Shriver, qui m’a poursuivie longtemps, et encore aujourd’hui…



manU 06/02/2015 12:20

Content qu'il t'ait plu !
Un livre choc, une histoire marquante, impossible à oublier et un billet qui me donne envie de le relire...

Nad 06/02/2015 13:30



C’est même mon dernier coup de cœur!


Si tu le relis, prends-toi des cookies (carrés ou non) et trempe-les dans le lait. Ça
te réconfortera aux passages plus durs  


Merci encore grenouille pourrie



Nadael 06/02/2015 09:41

Je me souviens d'une lecture très difficile. Tu en parles bien. Je t'embrasse.

Nad 06/02/2015 13:26



Terrifiant par moment, mais toujours émouvant. Je t’embrasse ma belle Nadael



Eeguab 06/02/2015 07:28

Lu, commenté, aimé mais c'est du rude. Beaucoup moins apprécié le deuxième roman Désolations. Bonne journée et à bientôt.

Nad 06/02/2015 13:24



Du rude et du vrai, tout ce que j’aime!


Rupture de stock pour « Désolations », mais je le reçois dans 10 jours. J’ai
hâte de te découvrir...


Bonne journée à toi



Chrisdu26 06/02/2015 07:13

Grâce au billet de manU le livre avait atterri dans ma bibliothèque et grâce à toi il vient d’atterrir sur ma table de chevet. Il faut absolument que je le lise !

Dis donc ça te va bien d'hiberner toi ! ;-D

Rôoohhhhh plus de cookies :( Bon ben tant pis ! j'attends la prochaine fournée

:D

Nad 06/02/2015 13:23



J’ai hâte de savoir ce que tu en penseras quand il aura atterri dans tes mains. Je
crois que l’histoire va te hanter longtemps, mais je pense aussi que tu l’aimeras énormément puisqu’en même temps c’est une lecture d’une grande sensibilité…


Pour les biscuits, la faute à qui?


Bisous et bonne journée Cristina



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