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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 23:41

fantôme

 

« J’avais rêvé de Fred pour la troisième nuit consécutive. Je m’étais endormie en m’imaginant le bout de son index qui se posait méticuleusement sur chacune de mes vertèbres en attendant que la nuit nous engouffre. Ce rituel s’inscrivait parmi les rares choses capables de venir à bout de mon insomnie. Je me suis étirée les jambes à la recherche de ses chevilles, mais la seule chose contre laquelle je me suis heurtée produisait incontestablement de la testostérone. J’ai entrouvert mon œil droit pour constater l’ampleur des dégâts. BLACK-OUT. »


Ce premier roman de l’auteure québécoise Miléna Babin avait déjà tout pour me plaire, rien que parce que l’histoire se déroule à Québec, le lieu de mon enfance. Et beaucoup de mon adolescence... Il m’arrive souvent de faire le trajet, en partant de Montréal, pour la bouffée d’oxygène que cela me procure. Ce 300 km n’a pas de prix. Quand on met les pieds dans la vieille Capitale, où il fait si bon vivre, on ne veut jamais plus partir. Là-bas, j’ai une tonne de souvenirs qui me sont rappelés par l’auteure, d’un bout à l’autre du roman. Rue St-Jean, Cartier, le Cochon Dingue, la Brûlerie St-Rock…

 

Depuis qu’ils sont ados, Maève, Fred et Loïc partagent un appart dans le Vieux Québec. Ils vivent de soirées BBQ, de feux de camp, de nuits à la belle étoile, de quelques joints et de caisses de Chambly, de réveils parsemés de cendres. Ils vivent aussi dans une relation triangulaire ambiguë. Loïc et Maève ont été amoureux, d’ailleurs, Loïc l’est encore beaucoup. Fred, marginale et bohème, fuit aux quatre coins du monde. Ses brefs passages à Québec suffisent à briser l’équilibre du trio déjà fragile. Elle le vit néanmoins avec le détachement propre aux gens incapables de s’enraciner. Trop de confusion, Maève étouffe et se prend un trois et demie. Loïc, à qui elle donne la clé, fait intrusion à toutes heures de la nuit. Quand ça lui chante, quand il a envie d’elle. Il entre et sort de sa vie à l’improviste, intrusif, manipulateur. Le gars qui ne sait jamais de quoi est fait demain. Une amitié qui dérive chaque fois en amour dévastateur. Il est à l’image du héros en droit de fuir, comme celui de Vigneault (le fils) dans Chercher le vent. Bouquin qu’il lui offre, anonymement. Il sait s’y prendre pour la faire craquer, il la connaît du bout des doigts…  

 

Ce roman, c’est l’histoire d’une amitié qui cherche à traverser le temps et les épreuves d’une période de vie, l’adolescence, marquée par la fragilité, les remises en question. C’est une centaine de pages compilées dans un grand album souvenir, Les fleurs de Macadam, remplies de billets de spectacles, de poèmes, de photos et de promesses. C’est l’histoire de trois inséparables, turbulents et fragiles. Inséparables, jusqu’au jour où…

 

…jusqu’au jour où Maève rencontre Max et qu’il lui faille redéfinir la nature du triangle. Vivre loin de ses repères est insécurisant. Mais Max, c’est Max, hum… un gars simple, artiste, zen, quelques tattoos, quelques cicatrices… Il vit au jour le jour et gratte sa Godin Seagull dans un band rock. Il voyage dans une van noire, comme celles propices au road trip. Presqu’aussi idyllique qu’un Westfalia rose! Il a une fille, Kancelle, oui, comme dans Sinbad le marin. Et elle tombe amoureuse. 

 

Quand on accepte une nouvelle vie, on perd nos repères en même temps qu’on tente de faire les deuils inhérents au passé. Peu à peu, les fantômes disparaissent et on se reconstruit. Mais il suffit de fuir un peu trop loin de nous-même pour que les fantômes reviennent, immuables. Ils se « cachent » pas trop loin dans nos souvenirs les plus réconfortants. Ceux qui fument en cachette finissent toujours par se faire prendre. C’est sur cette image de va-et-vient, du présent au passé, que Miléna Babin nous porte à réfléchir. Un roman d’apprentissage sur le sens de la vie. Sur une tonne d’autres choses comme la nostalgie du temps passé, l’insouciance et la soif de liberté. Le dilemme amoureux, les frontières entre l’amitié et l’amour, les amours qui blessent, ceux qui redressent. L’engagement, la trahison, les erreurs…

 

Une lecture tellement agréable, qui fait du bien. Qui n’est pas prétentieuse et qui coule de source. Une lecture qui me rappelle un temps. Et un certain guitariste, un peu beaucoup comme Max… Surtout, c'est le roman d'une jeune auteure bourrée de talents... (zut, j'ai oublié de lui demander si c'était elle sur la page couverture. Si tu passes par ici Miléna...) 

 

« Le reflet que le vin laissait sur ses lèvres m’invitait depuis un moment. À la lueur des réverbères, j’ai retiré mon chandail, que j’ai laissé tomber à mes pieds. Ses doigts ont effleuré mes seins de longues minutes avant qu’il ne me prenne. Sur le tapis du salon, une valse maladroite et libératrice. Sur mon ventre, des gouttelettes de vin blanc renversées par mégarde, sa langue. Au milieu de notre guerre silencieuse, nous avons joui. Moi la première. » 

 

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commentaires

Miléna Babin 09/12/2014 14:46

Bonjour Nadine,

Bien heureuse que tu te sois retrouvée dans les courbes de mes fantômes!

Bel hiver à toi,

Miléna

Nad 11/12/2014 02:41



Merci Miléna de m’avoir permis d’accéder à tes cachettes secrètes, riches de souvenirs.
Et d’avoir ouvert la porte afin que nos fantômes se croisent, qu’ils portent le nom de Loïc ou de Max 


Ton commentaire est vraiment « classe », comme me l’a si bien dit manU
aujourd’hui. Aussi classe que ta si belle gentillesse…


Ton premier roman est un bijou, quel talent tu as! Heureuse de t’avoir
rencontrée…


 


Nadine



manU 24/11/2014 21:46

Joli billet pour une lecture qui s'annonce pleine de promesse...

Le Bison, un 'esprit pur" !!! Qu'est-ce qu'il ne faut pas lire... ;)

Nad 25/11/2014 03:04



Une jeune auteure pleine de talent, et gentille comme tout!


« Qu'est-ce qu'il ne faut pas lire... ». En effet! mdrrr


 


Tu sais, depuis, j’ai mes doutes sur ce qu’on entend par « pur »  



ubu 20/08/2014 23:25

coucou
ca m etonne toujours de voir des titres si bizarres, et avec le temps et les noms de livres qui seront deja presque tous pris, je crois que l avenir nous reserve de sacrees surprises...
Deja, rien que le titre de ces fantomes qui fument en cachette.. je n aurai pas pris le livre en main, alors que ce que tu dis du livre est tres interessant.
A quand des titres fantasques et a rallonge, tels que ""l armoire ikea est dans le container et ma belle-mere est dedans, avec sa fille, puisqu il fallait faire un packaging""
on a bien deja fait ca avec un fakir
Bon en tout cas tu m as bien donne envie de parcourir serieusement ce livre.
et puis quelle plaisir de regarder la photo du dejeuner cochon....
ca donne des envies d invitations
Bon faut d abord que je trouve qqun a inviter.
Et a proximite, dans un rayon de 300km; j ai vraiment personne qui n accepterait une invitation a un dejeuner cochon sans me filer une enorme baffe....
Il va falloir que j elargisse mon perimetre de recherche.
ca m a quand meme bien fait sourire cette image

Nad 22/08/2014 03:11



Tu vois, chez moi c’est le contraire. J’ai vu le titre et c’est pour ça que je l’ai
acheté! Mdr Les soupers sont également cochons! D’ailleurs, je ne crois même pas y être allée pour déjeuner. C’est l’atmosphère du soir, vieille cave en pierre du vieux
Québec, qui donne un charme à l’endroit, à peine éclairée par des bougies. T’es quand même loin de Québec, mais si tu passais par là un jour, tu devrais t’y arrêter, qu’est-ce que c’est bon! Je
suis dingue de ce cochon!



le Bison 19/08/2014 15:32

Cela à l'air d'être profondément intéressant.
Il est question d'un index à défaut d'être majeur, de va-et-vient, de lèvres de ventre et de vin. Et je n'oublie pas la caisse de Chambly pour titiller le palais et les lèvres. Et j'imagine, cette
goutte de bdc descendre lentement le long du dos...
Cela pourrait parfaitement être le genre de bouquin qui convient à mon esprit zen et pur.

Nad 19/08/2014 17:44



Les mouvements du majeur (ou de l’index, c’est selon…) sont
toujours profondément intéressants et prometteurs, surtout dans les opus 
Sans parler de la goutte de bdc, un plaisir des sens aux essences unibrouesques…


Zen ok… « pur »………… ça veut dire quoi « pur »?
Parce que j’ai comme un doute là…



phil 16/08/2014 11:12

salut Nad, tu vois, je fais une excursion dans la littérature qu'on dit canadienne? québécoise? C'est autre chose que japonaise mais on semble y trouver matière à se questionner !
Mais je pense qu'on garde à toujours les cicatrices qu'on porte. On se reconstruit ... peut être (tant bien que mal ... peut être!) mais il faut pour cela avoir le grand recul du temps nécessaire
ou être un peu beaucoup être zen!

Nad 16/08/2014 13:45



Coucou Phil, contente de te voir dans ma biblio québécoise
 Bien « québécoise », puisque l’auteure est du Québec…


Les cicatrices je pense qu’elles sont toujours là, on se reconstruit ou bien, on se « construit » avec. Du recul, comme tu dis, beaucoup de temps aussi. On a beau fuir à
des milliers de km, ou fuir autrement, dans quoi que ce soit. Elles sont « nous ». Oui, soyons zen, c’est déjà beaucoup…! Bonne journée Phil 



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