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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 02:16

lemarinrejetéparlamer

 

« Les doigts de Ryüji touchèrent les bouts de ses seins sur la robe de coton bleu. Elle tourna légèrement la tête, ses cheveux lui chatouillèrent le nez. Comme toujours, il eut la sensation d’être venu de très loin, de l’autre bout de la terre, pour arriver à un point délicatement sensible, un frisson au bout de ses doigts, près d’une fenêtre, un matin d’été »

 

J’aime tellement les livres qui me ramènent à la mer, qu’elle soit tempête ou douceur. Les vagues ont ce pouvoir de me bercer l’âme. Chaque fois, j’ai cette sensation de volupté marine qui chatouille le grain de ma peau. Dans ce roman, Mishima arrive si bien à allier les passions de la mer à la sensualité des corps nus dans l’étreinte. Cette imbrication des sens, dans l’amour, est enivrante...

 

Ryüji est un officier de la marine marchande. En bon solitaire, il n’a que, pour seule compagne, la mer. Jusqu’au jour où il rencontre Fusako, à Yokohama, cette femme douce et délicate, si féminine. C’est le choc amoureux. Il ne trouvera d’autres mots, pour lui exprimer sa passion, que ces longs baisers glissant le long de son corps. Un homme tendre et doux. Un homme sensible, saisissant. Ils s’aimeront des jours durant, jusqu’au petit matin, de nuits folles, de caresses et d’un amour charnel émouvant…

 

« Sa chair semblait comme une armure dont il aurait pu se débarrasser au besoin. Alors elle regarda avec surprise, émergeant de l’épaisse forêt du bas-ventre, la tour du temple triomphalement érigée »

 

…jusqu’au prochain départ en mer, tant redouté. À peine se sont-ils quittés qu’ils s’attendent déjà. Et au jour des retrouvailles, Ryüji pleure d’émotion de la revoir, les larmes s’écoulent le long de sa joue (un homme ému aux larmes, comme c’est craquant !). Abandonnera-t-il tout ce qui l’avait détaché du monde par amour ? Qui triomphera entre ces séparations dont il n’arrive pas à effacer le souvenir et son dégoût de la terre ferme ? La sirène retentit, l’histoire le dira…   

 

Une ombre noircit le tableau, le fils de Fusako, Norobu, 13 ans. Depuis la mort de son père, il n’a jamais pu accepter un autre homme dans leur vie. Il se sent troublé, confus. Il est profondément tourmenté par les étreintes de sa mère qu’il surprend, une nuit, à travers le petit interstice de sa commode. Tourmenté parce qu’il n’en comprend pas le sens. Ces nuits le placent dans un isolement qu’il ne supporte pas.  

 

Les jeunes qui lui tiennent lieu de famille sont une bande de délinquants. Leur mot d’ordre : « ne faire preuve d’aucune passion ». Quand ils se rencontrent, ils discutent de l’ « inutilité de l’espèce humaine », ils changent le monde. Une scène assez horrifiante du roman nous décrit dans les détails la manière dont ils s’y prennent pour tuer sadiquement un chat et le disséquer ensuite. Deuxième mot d’ordre : « briser pour briser ». Des gestes qu’ils croient nécessaires pour combler les grands vides du monde. Suite à la nuit d’amour que Noboru surprend entre sa mère et Ryüji, Norobu leur parle du marin. Qu’en feront-ils?

 

Ce roman est bouleversant, sensible, humain, dérangeant. Ces Japonais ont le talent d’allier la douceur à la brutalité, pour la rendre presque belle, intouchable. Écrit avec cette poésie que j’aime tant, des métaphores sublimes, dans un langage imagé et tendre. Quand on connaît la manière dont l’auteur s’est donné la mort, on ne s’étonne pas que ses personnages soient habités par la fatalité. C’est pourtant d’une belle sensualité. Mishima, j’y reviens toujours…

 

« C’est vraiment grâce à la mer que l’idée m’est venue de penser à l’amour plus qu’à toute autre chose, à un amour qui vous consume, qui vaille qu’on en meure. Pour un homme constamment enfermé dans un bateau d’acier, la mer qui l’entoure ressemble à une femme. Cela est évident quand on connaît ses accalmies et ses tempêtes, ses caprices ou la beauté de sa poitrine reflétant le soleil couchant ».

commentaires

manU 16/01/2016 20:04

Un livre qui a sa place toute trouvée sur une étagère océane... :)

Nad 19/01/2016 02:29

Une étagère océane qui rayonne de tant de beaux livres que tu m'as offert... :-*
Ça me fait tellement plaisir de t'voir ici! Slurppp sur ta joue qui pique ^^

phil 15/07/2014 10:40

Merci pour ce commentaire mais il me semble que tu en connais déjà pas mal sur le Japon ! Lecture, ton amie Hitomi ...
En ce qui me concerne, suis un peu tomber dedans quand j'étais petit avec un angle martial puis une formation en MTJ qui fait que ma vision se teinte petit à petit d'un peu plus de finesse (oui
bibison si tu passes par là oui ca arrive !)
enfin c'est le pays du soleil levant ...
et ca .... j'achète !!!

Nad 15/07/2014 15:00





Hitomi est ma petite perle du Japon, avec qui j’ai cohabité un an,
début vingtaine. Nous avons étudié ensemble et partagé ce qui est maintenant des souvenirs précieux. Elle me parle souvent de Soseki Natsume, « wagahai wa neko dearu » (« I Am a
Cat »), « kokoro » and « botchan ». Beaucoup aussi de Shusaku Endo, Ryunosuke Akutagawa et Osamu Dazai. Des auteurs que je découvre doucement.

C’est drôle parce que tu parles de finesse et c’est l’une des qualités qui me sont tellement essentielles chez l’autre et que les Japonais ont le mérite d’avoir acquises dans leur culture. La
finesse dans le respect de l’autre, une immense délicatesse, une douceur perceptible. Ils me touchent ces japonais… 



phil 03/07/2014 18:27

Un livre qui parle de la nature humaine. Même si pour celui-ci il faut se replonger dans l'âme de l'enfance de Noburu afin de ressentir son mal(e) par la présence d'un autre homme Ryuji près de sa
mère.
C'est comme un combat ou Noburu essaye d'obtenir l'amour de sa mère. Mais Ryuji a aussi son combat.
Ils se retrouvent pour la même cause!

Mais on retrouve chez ce Mishima, déjà l'idée de mourir et de servir pour la cause, de donner un sens à son existence.
Mishima élabore sa mort. Il la sublimera par son film où il teste son seppuku, qu'il mettra en suite en application.
Ca c'est un mec qui a des couilles et surtout du Hara !

Nad 13/07/2014 05:40



Le tout premier livre que j’ai lu de Mishima était « Le
pavillon d’or », que m’avait offert ma grande amie japonaise, Hitomi. Sans doute pas son meilleur roman, même si à mes yeux ce sont tous des Mishima, qui valent leur pesant d’or. Je n’ai,
depuis, jamais cessé d’admirer cet homme. Il faut des couilles, en effet, pour s’adonner à ce rituel. En se donnant la mort, je ne sais pas quels pêchés il visait à expier, il a été guidé par
quelle motivation, quel élan. Mais il est à mes yeux sanctifié par l’aura de l’homme courageux qui va jusqu’au bout de ses convictions. Quel homme! Un maître?


Tu pourrais m’en apprendre beaucoup sur la culture japonaise Phil.
J’ai encore mille questions dans ma tête… Et une fascination sans nom à ce sujet.


Dans le livre, cette cause commune est issue d’un même combat,
comme tu le dis si bien, l’amour d’une seule femme, mère et amante. Je me demande jusqu’à quel point Mishima, à l’image de Ryuji, était un homme solitaire. Car bon et humain il l’était, c’est
évident…


Merci Phil…  



ubu 17/05/2014 23:13

merci Nadine pour cette decouverte de Mishima sous un autre angle que celui que je connaissais.
ca fait 15 ans que je ne m etais plus penché sur ses oeuvres et pour moi jusque maintenant ce furent deux choses que je retenais de lui
-le fait que j ai lu ""Le pavillon d or"" il y a fort longtemps

-Et le film "MISHIMA"que j avais reussi a trouver je ne sais plus comment, il y a de ca 15 ans en arriere, peut etre dans une mediatheque ou on stockait des films pouvant interesser 2 personnes sur
500 000 habitants. c etait en noir et blanc et bien special a regarder...un film atypique.
je viens de decouvrir que les producteurs executifs etaient
Francis Ford Coppola et George Lucas, ca c est etonnant !
a bientot
UBU

Nad 21/05/2014 00:18



Il faudrait
bien que je relise « Le pavillon d’or », ça fait une éternité déjà...


J’aime bien les films atypiques, je connais d’ailleurs une personne qui m’a fait découvrir Chungking Express et Fallen Angels mdr Je blaaaaaaague ! Tu sais bien que j’ai adoré ces
films! Mishima, un film d’après sa vie et ses écrits ? Qu’est-ce que ça m’intéresse ! Coppola comme producteur, rien de moins…



Malika 11/05/2014 11:52

Ses deux meilleurs romans sont à mon avis : Avis de tempête et Un bûcher sous la neige. C'est une auteure irlandaise pour qui la mer est un élément fondamental, et cela se ressent encore plus
fortement dans Avis de tempête.

Nad 14/05/2014 01:20



Oh merci Malika. Une chose est certaine, je vais
aller à sa rencontre le week-end prochain, afin de découvrir cet avis de tempête qui m’intéresse énormément…




Nadael 09/05/2014 14:16

Ton joli billet fait très envie. Je n'ai encore jamais lu Mishima, je note ce roman.

Nad 09/05/2014 22:33



Si tu aimes la mer, tu aimeras ce livre, je
l’espère…



Malika 09/05/2014 08:47

Je ne connais pas du tout cet auteur. Merci pour la découverte !
Si tu aimes les romans qui ont un lien fort avec la mer, tu devrais lire Susan Fletcher si ce n'est déjà fait !!

Nad 09/05/2014 22:32



Bonheur ! C’est certain que j’irai voir sa bibliographie. Un titre
en particulier à me suggérer Malika?



Jean-Charles 08/05/2014 21:21

Je me souviens bien de ce livre au fur et à mesure que j'ai lu ton billet. C'est un livre que j'ai adoré et le seul que j'ai lu de cet auteur, sans savoir pourquoi. Mishima était un être
exceptionnel capable de se donner la mort. Il faut dire que la mentalité japonaise est/était extrêmement dure, vivre ses déviations n'étaient pas forcément évident pour ce peuple formé pour la
patrie, pour la guerre.
Merci pour cette immersion chez Mishima, tu m'as donné le goût de le lire encore.
Coucou de l'autre côté de l'océan.

Nad 09/05/2014 22:32



J’ai bien aimé aussi « Le pavillon d’or », du même
auteur.


Pour se faire hara-kiri, il faut un sacré sang-froid. En tout cas,
ça me donne froid dans le dos rien que d’y penser. En même temps, sans faire un grand parallèle avec cette pratique morbide, les Japonais excellent dans l’art de vivre dans les sentiments
extrêmes et violents, aussi foudroyants que la passion.



le Bison 08/05/2014 18:04

Ce n'est pas forcément le roman le plus connu de Mishima, mais personnellement, j'en garde un très grand (et bon) souvenir. Une oeuvre sensible et émouvante. Et puis, il est vrai qu'il parle de la
Mer, alors moi, dès qu'un roman parle de la mer, je suis à l'écoute...

« Ses seuls souvenirs de la vie à terre étaient ceux de la pauvreté, de la maladie et de la mort ainsi que d’une dévastation infinie.
En se faisant marin, il se détachait de la terre à jamais. »

Nad 09/05/2014 22:31



Ah la mer… elle berce, bouscule, fait perdre pied, tanguer et
parfois même la raison, mais on y revient toujours, tant elle nous chavire  C’est comme dans un certain ranch où il
fait bon se promener… 


J’aime beaucoup Bison l’extrait que tu as choisi. Pauvre Riüji,
confronté à un tel dilemme existentiel… amoureux de la mer, mais amoureux aussi de cette femme sur terre … qui des deux triomphera ? L’amour où il se trouve, bien sûr…



christw 07/05/2014 08:23

Un auteur dont le destin m'effraie un peu: la préparation méticuleuse de son éventrement...ces fantasmes de mort, la proximité avec les milieux très nationalistes.
Il reste néanmoins le grand nom de la littérature japonaise et je comprends que vous aimiez son grand travail poétique.

Nad 08/05/2014 14:51



C’est vrai qu’en traversant le roman,
particulièrement quand les passages étaient tendres, je me disais que l’écart était si grand entre la douceur des mots et sa mort atroce. En même temps, la passion se veut ainsi, aussi extrême
que les sentiments qu’elle traverse...



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