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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 03:01

dernier mousse

 

Cap au sud, le Baquedano, voilier-école de la Marine chilienne, appareille pour son dernier voyage, avec 300 hommes à bord. Les provisions sont chargées dans les écoutilles, les voiles sont déployées et on hisse le grand mât. Départ du Chili, Caltahuano, direction le Cap Horn, ce bout du monde situé à l’extrémité sud de l’archipel chilien. Je n’ai pu m’empêcher d’être du voyage, de vivre ce grand rêve. Alors je suis montée à bord avec Alejandro, clandestinement, et je me suis cachée dans une soute de proue. Ce jeune garçon de 15 ans avait rêvé de devenir marin, de suivre les traces de son père, mort dans le naufrage de l’Angamos. Moi, j’avais envie de découvrir les beautés époustouflantes du Cap Horn. De connaître un peu plus la mer, d’en être imprégnée, ébranlée, chavirée ... Mais lui, il rêvait avant tout de devenir un homme et de retrouver son frère parti aux Magellanes sans laisser de nouvelles. Il sera le dernier mousse. Et je l’accompagnerai…   

 

Il faut comprendre une chose quand on prend le large, c’est qu’on ne supporte plus de s’en éloigner. On s’y attache, s’y amarre, tangue, ballotté par la houle redoutable, les vagues qui ondulent, irrégulières et sauvages. Le baromètre descend, point de rupture avec la mer, la tempête approche comme nous approchons du Cap Tres Montes. Il faut se munir d’une bonne dose de sang-froid, car on louvoie, voyageant à tombeau ouvert. Le spectacle est terrifiant. De violentes nausées me rappellent la mer des Caraïbes, déchaînée, indomptable. Le vent rugit dans les cordages. Pourtant, j’y suis revenue, avec Alejandro, comme on revient vers de vieux souvenirs ineffables. Parce qu’avant tout, il y a ce vent salé du large. L’infinitude de cette plaine liquide, la lune et ses marées, autant de beautés que les tempêtes n’arriveront jamais à affaiblir. Dans ce tumulte, un vieux loup de mer nous raconte ses périples en mer, la nostalgie au creux des yeux. Ainsi, nous voyageons encore un peu plus loin…   

 

« En mer, quand la mort s’approche, il faut ouvrir grands les yeux et la regarder en face ; alors, elle fait moins peur, c’est comme si tu allais descendre à quai. C’est pour ça qu’un naufrage est moins dur sur une barque que sur un navire. Sur une barque on regarde la mort dans les yeux, on a envie de se lever et de marcher à son bras au milieu des vagues, mais sur un navire, tout est trop grand, il y a trop de bruit, d’appels, la mort s’annonce de façon si terrifiante que lorsqu’elle arrive on est comme fou. Plus grand est le bateau, plus dur est le naufrage. » 

 

Punta Arenas, au bord du détroit de Magellan, face à la Terre de Feu. C’est le spectacle qui s’offre à nos yeux, inouï, grandiose, alors que nous approchons de notre but. Sa beauté dépasse tout ce que vous ne pourrez jamais imaginer. Les grandes estancias avec leurs millions de moutons. Des icebergs, redoutables géants de glace, dans toute leur immensité. Et chaque dimanche, un hommage à cette grandeur sans nom, le salut aux couleurs. Le nom en soi est d’une poésie incroyable. Je réalise néanmoins que j’ai oublié de vous parler du « Paradis des loutres », ce lieu secret protégé des Alakaluf, groupe indigène de la zone australe du Chili. Nous avons croisé leur route. Ces nomades se déplacent en canot et vivent dans des huttes. Ils nous ont accueillis, un peu sauvagement au départ, mais comme nous connaissions leur chef, Manuel, ils nous ont ouvert les bras et offert le couvert, de la chair crue de phoque. Ce n’est surtout pas le temps ni le moment de faire la fine bouche, car ils ne sont pas peu fiers de leur offrande. Après quelques jours en leur compagnie, nous reprenons la mer...

 

…et accostons, au terme de ce long périple, dans la partie la plus australe de l’Amérique du Sud, le Cap Horn. Nous avons eu du mal à le franchir, à cause de ses tempêtes mortelles, mais ce qui s’offre à nos yeux n’a pas de nom. C’est grâce à Francisco Coloane, cet écrivain touchant et profondément humain, que nous y sommes parvenus. Mais je dois avant tout la découverte de cet auteur au Bison des grandes plaines, proprio du Ranch sans nom.

 

Pour lire son magnifique billet aux saveurs marines

Il faut clicker ici

       

Le marin Manu en garde aussi des images mémorables :-)

 

caphorn

 

 

Quelques photos de la Patagonie, prises par Sophie, ma voyageuse d’amie. Pour en voir d’autres, C'est ici

 

Sous le lien « Les voyages de Sophie », il y a une tonne d'autres magnifiques photos…

 

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commentaires

manU 26/09/2014 08:10

C'est bien ça ! C'est marquant comme expérience ! :)

Nad 28/09/2014 03:28




Surtout quand il y a de la houle et des vagues par-dessus le bateau. Bonjour le mal de mer! 



manU 25/09/2014 22:25

A la lecture de ton billet, je m'y revoyais...
Merci pour le lien !
A bientôt pour une prochaine escale. :)

Nad 26/09/2014 01:30



Tu te revoyais en marin, c’est ça? 



ubu 18/05/2014 20:44

salut Nadine
tiens cette lecture me fait penser a une repentance que tu as peut etre souhaitee subir pour cmbler ton arret dans la lecture de Moby Dick
Moby dick le grand roman maritime qui il est vrai est vraiment un plombeur d ambiance et je bien etre, vu le nombre de paragraphes a subir sur la quille du bateau, la salle du capitaine, les
couchettes, les lecons sur les baleines,
je ne doute pas que tu as du trouver plus de plaisir a, lire ce DERNIER MOUSSE QUI A L AIR BEAUCOUP MOINS ACADEMIQUE
au moins tu pourras dire que tu as lu deux romans marins pour ce debut d annee
aies bonne conscience maintenant et oublies Moby Dick

Nad 21/05/2014 00:30



Quoi? Moby Dick ??? Parlons-en !!! Je me demande bien de qui est venue cette idée
grandiose en 730 pages microscopiques… (mdrrrrr). Bon d’accord, je voulais le lire depuis longtemps, une histoire de mer, de baleines, de marins… À part le cannibale qui lui m’a fait très rire,
qu’est-ce que c’était pénible!


Page 197, traitée de cétologie, beaucoup trop académique à mon goût !


Merci de m’avoir redonné bonne conscience avec ton message !

Mais celui-ci, « Le dernier mousse » de Coloane, c’est une perle…



christw 15/05/2014 08:08

Beau voyage ! Que vous semblez aimer voyager... Je me réjouis d'avoir votre avis sur Sepulveda que je voudrais lire un de ces prochains jours.

Nad 15/05/2014 13:37



J’ai toujours aimé Sepulveda, ce grand
écologiste et défenseur de la nature. Ce livre est une relecture, il m’avait tellement plu…



Asphodèle 13/05/2014 17:43

Coucou Nadine, je trouve enfin une minute pour laisser trace de mon passage (j'étais venue lire deux ou trois chroniques mais je n'avais pas commenté) ! Ton billet a ravivé un vieux rêve
d'adolescence jamais réalisé : la Patagonie ! Et les photos sont juste superbes, ton billet aussi ! Je note ce livre pour plus tard !

Nad 14/05/2014 03:13



Toi qui a fait tant de voyages et habité des
endroits magnifiques, peut-être qu’un jour tes pas te mèneront vers ce lieu de rêve. Même si tu as déposé tes valises… ;-) C’est un plaisir de te voir ici…



Nadael 13/05/2014 09:44

Ton billet donne très envie de se lancer dans l'aventure... et quelles photographies magnifiques! Merci pour cette évasion...

Nad 14/05/2014 03:13



Si tu aimes les romans de la mer, celui-ci te
plaira sans doute. Sauf qu’il ne faut pas avoir la nausée parce que ça brasse quand même ! Oui, ces photos prises par Sophie sont magnifiques…



dasola 12/05/2014 22:08

Bonsoir Nadine, je garde un souvenir inoubliable de l'Argentine et de ses paysages (j'y suis allée en 1999). J'ai vu des baleines, le Perito Moreno, des pingouins, des éléphants de mer et j'avais
beaucoup aimé Buenos Aires. En revanche ma connaissance de la littérature argentine est quasi-nulle et je le regrette. Bonne soirée.

Nad 14/05/2014 03:12



Tu dois garder un souvenir incroyable de ce
voyage… Quelques photos du Perito Moreno, toujours de ma voyageuse d’amie, feront bientôt escale ici. Toute cette grandeur est désarmante…



le Bison 11/05/2014 15:45

Quelle belle chronique. J'ai refait une nouvelle fois ce voyage avec Alejandro pour y découvrir en plus cette buveuse de Chambly dans la salle des machines regardant les marins tout en sueur et en
cambouis.
Beau voyage au sud de nulle part.
Et agrémenté en plus de superbes photos... Je vais voir les autres.

Coïncidence : je viens justement de repartir vers ce Grand Sud, "En Patagonie" avec Bruce Chatwin.

Nad 14/05/2014 03:11



Malheureusement, je n’avais pas le temps de
jaser avec les marins, dans ce fond de cale j’avais une famille de gros rats qui m’empêchaient d’aspirer au bonheur. Ces sales bêtes !


Tu m’as fait découvrir Coloane, que du bon,
c’est dire que ce Chatwin vaut le détour...



Eeguab 11/05/2014 15:40

Comme le Bison et toi je suis un amateur de la littérature d'embruns et de sel de Coloane. J'en ai lu quatre je crois dont Le sillage de la baleine et Tierra del Fuego.

Nad 14/05/2014 03:07



J’ai lu aussi Tierra del Fuego, mais il faudrait
bien que je mette la main sur ce sillage de la baleine. J’ai par contre cap Horn qui m’attend juste avant…



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