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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 15:39

Le cauchemar de Darwin

 

Elle est morte … assassinée un soir par son client, un pilote australien  

Le cauchemar de DARWIN

Oui, ton lac va mourir mon pauvre Livingstone,
Et le poisson crever, et avec lui les hommes
Qui vivaient de ses eaux bien avant que soit Rome …
Tu y cherchais le Nil, miroir des Pharaonnes !

Mais un jour un marchand, dont le nom est maudit,
Jeta dans ce cratère abyssal et fécond
Un monstre cannibale, une perche aux yeux ronds,
Qui écuma les flots jusqu’à tuer toute vie.

Voici que le lac meurt, les pêcheurs vont le suivre …
Leurs enfants édentés se nourrissaient d’arêtes
Volées aux poubelles sorties des lieux de fête,
Cela même est fini : gageure que de vivre !

Il reste les avions dont le train incessant
Fait trembler les bidons où habitent des ombres ;
Chargés d’armes de mort, ils souillent le tartan,
Puis repartent gavés de poissons en surnombre.

Il reste les putains au regard douloureux,
Où un ailleurs lointain le dispute à l’enfer ;
J’en connais une au moins, au grand sourire amer,
Morte criant sans bruit sous les coups d’un vicieux.

Il reste les gamins, couchés sur les trottoirs,
Où bien sniffant la colle au sombre d’un couloir,
Où encore boitant sur une jambe unique,
Souvenir d’une mine ex-soviétique.

Il reste la douleur, le désespoir lucide,
Le faible qui se couche en appelant la mort,
Les enfants que l’on vend à la loi du plus fort,
La nausée qui me prend de ce monde putride.

Regarde les avions dans la chaleur épaisse,
Entends-tu les dollars qui rentrent dans la caisse ?
Un dollar, une larme ! Un enfant, une femme,
Qui pour survivre nus, dans cet enfer se damnent.

Et le grand lac se meurt, mon pauvre Livingstone,
Cauchemar de Darwin qui tremble dans sa tombe,
Et le mendiant claudique, et la putain s’étonne
De voir sourdre une larme au visage des bombes.

   
Théo, Février 2006

 

Le cauchemar de Darwin 2

 

 

*Synopsis du film de 2004 (sorti officiellement en France en mars 2005)


Les rives du plus grand lac tropical du monde, considéré comme le berceau de l’humanité, sont aujourd’hui le théâtre du pire cauchemar de la mondialisation.
En Tanzanie, dans les années 60, la Perche du Nil, un prédateur vorace, fût introduite dans le lac Victoria à titre d’expérience scientifique. Depuis, pratiquement toutes les populations de poissons indigènes ont été décimées. De cette catastrophe écologique est née une industrie fructueuse, puisque la chair blanche de l’énorme poisson est exportée avec succès dans tout l’hémisphère nord.
Pêcheurs, politiciens, pilotes russes, prostituées, industriels et commissaires européens y sont les acteurs d’un drame qui dépasse les frontières du pays africain.
Dans le ciel, en effet, d’immenses avions-cargos de l’ex union soviétique forment un ballet incessant au dessus du lac, ouvrant ainsi la porte à un tout autre commerce vers le sud: celui des armes.
Mais ne vous y trompez pas : la guerre est une chance, celle de ne pas mourir de faim pour ceux qui seront soldats ...

commentaires

Théo 25/04/2013 09:58

Chère Nad,

je suis heureux que tu aies pu trouver ce film-documentaire; A l'époque, j'avais amené un groupe d'étudiants le voir et leur réaction avait été unanime ... le poème a suivi de peu, comme à chaque
fois que j'ai une grande émotion ou colère. ça sort tout seul, il faut que ça sorte car c'est insupportable !

Bisous nad

Nad 25/04/2013 17:28



Tu sais que tes poèmes ont toujours eu la force de m'émouvoir. Ils sont un trésor de sensibilité fine que je ne me lasserai jamais de lire. Quand tu as amené ce groupe d'étudiants voir le film,
sur quels aspects cherchais-tu à les éveiller particulièrement ? Je m'en doute compte tenu de ton métier et de ton expertise, mais si jamais tu as la chance de m'en parler un peu plus...


Gros bisous et bonne soirée J-M 


Nad



Théo 01/04/2013 20:07

Chère Nad,

il faut bien crier de temps en temps ...je dois dire que ce film m'avait marqué, j'ai essayé de rendre le ton et l'esprit ... Si tu le trouves, tu me diras ce que tu en penses.
merci de m'avoir accueilli une fois de plus !

Bises

Nad 24/04/2013 22:43



Coucou J-M,


J'ai regardé «Le cauchemar de Darwin» il y a quelques jours. Merci de m'avoir fait découvrir ce film documentaire absolument troublant, parce qu'il n'y a pas d'autres mots. La perche du Nil, ce
poisson qui vaut des milliards, qui fait rouler l'économie du pays, assure la survie alimentaire, crée des emplois et qui résulte d'une petite expérience scientifique ...


J'ai aimé le regard aiguisé et complice du peintre sur les enfants de la rue, la prostitution, la mendicité, la violence, le sida etc.. Un regard aussi désabusé ... Les vues sur les ravages du
sida sont poignantes, troublantes. Cette mère qui va mourir et qui laissera deux enfants orphelins, le père étant déjà mort lui-même. Le fléau de l'enfant orphelin qui touche des milliers
d'enfants dans ces pays d'Afrique. Et le refus du pasteur de véhiculer des messages préventifs (préservatifs notamment) parce que c'est contre la volonté de Dieu. Rah, c'est aberrant! Et puis ces
femmes qui vendent des nuits aux pilotes russes pour 10$ la nuit, soumises à des violences terribles et même à la mort. J'ai eu envie de crier et de pleurer à la fois.


J'avais peine à croire que cette population, quand elle fut interrogée, ne se doutait pas des milliers d'armes apportées dans leur pays par les russes. Certains pensant même qu'il s'agissait de
matériel pétrolier. Donc le poisson était une porte d'entrée pour le trafic d'armes à Mwanza, en quelque sorte une plaque tournante pour la contrebande. Un profit considérable pour les européens
! Arriver avec des armes et repartir avec des milliers de poissons pour la vente au détail. Quelle triste constat et quelle tristesse pour ces gens qui luttent quotidiennement pour la sauvegarde
de leurs ressources naturelles et contre la famine. C'est un couteau à double tranchant ... J'étais en colère en terminant ce film.


La dédicace de la toute fin est touchante: "Je voudrais que tous les enfants du monde soient heureux". Si seulement ...


Je pourrais évidemment en dire beaucoup plus. Une chose est certaine, car avant tout il ne faut pas oublier ton magnifique poème qui rend fait de ces atrocités, tu as parfaitement raison de dire
ceci : "Oui, ton lac va mourir mon pauvre Livingstone" ...


Bisous mon cher J-M


Nad



ELOY 20/03/2013 02:53

Théo, de la grande poésie à mes yeux, je n'ose pas dire de la belle poésie tant le sujet est sordide, laid et j'aime cette façon si poétique de ''dénoncer'' par le biais de faits historiques, ce
n'est pas un énième écrit contre la guerre ou la cupidité des hommes, c'est plus que ça et ta façon d'en parler décuple le cynisme mais comme la guerre est une chance...... on se demande comment et
quand tout ça s'arrêtera. Sur tous les continents on rencontre ce genre de situation et ça n'est pas l'apanage des pays pauvres, l'humanité court à sa perte.
merci Théo amitiés
JC

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