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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 17:04

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« Le cœur humain n’est pas fait pour transcender le temps, et s’il nous arrive par endroits de perdre la mémoire, c’est sans doute dans le but de préserver notre esprit. Car après tout, si j’avais gardé mes souvenirs, je pense que j’en aurais été terriblement perturbée. »

 

Je me suis sentie un peu déchirée à l’idée de rédiger une brève critique de ce livre. D’une part, la littérature japonaise se passe à mes yeux de toutes critiques négatives. C’est sans nul doute l’univers littéraire où je prends le plus plaisir à m’évader. L’atmosphère sereine et douce qui s’en dégage m’est apaisante, qu’importe la dureté du sujet évoqué. Il y a un je ne sais quoi dans l’écriture qui adoucit les passages les plus violents. D’autre part, j’ai aussi beaucoup de mal avec les histoires surnaturelles où l’apparition de fantômes revient flotter au-dessus du présent. Le titre du livre et la quatrième de couverture m’annonçaient pourtant déjà cet obstacle du livre à la Musso que je me refuse toujours de lire. Mais comme c’est un auteur japonais, c’était presque à moitié déjà pardonné… Quoi qu’il en soit, hormis cet aspect qui a influencé tout le cours de ma lecture, il faut le dire, je vous en parlerai le plus objectivement possible.

 

Depuis la mort de sa femme Mio, Takumi vit seul avec son fils de six ans, Yûji. Dans l’espoir de le rassurer et de lui faire comprendre l’abstraction de la mort, en ce si bas âge, mais aussi pour se consoler de sa propre blessure, Takumi lui parle chaque jour de la planète « Archive », où il dit se trouver sa mère.

 

« C’est comme une vaste bibliothèque, très calme, immaculée et bien ordonnée. En tout cas c’est un lieu immense, dont les bâtiments sont traversés par des corridors se déroulant à perte de vue. Les personnes qui ont quitté notre monde y mènent une vie paisible. Cette planète, si tu veux, c’est un peu comme le fin fond de notre cœur. »

 

Takumi est un personnage plutôt atypique, sans que ne soient dévoilés clairement les troubles dont il est victime. Il se décrit lui-même comme simple d’esprit et incompétent. Le monde environnant lui est une menace permanente. Il souffre d’anxiété chronique et est rempli d’obsessions liées à la peur de mourir. Il porte une montre à baromètre intégré pour pallier au fait que son corps soit extrêmement sensible aux variations de température, d’humidité ou de pression atmosphérique. Il attribue ses troubles à une anomalie de son cerveau. S’il tient à ce prix à écrire un roman sur son histoire personnelle, c’est qu’il souffre de troubles de la mémoire à court terme et qu’il veut écrire avant d’avoir tout oublié : « Les romans sont la nourriture du cœur. Ce sont les lampes qui illuminent les ténèbres, la joie qui surpasse l’amour. » 

 

Avant de mourir, Mio lui fait la promesse de revenir avec la pluie, afin de s’assurer qu’ils se débrouillent bien, son fils et lui, pour enfin s’en retourner avant l’arrivée de l’été. Son bref passage leur aura permis de revivre des souvenirs heureux, de leur rencontre, notamment. Des souvenirs pleins de tendresse et de chaleur…

 

J’ai lu quelque part qu’Ichikawa avait repris la trame d’une histoire de fantôme pour évoquer le temps et la mémoire. Qu’il nourrissait l’ambition, par ce livre, de transmettre l’énergie de vivre en dépit de toutes les séparations et de tous les exils. Qu’il qualifiait ce roman d’autobiographique, même si certains passages demeurent fictifs. Il affirme que la clé de voûte de ce livre est la relation à sa mère et sa femme. Sa mère ayant risqué sa vie pour le mettre au monde, image qu’il reprendra ici par l’entremise de Mio, morte en couche. C’est donc en soi, et aux vues de ces éclaircissements, une histoire bouleversante et touchante, qui me réconcilie en quelque sorte avec le thème du revenant. L’écriture est poétique, imagée et sensible. On se questionne forcément sur le grand amour. Mais il manquait un tout petit quelque chose, du tonus, il me semble…

commentaires

manU 23/12/2016 13:24

Je n'ai pas lu beaucoup de littérature japonaise, je ne sais pas combien de livres exactement, mais c'est souvent l'aspect poétique qui en ressors, ça fait du bien, c'est plaisant, parfois profond, et c'est ce que j'aime y trouver quand j'en lis.

Nad 23/12/2016 16:07

C'est vrai, il y a de la douceur souvent, de la poésie, une invitation à la réflexion, on s'y sent bien...
Merci mon sweet favorite kinG d'être passé ici <3

Nadael 25/03/2014 18:26

Je connais peu la littérature japonaise. Mais j'ai un souvenir ému du poids de secrets d'Aki Shimazaki. Si tu n'as pas lu ces petits livres (5 tomes), je te les conseille. C'est très beau.

Nad 28/03/2014 22:51



Le poids des secrets? Super! Je vais voir de suite...


Bonne soirée Nadael



Jean-Charles 21/03/2014 09:19

C'est bien sûr un livre que j'ai lu. je suis en train de refaire mon blog mais tu trouveras aisément. Je suis un fan de Haruki Murakami. J'ai pratiquement tout lu de ce qu'il a écrit et son plus
beau livre Kafka sur le rivage me laisse ébahi à chaque lecture.
Pour schématiser l'Asie à ma façon, je dirai j'aime la littérature japonaise, le cinéma coréen et les filles vietnamiennes.

Nad 22/03/2014 18:09




Ce livre était le premier que je lisais d’Ichikawa. Il me faudra en lire d’autres pour me faire une meilleure idée. Mais l’écriture japonaise trouve toujours grâce à mes yeux…



le Bison 20/03/2014 20:14

Moi qui suis un grand admirateur de la littérature japonaise, je m'en vais jeter un coup d’œil sur celui-là, que je ne connais pas. Je trouve aussi une certaine poésie dans l'écriture japonaise
même quand les plus grands drames se jouent sur les pages. La guerre, la bombe, la mort trouvent elles-aussi des élans poétiques avec cette plume japonaise.

Nad 22/03/2014 17:59



C’est ça, on dirait que la douceur de
l’écriture vient toujours à bout des drames les plus violents. Il y a une magie indéfinissable…



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