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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 15:48

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« La nature, je m’en fous éperdument, je n’ai jamais collectionné de feuilles, même pas étant enfant, même pas de cailloux – qu’on se trouve au printemps ou en automne ou en hiver m’est parfaitement égal, le miracle de la vie ne me touche pas, la vie qui bourgeonne, évolue, explose et change, les boutons de fleur qui enflent et éclosent, ces choses me laissent froide, alors que je ne suis pas une femme frigide, non, loin de là! »

 

Tout un début de roman! Qui annonce d’ailleurs le ton des 400 pages qui vont suivre… La plume de l’auteure est subtile et intelligente, elle manie habilement l’âme humaine, dans ses recoins les plus obscurs. Ces moments passés auprès d’elle sont toujours bouleversants et chargés émotivement. Je n’en suis pas à son premier livre, et je remarque que certains thèmes y sont récurrents : la maternité, la présence de la musique, la recherche du bonheur.  

 

Écrit sous la forme du roman dans le roman, il s’agit de l’histoire de Nadia, 49 ans, fraîchement divorcée de Per. Nadia, un prénom si simple, mais à la fois chargé de sens, car la narratrice ne manque pas de rappeler qu’il tire son origine du « néant ». Dire qu’on m’a fait croire toute ma vie que mon propre prénom, qui tire aussi son origine de « Nada », venait du russe « espoir » ou de l’arabe « fraîcheur de la rosée ». J’en pleure!!! Quel désillusionnement! Significativement moins glamour… Bref… Nadia est l’« instrument désaccordé » (Scordatura) d’une famille dysfonctionnelle. Sa mère était musicienne avant de sombrer dans la folie et le délire. Avec son père, un homme violent, elle a sa vie durant entretenu une relation malsaine, jusqu’au jour où s’effondre l’illusion du père idéal. Elle a un jumeau, Nathan. Et quelques souvenirs, « des images au formol », qui ne changent pas, et qui se trouvent dans les parties anesthésiées de son âme.     

 

« Mais pourquoi me semble-t-il toujours que les choses se fanent, se flétrissent et se meurent, s’éloignent de nous, s’étiolent, s’écroulent – pourquoi cette perte perpétuelle et sans merci, incontestable malgré toutes les preuves du contraire ».

 

Écrivaine, Nadia fera le point sur sa vie à travers son personnage de Barbe, en qui elle se reconnaît. Cette dernière aura aussi un frère jumeau, Barnabé. Si les actes de leur histoire sont vécus différemment, les séquelles en sont les mêmes, des traumatismes ineffables. Barbe est orpheline, Nadia l’est aussi, en un sens. Qu’elles aient été violées ou incomprises, cet enfant naissant en chacune d’elles ne sera pas désiré. L’avortement sera la conséquence d’un acte désespéré plus que d’un manque d’amour. Les répercussions : deux femmes, issues de deux époques, mais toutes deux futées et vives, méfiantes, vivantes, fragiles, farouches, colériques… Et dont le destin sera tracé sur des chemins sinueux.

 

« Fermant les yeux, Barnabé prend son souffle et laisse couler de sa gorge des sons de miel pur : notes liquides, chaudes et dorées, jamais les tympans de Barbe n’ont été ainsi caressés. Un frisson la parcourt tandis que, percluse d’amour, elle dévisage son frère » 

 

Voilà, j’en ressors un peu ébranlée. L’abandon est au cœur de ce roman, aussi fragile qu’une goutte d’eau dans le souffle du vent. Chaque personne contient son univers de peur, de colère et de douleur. Les deuils sont inévitables, aussi incontournables que les hauts et les bas de la vie. C’est ce que Nancy Huston nous rappelle avec force.

commentaires

Nadael 11/06/2014 11:11

Moi aussi on m'a toujours dit que Nadège venait du russe Nadejda : "espoir"!! On nous aurait menti!! Sinon, je note ce livre... de Nancy Huston j'ai lu Reflets dans un oeil d'homme, une lecture
dure mais passionnante.

Nad 11/06/2014 14:33



Nadael, c’est que je lui en ai voulu à cette Huston de me faire
perdre mes illusions! Mdrr Comme nous avons le même prénom toi et moi, gardons « espoir » en tête, c’est plus poétique…



phil 11/06/2014 11:05

Oula ..., mais c'est que tu me tenterais là !
Fais gaffe à toi, préserve toi, j'ai fait mes études avec le Bison et j'ai les mêmes vices lol ! Oui c'est aussi de sa faute ! ! !
Pauvre mère ...
Mais si tu veux me montrer ta rigouèche j dis pas non !
Et peut être que tu échoueras sur la plage languissante de la félicité !

Nad 11/06/2014 14:27



Audacieux en
plus, j’aime ça!!!


Alors on se
la lit quand cette Danse Noire de la félicité? Je me languis



phil 10/06/2014 18:10

C'est dans ce livre qu'on peut ajouter des expressions de par chez vous donc ???
En tt cas, si ce livre touche l'âme humaine, il doit être assurément bien.

Nad 10/06/2014 19:24





Une fois le livre terminé, tu connaîtras autant d’expressions québécoises que moi. Ce
qui ne veut pas dire pour autant que tu les comprendras  Mais, un homme
cultivé comme toi devrait arriver à en déduire le sens mdrrr Sinon, il me fera plaisir de te les traduire! (re-mdr) Comme je n’ai pas lu « Danse noire », qui semble être écrit dans un
jargon québécois inégalable, on pourrait même le lire ensemble! Je te servirais de dico




claudialucia Ma librairie 06/06/2014 17:37

Moi aussi mon préféré est Prodige!
au sujet du langage québecois, lors d'un voyage au Québec, nous sommes arrêtés à la Tuc dans un petit resto où les gens parlaient le patois du pays. Je n'y comprenais rien mais mon mari qui est
picard (région du nord de la France), était très à son aise!
Au fait, j'aime beaucoup ton pays!

Nad 09/06/2014 00:05



À la Tuque! Ce petit village est vraiment situé au fin fond du
Québec profond mdrrr Mais les gens y sont tellement chaleureux! 



claudialucia ma librairie 06/06/2014 17:30

J'ai beaucoup aimé celui-ci mais j'ai arrête de la lire car je n'ai pas aimé ces derniers romans.

Pour te consoler : Nada en espagnol signifie rien donc néant mais en russe Nadiejda = espoir!

Nad 09/06/2014 00:03



Et « fraîcheur de la rosée » chez d’autres. Ouf…




Malika 06/06/2014 09:20

Nancy Huston est une auteure assez inégale dans ses écrits me semble-t-il ! Autant Ligne de faille et L'espèce fabulatrice m'ont bluffée et fascinée autant les quelques autres que j'ai tenté de
lire ensuite me sont tombée des mains !!
Je n'ai pas essayé celui-ci, je suis devenue un peu frileuse vis à vis de cette auteure !

Nad 09/06/2014 00:01



Quand on n’aime pas, il est sage de passer à un autre auteur… Il y
en a tant à découvrir!



christw 06/06/2014 06:58

Je trouve que N Huston écrit sans ménagement pour le lecteur. J'ai essayé "Danse noire" tout récemment, et l'ai abandonné. Je crois que je l'ai trouvée trop.. virile, un parler rude, difficile
d'exprimer mon ressenti.
Quel contraste avec son lucide et brillant "L'espèce fabulatrice".

Nad 08/06/2014 23:59



Vraiment, il me faudra lire cette Danse noire. « Un parler
rude » : je ne peux que remercier Huston d’honorer ses racines…



Karine:) 06/06/2014 00:39

Je ne l'ai pas lu celui-là... mais mon préféré est prodige, que j'avais trouvé magnifique. Par contre, s'il y a de la musique dedans, ça risque de me plaire.

Nad 06/06/2014 02:03



Une
compatriote québécoise qui comprend « le québécois de la rue à n’y rien comprendre »!!! mdrrr Coucou Karine. Comme Bison, tu as adoré Prodige. Je vais m’y mettre prochainement…



le Bison 05/06/2014 22:12

Tabarnak ! Là, j'ai le droit puisque voilà une auteure bien de chez toi (Enfin un peu de chez nous maintenant, puisqu'elle vit plus à Paris qu'à Calgary)
Une auteur que j'apprécie beaucoup.
J'avais bien aimé Lignes de Faille, qui a fait sa grande renommée chez nous, popularisant son succès.
Mais j'ai surtout adoré Prodige, avec là-aussi la musique intégrant le récit.
Et son tout dernier, Danse Noire, est excellentissime, avec notamment de longs morceaux en patois québécois de la rue à n'y rien comprendre, sauf pour les experts en langue ou les ours du cru.

Nad 06/06/2014 02:01



J’ai aussi
aimé Ligne de faille et bien d’autres. Prodige m’attend et son dernier je ne l’ai pas encore lu, mais tu me donnes très envie!





En
« patois québécois de la rue à n’y rien comprendre »? Voyons Bison! C’est certain que si t’as un poil d’oursonne sur le bout de la langue, aussi soyeux soit-il, t’y comprendras rien…
C’est pas le langage du corps qui t’apprendra celui des expressions du terroir. Faut cesser de brouter et focusser un
peu!





TABARRRRRRRRRRRRRNAK! Un mot à ajouter au Petit Robert! C’est d’ailleurs inacceptable qu’il n’y soit pas déjà… Pfffffffff quel manque de goût… 



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