Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 03:05

emmaus

 

« Comme son amour fut immense, immense fut sa souffrance »


Elle s’appelle Andre et incarne la luxure. Elle a 18 ans. Elle est belle, riche, fascinante. Elle est désirable, désinvolte, insaisissable… D’aucuns diront qu’elle est pute, elle « s’offre », simplement, sans pudeur et sans limites. Elle vient d’un autre monde, d’une autre « normalité », là où les barrières du désir ne confrontent aucun obstacle. Elle est libre et son univers est vaste. Elle n’appartient à personne et pourtant un peu à tout le monde. Elle couche un jour avec les pères, le lendemain avec leurs fils. Où est le mal quand on répand autant de bien-être? Doit-elle se dire… Son âme n’est pas moins pure, elle est juste un peu plus fragile, immature, blessée. Et son corps est une danse sensuelle qui envoûte le regard des hommes…    

 

« Toute sa splendeur réside dans son visage – la couleur de ses yeux, l’angle saillant de ses pommettes, sa bouche. Il ne semble pas nécessaire de regarder autre chose – son corps est simplement une façon d’être, de prendre appui, de s’en aller – c’est une conséquence »


Eux, ce sont Bobby, Luca, le Saint et le narrateur. Ils incarnent le catholique intégriste de l’Italie des années 70. On leur a appris que la beauté est une vertu morale qui n’a rien à voir avec le corps ou le galbe d’un sein. Le corps d’une femme est un objet de refoulement. Ils ont appris qu’on fait l’amour pour communiquer et partager une joie, non pas pour le plaisir, encore moins pour l’épanouissement des sens. Musiciens, ils animent les services à l’église et assistent les personnes âgées de l’hospice. Ce sont les meilleurs amis du monde. Ils savent qui est Andre. D’ailleurs, tout le monde sait qui elle est. Et comme le désir est plus fort que la morale, ils finiront par tomber amoureux. Non pas d’un amour qui a « connu », mais d’un amour qui a envie de connaître, de toucher, de sentir, de ressentir. Ils se laisseront dériver doucement vers la liberté. Elle leur apprendra l’amour et le plaisir. Jusqu’au jour où elle viendra se glisser entre eux, dans le lit. Et qu’elle s’offrira tel un don inattendu…


« Andre était étendue au sol, sur le dos, et quand elle se releva, elle le fit en laissant tomber la tunique blanche qu’elle portait, la mue d’un serpent, et apparut sous nos yeux, nue. Ainsi nous était donné, sans qu’on nous demande rien en échange, ce que nous avions toujours cru hors de portée… Je continuai à l’embrasser, cherchant sa bouche. On aurait dit un jeu, elle se pencha sur moi, prit mon sexe entre ses lèvres, sa bouche loin de la mienne, selon son désir. Je mis une main dans ses cheveux et resserrai mes doigts, pliant le bras et tirant sa tête vers moi ».


Cet Emmaüs de Baricco est divinement sensuel. Mais surtout, il nous ébranle. Il est le portrait d’une génération confrontée au choc de ses valeurs. L’auteur nous démontre que lorsqu’on dérive du modèle qui constitue non seulement celui d’une époque mais aussi, plus intimement, celui de notre cadre familial, nous devenons fragiles, certains plus que d’autres.  Le choc peut être suffisant à nous pousser au désespoir. Et du désespoir au suicide. En ce sens, Baricco nous amène à nous interroger sur ce qui est normal ou non. Ce qui l’est est sans doute un peu du monde dans lequel chacun de nous a évolué. Qu’on le veuille ou non, nous sommes en quelque sorte un fragment de la vie de nos parents. Et quand les gens autour de nous dévient de ce moule, nous pensons qu’ils sont anormaux. Ils sont jugés sur les apparences bien plus que sur les actes. Andre n’aura eu que le courage d’affronter le monde tel qu’il est, avec son regard sur la vie. Ce roman d’apprentissage est marqué par le passage de l’adolescence à la vie adulte. Et la détresse qu’il suscite chez beaucoup de jeunes est troublant.

 

Comme les disciples d’Emmaüs, nous vivons dans l’ignorance, aveuglés par certaines évidences que nous refusons de voir. Ainsi le monde nous échappe, nous regardons à la surface des choses, nous effleurons l’essence même de la vie… 

 

Venez lire le superbe billet From the avenue


baricco

 

commentaires

Guillome 28/01/2015 08:36

ma première rencontre avec cet écrivain. Une belle rencontre. Je garde un très bon souvenir de ce roman.

Nad 29/01/2015 00:18



Un roman d’une grande sensibilité. J’ai été particulièrement touchée par ce portrait de
génération confrontée au choc de ses valeurs…



manU 09/11/2014 09:15

Bien sûr, à quoi d'autre ?!...

Croa Croa ! ;)

Nad 10/11/2014 04:32



Mais à rien, c’est tout à fait ça  



manU 08/11/2014 23:32

J'ai lu et aimé Soie, il y a longtemps...
Quel talent pour choisir des extraits qui vont retenir toute notre attention... ;)

Nad 09/11/2014 01:45



« Comme son amour fut immense, immense fut sa souffrance »


Tu fais référence à cet extrait-là?


C’est un livre très beau, très sensuel, touchant, juste un roman qui nous amène à
redéfinir la vraie beauté des choses…  


Soie est aussi magnifique. Quel auteur quand même ce Baricco!


 


Cui Cui Cui



Asphodèle 02/09/2014 22:05

Moi aussi Nad, dès que l'on parle de mer, je cours, je vole, je suis prête à tout !!! Mais on ne le trouve pas facilement cet Océan mer, je l'ai noté tu penses, mais mes librairies
(géographiquement) ne l'ont pas, il faut commander et j'ai essayé sur le Net d'occasion, je n'ai pas trouvé alors je crois que je vais finir par le commander à ma prochaine descente en librairie
(j'habite dans une grotte, ne l'oublie pas, warf !!!) ...^-^

Nad 03/09/2014 00:45



Alors quelle belle occasion pour moi de te le faire livrer à même ta grotte!
Bonheur!



Asphodèle 01/09/2014 11:03

J'adore Barrico ! J'ai lu Soie deux fois (même plus, chuut) et on m'a offert la magnifique version illustrée par Rébecca Dautremer, c'est encore un autre regard. Novecento m'a transportée
également, j'ai noté cet Emmaüs, et vu ce que tu en dis il devrait me plaire !!! :)

Nad 02/09/2014 18:30



Wow! J’ai vu la version illustrée sur le net, que je ne connaissais pas, elle est
magnifique! Elle est même dispo à la librairie près de chez moi. J’aimerais tant lire cette version, avec « un regard nouveau ». Génial, merci Isa! Dans un autre registre, j’ai adoré
« Océan mer ». Évidemment, quand on parle de la mer, je ne suis jamais très loin… Bisous



phil 28/08/2014 17:58

une vache meugle
mais un bison ca fait koi ???

Nad 28/08/2014 18:12



Bonne question mdr Je sais pas ce que ça fait mais en tout cas ça broute dans les
champs! Hey Bison, t’es où? 



le Bison 28/08/2014 17:23

Autre chose que le majeur... OUI ! J'ai les doigts de pieds qui commencent à frétiller...

Nad 28/08/2014 17:41



Mdrrrrrrrrr Ça commence par les doigts de pieds et ça remonte… (et pas directement vers
l’âme!) Ça remonte tout au passage!  



phil 28/08/2014 11:23

j'ai connu cet auteur avec soie ca va de soi ! Comme pas mal je pense ! Mais pour ma part c'était l'attrait de l'Asie ...
Puis il y a eu aussi "sans sang" du 100% ok donc pour Alessandro!
Celui-ci connait pas, mais le thème est tentant ! Et il va bien titiller tes lecteurs. Je vois déjà bien le Bison se bouger autre chose que le majeur !!!

Nad 28/08/2014 17:32



Il faut que je relise Soie, quelle belle histoire…


 


Parlant titillement, je pense que certains passages seraient susceptibles de tourmenter
non pas qu’un mais ses deux majeurs  De quoi émoustiller un Bison des grandes plaines   



Nadael 27/08/2014 17:34

J'ai lu "soie" il y a longtemps. Je me souviens d'un livre très poétique mais je n'en ai pas gardé un souvenir très net. Il faudrait que je le lise à nouveau avec un autre regard (plus mûr!).
Emmaüs m'intéresse pour ses thèmes, je note.

Nad 28/08/2014 17:24



Je vais relire quelques uns de ses romans, Soie, Océan mer, Novecento pianiste,
également avec un regard plus mûr…



Malika 27/08/2014 13:22

J'ai lu cet auteur il y a quelques années, les deux titres lus m'échappent, et je n'e avais pas retenu grand chose. Je pense ne pas être sensible à son style, peut-être trop poétique pour moi. Et
puis ses formats sont souvent très courts et j'aime les histoires qui durent.

Nad 28/08/2014 17:22



Aucune lecture est une nécessité, il y en a tant à lire et pour tous les goûts. C’est
vrai qu’il faut aimer la poésie pour aimer Baricco… 



ubu 26/08/2014 21:12

c est finalement un tres beau livre dont je me demande toujours pourquoi il possede cette couverture hideuse qui fait plutot annees 30 qu annees 60.
je m etais laisse emporter par la bonne impression que j ai retire de la lecture de SOIE
Mais je me demandais comment en 180 pages Baricco pourrait faire tout aussi bien.
Surtout que le quatrieme de couverture est pour moi assez redhibitoire, et que le depart a de quoi surprendre que de se voir plonger dans le travail volontaire de ce groupe de quatre garcons pour
des oeuvres catholiques et qui vont rencontrer leur antithese.
Ensuite, adviendra ce qui doit advenir...
Oui, Baricco a reussi son pari, tout comme tu as encore reussi a m etonner par ta critique que je trouve geniale et bien poussee jusque dans les moindres details.
Bravo !

Nad 28/08/2014 17:20



Une couverture hideuse? Moi je la trouve magnifique! Elle n’aurait à mon sens pas pu
être mieux choisie, son côté sensuel qui invite à l’abandon des sens en même temps que cette flèche qui tue en plein cœur des sentiments. Il maîtrise tellement bien les courts romans, peut-être
parce qu’il touche à l’essentiel.  


 


Merci…



le Bison 26/08/2014 15:50

Les lectures de Baricco m'ont souvent ébranlées. J'avais repéré cet "Emmaüs". Ton avis me conforte, c'est toujours troublant de lire la prose d'Alessandro.

Nad 28/08/2014 17:18



Les proses d’Alessandro me bercent toujours l’âme. Ce mélange de douceur et d’humanité
ébranle chaque fois ma trop grande sensibilité. À l’image de l’auteur, c’est une musique du cœur qui me chavire complètement. Que c’est beau et bon à la fois…



L'amarrée Des Mots

  • : L'amarrée des mots
  • L'amarrée des mots
  • : « Si ce que tu dis n’est pas plus beau que le silence, alors tais-toi... » - Eric-Emmanuel Schmitt
  • Contact

En ce moment je lis...

Résultats de recherche d'images pour « les enfants de l'exode salgado »
 

Rechercher