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5 septembre 2021 7 05 /09 /septembre /2021 16:49

Lieu : Cagliari - Italie

Lever du soleil : 6h57 | Coucher du soleil : 19h48

Décalage horaire : +6 heures

Météo : 27 degrés C sous les nuages

Latitude : 39.2238°  | Longitude : 9.1217°

Musique : Adagio d’Albinoni

Un Verre au Comptoir : Prosecco de la King Valley

 

 

 

« Faire semblant, ça non, mais tu sais ce qui est arrivé à ta mère? Elle s’est sentie trop petite par rapport à ce qui se passait dans sa vie, je parle de cette histoire de ton père avec l’étudiante. Parfois, la vie est trop grande pour nous. Alors, comme font les enfants, elle a pleuré de désespoir jusqu’à en tomber d’épuisement, et elle ne s’est toujours pas réveillée. Et à mon avis, elle a bien fait. »

De la fenêtre, vue azuréenne sur la Méditerranée. Une eau, un ciel, tous deux parés d’un bleu magnifique, aussi bleu que le bikini éclatant de Francesca et d’Anna. En bon pervers, je les mate toutes deux, le sourire enfantin, l’insouciance dans le blanc des yeux, le regard de défi perpétuel... En face, l’île d’Elbe, une terre de vacances juste à côté, mais pourtant si loin des habitants de Piombino. Une barre d’immeubles, gris sale et à la fenêtre un bon père qui mate aux jumelles cette plage où la jeunesse de cette cité industrielle s’échappe. Pas voyeur, non. Lui, il rage, il enrage de voir sa fille habillée comme une pute. Ça va cogner à son retour, hé oui, y’a des types comme ça.

Même immeuble, autre étage, et donc autres mœurs, une mère qui enchaîne les heures de taf à l’hôpital, au lieu de s’occuper de la marmite, un père dont l’absence et la fidélité laissent entrevoir un nouveau beau portrait de famille. La fille, elle, est à la plage, bikini magnifique. Je l’ai déjà dit ? De quelle couleur ? Pervers, je suis. En attendant, pour me remettre de ces émois, celle d’une vue sur la mer, le silence des vagues, je rêve de spaghettis alle vongole... Je les prendrais al dente, avec un verre de Greco di Tufo, l’âme portée sur l’île d’Elbe, au loin la Sardaigne, au premier plan les premiers bikinis de l’été.

De la fenêtre de mon appartement où j’habite un petit entresol obscur côté rue, j’ai vue sur le stationnement. Ce n’est pas le paradis cinq étoiles et je n’entrevois aucunement la mer, ne serait-ce qu’infiniment, par un quelconque interstice. Mais mon bonheur me vient d’ailleurs, ou plutôt, il m’est venu au contact de Mr. Johnson, le voisin du dessus. À vrai dire, cette joie ne m’habitait pas d’instinct depuis que papa est mort et que maman a perdu la tête. Ce sont mes grands-parents maternels qui ont d’ailleurs acheté cette unité, prétextant que la mer me ferait du bien. Et j’y viens depuis l’âge de dix ans, depuis cette « catastrophe » qui a noircit le ciel de mon enfance. 

Même immeuble, autre étage. Face à la mer dans son appartement cossu de Cagliari qui occupe la totalité du dernier étage, j’ai reconnu sa sincérité au premier regard. J’ai commencé à faire des ménages chez lui, car Mr. Johnson a le moral dans les chaussettes du haut de ses soixante-dix ans. La première fois que je l’ai vu, il avait l’air d’une épave que la mer fait échouer sur les berges de Sardaigne. Lacets défaits, chaussettes dépareillées et vêtements déchirés, je voyais déjà à quel point cet homme est bon, à quel point les apparences sont trop souvent trompeuses. Mr. Johnson est un authentique qui ne cherche à plaire à personne sinon qu’à son public d’autrefois, car Levi fut un célèbre violoniste. À son contact, c’est toute ma vie qui a basculé. Je me suis remise aux spaghettis alle vongole, à la zuppa Gallurese, au pane carasau... Signore quanto è buono!!!

« J’aime le parfum du basilic, l’odeur des omelettes et des bouillons de légumes, celle du pot-au-feu ou des gâteaux pour le petit déjeuner. Anna descend de l’étage du dessus vers neuf heures du soir, Natasha et elle dînent et, s’il y a encore de la lumière dans ma cuisine, Anna se met à la fenêtre et me demande : « Unu zicchedd’e suppa? Pasta cun bagna? Culingionis? »

Respire ces odeurs sensuelles, celle des herbes fraiches qui s’échappent de la marmite, celle du linge étendu à la fraicheur d’un toit d’immeuble, celle de la jeunesse, encore fraîche, dont les rêves s’envolent sous d’autres cieux, un ciel bleu qui se voile d’une colonne de fumée de l’aciérie locale. Tous les regards, lorsqu’ils ne sont pas plongés dans l’azur de la Méditerranée se tournent ainsi vers cette longue cheminée qui découpe verticalement le paysage. L’aciérie est le poumon de Piombino, cette ville sidérurgique si triste aux abords de la côte. On respire son parfum, un mélange de tristesse et de dégoût par moment, qui tranche avec le fumet des mamas italiennes et le sourire des prostituées. Ménagères ou putes, l’avenir tout tracé de ces deux adolescentes dans ce pays d’effluves ensoleillées et d’acier. Respire et ferme les yeux un instant, les embruns iodés se mêlent au parfum de la pasta, le soleil chauffe les barres d’immeuble. Le regard posé sur l’horizon, ligne horizontale de nuances de bleu, une barque sur l’océan. Une goutte, un verre, un océan…

Je me laisse emporter par ces vagues d’émotions, des remous azurs aspirant tous mes sens, danse du vent dans mes cheveux défaits. Sens dessus dessous. J’entends au loin des murmures, des voix, des cris aussi, mille idées qui s’entrechoquent, s’opposent, des langues qui s’allient, se délient, des échos d’italien et de sarde. On partage des secrets mais certains sont muets. On s’aime, on se déchire, on se trahit, on se réconcilie, on se juge et on se comprend, on s’éloigne et on se rapproche, on se laisse découvrir ou on s’isole. On guérit de nos maux. Ou non. On se sépare, on s’aime à nouveau et on se déteste. On apprend, surtout, à vivre au jour le jour. A humer le parfum des quotidiens pluvieux et à s’en faire un bouquet. Je suis malade du cœur, au sens propre comme au sens figuré. Mais je me laisse emporter, par la douceur des heures qui défilent, et je suis sens dessus dessous…

« Vous voyez comme elle était belle, Madame Rosa, avant les événements. Vous devriez vous marier. »

-Je l’aurais peut-être épousé il y a cinquante ans, si je la connaissais, mon petit Mohammed.

-Vous vous seriez dégoûtés l’un de l’autre, en cinquante ans. Maintenant vous pourrez même plus bien vous voir et pour vous dégoûter l’un de l’autre, vous n’aurez plus le temps. » - Citation de Romain Gary en début de roman

 

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Nos lectures :

 

« D'acier » CLICKER - Silvia Avallone   

et

« Sens dessus dessous » - Milena Agus

 

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l'Adagio d’Albinoni a accompagné ma lecture, pour des raisons de coeur

Pour toi, Mance <3

ICI POUR l'ÉCOUTER, SILENCIEUSEMENT

 

Le pavot bleu des Jardins de Métis

 

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Merci BISON (CLICKER) d’avoir partagé ce voyage en Italie, avec tes sabots plein d’poussière galopant dans les îles italiennes, flairant le bon vin…

 

Et merci à toi mon sweet manU de m’avoir offert ce livre, dédicacé par l’auteure <3

 

Les Escales

Un trip littéraire composé à 4 majeurs

 

Prochaine escale : le Vietnam

 

commentaires

L
Qu'il est beau et triste cet adagio. Et qu'il accompagnerait bien un verre de vin, rouge et ensoleillé. Sublime, merci de ce beau voyage-partage.
Répondre
N
Merci à toi pour ce trip en Italie! On se rejoint au Vietnam...

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