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21 mars 2021 7 21 /03 /mars /2021 13:58

Lieu : Cuba

Lever du soleil : 6h44Coucher du soleil : 18h34

Décalage horaire : aucun

Météo : 28 degré C

Latitude : 23.1165 | Longitude : -82.3882 

Musique : Candela de Eliades Ochoa

Un Verre au Comptoir : Ron Cubay

 

 

 

 

 

« La Havane était une putain maquillée empoisonnant les passants, les voyageurs contaminés par sa beauté de bulle mourante qui, dans une seconde, se désintégrera pour ajouter son air à l’air. »

Je débarque sur l'île, poussière de Havane. Un cigare, un rhum, une pute. C'est mon univers, ma prison, ma musique. Dans la rue aux couleurs bariolées, les palaces sont abandonnés, des saxophones jouent des mélopées libres comme le vent d'Est, l'air est chaud et humide. Je m'appelle Pedro et je suis accroc. Addict comme on dit maintenant. Je suis vieux, j'ai survécu à l'île, je me suis repenti mais en 1969, une putain d'année, j'avais quinze ans, et je découvrais l'amour avec Dinorah, une vieille pute quarante ans bien tassée, chaude et humide. Mais son sourire et son expérience firent mon bonheur, surtout celui de ma queue lorsqu'elle s'aventurait dans sa bouche. Sa langue tournait autour de mon gland, moi le vendeur ambulant de glaces, et j'avais beau me retenir pendant des heures, au final, je giclais toujours autour de ses lèvres. J'avais le sexe en feu, tant elle en redemandait. Et entre deux pipes, je laisse le cigare au repos, et j'ouvre la bouteille de rhum. Une giclée dans le gosier, une autre entre ses seins, je lèche cette douceur ambrée. OH!, enlève ton doigt de mon cul, je ne suis pas de ce genre-là. Le soleil se couche au-delà de la mer, les étoiles se réveillent, elles sont mon guide, elles sont là pour me rappeler que de l'autre côté de l'océan, il y a l'Amérique. Ils rêvent tous de mythes, mais les légendes sont rares à Cuba, et la tristesse m'emplit chaque nuit lorsque je fixe la lune bleue au plus profond de son âme. J'ai honte de ce que je suis, alors à la lumière d'une bougie de contrebande, je sors ces vieux livres interdits Truman Capote, Faulkner, Erskine Caldwell, Jean-Paul Sartre, Marguerite Duras, Nietzsche, Wright Mills, Sherwood Anderson, Carson McCullers, Hermann Hesse, Dos Passos, Hemingway... Et je rentre dans ma bulle, mon île, mon rhum. On ne quitte pas comme ça la poussière de sa vie.  

Viva la república española de Cuba! Cette île aux eaux turquoise que l’on quitte toujours avec regrets, avec autant de douleur que la poussière d’une vie. Siempre, toujours... Cuba laisse en chacun de nous une empreinte que même les ouragans les plus mortels n’arriveront jamais à emporter. Le manque s’insinue au fond de nos tripes, ce soleil qui brûle la peau, le vent des îles, sous un palmier. Viens te fondre à ma peau fiévreuse, salsa corps à corps, danse lascive, érotique. Et puis, ferme les yeux, écoute le silence et la mélodie marine des vagues qui s’échouent sur le sable fin et chaud, le sel marin, saveur iodée qui chatouille tes lèvres de mille feux brûlants. Je suis à toi, mi isla, mon « il », des heures à nager dans tes eaux bleu turquoise, en compagnie de Pedro et Rafaël.

Je suis d’ailleurs, hasard ou coïncidence, attablée avec Pedro dans une rhumerie du village. 1969, une année digne de ce nom. Dinorah flotte au son de la musique, paix à ton âme! Guidée par la lune et les étoiles, blue moon, étoile du Sud. Cette bourgade est pleine à craquer d’âmes esseulées. Ça pue le mauvais rhum qui te brûle la gorge, une odeur de vomi d’ivrogne, un nuage d’alcool et de tabac, de sexe passé date. Viva la libertad! Rhapsody in blue de Gershwin est sur la plaque tournante, piano et orchestre, fiesta. Cha-cha-cha, son y triple mango! Rafael Moya est ce gars à l’implacable instinct de survie, il nous rejoint, Pedro et moi, d’ailleurs il est là, pas très loin, dans un nuage de cigare cubain. Cohiba por favor! Sa nouvelle demeure : la prison, pavillon des idéalistes. Né à Trinidad, prisonnier politique cubain, il a dix-sept ans. Dix ans de prison pour atteinte « aux biens de l’État et conduite immorale ». Desgraciado!!! Les histoires ne sont jamais très nettes entre les vices, les viols dans les petits recoins obscurs, les bourreaux de trois cent livres qui te reluquent l’entrejambe, une terreur derrière les barreaux. Mais il faudra lui passer sur le corps à Rafaël, il en a vu d’autres. Mierde, sírveme un ron por favor! Tengo sed. La poussière d’une vie…

« … mais voilà, je n’ai fait que pleurer, pleurer pour la deuxième fois, en désirant que mes larmes soient suffisamment abondantes pour entraîner dans leur torrent l’ordure de l’invisible cachot et la charrier très loin, à travers ce sale trou, de l’autre côté du monde. »

Je ramasse un balai abandonné et balaie ainsi devant le rideau de ma vie la poussière amassée par une nuit sauvage de stupre. La trique au réveil, les lèvres sèches, donne-moi ton rhum lui dis-je, donne-moi ton foutre me dit-elle, le soleil déjà levé et la sueur qui dégouline, déjà, encore, de ses cuisses, de mes aisselles, une odeur de débauche. Je lèche l'ambre de cette vie à Cuba, terre d'accueil, île de prisonniers. Des putains et du rhum, je m'allonge sur cette plage isolée, le regard sur la myriade d'étoiles qui entourent la lune, des putains et du rhum. Pendant des heures, des jours, je garde ce silence en moi, pour moi, le regard triste porté vers la lune, les verres de rhum s'enchaînent, les éjaculations se déchaînent, un saxo furieux crie sa rage en mélopée, Cuba, île de toutes les luxures, Cuba, île de tous les rêves, Cuba, île de tous les désenchantements. Cuba, pulsion de ton cul, ô abandonne-toi dans mes sauvages pensées, prend une guitare, joue la salsa corps à corps ou rhumba cœurs enrhumés, la sauce épicée de la vie, le rhum de l'envie. Cuba, fièvre allure, les yeux clos, la mélodie iodée des vagues s'échouent sur la plage comme autant de radeaux abandonnés, tristes sorts d'une échappatoire impossible. Un cigare, odeur de fumée, le tabac roulé entre les cuisses d'une cubaine, ce doux parfum de fumet respire entre ses cuisses, sent ce bonheur mouillé, les rêves pornographiques, à peine léchés par le flux et le reflux de la marée, le va et vient de moi en toi.

C’est dans ces odeurs de cigares, de promiscuité et de cubaines aux senteurs des îles que le maquilleur d’étoiles - Chichi - entre en scène. Hasard d’une rencontre dans un port de pêche havanais, ça sent le barracuda et autres poissons aussi puants qu’incommestibles pour le commun des mortels. Les gens prennent un coup, le soleil frappe de plein fouet. C’est ainsi que se croisent Chichi, Pedro et Rafaël, trois âmes écorchées. Les deux derniers mendient un refuge, ils sont poursuivis par la police cubaine et là-bas, ça n’rigole pas, si tu ne veux pas finir à Guantanamo, te quedas callado…! C’est alors qu’ils se retrouvent chez Chichi - quinquagénaire distingué - dans un hôtel particulier, bordel bas de gamme pour gens en mal de vivre. On y trouve là un harem de femmes artistes, car Chichi, notre maquilleur d’étoiles, peinturlure les visages des chanteuses, danseuses et divas à froufrous et faux diamants pré-révolution, en autant que ça brille sur les planches des cabarets et music-halls, poudre, fard, rouge à lèvre, nuances de bleus aux paupières, rallonge de cils et faux semblants, il les rend sublimes, quoi qu’elles le sont déjà. Pedro est aux anges dans ce décor, Rafaël préfère la caresse des hommes sur sa peau, jeune prostitué homosexuel. Chichi le prend en charge, il ne sera pas au bout de ses peines, il connaîtra l’amour des sens, s’en abreuvera, s’y saoulera, moyennant un impressionnant pactole de pesos cubains. Viva la vida!

La nuit havanaise se poursuit jusqu’au petit matin. Los Latinos, Beatriz Marquez, Compay Segundo, Ibrahim Ferrer, Benny Moré, Raul Paz, Manuel Licea... Dans le silence du ciel étoilé, je prends part à la fête, Candela de Eliades Ochoa sur la platine. Cette voix et ces notes qui m’emportent vers le large. Je voudrais y rester… Sous la lueur bleue de la lune, la dernière goutte d'un rhum, le dernier souffle d'un saxo, j'entends encore la contrebasse de Charlie Haden résonner en moi, El Quinto Regimento / Los Cuatro Generales / Viva La Quince Brigada, des airs révolutionnaires, Liberation Music Orchestra. Cette chaleur et ces notes qui m'emportent vers la nuit. Je voudrais y aller...   

 

« Il y a une frontière invisible qui prostitue chaque souvenir, chaque sens, chaque visage connu nous devenant, de manière inattendue, étranger… »

 

***************

 

Nos lectures :

 

« Le nid du serpent » CLICKER - Pedro Juan Gutierrez

et

« Le maquilleur d’étoiles » - Joel Cano

 

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« Candela de Eliades Ochoa »

(CLICKER POUR ENTENDRE)

 

 

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Merci BISON d’avoir trainé tes sabots avec moi dans la poussière havanaise. Et merci de m’avoir fait découvrir ce Maquilleur d’étoiles. Un personnage unique que je n'oublierai jamais...

 

Les Escales

Un trip littéraire composé à 4 majeurs

               

Prochaine escale : Italie

commentaires

manU 23/03/2021 20:19

Quel escale ! Des cigares, des giclées, des doigts............... ^^

Nad 15/04/2021 20:53

Pfffffffffff vous deux!!! ^^ ^^ ^^

manU 26/03/2021 19:01

Ah bon ? D'habitude, tu en veux toujours un 2éme !!.... ^^

le Bison 24/03/2021 14:09

D'ailleurs... si tu pouvais enlever ton doigt.... :-))))

Alex-Mot-à-Mots 22/03/2021 12:48

Heureusement, il y a la musique et les livres pour nous faire encore voyager.

Nad 26/03/2021 04:30

Bien dit, en effet! Bon week-end Alex :-*

le Bison 21/03/2021 15:15

Prochaine escale, l'Italie !?!? J'ai failli m'étouffer... Y'a pas de rhum, là-bas !... Je sais même pas s'il y a de la poussière...

Nad 21/03/2021 17:12

Ha ha ha ha reprends ton souffle, tu m'as fait peur quand même! :D
Quelque chose me dit que tu m'offriras une grappa en Italie avec mes céréales...... ^^

le Bison 21/03/2021 15:14

Et qu'est ce qu'on boit avec ça... Un verre de rhum... Et ne me dis pas que c'est pas l'heure... et que ça ne va pas avec les céréales du petit déjeuner.
Y'a pas d'heure pour un verre de rhum, sinon c'est pas la classe. Le rhum du matin au soir, du lit au lit en passant par la plage, jusqu'à la dernière goutte.
Le rhum, c'est la vie, c'est cuba, c'est de la poussière dans la gorge, et c'est ça qu'est bon !

Nad 21/03/2021 15:57

Ouin, c'est vrai qu'avec les céréales du matin j'le voyais pas trop, mais si tu le dis, je veux bien un jour tenter ma chance. On disait quand j'étais ado qu'y avait pas mieux un lendemain de brosse que de remplacer le lait par la bière dans les céréales. Alors un rhum matinal...
À mon grand âge par contre, (n'ayons pas peur des mots, je fais toute une tite vieille ^^), je risque le coma éthylique non? ^^

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