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10 décembre 2018 1 10 /12 /décembre /2018 20:32

Lieu : New-York

Lever du soleil : 7h10 | Coucher du soleil : 16h29

Décalage horaire : aucun

Météo : 2° C

Latitude : 40.7808 | Longitude : -73.9772

Musique : Hymn to Freedom - Oscar Peterson

Un Verre au Comptoir : La Fin du Monde 

 

  

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Onze heures du soir, les néons clignotent sous une lune voilée. Des hôtels bon marché, des restaurants chinois qui ne semblent jamais fermés, des tripots de mauvais augures. En rouge flash, s'illumine devant moi le « Moon Palace », palais de mes rêveries d'antan. Brooklyn Avenue s'allonge comme l'ombre des putes sur le macadam chauffé par cet été indien, je promène mon regard perdu dans cet univers bouillonnant, guidé par « La musique du hasard » un livre en poche, un pavé aussi lourd qu'une caisse pleine de Bud même pas light. Le poids des mots pèse sur ma conscience, mais le plaisir de la rencontre sera au rendez-vous. J’attends donc Archibald Ferguson à la terrasse d'un café où les serveuses baladent leur cul en rollers en balançant leurs seins dans un chemisier dont l'attachement au dernier bouton défie toutes les lois de la physique, sublime époque, la déchéance du rock et le déhanché des serveuses. Mais quel Archie vais-je rencontrer ce soir ?

Moon Palace, aux petites heures du matin. Trop de whisky, surdose d’amphétamines qui me coule dans les veines. Fuck ! J’suis sur un méchant bad trip. Je n’arrive même plus à savoir si les néons clignotent sous la Blue Moon ou dans ma tête. Tempête de son et d’images, d’amour et de jazz. Parlant jazz, ça me rappelle un certain tavernier de la rue St-Antoine, Rufus le grand dont j’ai envie d’honorer la mémoire en mettant sur la platine un vinyle de Peterson, Hymn to Freedom... Je m’enfile un dernier verre, pourquoi pas, pour oublier, pour noyer l'ennui. J’ai rendez-vous avec Archie, mais quel Archie vais-je rencontrer ? À moins que ce ne soit Nelson… je n’entends que le poids des mots, Les Mots de Sartre. Où serait-ce ceux de l’amant, « Never come morning… » disait Algren. Années 40, la mère de l’existentialisme vient de débarquer à New York. Dans les bas-fonds de la ville et les planques à junkies, je croise son regard éteint. Beauvoir in love. Quand l’amour est tourmente…

« On ne naît pas femme, on le devient »

Simone de Beauvoir

 

Je n’ai jamais lu Sartre, pourtant la littérature française reste à l’honneur, même dans les tribunes d’un stade au milieu d’une horde de pères se levant en hurlant leur joie à leur progéniture : HOME RUN ! Archie vient à ma rencontre. Ou alors, est-ce Nelson ? Ils sont deux mais n'en font qu'un, ou deux, ou trois ou quatre. Quatre êtres, quatre destins. Mais finalement qu'est-ce que le destin ? Archie va mourir. Probablement au Viêt-Nam, ou plus drôlement écrasé par un Westfalia. A moins qu’il me survive... Qui sait dans quel monde d'Archie je (sur)vis ? Rufus me sert une autre bière avec Archie. A moins que cela soit un whisky avec le second Archie. Un Cuba Libre avec le troisième Archie. Je ne sais plus… 4 3 2... il me manque un verre, je sais encore compter. 1... avec le dernier Archie c'est le cocktail de ma vie, l’intraveineuse du plaisir, bière-rhum-whisky. Merci Rufus, tu es un ange. Ou un saint. Je suis sûr, en revanche, d'une chose. Quel que soit l’Archie auquel je fais face, il est toujours amoureux de la même femme, celle qui a une longue paire de jambes couleur caramel, et une crinière brune lapsang souchong, un parfum épicé qui pique mes sens. C'est une évidence, l'amour est au-dessus du destin, quoiqu'elle en pense. Le silence, il s'impose dans la vie d'Archibald, et la mienne. Devant la tristesse du verre vide, ou la solitude du verre esseulé sur le comptoir, je poursuis ma vie à la rencontre de Nelson. La radio diffuse un match de baseball, les Yankees de New-York. Je sors de la taverne de Rufus sans plus savoir qui je suis, ni dans quelle vie j'erre. Je ne suis sûr que d'une chose : quand je lève la tête, je vois les néons rouges du Moon Palace clignoter, je regarde la lune, blue moon, et personne ne pourra m'empêcher de penser à elle. La seule évidence de ma vie, le roman d’une vie.

« I don’t think anything’s true that doesn’t have poetry on it »

 

Nelson Algren

  

Au-dessus de ma tête plane une neige floconneuse d’un janvier new-yorkais. Elle s’échappe du ciel et tamise de blanc les néons rouges, Moon Palace, white snow… Une envie soudaine me prend de rendre hommage à l’errance des jours, à sa désinvolture, là où mes pensées vagabondent de rêves en silences, de douceurs en musiques. Je m’attable, me commande un verre. Et je l’observe, tout près de moi, cette femme radieuse, cette femme forte, libre, aimée, songeuse… Sur le papier des jours, elle dépose ses mémoires, les Mémoires d’une jeune fille rangée dont les années en sont venues à hanter les cauchemars. J’éprouve à son égard une compassion sans fin. Je crois deviner dans ses songes une communion d'esprits avec Sartre, quelque part à Paris. À moins que ce ne soit avec Nelson ou Archie. Qu’importe, les âmes finissent toujours par se croiser dans les méandres enfumés du Moon Palace. Le whisky me monte à la tête et je me dis qu’il serait peut-être temps de rentrer rejoindre Rufus. Je me laisse guider par la Lune Bleue des nuits noires. Je pense à la vie, un peu de la mienne, beaucoup de la leur. Les temps ont changés mais les tourments sont les mêmes au creux du regard de ceux qui les portent. Le sel reste sel sur la larme de l’œil. Et l’évasion est salutaire. Simone avait raison, « Le monde réel est un vrai foutoir »… !!!

« The end is nothing, the road is all »

 

Nelson Algren

 

 

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Nos lectures :

« 4321 » - Paul Auster (CLICKER POUR LIRE) 

et

« Beauvoir in Love » - Irène Frain

 

« Hymn to Freedom »

Oscar Peterson (Clicker pour entendre)

 

 

Les Escales,

un trip littéraire composé à 4 majeurs (CLICKER)

 

Merci BISON d'avoir partagé cette Fin du Monde à la taverne chez Rufus :-)  

 

Prochaine escale : L'Irlande

 

 

 

commentaires

Candice 14/02/2019 02:17

Très bel article, très intéressant et bien écrit. Je reviendrai me poser chez vous. A bientôt.

Nad 13/03/2019 17:19

Merci de nous deux Candice. Au plaisir de vous revoir

manU 06/01/2019 14:20

Bonne fête Nad !!!!!

<3<3<3<3<3

Nad 13/03/2019 17:10

Tabarnouche de bonyeux de bonyenne… J'peux juste pas croire que je réponds à tes souhaits d'anniversaire presque 3 mois plus tard!
J'en perds des bouts tu crois? C'est grave? ^^
J't'aime fort toé mon kinG des marais <3 <3 <3

Violette 30/12/2018 16:40

c'est du grand art! quel beau billet !

Nad 13/03/2019 17:08

Merci de nous deux ma chère Violette. Bises

jerome 18/12/2018 12:31

Tellement, mais tellement heureux de te lire à nouveau ma chère Nadine <3

Nad 21/12/2018 01:45

Merci Jérôme pour la gentillesse de ces mots... :-*
Gros bisous

dasola 13/12/2018 21:45

Bonsoir Nadine, merci pour cette évocation de New-York selon Paul Auster (et je suis d'accord pour dire que le monde réel est un vrai foutoir, surtout en ce moment). Sinon, je compte bien lire le roman de Paul Auster dès que possible. Bonne soirée.

Nad 21/12/2018 01:42

À travers les yeux de Paul Auster et Simone de Beauvoir. La vie réelle est souvent en effet un vrai foutoir! Je pense à vous tous là-bas. Bises

manU 11/12/2018 21:43

Ferguson et Beauvoir, la rencontre inattendue !
Beauvoir in love m'attend quelque part dans un coin, une caisse, un carton, une valise...pour New-York peut-être...

Nad 21/12/2018 01:39

Beauvoir in love, l'histoire d'une grande dame…
BB mon sweet kinG :-*

le Bison 11/12/2018 14:09

J'ai oublié de dire un truc, le whisky peut-être...
J'adore la puissance de cette phrase : "Le sel reste sel sur la larme de l’œil."

Nad 13/03/2019 17:02

Je crois seulement que peu importe les raisons, on devrait toujours boire de la FDM... ^^

le Bison 21/12/2018 07:44

Je devrais alors peut-être en boire un peu plus souvent, de la FDM... J'arriverais peut-être à sortir des phrases comme celle là...

Nad 21/12/2018 01:53

Je l'avais enlevée et remise… La FDM peut-être… ;-)

Chrisdu26 11/12/2018 13:35

Vous m’avez embarqués dans les tréfonds des rues de New York. Quelle verve tous les deux !
C’est magnifique !
Merci pour cette carte postale obscure et belle à la fois.
Des bisous Ma Nadine et de belles pensées. LoveU

Nad 21/12/2018 01:37

Des gros becs à toi ma Rousse. LoveU2

le Bison 11/12/2018 09:23

Toujours un plaisir de s'enfoncer dans la fin du monde au sortir de la taverne de Rufus... Merci.

Nad 21/12/2018 01:36

Ou de boire une frette de FDM chez Rufus avant la fin du monde…
Merci à toi pour le voyage new-yorkais :D

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