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20 février 2018 2 20 /02 /février /2018 21:45

Lieu : rue Tacuba, México

Lever du soleil : 7h03 - Coucher du soleil : 18h37

Décalage horaire : 1 heure

Météo : 23 degrés Celsius – partiellement couvert – humidex 31%  

Latitude : 19.4284700° | Longitude : -99.1276600°

Musique : Tino Contreras

Un Verre au Comptoir : Mezcal, un ver et quelques larves

 

 

****************************

 

 

« Les paroles d’un poème ne recommencent à être, parfaites ou imparfaites, que lorsqu’elles coulent de nouveau, c’est-à-dire lorsqu’elles sont dites – dichas. Dicha et des-dicha (heur et malheur : bénédiction et malédiction) : le poème que je suis en train de traduire s’intitule El Desdichado, mais l’original français ne contient pas ce fantôme verbal de la langue espagnole, dans laquelle dire consiste non seulement à rompre le silence mais à exorciser le mal. »

Une odeur de soufre, un parfum de chair putréfiée. Je n’ose pas rentrer dans la pièce. J’ai rêvé d’une détonation cette nuit. Il s’est fait sauter le caisson, pressentiment sauvage, le bison de la nuit me l’a murmuré à l’oreille, comme d’autres susurrent à l’oreille des chevaux ou d’une brune dans le coït bestial. Tu n’échapperas pas à cette voix, ni toi, ni moi, le bison rode, et tu vois cette mare de sang, le corps gluant et puant de ton ami gisant sur le lino virant du blanc-poussière au sombre-carmin. Sombre karma que cette nuit.

Une odeur de femme, un parfum de paso doble sous la moiteur des robes. Pedro Infante et le crescendo d’une nuit charnelle dans l’abandon des sens. J’ai rêvé au Mexique des années 30, aux bordels et sa désinvolture, mais aussi à l’envers de son histoire, à toute sa violence, de Pancho Villa à la guerre des Cristeros. Qu’est devenu ce temps ? Un naufrage, une cité abandonnée. Un Bison rode rue Tacuba, un soir de nuit bleue -  blue moon - n’ayant pas échappé à ce regard triste dans la vitrine. Elle semble lointaine, solitaire, visage impassible et énigmatique de la femme objet. Muse de chair ou carcasse sans âme ? Le Bison s’en saisit et la ramène chez lui. Dépouillée de ses vêtements, aussi nue que le ver au fond de sa Mezcal, le majeur en émoi. Doux karma que cette nuit.

« La violence de l'histoire du Mexique constitue un grand facteur de nivellement.
Celui qui se trouve un jour à la cime se réveille le lendemain,
si ce n'est dans l'abîme,
en tous cas dans la plaine :
le marais des classes moyennes
dont la majeure partie s'est formée à partir des déchus appauvris d'aristocraties éphémères. »

Chambre 803 d’un motel, un aparté dans cette nuit, réflexion profonde pensée nocturne, le ver était-il plongé vivant dans la bouteille de Mezcal. Une légende urbaine parle également de vers suicidaires. Ou est-ce le bison qui lui a soufflé les derniers instants de la vie d’un ver ? La bouteille à moitié vide en évidence entre les oreillers du lit, draps défaits odeurs de baise taches de sperme, il se réfugie dans les souvenirs. Cette femme, son ami ... et l’amour ... Un trio de possédés, plongés dans la mort et les souvenirs, un tatouage à l’encre bleue d’un bison une seule aiguille, leurs destins sont liés, même dans la mort. Aucun moyen d’échapper la nuit au Bison bleu.

Un appart miteux que partagent deux hommes, à défaut d’un motel room 69 ou d’une quelconque chambre qui dégage des odeurs de poésie et de rêve, d’innocence surtout, de folie peut-être. Plus qu’un aparté dans cette nuit, elle est là, immobile, muette, ensorcelante. Est-ce un mirage ou la Mezcal avec son ver, noyade par ordonnance dans les abysses de l’agave bleue, ou encore dans son flot de larves avoisinantes. J’ai cru l’entendre pousser un soupir, sous la perfection de ses traits. Provocante, vêtue d’un peignoir chinois telle une invitée d’honneur, sans dessous, un fantasme parmi tant d’autres que semblent partager Tonio, Bernardo et le Bison. La Misérable, Vénus callipyge aux fesses rondes ... un quatuor de possédés. Draps défaits et tâches de sperme, mais il n’y aura de cette femme que l’odeur du passé, une robe de mariée à l’ancienne et un voile recouvrant son visage, des souliers de satin. Offerte au regard des passants rue Tacuba. Je m’échappe à son histoire pour rejoindre un Bison sous la nuit bleue et boire une Mezcal au nom de l’amour, celui rêvé, celui des souvenirs ou encore des fantasmes. Blue moon, j'ai le cœur tropical des nuits de tempête.

Le souffle de la tempête fait soulever les détritus d’une terre généreuse en poussiéreuse et en désespoir. Des vies abandonnées de tout espoir qui se résument d’ailleurs à des traces de spermes entre les cuisses de la Vénus callipyge, et à quelques poussières. Poussières d’âme et de gerbe, sous la lune d’un bleu délavé. Mêlées au vent, des trompettes mariachis sonnent, à deux pas de là, la fiesta, à moins que cela ne soit le glas. Car il t’est impossible d’échapper à la mort, à la tristesse, à l’amour déchu, à la fin d’une escale à Mexico. Le bison de la nuit oscillera toujours sur ton corps et te rappellera ton ami mort, un trou de calibre .22 dans la caboche, ça reste toujours moche. Putain de vie. Putain de bison, l’ombre menaçante du bison bleu ...  

« La musique du boléro permettait à ces femmes rescapées de la campagne,
exploitées de nouveau par la ville,
d'exprimer leurs sentiments les plus intimes,
vulgaires sans doute mais réprimés. »

 

Nos lectures :

« Le bison de la nuit » - Guillermo Arriaga (Clicker) 

et

« La Desdichada » - Carlos Fuentes

 

Tino Contreras (CLICKER POUR ENTENDRE), musique des sens sous la nuit bleue

 

 

Les Escales,

un trip littéraire composé à 4 majeurs

 

Merci BISON d'avoir croqué avec moi dans le ver au fond de la Mezcal avant d’humer le parfum de paso doble sous la moiteur des robes. Blue Moon …

 

Prochaine escale : Patagonie

 

 

commentaires

Cristina 27/02/2018 22:34

Un billet magnifique à 4 majeurs mdr !!

Vous nous faites voyager tous les deux ! J'adooore :)

Nad 14/03/2018 23:44

4 majeurs trempés dans la Téquila :D
J't'embrasse ma rousse

Jerome 26/02/2018 11:45

Rhaaaa j'adore ce billet !!!! Après je dois avouer que ça ne me fait pas rêver Mexico. Trop chaud, trop pimenté pour moi...

Nad 14/03/2018 23:43

Mexico ça pue, mais le bord de mer est à couper le souffle. Moi ce qui ne me fait pas rêver au Mexique ce sont les tarentules arkkkkkkkkkk !
Gros bisous

le Bison 23/02/2018 12:41

Question subsidiaire : tu croques ou tu suces ?

Nad 14/03/2018 23:41

ptdrrrrrrrrrrrrrrrrrrr
Ben écoutes ça dépend, le ver par exemple j'le suce ensuite j'le croque puis j'l'avale. Parce qu'en fait si j'évite soit d'le sucer ou d'le croquer et que j'l'avale tout rond, y'a plus d'intérêt à goûter ses arômes gorgés de Tequila. Non je n'ai pas bu d'Eldorado ambré, j'te réponds ça à sec, enfin j'veux dire à froid, tout compte fait pourquoi c'est mouillé? ^^

A_girl_from_earth 21/02/2018 20:44

Ohlala mais c'est génial ces escales thématiques ! On est plongés dans l'ambiance direct, comme si on avait partagé ce voyage livresque avec vous. Au début, je croyais que vous étiez vraiment partis au Mexique, haha ! Tes billets si originaux et savoureux me manquaient ! Ça me fait plaisir de voir que tu n'as pas perdu l'inspiration.
Gros smaaaaacks !! Le weekend approche !

Nad 14/03/2018 23:34

Tu me manques tu sais, mais tu verras, d'ici peu je reviendrai en force...
BIG bisousssssssss....... et puis mine de rien c'est mercredi, ça arrive!!!!!!! :D)))
SMACK ! xxxxx

manU 21/02/2018 20:31

Merci pour cette escale dépaysante !

Nad 14/03/2018 23:32

Savais-tu qu'avec mon Westfalia rose on pouvait partir tous les trois au Mexique ? 3 jours tout au plus. Pffffff ce s'rait trop l'fun !
À moins que le Bison et toi vous vous mettiez la bizoune à l'air... J'te jure vous deux !!! ^^

Fanny 21/02/2018 19:46

Je ne connaissais pas! Merci pour la découverte !

Nad 14/03/2018 23:29

Merci surtout à toi de ta venue ici Fanny...

Le livre-vie 21/02/2018 18:18

Une escale au Mexique: c'est pour moi! J'aime beaucoup ces deux auteurs en plus!

D'énormes bisous pour toi Nadine...

Nad 14/03/2018 23:28

Ah le Mexique! :-*
De grands bisous à toi ma chère Céline...

Violette 21/02/2018 15:51

tu en parles très bien et me donne envie !

Nad 14/03/2018 23:27

Écrit à 4 majeurs ... je n'ai fait qu'écho aux mots du Bison. Bonne soirée Violette

le Bison 21/02/2018 08:51

Beau texte, surtout avec un bouquin de Carlos Fuentes qui, pour ma part, ne m'a pas emballé...
Tino Contreras, je ne connaissais pas ce pianiste-trompettiste-chanteur et occasionnellement batteur de Chihuahua... Une belle découverte.
Merci de ce partage, mots et musique.

Nad 14/03/2018 23:25

Il ne m'a pas emballée non plus, pas pantoute même, alors je me suis raccrochée au côté historique et à la poésie qu'inspire la femme en tant qu'être de désir et de sensualité. Merci à toi pour ces beaux voyages en gougounes et musique. Au fait, pourquoi c'est mouillé? La moiteur du Mexique et d'un majeur en émoi sans doute... ^^
Rdv bientôt en Patagonie :-*

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