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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 00:23

 

 

« Ferland oscille entre le silence et le hurlement, la canicule et le zéro absolu; c’est une terre où rodent des dieux plus anciens que le Gars des vues, un repaire de flibustiers imaginaires et de géants sylvestres, une parabole frissonnante de la création du monde, une enclave où les conteurs sont meilleurs qu’à la télé. En hiver, la baie est un désert cryogénique…»

 

Les pages de cette histoire défilent quelque part entre Villeneuve et Ferland, deux villages québécois situés aux abords du fleuve Mistassini. Esseulée, la mer est partout. Agitée par les souvenirs de ceux qui s’y sont à jamais endormis...

 

« Ma mère est ce jardin de givre, cet étang gisant au nord de toute Norvège, et rien ne laisse prévoir un prochain dégel. »

 

C’était un jour de février, de ces journées de froid extrême avec de la poudrerie et des rafales de vents sibériens à désosser les bœufs. La neige était belle, poétique, une invitation à parcourir les grands espaces, sans ne jamais s’arrêter, ni même se retourner. Dans toute cette blancheur, ils ne l’ont jamais vu arriver. Ils longeaient le rail du chemin de fer quand leur motoneige a fait des tonneaux après avoir été happée de plein fouet par le train. L’homme est mort sur le coup. La mère repose dans le coma, « dans un arctique plus lointain que le pôle ». Le narrateur, un tout jeune garçon, nous raconte son histoire. Comment il a survécu…

 

Depuis l’accident, il habite avec ses grands-parents, qui lui offrent la tendresse et l’amour. Ses nuits sont hantées de terreurs nocturnes, mais il arrive à s’en échapper en trouvant refuge dans les livres. Jusqu’au jour où il aperçoit un garçon sur la plage, qui deviendra son ami. Auprès de lui, il se sentira moins seul, car Luc a aussi une mère partie vers le large, elle s’est noyée dans la baie.

 

« …un pacte de silence, un contrat viril par lequel nous convenons d’éviter tout sujet délicat ou gênant. Contrairement aux harengs de Luc, nous garderons nos tripes au chaud. Nous serons burinés et purs, cousus de mystère. »

 

Luc est un jeune naufragé. Il vit dans une vieille roulotte jaune en plein milieu d’une cour désaffectée, c’est sa tanière, petit cocon sécurisant qui le tient à l’abri du pire. Son père est une brute, on le pendrait par les couilles. Il rentre saoul de la taverne au petit matin - quand il rentre – le frappe, l’abandonne à son sort, le ventre creux. Alors chaque jour, Luc ratisse la plage avec son sac poubelle à la recherche de bouteilles vides. Quand il aura assez d’argent, il s’achètera une combinaison de plongée et un scaphandre. Le petit veut retrouver sa mère emportée par les eaux. Il dialogue avec les vagues, une façon de se sentir plus près d’elle.

 

« J’aime voir l’horizon s’atomiser quand l’enjambe un soleil flambant neuf, tout fier de renaître encore au terme du ténébreux périple. »

 

Dans une sorte d’alcôve au fond d’une grotte, repose une bête, un iguane. Il a trouvé ce repère par hasard, en marchant dans l’anse aux Zouaves. Avec le jeune garçon, ils s’y rendront souvent. Le lieu est magique et on s’y sent libre. On est à l’abri de toutes choses…

 

Ceux qui me connaissent savent qu’il ne me fallait pas plus qu’une histoire de mer et d’enfance pour être séduite. Denis Thériault aborde la perte et le deuil. Le courage aussi, les petits et grands miracles de la vie, que l’on nomme communément le destin. Quand deux enfants unissent leur peine, ils en ressortent plus forts. Plus forts de leur souffrance commune et d’une amitié qui s’est scellée au contact de l’épreuve. La solidarité est un rempart étanche, ni les hommes ni même leur cruauté n’arriveront à le franchir. L’enfance est peuplée d’imaginaire. Dans ce monde qui oscille entre le rêve et la réalité, l’image d’un iguane arriverait, à elle seule, à venir à bout des douleurs les plus atroces. Ce roman est une fenêtre sur l’enfance, fait de métaphores aussi belles que douces. Elles invitent à la réflexion et pénètrent l’âme. Je l’ai déposé à jamais sur mon cœur…

 

« Au fond, ça fait mon affaire, cette agitation, ces levers précoces. Ça écarte la nuit et ses gelées de frousse. Ça permet de déguster chaque matin de mai, de boire au bec cette clarté spéciale qu’il y a aux franges du ciel très tôt, le printemps. »

commentaires

Chess 09/01/2017 07:32

Je note, ça me parait très intéressant !
J'ai bien reçu tes derniers commentaires sur mon blog, on dirait que ça marche. Et bonne année <3 !

Nad 10/01/2017 02:13

Ah je suis contente, je n'arrivais plus à en laisser avant les fêtes :-)
Très belle année à toi Chess et bisous

nadège 04/01/2017 14:46

Ton dernier paragraphe est magnifique (le reste aussi!), tes phrases sont émouvantes et si vraies. Je t'embrasse fort.

Nad 05/01/2017 03:00

"Émouvante et vraie"... ça te décrirait bien ma petite perle d'amie... :-*

manU 26/12/2016 11:35

J'ai beaucoup de chance, un gentil Père Noël l'a glissé au pied de mon sapin... ;)

Nad 02/01/2017 00:46

J'avais tellement envie que tu découvres ce livre qui a fait battre mon cœur...
BB mon kinG :-*

Alex-Mot-à-Mots 24/12/2016 13:47

On sent que cette lecture t'a touché.

Nad 02/01/2017 00:45

Profondément...

le livre-vie 22/12/2016 20:34

Je découvre grâce à toi la littérature québecquoise, et j'aime ces voyages que tu me proposes...

Merci infiniment pour toutes ces belles lectures...

Nad 05/01/2017 03:02

Ah tu te lances dans la trilogie du Goût du bonheur!!! Hâte que tu m'en parles Céline. Un jour, de la même auteure, je t'encourage aussi à découvrir "Annabelle". Bisous

le livre-vie 04/01/2017 21:31

J'ai adoré Marie Laberge, et je continue d'ailleurs mon exploration avec Le goût du bonheur.

Non, pas encore découvert Martin Michaud, mais cela va venir!

Nad 23/12/2016 05:02

Ça me fait plaisir d'entendre ça Céline, tu avais aimé Marie Laberge il me semble?
Et avais-tu eu l'occasion de lire Martin Michaud finalement?
Bises

le Bison 22/12/2016 13:33

" des rafales de vents sibériens à désosser les bœufs " Je reconnais, ces bœufs ça tient pas la route, qu'elle soit de Sibérie ou du Grand Nord Québécois. Non, pour le froid, rien ne vaut des poils de bisons !

" La neige était belle, poétique, une invitation à parcourir les grands espaces, sans ne jamais s’arrêter, ni même se retourner " Et quelle invitation, putain j'aimerai voir ça, une neige poétique, je suis sûr qu'il y aurait de quoi réchauffer mon majeur quitte à le tremper dans du suc d'érable, chaud et coulant. Tu permets que je me retourne quand même, je viens de voir la voisine en train de pelleter devant chez elle, et elle semble pas avoir froid aux yeux...

"Jusqu’au jour où il aperçoit un garçon sur la plage " Seul sur le sable, les yeux dans l'eau mon rêve était trop beau...

"J’aime voir l’horizon s’atomiser quand l’enjambe un soleil flambant neuf " A la première lecture, j'ai cru que tu allais nous parlais de ton entrejambe qui s’enflamme au soleil de l'horizon, Maudite passion pour les grands espaces, le cul à l'air.

Nad 22/12/2016 17:50

« Je reconnais, ces bœufs ça tient pas la route, qu'elle soit de Sibérie ou du Grand Nord Québécois. Non, pour le froid, rien ne vaut des poils de bisons ! » - des poils de Bisons pour garder les majeurs au chaud et une mini en poils de peau d'castor, comme dirait Charlebois…

« Et quelle invitation, putain j'aimerai voir ça, une neige poétique, je suis sûr qu'il y aurait de quoi réchauffer mon majeur quitte à le tremper dans du suc d'érable, chaud et coulant. Tu permets que je me retourne quand même, je viens de voir la voisine en train de pelleter devant chez elle, et elle semble pas avoir froid aux yeux... » - vaut mieux pas avoir froid aux yeux parce que de la neige à pelleter y’en aura pour 6 mois. Une chance que le voisin vient m’aider parce qu’on peut pas en dire autant d'un autre……………… ^^

« Seul sur le sable, les yeux dans l'eau mon rêve était trop beau... » - Hélène things you do make me crazy about you, pourquoi tu pars reste ici j'ai tant besoin d'une amiiiiiiie

« A la première lecture, j'ai cru que tu allais nous parlais de ton entrejambe qui s’enflamme au soleil de l'horizon, Maudite passion pour les grands espaces, le cul à l'air. » - le cul à l’air mais le middle finger au chaud, c’est obligé, y’a des priorités à moins 40 dans un igloo…

manU 22/12/2016 09:45

Une histoire dure et touchante qui avait, encore une fois, tout pour te plaire...

Nad 22/12/2016 17:42

Et qui m'a été conseillée par une libraire de la Librairie Pantoute :-)

A_girl_from_earth 22/12/2016 00:40

Aïe aïe, pas trop mes thématiques de prédilection même si j'avoue que tu en parles tellement bien qu'on serait tenté de s'y risquer. Enfin, c'est ton avant-dernière phrase qui pourrait bien me motiver "Elles invitent à la réflexion et pénètrent l’âme". C'est si joliment dit.

Nad 22/12/2016 01:05

Comme ça il a l'air très dur et évidemment ces enfances sont tristes et souffrantes, mais vraiment, l'auteur arrive à nous rendre l'histoire avec infiniment de douceur. C'est la nature qui apaise les sentiments les plus noirs.

Aifelle 21/12/2016 13:15

Un roman qui a l'air très beau, en tout cas tu en parles bien.

Nad 22/12/2016 01:03

Il est très beau oui, tendre et dur à la fois. Les belles images viennent adoucir le propos...

Eeguab 21/12/2016 11:45

Hello Nad. Ce livre a tout pour me séduire. Bonne fin d'année et à très bientôt.

Nad 22/12/2016 01:07

Oh oui il est superbe!!! Tu l'adorerais j'en suis certaine Claude!
Bises et joyeuses fêtes

Léa Touch Book 21/12/2016 10:29

Merci pour cette découverte :)

Nad 22/12/2016 00:56

Avec plaisir, ce roman mérite d'être découvert! Bonne journée Léa

Jerome 21/12/2016 08:49

Un roman qui ne pouvait que te plaire en effet. Il a l'air superbe en tout cas.

Nad 22/12/2016 00:55

Un roman très poétique dans ses métaphores, Denis Thériault a une plume magnifique, c'est une superbe découverte! La nature s'écoule des pages comme des grains de sable et les émotions en sont presque tendres, malgré le tragique de l'histoire qui frappe ces jeunes enfants.
Je ne manquerai pas d'en découvrir d'autres du même auteur...

lili 21/12/2016 02:43

Quelle histoire magnifique!! Quelle poésie dans l'évocation de la nature... De toutes ces natures qui se tapissent aussi jusqu'à l'âme humaine. C'est une découverte et un rendez-vous!! Merci belle Nad, je suis séduite par tous ces mots qui sont tiens et sien. xxx

Nad 22/12/2016 00:50

Oh tu l'as lu ma Lili !!! Il est magnifique n'est-ce pas? Tout était là pour me plaire, la mer et l'enfance, des images et métaphores qui allient l'embrun des vagues aux émotions humaines. La nature est omniprésente, on se sent bercé par elle.
Merci d'être passée sur ces mots, c'est toujours un plaisir de te voir ici. Gros becs ma best voyageuse d'amie! :-*
xxx

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