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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 22:22

 

 

« Dans le ciel, les premières étoiles s’allumaient timidement. Elles fixaient la petite cour de Mamie, tout en bas, un carré d’exil ma famille s’échangeait des rêves et des espoirs que la vie semblait leur imposer. »

 

***************

 

« Je ne me sens chez moi nulle part, je ne fais que passer. »

 

Ces quelques mots sont les témoins abruptes des conséquences de l’exil…

 

Gaël Faye a une dizaine d’années lorsque la guerre éclate au Rwanda - le génocide des Tutsis et la guerre civile le forceront à rejoindre la France. Né d’une mère Rwandaise et d’un père Français, il a passé son enfance au Burundi, à Bujumbura. C’est à travers le regard émouvant d’un enfant de 10 ans qu’il nous livrera son récit. J’ai bu ses mots comme on s’abreuve d’une bouleversante histoire, sans même m’arrêter pour reprendre mon souffle. Et j’ai eu l’impression qu’il l’avait écrit d’un trait de crayon, avec le même élan, l’énergie du survivant…     

 

« Ma vie ressemble à une longue divagation. Tout m’intéresse. Rien ne me passionne. Il me manque le sel des obsessions. Je suis de la race des vautrés. »

 

La guerre civile éclate au Burundi. L’Union pour le progrès national (UPRONA) et Le Front pour la démocratie du Burundi (FRODEBU) s’affrontent. Melchior, du deuxième camp, est élu. Il sera assassiné par des militaires lors du coup d’État du 21 octobre 73 à Bujumbura. Couvre-feux, coups de feu, obus et mort du président, Gaël Faye témoignera avec courage de ce chaos de massacres et de tueries. Bien que son père ait tenté de le préserver du monde de la politique et de l’imminence de la guerre, il aura connu l’apartheid, la pauvreté, l’exclusion, la notion d’ethnie... Il apprendra qu’il faut se ranger dans un camp ou dans l’autre, les Hutus ou les Tutsis. Que sa situation d’enfant privilégié, dont les mères sont des « putes de blancs », lui vaudra la haine de certains camarades.       

 

Les traumatismes de son enfance émergent du passé en même temps que les souvenirs tendres, les rires, les camarades et Laure, cette jeune Française avec qui il entretenait une relation épistolaire. Ces lettres échangées étaient des mots couchés sur le papier, tel un exutoire, un besoin pressant d’échapper au quotidien. Et que dire du goût des mangues qui adoucissaient le poids des conflits familiaux. L’odeur rassurante des citronniers, ses copains, Gino, Francis et les jumeaux. Les heures de discussions dans la vieille Volkswagen rafistolée, les cigarettes et les frégates construites avec des feuilles de bananiers. L’évasion à travers les livres, les grandes vacances et la joie du retour en classe. Parcelles de bonheur et d’innocence dans ce monde en guerre.

 

Merci Gaël Faye pour ce récit écrit avec dignité. Si cette démarche a été pour vous une rédemption – ou non… - elle aura été pour moi une leçon de courage. Les liens d’appartenance sont plus forts que tout. « Certaines blessures ne guérissent pas ». Elles donnent de la force à ce que nous sommes au présent...   

 

« Quand on quitte un endroit, on prend le temps de dire au revoir aux gens, aux choses et aux lieux qu’on a aimé. Je n’ai pas quitté le pays, je l’ai fui. J’ai laissé la porte grande ouverte derrière moi et je suis parti, sans me retourner. »

 

***************

 

J’ai été heureuse de lire un extrait de Jacques Roumain dans ce récit, auteur de Gouverneurs de la rosée, le grand poème d’amour que j'avais tant aimé :

 

« Si l’on est d’un pays, si l’on y est né, comme qui dirait : natif-natal, eh bien, on l’a dans les yeux, la peau, les mains, avec la chevelure de ses arbres, la chair de sa terre, les os de ses pierres, le sang de ses rivières, son ciel, sa saveur, ses hommes et ses femmes… »

 

J’ai partagé par hasard cette lecture avec mon amie Nadège. Vous pouvez lire ICI son magnifique billet. Prenez le temps d'écouter la chanson de l'auteur, "Petit pays". Impossible de ne pas être ému(e)...

 

L'avis d'Alex-mot-à-mots

 

 

commentaires

Noukette 08/11/2016 11:38

Il faut absolument que je découvre la plume de cet auteur !

Nad 09/11/2016 00:39

Je crois que tu ne le regretteras pas Noukette, il a une plume "rare"...
Belle semaine à toi

Eve-Yeshe 03/11/2016 14:09

ce livre fait partie de ma sélection rentrée 2016 mais je souffle un peu après le choc de "Tropique de la violence" et "L'insouciance".... un peu de légèreté entre les 2.

Nad 03/11/2016 23:32

N'hésites pas, il est surtout très tendre...

Nadège 02/11/2016 12:23

Quel heureux hasard d'avoir lu ce roman en même temps... Comme toi, j'ai bu les mots, je me suis immergée toute entière dans cette histoire. Un roman qui restera longtemps dans notre esprit et notre coeur, n'est-ce pas? Je t'embrasse.

Nad 02/11/2016 17:25

Ça c'est vraiment un bel hasard :-*
Il restera longtemps en nous, oh oui, c'est certain... et puis j'ai eu tellement de plaisir à écouter la chanson de Petit pays. Les paroles sont touchantes. Et ton billet est plein de sensibilité. Bravo ma Nadège, je t'embrasse

manU 01/11/2016 20:10

J'allais écrire "Petit pays, grand roman" mais je vois que ça a déjà été fait... Tant pis ! ^^

Nad 01/11/2016 23:51

Quand l'esprit d'une grenouillE de marais rencontre celle d'un Bison des grandes plaines ^^

Alex-Mot-à-Mots 01/11/2016 19:16

Merci pour le lien. Un livre fort.

Nad 01/11/2016 23:50

Très fort oui. Bonne journée Alex

Léa Touch Book 01/11/2016 14:11

Je compte bientôt le lire :)

Nad 01/11/2016 17:21

Tu me diras Léa :-)

Chess 01/11/2016 11:57

Il faut décidément que je tente celui-ci !!

Nad 01/11/2016 17:21

Oh oui n'hésites pas Chess!

Jerome 01/11/2016 08:49

C'est vraiment LE premier roman dont on parle le plus en cette rentrée. Je me dis que je vais attendre sa sortie en poche mais plus ça va et moins j'ai envie d'attendre.
(très beau billet, on sent à quel point tu as été touchée par ce texte)

Nad 01/11/2016 17:20

Je l'ai lu d'une traite. Je n'ai pas été capable d'arrêter son récit en cours de route, j'aurais eu l'impression de briser l'élan dans lequel il raconte son histoire. Oui j'ai été vraiment touchée par sa force de survie. Il y a des gens comme ça qui arrivent à nous émouvoir profondément. Quel bel homme.

A_girl_from_earth 31/10/2016 20:50

Ce livre est sur ma LAL. Il me tarde de le lire, les avis sont tellement enthousiastes !

Nad 01/11/2016 17:16

C'est un homme très touchant, on ne peut qu'être ému...

Didi 31/10/2016 19:43

La fuite et l'exil sont des blessures immenses. Ce livre nous permet d'en imaginer les douleurs.
Ce livre fait l'unanimité.
Bisous et merci à toi pour ta gentillesse.

Nad 01/11/2016 17:15

Ce doit être très douloureux et les cicatrices profondes. Toute notre vie on doit porter en nous ce contexte dans lequel on a été forcé de fuir, la guerre, les génocides ou autres. Ce récit nous fait beaucoup réfléchir...
Bisous Didi

Violette 31/10/2016 18:56

tu en rajoutes une couche, j'ai déjà été maintes fois tentée par ce livre mais je pense qu'il faut être vraiment prêt... Je le lirai, oui.

Nad 31/10/2016 19:05

Il est tellement poétique et surtout, sans dramatisation, qu'il ne faut même pas s'y "préparer" intérieurement. Il traite d'un sujet dur mais sans aucune lourdeur. Il est infiniment beau. Je t'encourage à le lire.

le Bison 31/10/2016 10:01

Cela fait deux mois que je vois des citations paraître de ce bouquin. Deux mois où chacune de ces citations me transporte, me fait réfléchir, pleurer, m'émerveille. Certainement, l'un des grands succès de la rentrée, et probablement mérité. Petit pays, grand roman.

Nad 31/10/2016 18:07

Petit pays, grand roman, tout à fait Bison! Un récit riche d'humanité et de sensibilité, sans fard, sans drame ni larmoiement, juste sincère. Chaque phrase est un vers qui porte une joie, une tristesse ou un moment de réflexion. Je l'ai lu d'une traite du début à la fin, en m'arrêtant quelques fois pour réfléchir. C'est un roman qui fait qu'on se questionne sur notre condition et nos valeurs. Une bien belle personne ce Gaël Faye...

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