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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 02:08
Mémoire de mes putains tristes - Gabriel García Márquez

« Je suis fou d’amour. »

 

Le narrateur a été journaliste durant quarante ans. Un journaliste « médiocre », une vie gâchée. Il est « laid, timide et anachronique », je n’invente rien, il se décrit lui-même dans ces mots élogieux. Il faut déjà un sacré courage – une force d’autodérision ? – pour se renvoyer une image de soi-même aussi peu glorifiante. Ou encore serait-ce le dépit des années ? Car des années il en a d’accumulées, il aura bientôt quatre-vingt-dix ans ! Mes respects… Les « vieux » ont une histoire à raconter et je passerais des heures à les écouter. Leur vie est comme une musique dont le refrain ne me lasse jamais. Que les notes qui s’en dégagent soient fausses, justes, ou aléatoirement sur la gamme des émotions, elles portent en elles une certaine vision de la sagesse. Mais là je m’écarte du sujet, c’est le vieil homme qui me porte à divaguer tant je me suis prise d’affection pour son histoire d’amour. Parce que vous verrez, c’est une grande histoire d’amour sans âge, qui aura eu le mérite d’avoir été vécue.

 

« Le sang circulait dans ses veines avec la fluidité d’une chanson qui se ramifiait jusque dans les recoins les plus secrets de son corps et remontait vers son cœur, purifié par l’amour. »

 

À l’aube de ses quatre-vingt-dix ans, il a voulu s’offrir une jeune vierge. Ben oui, pourquoi pas ? On ne va quand même pas s’offusquer d’une idée aussi audacieuse. Et puis comment ne pas accorder à un homme d’âge mûr la satisfaction de ses envies ? Il n’a jamais connu de l’amour que les bordels de la place. Comment lui refuser la chance de s’offrir tel qu’il est, pour ne pas mourir seul ? Rosa, amie de longue date et tenancière d’une maison réputée, lui trouvera une jeune fille de quatorze ans, Delgadina. Elle coud des boutons dans une usine. Belle, rayonnante, un corps de nymphe, vierge…

 

« On n’a pas l’âge que l’on paraît mais celui que l’on sent. »

 

Il rase les murs d’un quartier douteux. Les heures de l’attente sont interminables. Et la petite, il faudra la prendre avec délicatesse, c’est sa « première fois ». Dans le respect de ses peurs, il se contentera de passer des nuits allongé tout contre elle, sans la toucher, veillant sur son sommeil. Elle s’abandonnera, doucement. Et leurs rencontres subséquentes seront faites de gestes tendres et d’attentions, de petits cadeaux, nougats, chocolats et fleurs de toutes sortes. De soupirs et de saveurs, des parfums de son corps et de son âme. Il la couvrira de baisers auxquels elle répondra par le « langage naturel de son corps ». Auprès d’elle, il s’étonnera de l’attendrissement qu’il éprouve à son contact.

 

« Jamais je n’aurais imaginé qu’une petite fille endormie puisse provoquer en moi un tel cataclysme. »

 

Gabriel García Márquez aborde un sujet ambitieux. Contrairement à ce que le titre laisse présager, son roman n’a rien à voir avec le sexe, encore moins la perversion. Au fond, c’est une histoire d’amour incroyablement belle, sans limites et qui défi les âges, mais aussi celle d’une grande solitude. Ce sont les Mémoires d’un homme qui réapprend à vivre au seuil de sa mort. Qui découvre la relation faite de respect et de douceur, ces sentiments qui tuent l’amertume. Qui se redécouvre à travers l’autre. Qui apprend la douleur du vide que seule la présence de l’être aimé peut combler. C’est la découverte d’un premier amour. Le plaisir de contempler le corps nu d’une femme endormie. Une histoire de destin et de la nostalgie du temps qui passe. Ce sont les Mémoires d’un vieil homme attachant qui a souhaité laisser sur papier les traces d’un amour plus grand que nature…

 

« Le désir que j’ai éprouvé ce jour-là était si impérieux que j’ai cru à un message de Dieu. »

 

*********************************

 

Un BISON a aimé ce roman, « parce qu'il faut oser, oser baiser à tout âge, oser rêver à tout âge, et surtout oser aimer à tout âge »

 

commentaires

L
J'ai adoré ce roman lu en VO. L'amour n'a pas d'âge, et Gabriel Garcia Marquez a une plume formidable...
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A
J'ai lu 7 ou 8 de ses bouquins en VO et seulement L'amour au temps du choléra en français. La trad était parfaite et j'ai vraiment pas eu l'impression d'y perdre quelque chose ! <br /> <br /> J'arrive au dernier quart des Putes Tristes et il risque de se retrouver dans mes favoris !
N
Ce doit être super de l'avoir lu en VO ! Oui il a une plume formidable et comme tu dis, l'amour n'a pas d'âge...
N
Ton billet est très beau et tu parles très bien d'amour, c'est vrai. Mais je ne pense pas pouvoir entrer dans ce genre de livre, cela m'agacerait vite et j'abandonnerai la lecture... je rejoins ClaudiaLucia dans ses propos. Je t'embrasse.
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N
Oui, chaque être humain a le droit au respect et à la dignité...
C
Aimer ce roman "parce qu'il faut oser, oser baiser à tout âge, oser rêver à tout âge, et surtout oser aimer à tout âge ». Je cite ! Soit! mais on ne me fera pas croire que la fille de 14 ans, elle, avait envie de "baiser" avec ce vieillard de 90 ans et qu'il était son "rêve". C'est la nécessité , l'argent, la misère, l'absence de famille ou au contraire une famille cupide qui l'ont poussée dans ce lit. Marquez a acheté une petite fille, il s'est "offert une vierge", bref il l'a traité comme un objet, il a fait ses courses. Encore heureux qu'il ait été doux et attentionné; Il aurait pu être une brute, la fillette l'aurait subi aussi! Elle n'avait pas le choix! Pour moi c'est de l'esclavage. Je veux bien croire qu'il l'a aimée et qu'il sait magnifiquement parler d'amour . Mais qu'il soit un grand écrivain, qu'il soit vieux, qu'il soit seul n'excusent pas tout! C'est un bourge et un richard qui s'est payé ses caprices. Pour aimer il faut être deux, et il ne faut que l'un soit l'objet de l'autre !
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N
L'exploitation sexuelle, ou n'importe quel type d'exploitation nous fait réagir et c'est bien normal, ça prouve qu'on a des valeurs humaines !
C
Et oui, tu as raison, il s'agit d'un très grand écrivain et je suis bien certain qu'il ne doit pas manquer de toucher son lecteur; la mort, la vieillesse, la solitude sont les véritables thèmes du roman et nous concernent tous. Et puis l'art (ou la littérature) doit-il être moral? C'est une manière dangereuse de juger une oeuvre et qui peut aboutir à donner le droit de censure aux bigots, aux prudes, aux imbéciles et à l'obscurantisme. Malgré tout, on ne se refait pas, et je ne peux m'empêcher d'avoir cette réaction chaque fois qu'il y a exploitation d'un être par un autre et que quelqu'un profite de sa notoriété, de sa position sociale ou de son argent pour asservir l'autre.
N
J’apprécie ton analyse de ce roman, c’est dans la diversité des commentaires que la discussion peut être enrichit. Je l’apprécie d’autant plus que me considérant féministe et l’assumant fièrement, j’ai remué la question de la prostitution mille fois dans ma tête, à travers son contexte social (misère et autres), la question d’abus (viol) versus le « choix », celle de l’abus de mineurs aussi et puis tout le reste. L’amour n’y est pas du tout présenté, c’est vrai, avec la réciprocité de celui que « L’amour au temps du choléra » nous offre, qui est d’ailleurs à mes yeux un livre culte sur l’amour pur. L’auteur s’est payé une jeune vierge, oui, est-il seulement allé « jusqu’au bout », on ne sait pas. Quoi qu’il en soit, l’acte est prétentieux, c’est vrai. Je doute qu’elle ait eu envie de dormir à ses côtés ou de se faire tripoter par lui, c’est certain. Comme je l’amène dans ma conclusion, je crois avant tout que c’est une histoire qui parle d’une grande solitude et de la peur de la mort, des sujets qui le hantent dans tous ses ouvrages. En soi c’est une histoire triste qui m’a donné envie de pleurer plus que de m’émerveiller. Et toujours ayant en tête cette jeune fille et toutes ses misères. Il reste à mes yeux un grand auteur et malgré tout, malgré mon ambivalence puisqu’il s’agit d’un sujet qui me touche particulièrement et auquel je suis extrêmement sensible, j’ai choisi d’écouter ce qu’il avait à nous raconter, dans ses mots et dans son vécu, cherchant à comprendre. J’aurais aussi voulu l’entendre, elle, dans le respect de ce qu’elle a traversé au cours de sa vie. Ce roman reste à mes yeux un grand roman d’amour…
L
J'ai aimé ce roman (au passage je réitère l'annonce à propos des jeunes vierges :) ) mais il m'a manqué un je-ne-sais-quoi. Du sexe certainement... parce qu'ici, il n'est presque jamais question de sexe mais d'amour... un roman d'amour ! beurkkk ! ;-)<br /> <br /> Je pense qu'il faut découvrir d'autres romans de l'auteur, et un jour je lirai certainement chronique d'une mort annoncée ou l'amour au temps du choléra
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N
ARK ptdrrrrrrrr de l'amour PUR mon Bison, FUIS!!! <br /> Ah celui-là j'le retiens pour te l'offrir, tu vas te reconnaître entre chaque ligne ! ^^ Romantic you :D)))
L
ARK !! et en plus je suis sûr qu'il est question d'amour pur et même pas de sexe bestial !
N
Je te conseillerais bien « L’amour au temps du choléra », mais comme c’est sans doute l’une des plus belles histoires d’amour que j’ai jamais lu dans ma vie…….. Fuis Bison pendant qu’il est encore temps!!! ARK!!!! ^^
L
D'ailleurs, si une jeune vierge venait se présenter à moi...
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N
Hey tout l'monde you ouhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh : LE BISON EST UN ROMANTIQUE FLEUR BLEUE! <br /> (désolée j'ai pas pu me retenir...........................) ^^<br /> Il te reste plus qu'à faire rimer poème avec je t'aime et amour avec toujours :D)))
L
et je crois que personne ne le sait, alors chut...
N
Voyons Bison! Je parie que t'es un romantique fleur bleue, c'est juste que tu l'sais pas encore! :D
U
Merci pour cette critique, j ai lu ce roman il y a au moins deux ou trois ans, mais l histoire m a filé entre les doigts, j ai presque tout oublié, et tu m as permis de retrouver la mémoire.<br /> Je sais que tu apprécies ERRI DE LUCA, il est cette semaine l invité de France Culture, il a été mon compagnon de route sur la radio, durant ma dernière heure de conduite ce jour.<br /> http://www.franceculture.fr/emissions/voix-nue/erri-de-luca-lecrivain-des-vents-contraires-15-montedidio
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N
Oui j’aime beaucoup Erri de Luca, un gros merci pour le lien! J’irai voir ça ce soir.
M
Jamais lu cet auteur mais tu en parles bien !<br /> Enfin, tu parles bien d'amour d'une manière générale... ;)
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N
Crottes de grenouille mdrrrrr T'as encore le temps pour lui trouver le livre parfait qu'il pourra lire allongé sur un nénuphar dans sa mare à grenouillEs................. ^^
L
Ah bon, c'est quand son anniversaire ? Flûte et crottes de grenouille, faut que je m'active :)
N
Ça tombe bien t’as ton anniversaire bientôt :D<br /> <br /> Je parle bien d’amour? Racontes-moi ça……. ;-) ^^
L
Il faudrait que j'approfondisse ma connaissance de cet auteur :)
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N
« Mémoire de mes putains tristes » n’est pas mon favori mais j’aime tout de même tous ses romans. Avec un immense coup de cœur pour « L’amour au temps du choléra » :-*
J
Très beau billet pour un très grand auteur. C'est un vrai plaisir de te lire !
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N
Un grand auteur que j’adore plus que tout. Mon favori c’est « L’amour au temps du choléra », je pourrais le relire et le relire sans cesse...
S
Tant de beauté dans ta prose, ma Nadlidine, c'en est rendu que c'est toi que j'espère comme auteur. Mais devant un nouveau Gabriel Garcia Marquez, je ne peux que m'incliner. J'ai hâte de plonger dans ce roman décrit avec une telle finesse. XXX
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N
Tu sais comme ça me fait plaisir de te voir ici ma « namie »!!! <br /> Celui-là tu vas l’aimer j’pense bien. Alors, on va bouquiner quand sur Mont-Royal (ça me manque!)? Avec un arrêt obligatoire chez Première Moisson juste en face pour se craquer une grosse pâtisserie………. ^^

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