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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 14:44
Entre ciel et terre (tome 1) - Jón Kalman Stefánsson

Jusqu’à quel point est-il possible de mourir à cause des mots, pour les vers d’un poème?

 

« S’en vient le soir

Qui pose sa capuche

Emplie d’ombre

Sur toute chose,

Tombe le silence »

 

Bardur et un groupe de pêcheurs islandais s’étaient rendus au baraquement juste avant la nuit. Ils s’étaient assurés de bien appâter les lignes, de prendre avec eux vareuses, chandails et bonnets de laine. Mais le froid glacial de mars ne pardonne pas, il vous transperce avant de vous faire mourir à petit feu. Sur les eaux glacées du froid polaire, une simple barque de pêcheurs est un mince refuge face aux vents violents du Nord, surtout quand la tempête se lève et que le ciel déverse sa colère. Que la rage des vagues vous submerge et que vos pieds sont mouillés. Que vous ne savez pas nager. Et que vous avez oublié votre vareuse, comme Bardur, parce que les vers du Paradis perdu de Milton, le poète aveugle, se sont insérés dans les fissures de votre âme, plus forts encore que votre instinct de survie.

 

« Il est des poèmes qui changent votre journée, votre nuit, votre vie. Il en est qui vous mènent à l’oubli, vous oubliez votre tristesse, votre désespoir, votre vareuse, le froid s’approche de vous… »

 

Peut-on seulement s’imaginer jusqu’à quel point les mots sont assez puissants pour toucher le cœur des hommes et changer le cours d’une vie? Bardur est mort en mer par un jour de tempête. Son meilleur ami, le gamin, a tenté de réchauffer ses membres qui s’engourdissaient en lui frappant le corps. La peur s’est installée, les forces lui ont manquées, il s’est recroquevillé au fond de la barque et s’est laissé mourir de froid. La vie n’a pas tenu le coup face aux rimes…   

 

« Certains mots sont probablement aptes à changer le monde, ils ont le pouvoir de nous consoler et de sécher nos larmes. Certains mots sont des balles de fusil, d’autres des notes de violon. Certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre le cœur et il est même possible de les dépêcher comme des cohortes de sauveteurs quand les jours sont contraires et que nous ne sommes peut-être ni vivants ni morts. » 

 

Enfoncé dans la neige jusqu’aux genoux, submergé par l’incertitude et anesthésié par la peine, le gamin entreprend un voyage pour rendre à son propriétaire le recueil de poèmes qui a donné la mort à son ami. Après, il aura tout le temps de décider s’il veut vivre ou non…

 

Comme lectrice affamée de nature, c’est au moment de la traversée que j’ai revécu l’Islande des glaciers, celle que j’ai l’impression de toucher encore du bout de mes doigts. Celle des fjords et des vallées, des falaises qui surplombent la mer, celle des volcans, des cratères, des chutes et des grandes étendues de terre. Celle du sommet des montagnes dans le lit des nuages, là où se perd la ligne d’horizon et où le monde prend fin. Je n’ai « jamais été aussi près du ciel » que dans ce 66ème parallèle nord. Les paysages de l’Islande sont une incitation à devenir poète, à réciter Le Paradis perdu de Milton…  

 

« Celui qui marche un long moment seul dans une tempête de neige qui jamais ne retombe est peu à peu saisi de l’impression qu’il est sorti du monde, qu’il avance dans un désert loin des hommes. »

 

Jon Kalman Stefansson est un magicien des mots. Ses réflexions sur la vie et la mort nous amènent à nous questionner sur l’existence ; son but et ses fondements, ce que nous laissons derrière nous une fois partis. Rien ne peut égaler en souffrance la cruauté des hommes, ni leur mépris, encore moins leur lâcheté. Ce monde dans lequel nous vivons nous confronte sans cesse à l’ « autre », et à l’image d’une nature où les éléments se déchaînent, nous sommes bien petits face à la menace. Mais les forces de l’amour et de l’amitié seront toujours vainqueurs. Dans le poids de l’absence, elles triomphent du vide et de la solitude. Peut-être en partie parce qu’elles nous renvoient le symbole de notre propre liberté…

 

« Les rêves nous libèrent parfois des amarres de la vie. Ils sont tel un soleil dans les coulisses du monde. »

 

Un immense merci à toi ma précieuse Lili de m'avoir fait découvrir ce grand auteur, et par le fait même d'être retournée voyager avec toi au pays des fuzzy... :-*

 

Les magnifiques billets de Nadège et Eeguab

Entre ciel et terre (tome 1) - Jón Kalman Stefánsson
Entre ciel et terre (tome 1) - Jón Kalman Stefánsson
Entre ciel et terre (tome 1) - Jón Kalman Stefánsson
Entre ciel et terre (tome 1) - Jón Kalman Stefánsson

commentaires

Sylvie 24/10/2016 04:31

Merci pour tes mots et tes photos magnifiques. Ma tête est en Islande. XX

Nad 28/10/2016 19:33

J'ai hâte qu'on puisse s'en parler ;-)
Tu vas te régaler avec ton Loic! xxx

keisha 05/07/2016 07:28

Ah oui le tome 2... Hier à la bibli j'ai bien vu que toute la série y était...

Nad 23/07/2016 16:37

Si jamais tu as l'occasion de les lire, j'aimerais beaucoup avoir ton avis...

Chess 23/06/2016 11:20

Celui-ci me tente énormément, je note :) !

Nad 23/06/2016 14:25

Ce roman est d'une beauté incroyable...
Merci de ton passage ici Chess :-)

le livre-vie 23/06/2016 09:26

Que j'aime tes articles qui sont autant e découvertes pour moi! Un auteur du nord (enfin par rapport à moi!), je note!

Nad 23/06/2016 14:26

Quelque chose me dit que vraiment tu adorerais cet auteur. Une merveille...
Bisous Céline

Violette 21/06/2016 09:18

je ne connais absolument pas... encore une lacune à combler!

Nad 22/06/2016 02:34

Un roman vraiment superbe de A à Z...
Bonne journée Violette

lili 20/06/2016 20:43

Quelle mémoire Nadine!! Heureusement que "presque tout" est consigné et permet aux souvenirs de se cadrer... Comme de jolis photos dont on ne se lasse jamais de regarder. Je suis à mi parcours de : D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds... (Stefansson) et l'allée-retour entre le présent et le passé me fait revivre des lieux encore doux en mémoire lors du voyage au présent et transposer le passé par une rudesse, une austérité (plus que Libérale) que ce pays ne cesse de transpirer.

Nad 22/06/2016 02:33

C’est vrai??!! Super! J’ai hâte que tu me parles de celui-là ma Lilounette! (D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds). En fait ma mémoire est terrible, j’oublie tout :D
Mais heureusement il y a les photos que je regarde souvent et qui m’ont été utiles pour faire la liste ^^ Et il y a les souvenirs qui sont encore dans mon cœur…
On se fait une soirée photos avec un « pique-nique » pain, fromages, poissons fumés, vin et….. « oignons séchés » ha ha ha
Gros becs ma partner de voyage! xxx

keisha 20/06/2016 20:31

J'ajoute : oui, magnifiques photos...

Nad 22/06/2016 02:26

Merci à toi... et dire que c'était encore plus magnifique en vrai...

keisha 18/06/2016 08:41

Un auteur jamais lu, mais ce n'est pas faute de lire des billets enthousiastes; cependant je sens qu'il faut choisir le bon moment.

Nad 22/06/2016 02:25

Oui c’est vrai, il y a des livres comme ça qui méritent d’être lus à des moments spécifiques… celui-là je ne sais pas, je l’ai tout de suite aimé. Il devrait te plaire…
Quel roman magnifique, en plus il semblerait que le tome 2 soit le meilleur, alors j'me le garde pour les vacances :D
Bonne journée à toi Keisha

lili 15/06/2016 23:04

Comme je suis contente de voir choir ici les paroles de Stefansson... Elles se marient si bien avec
les photos d'Islande que tu (quelle équipage nous faisons à l'enthousiasme si contagieux) as amoureusement cadré. D'avoir été sur cette terre hostile et magnifiée, ces ciels plus grands que terre, ces horizons déjouant l'horizontal... Je me fais toute petite pour errer à l'abri du froid dans ces magnifiques pages. Ton billet Nadine est exceptionnel et j'y retrouve le bonheur rare d'une lecture complice. Je me lance aussi dans la suite... Pour continuer le voyage. Bises et tendresse... Et fous rires... à faire arrêter la voiture dans un pré!! xxxx

Nad 17/06/2016 03:02

Merci ma belle Lili, c’est toi qui m’a fait découvrir cet auteur vraiment merveilleux!

Ah oui et quelle équipe d’enthousiastes on fait avec nos photos! Mdrrrrr Comment traverser l’Islande d’un point A à B en s’arrêtant à c-h-a-q-u-e WOWWWWWWWW! C’était magique, je repense chaque jour aux glaciers qui m’ont fait réaliser à quel point nous sommes tellement petits et fragiles devant toute cette immensité…

Il y a une tonne de mots qui me viennent en tête quand j’y repense, des mots qui me font éclater de rire mais aussi qui me font repenser avec nostalgie à ce voyage inoubliable… tiens comme ça, quelques uns… tes macareux et mes moutons (tite bibittes trooooooop sweet!!! ^^), nos Inukshuks, nos mots sur le sable (aïe la marée monte vite :D), nos soupers à une heure du matin parce que finalement le soleil ne se couche jamais (^^), sauter dans un bateau en marche (mdr), les toits rouges, les 5 à « 7 » de Vikings (sourire), les flocons d’oignons (indispensable ha ha), un sauvetage de bébé mouton (pôv ti!), le monastère perdu (qui nous a valu de voir les chevaux), la visite chez le vieil homme (la joie dans le cœur), l’escalade de glaciers (avec guides Vikings :P), les deux pieds dans la neige, dans la boue, dans la lave, la Route #1 et surtout toutes les autres qui n’ont pas de noms, les rennes (des tonnes! ^^), le canyon à minuit - seule au monde, le # on prend une photo pendant que le geyser crache!, Miss météo, les « einbreid brù » (ptdr), la flamme olympique (ou comment sortir d’une voiture en deux secondes), les mots de 25 lettres, comment se faire sortir d’une piste d’atterrissage, l’utilité d’un manteau de pluie et un pyjama qui met 4 jours à sécher ^^, etc etc…. et puis surtout, une partenaire de voyage extraordinaire! Avec un fou rire inoubliable et une voiture dans un pré quelque part……….. :D))))

J’t’adore ma Lili, number one best partner de voyage! Gros becs xxx

le Bison 13/06/2016 22:09

Bonnets de laine ! MDR !!! alors que tuque, cela aurait fait trop sérieux et plombé l'ambiance de ce billet si chaleureux, si humain et de ce livre si chargé en iode et en poésie.

Pas encore lu, mais cela viendra certainement un jour. Tout mon univers, celui de la poésie au majeur gelé par le froid islandais. Crisse, il n'existe pas de tuque pour les majeurs ?

Et tes photos, elles sont vraiment toutes magnifiques. Moi aussi, j'ai envie de vivre si près du ciel et en même temps si près de la mer...

Nad 15/06/2016 03:23

Ben moi j’trouve que le « bonnet » de l’auteur ça fait plus classe que « tuque » ou « capine », comme quoi les références culturelles ptdrrrrrrrrr

J’pense que c’est vraiment un livre pour toi, la poésie, la mer, les espaces sauvages, la solitude, les engelures de majeurs…………. Ça doit bien exister ce genre de tuque là, avec ou sans « pompons »…….! Crisse! ^^

manU 13/06/2016 22:04

Comme tu en parles bien, on sent que tu l'as aimé ce livre ! :)
Un magnifique billet qui nous fait voyager comme tes belles photos qui l'accompagnent...

Nad 15/06/2016 03:11

J’ai vraiment été émue par la relation d’amitié entre ces deux hommes, une relation rare, comme il s’en fait peu…

Parlant photos, ça me fait penser que je ne t’ai toujours pas envoyé d’autres photos de mâts… ptdrrrrrrr (comme t’en as pas beaucoup déjà)………. ^^

Jerome 13/06/2016 19:36

Bardur et le gamin... un duo inoubliable ! Le second est le meilleur des trois, un chef d'oeuvre ! Et Stefansson est un magicien, sublimé par la traduction géniale d'Eric boury.

Nad 15/06/2016 03:04

Ces deux-là je les ai adoré! Le deuxième est le meilleur? Super! C'est ma prochaine lecture, j’me réjouis :D
(je n’oublie pas Jon Atli Jonasson, Bergsveinn Birgisson et Guomundur Andri Thorsson. Merci pour ça… ;-))

Nadège 12/06/2016 18:42

Que je l'aime ce livre... j'ai noté la même citation que toi à l'époque : "Certains mots sont probablement aptes à changer le monde..." Je n'ai pas lu les deux autres, mais cela se fera, c'est sûr. Tu en parles vraiment bien. Je t'embrasse.

Nad 13/06/2016 01:06

Je suis tellement heureuse que tu l’aies lu ma Nadège! Comme il est merveilleux ce roman, un immense coup de cœur… Je viens de rajouter ici ton super billet, ce serait trop bien de lire la suite ensemble ;-)
Je t’embrasse fort et te souhaite une belle semaine

Eeguab 12/06/2016 18:33

Hello Nad. J'ai lu la trilogie, elle est inoubliable. Les trois sont chroniqués. Et je les retiens avec la jolie phrase qui suit "Entre ciel et terre la tristesse des anges fond sur le coeur de l'homme". Grosses bises.A bientôt.

Nad 13/06/2016 01:03

Avec ce roman je viens de découvrir un auteur vraiment extraordinaire. Je n'oublierai jamais ce livre...
Je n’ai qu’une envie, me plonger dans la suite avec le tome 2! C’est super, trois tomes résumés dans cette si belle phrase. Merci de l'avoir déposée ici…
Je viens de rajouter ton lien, je vois que tu l’as adoré aussi, ça fait plaisir! Merci de ta venue ici et gros bisous

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