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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 23:38
Le coeur cousu - Carole Martinez

« Maman n’a jamais su écrire qu’à l’aiguille. Chaque ouvrage de sa main portait un mot d’amour inscrit dans l’épaisseur du tissu. »

 

Au départ, il y eut cette boîte étrange que Frasquita reçut de sa mère en héritage. Un trésor confié sous la consigne de ne l’ouvrir que neuf mois plus tard, jour pour jour. Luttant contre l’envie irrésistible d’en découvrir le secret, elle l’enterra dans l’oliveraie du Seigneur Hérédia – « l’homme à l’oliveraie ». Lorsqu’elle fut en âge de comprendre la vie sous des yeux de jeunes filles, sa mère lui fit apprendre un ensemble de prières pour chaque misère humaine. Mais elle devra user avec parcimonie des pouvoirs qui en découleront… 

 

Personnage central de cette histoire fascinante, Frasquita, la couturière du faubourg Marabout, est emplit de dons. Elle coud et brode, magicienne faisant naître ce qu’elle touche du bout de ses doigts. À son contact, les robes et les châles se transformeront en maléfices qui agiront sur les hommes comme des philtres d’amour. Les fils aux mille couleurs changeront le regard qu’elle porte sur le monde. D’abord, il y eut ce petit cœur brodé dans les entrailles de la Madone qui un jour s’est mis à battre, et ce papillon qui prit son envol. Elle arrivera même à recoudre le visage de Salvador, ravagé par la haine des anarchistes. De quel miracle ou phénomène surnaturel Frasquita s’est-t-elle fait l’héritière? Empruntant un chemin opposé, vivant en marge de la société, s’affichant avec des prostituées et mettant au monde des enfants étranges – comme Angela qui nait avec des plumes et couine comme un canard - elle fera fuir les gens du village. N’aidant en rien l’ostracisme dont elle fut la victime, son mari devint fou et entra dans le monde des volailles pour en devenir l’un des membres. Il vivait dans le poulailler et se prenait pour une poule… Il lui vint même l’idée de couver un œuf rouge et de faire de ce coq le plus beau coq de combat.

 

Chassée, elle prendra la fuite avec ses cinq enfants, la sixième reposant dans son ventre. Elle s’appellera Soledad et sera la narratrice de cette histoire. Son prénom lui viendra de cette solitude dans laquelle elle sera plongée dès sa naissance dans une « volonté de résister au monde ». D’aucun diront qu’ils ont vu une femme en robe de noces tirant une charrette avec sa marmaille dans les jambes…

 

« J’ai peur toujours de cette solitude qui m’est venue en même temps que la vie, de ce vide qui me creuse, m’use du dedans, enfle, progresse comme le désert et où résonnent les voix mortes. »

 

Le cœur cousu, premier roman de Carole Martinez, est l’histoire d’une famille entourée d’un mal mystérieux. C’est avant tout une histoire de transmission entre les générations. Celle de femmes fortes unies par d’étranges pouvoirs. C’est aussi le basculement entre le rêve et la réalité dont le point d’ancrage sera la recherche d’équilibre, un univers de « folie » où la haine et le mépris des hommes ne saura régner qu’au prix d’une certaine liberté. À travers ses personnages en marge, c’est un roman sur la différence et l’acceptation, les choix que l’on exerce et les épreuves de la vie. Le cœur cousu est un portrait de femmes, tissé au fil des pages, dans une broderie d’humanité et d’entraide qu’aucun lien ne pourra dénouer…

 

« Il arrive qu’on interrompe une promenade, oubliant même ce vers quoi l’on marchait, pour s’arrêter sur le bord de la route et se laisser absorber totalement par un détail. Un grain du paysage. Une tache sur la page. Un rien accroche notre regard et nous disperse soudain aux quatre vents, nous brise avant de nous reconstruire peu à peu. Alors la promenade se poursuit, le temps reprend son cours. Mais quelque chose est arrivé. Un papillon nous ébranle, nous fait chanceler, puis il repart. Peut-être emporte-t-il dans son vol une infime partie de nous. , notre long regard posé sur ses ailes déployées. Alors, à la fois plus lourds et plus légers, nous reprenons notre chemin. »

 

Un grand merci à toi ma chère Nadège pour ce cadeau aux mille couleurs <3

Et le billet magnifique de Céline du blog Le livre-vie

commentaires

dasola 10/06/2016 09:08

Bonjour Nadine, que ce roman est bien écrit. C'est grâce à une blogueuse que j'ai découvert Carole Martinez et ce roman dont la première longue partie m'a enthousiasmée. En revanche, j'ai trouvé la seconde partie presque en trop. Bonne journée.

Nad 10/06/2016 19:58

J'ai vraiment adoré la deuxième partie pour le voyage, la fuite, la recherche de liberté.
Comme quoi les livres laissent en nous des impressions aussi semblables que différentes...
Bon weekend Dasola

le livre-vie 04/06/2016 14:43

Carole Martinez fait partie de mes auteurs favoris. Elle a une plume fascinante qui oscille entre merveilleux et réel (un peu comme le réel-merveilleux latino-américain d'ailleurs). Je suis contente de voir que tu as aimé.

Nad 05/06/2016 18:02

J'ai très envie de découvrir ses autres romans... :D
Bon dimanche à toi Céline

Cristina 01/06/2016 22:01

Depuis le temps que j'ai ce livre dans ma bibliothèque !
Il va falloir que je me lance, tu m'as donné envie de me tourner une fois de plus vers mes origines.

Merci ma belle pour ce magnifique billet !
Tu sais y faire toi :)

Bisouuuuuuuuus
XXX <3

Nad 05/06/2016 17:56

J’suis sûr que tu vas l’aimer! Slurpppp xxx

manU 01/06/2016 20:46

Tu parles avec émotion de ce livre dont on sent qu'il t'a touché.
Et puis tu n'aimerais pas les destins de femmes fortes par hasard ?
Une impression, comme ça...

Nad 05/06/2016 17:56

Ouiiiiiiiii j’aime les femmes qui déplacent de l’air et ne laissent pas indifférentes! ^^

Jerome 01/06/2016 20:08

Un très beau roman oui, que l'on m'a offert à moi aussi ;)

Nad 05/06/2016 17:56

Superbe et très particulier, c’est d’ailleurs cette atmosphère un peu mystérieuse que j’ai adoré…

krol 01/06/2016 18:37

Quel beau roman en effet !

Nad 05/06/2016 17:55

Magnifique!

le Bison 01/06/2016 17:34

Tisser au fil des pages dans une broderie d'humanité. Crisse, c'est de la poésie subtile ça. Il ne faut pas avoir bu des litres de Chambly pour coudre une fin aussi belle à ta chronique.
Mais tu crois que l'humanité ferait une belle broderie, j'ai des doutes, ou alors faudrait de sacrées couturières bien bandantes pour tisser les âmes entre elles.

Nad 05/06/2016 17:55

J’crois malheureusement que les humains en tant que société ne sont faits pour vivre ensemble qu’au prix de petites et grandes guerres (c’est le moment de ma réflexion où j’me dis qu’il est temps de sortir une fdm tabarnak….. ^^).
Lâches les couturières! Tu vas finir en « manteau de poils de Bison »….

le Bison 01/06/2016 17:28

Je vais faire mon grizzli sauvage, mais... ça serait pas un roman de gonzesses ? :D

Nad 16/06/2016 02:57

Sauf que la peau de grizzly est plus poilu que l'autre, ça garde mieux au chaud l'hiver tabarnak! ^^

le Bison 15/06/2016 09:06

une peau de phoque aussi, du moment qu'il y a un feu de cheminée et une bière décapsulée...

Nad 15/06/2016 03:26

"surtout" sur une peau de grizzly tu veux dire.... ^^

le Bison 14/06/2016 13:49

J'ai de l'imagination partout, y compris sur une peau de grizzly :D

Nad 08/06/2016 02:17

Tu arrives à avoir l'imagination féconde allongé sur ton canapé marron? ^^

le Bison 07/06/2016 16:33

J'ai une imagination féconde, surtout quand je suis allongé !

Nad 05/06/2016 17:52

Ton « grizzli » sauvage? Ah je vois, tu t’imagines allongé sur une peau de grizzly dans ton igloo avec une « gonzessse »… C’est fort en tabarnak l’inconscient… ^^

Nadège 01/06/2016 11:32

Merci à toi pour les mots que tu as tissés avec délicatesse et bienveillance sur ce roman dont j'ai gardé un doux souvenir. Je t'embrasse.

Nad 05/06/2016 17:51

Je crois que c’est un roman qui nous marque à jamais, qu’on ne peut jamais tout à fait oublier… Un immense merci encore ma Nadège, je t’embrasse fort xxx

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