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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 23:29
Le sumo qui ne pouvait pas grossir (1) - Éric-Emmanuel Schmitt (Le Cycle de l'invisible)

« À l’envers des nuages, il y a toujours un ciel. »

 

********

 

« Ce qu’on refoule pèse plus lourd que ce qu’on explore. »

 

Jun a quinze ans. Un jour, il s’est levé et a eu envie de tout foutre en l’air, de réorganiser sa vie autour de ce qu’il croyait être son incapacité à vivre en collectivité. Dégoûté de lui autant que de la vie, il s’est dit que ce qu’il perdrait en « confort » il le gagnerait en liberté. En réalité, Jun a peur, c’est pour cette raison qu’il abandonne tout avant même de s’être donné la chance de réussir. Il fait partie de ces jeunes qui attribuent aux autres l’entière responsabilité de leurs malheurs - quand on se pose en victime, on se décharge de ses torts, c’est moins lourd à porter... Certes, son père est mort et sa mère, selon lui, ne lui a jamais témoigné de tendresse. A-t-il seulement saisi le message d’amour derrière ses lettres? Je ne dis pas qu’on naît tous égaux, loin de là, mais je pense qu’à l’adolescence il peut nous arriver d’occulter la réalité sous une avalanche de certitudes. En fuguant, Yun s’est protégé derrière une carapace. Une couche bien solide de repli sur soi pour lui éviter de se sentir constamment agressé par les paroles des autres, de les déformer, de les juger, d’en douter, de les interpréter. Ce n’est pas lâche, c’est une manière comme une autre de survivre…

 

« Tu agonises parce que tu as tout recouvert, tes émotions, tes problèmes, ton histoire. Tu ne sais pas qui tu es, donc tu ne construis pas à partir de toi. »

 

Il vit maintenant le cul sur un bout de béton d’une ruelle insalubre de Tokyo et s’alimente de restes de poubelles. De temps en temps, pour pouvoir se permettre le luxe de quelques boîtes de conserves, il vend des canards pour le bain, mais pas n’importe lesquels… les siens ont des formes de femmes, des seins aussi rouges qu’une promesse. Jusqu’au jour où il rencontre Shomintsu, un maître de sumo. Et que d’une voix aussi douce qu’imperturbable, ce dernier se tourne vers lui et lui dit :

 

« -Je vois un gros en toi.

-… »

 

Et le jour suivant…

 

« -Je vois un gros en toi.

-Va te faire foutre ! »

 

Ce que Shomintsu a réellement vu en Jun ressemble à de faux semblants pour cacher ses souffrances. Un monde de sensibilité étouffé sous les apparences. Il repoussera d’abord le maître, puis finira par se laisser apprivoiser. Son univers basculera. Jun sera sur la voie de l’apprentissage... En participant à son école de sumo, ses instincts seront plus vifs, ses certitudes s’écrouleront. Il perdra ses repères mais vaincra ses préjugés. Surtout, il apprendra à penser à travers son propre regard. Le temps sera-t-il venu alors d’ouvrir les lettres de sa mère et de découvrir ses secrets?

 

« J’ai dit que c’était possible, pas que c’était facile.

-Tu progresses, Jun. Tu rates tes combats, mais tu échoues avec style. »

 

Le Cycle de l’invisible d’Éric Emmanuel-Schmitt comprend six romans – nouvelles - que j’ai décidé de relire. Chacune d’elles nous parle d’une religion. C’est mon p’tit Vincent qui m’en a donné le goût, il en a loué deux à la biblio de son collège la semaine dernière. Et comme c’est l’un de mes auteurs favoris…

 

Dans celui-ci, il est question de bouddhisme zen, que pratique Shomintsu. Un homme paisible et généreux qui médite durant des heures pour atteindre en lui le vide suprême. Une fois ce vide atteint, la force en lui s’éveille. Et nous apprenons, à son contact, que rien n’est impossible…

 

« Tu as raison, Jun. Le but, ce n’est pas le bout du chemin, c’est le cheminement. »

 

***********

 

« Jun, si ce que tu dis n’est pas plus beau que le silence, alors tais-toi... »

Le sumo qui ne pouvait pas grossir (1) - Éric-Emmanuel Schmitt (Le Cycle de l'invisible)
Le sumo qui ne pouvait pas grossir (1) - Éric-Emmanuel Schmitt (Le Cycle de l'invisible)

commentaires

Rebecca G. 13/06/2016 00:31

Très intéressante, cette collection... La démarche me plait.

Nad 13/06/2016 17:42

Le Cycle de l'invisible est une idée de génie! Les six nouvelles qui le composent sont mes favorites...

Une ribambelle 28/04/2016 17:39

J'aime bien cet auteur mais je n'ai pas trouvé celui-ci (et quelques autres) assez "consistant". J'étais restée sur ma faim si je puis dire.

Nad 30/04/2016 02:19

J’ai vraiment aimé tous ses livres du Cycle de l’invisible, peut-être Milarepa un peu moins que les autres. Mais dans chacune de ces six nouvelles j’ai été touchée par la force des liens d’amour et d’amitié qui se créaient entre les personnages, un amour qui passe par le cœur bien avant de passer par les liens du sang. Le seul de ses romans auquel je n’ai pas accroché est « L’évangile selon Pilate »…
Bon weekend Ribambelle et merci d'être passée ici

Nadège 26/04/2016 11:10

On sent à quel point tu aimes cet auteur! J'ai lu Monsieur Ibrahim et les fleurs de Coran, bientôt ma chronique! Je t'embrasse.

Nad 30/04/2016 02:13

Je l'adore! Et ton billet lui rend un hommage magnifique. Un grand merci... :-*
Pleins de bisous

le livre-vie 24/04/2016 17:15

tu sais combien j'aime EES! Je n'ai pas lu celui-ci, il a croisé ma route il y a peu, mais j'ai résisté, pour le moment!

Nad 24/04/2016 17:50

J’ai pensé justement à toi en le lisant, me demandant si tu l’avais lu. Je trouve que celui-ci regroupe en une seule petite nouvelle tout ce que j’aime de cet auteur, l’humour, la sensibilité, la force des réflexions. Je ne sais pas pourquoi c’est le seul du Cycle de l’invisible vers lequel je n’étais jamais allée encore et pourtant je l’ai adoré! Vraiment un grand coup de cœur!

le Bison 24/04/2016 15:37

Il a bon goût ce p'tit Vincent. Mais c'est la marque de fabrique de ce prénom.

Je ne suis toujours pas attiré par E.E.S. mais si je devais en découvrir un, je commencerai forcément par celui-là. Le sumo. Tabarnak, comment il fait pour ne pouvoir pas grossir. Je vois un gros en moi. Voilà, toute ma vie résumé devant mon miroir :)

Par contre, le coup du canard avec de gros seins, ça me donne envie de prendre plus souvent des bains...

Nad 04/11/2016 13:50

Je trouve aussi que c'est la plus belle citation de cette nouvelle, elle est d'ailleurs sur la page d'accueil de mon blog depuis plusieurs mois sous la photo de "l'enfant au coquillage".
Des canards pour le bain? J'en ai toute une collection, si tu savais!!!! mdrrrrrr

le Bison 04/11/2016 13:35

Et donc finalement, ce sumo fut mon premier EES...

Et je garde en moi cette magnifique citation : "si ce que tu dis n’est pas plus beau que le silence, alors tais-toi".

Un petit canard pour le bain ?

Nad 24/04/2016 17:45

EES est l’un de mes auteurs chouchous, j’adore sa philosophie. Dans chacun de ses romans j’découvre des phrases, citations, proverbes qui me touchent en plein cœur. J’aime son côté zen, la force de ses réflexions, la délicatesse dans ses mots, j’trouve cet homme d’une grande humanité. Et en plus il ne manque pas d’humour! Son sumo il m’a fait éclater de rire par moments! Bison, si tu vois le gros en toi, paraît que t’es sur la bonne voie....................... ^^
Et n’oublies pas de sortir ton p’tit canard à bain! ^^

Chrisdu26 21/04/2016 11:17

« ... si ce que tu dis n’est pas plus beau que le silence, alors tais-toi... »

Ça, j'aurai aimé pouvoir l'écrire, c'est tellement beau, j'adore. J'aime beaucoup l'auteur mais j'avoue ne pas tout aimer. C'est mignon parce que c'est Camille et Mathilde aussi qui m'ont mené vers lui (Lecture collège) avec "Les fleurs du Coran" c'est très beau, et toi tu m'as juste donné envie d'y revenir avec ce sumo qui pèse juste 1 tonne d'amour.

Merci ma Belle de ce billet si beau, si vrai et si juste <3

Nad 21/04/2016 20:10

Oh oui elle est trop belle cette citation! Quelle classe ce Éric-Emmanuel Schmitt, un grand philosophe de l’humanité :-*

Je l’ai rencontré au Salon du livre de Montréal en novembre dernier avec Vincent, je n’ai jamais rencontré un auteur pareil. D’une gentillesse incroyable, généreux, d’une délicatesse dans ses mots, une fraîcheur de vivre. Il a séjourné quelques temps au Québec, en mars il y était encore, je voudrais bien qu’il reste ici et avoir l'occasion de le recroiser plus souvent :D

Grâce à Vinny j’suis en train de tout relire ses nouvelles du Cycle de l’invisible. Il m’en reste deux, elles ne font même pas 100 pages, certaines 60 à peine. Je prends donc plaisir à y revenir et y revenir…

Des gros bisous sur ta soirée, sans oublier le bout de ton nez XXX

Jerome 20/04/2016 12:37

Désolé de passer pour le vilain petit canard mais à chaque fois que j'ai tenté cet auteur, ça a été la catastrophe ;)

Nad 20/04/2016 19:22

C'est la beauté des livres, y'en a pour tous les goûts et toutes les saveurs :D
Bonne journée Jérôme

manU 20/04/2016 09:27

On sent que tu l'aimes cet auteur, bravo ! Je m'y mets bientôt... ;)
"Des seins aussi rouges qu’une promesse" !!!!! Excellent !!! :D

Nad 20/04/2016 19:21

Je l’adoooore! Avec EES c’est une grande histoire d’amour littéraire :D
J’ai hâte que tu m’en parles, j’espère qu’il te plaira…
ptdrrrrr tout est affaire de « promesse »……!!! ^^ (un canard pour le bain avec des seins rouges ça manque à ma collection...... mdrrrrr)

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