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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 23:16
Ceux qui restent - Marie Laberge

« Pour le reste, laissez faire la vie.

Croyez-moi, la vie a toujours raison. » 

Rainer Maria Rilke (Lettres à un jeune poète)

 

« Je ne crois pas qu’on refuse ou qu’on accepte de vivre. Je crois que certaines circonstances alliées à un état d’esprit spécifique conduisent à des gestes définitifs… qui, à ce moment-là, ont l’air d’une solution. »

 

Il y a des auteurs comme ça dont on ne rate la sortie d’aucun roman, et c’est le cas avec Marie Laberge, mon auteure québécoise culte. Elle arrive plus que n’importe qui à s’immerger dans les profondeurs de l’âme humaine. Si le deuil est un sujet qu’elle a souvent abordé, pour la première fois elle se tourne vers Ceux qui restent, ces personnes qui ont à survivre au suicide d’un proche. 

 

« Se tuer, c’est passer son bill à ceux qui restent.

Pis y a pas un crisse de procès qui peut te permettre de pas le payer. »

 

Un 26 avril, Sylvain s’est pendu dans la maison de campagne de son enfance. C’est sa mère qui l’a trouvé en entrant, il n’avait laissé aucun message pour expliquer son geste. Personne n’arrivera jamais à comprendre et tout le monde cherchera à expliquer, à sa manière. Le suicide condamne les survivants, existe-t-il même un geste plus violent ? Une chose est certaine, dans la douleur, on recherche tous une issue de secours.   

 

« Les suicidées, y nous refilent le problème. Y nous disent : « Regarde : moi, je sacre mon camp. V’là mes hosties de problèmes, arrange-toi avec ! »

 

Après 500 pages je me retrouve à bout de souffle. Je ne suis pas écoeurée, ni même alourdie de sentiments noirs suite à la lecture de son roman. Au contraire, plus que jamais je me demande où cette femme va puiser ses mots pour nous les rendre avec autant de finesse. Elle décortique l’âme au scalpel, l’analyse, établit des liens entre les failles jusqu’à la reconstruction et surtout, elle éveille en nous le doute, celui nécessaire aux questionnements. Je ne suis jamais arrivée à lire un de ses romans d’une traite. Ses livres se savourent. On lit, on s’y accroche, on s’arrête, on se questionne, puis on les reprend. Avant tout, on grandit! C’est ainsi qu’elle nous captive, nous émerveille…

  

Les chapitres de son roman sont divisés selon la personne s’adressant à Sylvain, ses parents, sa femme, son fils, sa maîtresse, son beau-père, etc. Chacun s’ouvrira sur ses incompréhensions, sur sa part de culpabilité. On se jettera le blâme en pleine face. Et si la faute revenait à cette mère envahissante, voire étouffante? On se remettra en question. Comment ne pas avoir perçu aucun signe avant-coureur dans ses gestes, ses attitudes, sa dépression? On se sentira impuissant, étranglé par la révolte, la colère, le remord, l’amertume, autant de sentiments normaux quand on affronte un deuil. Les parents de Sylvain se sont séparés, leur couple n’a pas survécu à la mort de leur fils. La violence d’un suicide est presqu’insurmontable pour Ceux qui restent. On se demande s’il n’est pas même égoïste de s’enlever la vie…

 

Marie Laberge dresse ici, à travers un événement x, un portrait de famille somme toute banal. Banal en ce sens qu’on pourrait tous quelque part s’y retrouver entre les querelles, les infidélités, les souffrances, les secrets ou les pardons des uns et des autres. Les histoires familiales sont en soi complexes. Je sors de cette lecture avec une seule envie, lui dire merci. Merci de leur rendre un si touchant hommage...

 

« Tout est devenu noir. J’ai défoncé le mur du garage avec mes poings. J’étais tellement sonné, tellement étranglé de révolte, d’impuissance que j’ai fessé jusqu’à avoir les mains en sang. Ça fait mal, et ça ne soulage pas. Le temps fait une sorte de ménage dans les souvenirs… on arrange sa vie pour avoir un peu d’anesthésie. »

Ceux qui restent - Marie Laberge
Ceux qui restent - Marie Laberge

commentaires

Une ribambelle 28/04/2016 17:42

J'ai lu quatre romans de cet auteur et je les ai tous beaucoup aimés. J'ai eu un coup de coeur pour "Juillet".

Nad 30/04/2016 16:55

Wow 4 quand même, c'est super! J'ai aussi adoré "Juillet", et la finale waouhhhhhhh!
Ce roman a déjà été envisagé pour le théâtre...
Bon weekend Ribambelle

Didi 27/04/2016 21:24

Coucou
ah je savais bien que j'avais lu de belles choses sur ce livre. C'est chez toi ! Alors comme souvent je suis en accord avec tes avis j'ai participé à la Masse critique particulière concernant ce livre chez Babelio. Je croise les doigts pour l'avoir (même si le sujet m'impressionne quand même...)
J'espère que je comprendrais les termes de chez toi facilement...
Bisous et merci pour cette mise en avant.

Nad 30/04/2016 16:51

Coucou Didi,

Je ne savais pas qu’il y avait eu cette Masse critique particulière, c’est super, c’est vraiment une auteure à découvrir! (et moi je n’ai aucune objectivité en ce qui la concerne, c’est ma favorite au Québec!) ^^

J’espère que tu le recevras, j’ai vraiment hâte d’entendre tes commentaires. Le sujet est lourd et pourtant ce que j’aime chez Marie Laberge c’est sa façon « allégée » de nous parler de sentiments durs.
Pour l’accent j’te promets rien, elle écrit comme elle parle québécois dans certains dialogues, mais c’est aussi ce qui fait son charme! Mdr Tu pourras toujours me demander de te traduire certaines expressions, ça me fera plaisir! Hi hi

Bisous et bon weekend

le livre-vie 08/04/2016 22:33

Je n'ai rien lu de cette auteure, mais je suis très touchée par ton billet. Il va vraiment falloir que je la découvre, même si le sujet m'effraie un peu...
Merci pour tous ces mots...

Nad 05/06/2016 17:48

Si tu savais comme ça me fait plaisir de lire ça! :D

le livre-vie 04/06/2016 14:50

Je viens de découvrir l'auteure avec ce roman, et j'ai adoré! Un énorme coup de coeur qui va me pousser à lire d'autres ouvrages d'elle!

Nad 09/04/2016 02:37

C'est une auteure à laquelle je suis attachée par les mots. Ils sont d'une sensibilité incroyable...
Ses romans se vendent bien en France, tu la trouveras facilement.
Merci à toi d'être passée ici :-*

Nadège 06/04/2016 16:53

Ton billet est très beau. Et comme le dit Jérôme on sent à quel point tu l'aimes. Alors je m'empresse de noter le nom de cette auteur qui te tient tellement à coeur. Je t'embrasse.

Nad 07/04/2016 01:39

De cette auteure je sais exactement celui que j’ai envie de te faire découvrir. Un portrait d’adolescente comme tu aimes…
Je t’embrasse

Jerome 04/04/2016 09:01

Une auteure qui compte énormément pour toi, tu le fais parfaitement ressentir. Merci de la découverte !

Nad 05/04/2016 18:03

J'suis contente que ça se ressente, Marie Laberge est une auteure qui m'est vraiment chère...

DJ 03/04/2016 19:29

Belle et juste analyse! il est certainement egoïste de s'enlever la vie. C'est même le geste d'egoïsme ultime selon moi. L'impact sur les autres est catastrophique evidemment. Pour ceux qui restent.

Merci de tes critiques si inspirantes.

Nad 05/04/2016 18:02

J'suis d'accord avec toi, toute cette violence et ce désarmement dans lequel l'entourage est plongé...

Chrisdu26 02/04/2016 18:36

Il y a des livres comme ça et des auteurs auxquels on ne peut échapper ! Tabarnak tu nous captives même si le sujet doit être très douloureux et émouvant.

Un suicide est ce une démission ? La vie peut elle devenir si intolérable pour en arriver à ce geste irréversible ? C'est terrible pour ceux qui restent avec la culpabilité de n'avoir pu rien faire, ou de ne pas avoir compris les S.O.S.

Je me demande si aujourd'hui encore l'église condamne ce geste ?

Viens dans mes bras que je te fasse un tabarnak de câlin ! :D

Nad 03/04/2016 19:06

Marie Laberge c’est mon chouchou, chaque fois que je la rencontre dans des salons de livres je ne manque jamais de lui dire. C’est tellement agréable de parler avec elle en plus, on y passerait des heures!
J’pense que pour certaines personnes la vie peut arriver à ce point intolérable, si c’est une démission, je n’sais pas, en quelque sorte je crois que oui, il faut avoir baissé les bras et n’avoir vu plus aucune solution.
La culpabilité doit être terrible, il n’y a pas de gestes plus violents pour ceux qui restent…
Je ne sais pas ailleurs mais au Québec, j’ai déjà assisté à des messes dans ce genre de circonstances et ce n’est pas tous les prêtres qui acceptent de le faire, ou s’ils le font c’est souvent à reculons. Mais si j’ai bien compris ils sont quand même plutôt rares… heureusement!
Gros becs ma Rousse XX

le Bison 02/04/2016 10:12

Crisse de tabernacle. Ça doit être fort et émouvant en hostie de câlisse, ce tabarnak de livre. Je peux me permettre cette juxtaposition de langage sirupeux du Québec devant la nationalité de l'auteure. Jamais entendu parler, mais c'est presque normale, pas sûr que beaucoup d'auteur de l'au-delà de l'Atlantique arrive jusqu'à nous à moins de s'installer en France (malheureusement). Pis, y'a pas un crisse ! :)

Nad 03/04/2016 19:02

Tabarnak, dans ses livres il y a de l’accent québécois entre chaque syllabe, des crisses et des tabarnak elle est capable d’en mettre, même que chaque personnage dans ses romans a son propre degré « d’accent », tu jubilerais! Elle est géniale cette Marie Laberge, certaines lui ont déjà reproché de mettre trop d’expressions québécoises dans ses textes. Moi j’trouve que c’est ce qui fait la beauté de ses textes, elle est québécoise, elle ne va pas commencer à s’exprimer autrement hostie d’crisse! ^^

claudialucia 02/04/2016 08:48

Un livre qui fait grandir! Cela n'arrive pas tous les jours! La manière de traiter le sujet a l'air passionnant. Tes deux derniers livres sont particulièrement durs!

Nad 03/04/2016 19:01

Plus que son livre, j’aurais même pu dire que c’est l’auteure en soi qui me fait grandir à chaque lecture. Est-ce que tu as déjà eu l’occasion de la lire? Je crois que tu l’aimerais beaucoup. C’est ce qui fait la beauté de son écriture je trouve, la finesse dans sa manière d’aborder des sujets durs. Ma prochaine lecture est plus « soft » ^^

manU 02/04/2016 05:39

En voilà une lecture qui doit être passionnante et douloureuse à la fois...
Comment faire face au suicide d'un proche, accepter et tenter de continuer à vivre ? S'en remet-on jamais ?...
Sacré sujet que tu nous donnes envie d'aborder avec ce livre. Et puis je sais que tu adores Marie Laberge !

Nad 03/04/2016 19:00

J’admire vraiment la façon dont elle a présenté le sujet, avec beaucoup de naturel dans le choix de ses mots, sans dramatisation malgré l’évidence. C’est ce que j’aime chez Marie Laberge, son sens de la profondeur, elle arrive à aborder n’importe quel sujet sans qu’on se sente oppressés. Ah oui je l’adooooore! Elle est fabuleuse, et pas seulement au niveau de sa plume, la femme en soi est extraordinaire, elle a une personnalité hors du commun.
S’en remet-on jamais, j’sais pas, ce doit être terrible, j’imagine qu’on met une vie juste à se remettre du sentiment de culpabilité...
BisouillEs

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