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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 23:54
Le phare, voyage immobile - Paolo Rumiz

« J’ai bien fait de venir ici tout seul, pour le premier voyage immobile de ma vie »

 

« Les archipels de l’âme sont infiniment plus mystérieux et compliqués que les vrais rêves »

 

Qui ne s’est jamais imaginé au moins une fois dans sa vie vivre isolé sur un grand caillou entouré d’eau? Une île déserte, seul au monde, avec comme unique boussole le vent iodé des embruns de la mer. Marcher sur des terres vierges, libres et sauvages, en capturant le moment présent dans l’unique frontière de l’imprévisible, libéré de toutes contraintes. C’est ce qu’a fait Paolo Rumiz lors de son premier voyage immobile, isolé dans un phare au milieu de la Méditerranée. Seul ou presque, avec uniques habitants le gardien et son adjoint, des boucaniers vivant de la pêche et de l’air du temps, aussi discrets que solitaires.

 

« C’est un de ces lieux qui te font comprendre que, au-delà de la lumière de ton existence, il existe le néant incommensurable… Cet à-pic est la représentation du mystère, tu es devant quelque chose qui ridiculise les malheurs des hommes »

 

« Ici, il faut savoir se résigner aux ajournements et aux attentes, et même prendre le goût des errances et du périple. »

 

Sans télé ni aucun moyen de communication – à part une petite radio à ondes courtes - l’écrivain-voyageur a consacré ses jours à l’exploration de son nouveau milieu de vie. Il a contemplé les étoiles, admiré les soleils couchants sur la mer, observé les oiseaux et, même, apprivoisé un âne borgne amoureux fou des citrons. Sans oublier Cassandre, une vieille poule solitaire… Mais avant tout, Paolo Rumiz s’est passionné de « vents », ceux qui secouent violemment les fenêtres et vous incitent à rester à l’abri.

 

« Chaque vent déchaîne en toi une tempête de sentiments inattendus »

 

Qu’il s’agisse de sirocco, de nevera, de tramontane, de levante ou de levantazzo, il en parle avec une poésie qui donne envie de pleurer d’émotion, tant c’est beau…

 

« ce vent d’est humide et infâme est une lamentation, une migration d’âmes mortes, il vous pousse dans les cavernes inexplorées de votre for intérieur » - le levantazzo

 

« c’est un vent chargé de lumière et de reflets, qui anime la mer de vagues fréquentes et riches d’écume, qui gorge nos rochers de couleurs, qui porte des semences de myrte et de romarin, qui mûrit les figues de Barbarie et les raisins, qui ensanglante de coquelicots les champs de blé, qui féconde la mer de nouveaux poissons… » - le levante

 

Seul avec lui-même dans l’un des phares les plus hauts du monde, affrontant les pires tempêtes de vent aussi bien que l’accalmie des jours, Paolo Rumiz réinvente un environnement à l’image de ses bousculements intérieurs. Avec lui, on est emporté par des vagues d’émotions fortes. Pour peu que l’on se ferme les yeux quelques instants, c’est un roman que l’on contemple en paysages, émus par la beauté des lieux. L’auteur colore ses mots d’un discours anti-modernisme où il s’oppose notamment à la pêche industrielle « qui vide la mer », puis aux GPS qui tuent à petits feux ces « gardiens de la lumière »…   

 

« Il m’a suffi de m’arracher au vacarme de la terre ferme, à la tempête des SMS, à l’overdose de données, aux débilitantes musiques de supermarché, et de venir sur une île déserte. Là tout est évident. Il y a un système qui nous abrutit de calmants, qui nous maintient dans un état de confusion mentale, dans le but précis de ne pas nous laisser comprendre qu’un gang de pillards est en train de dévorer le monde. Derrière la guerre en Irak, derrière la Syrie, l’Ukraine, les Balkans, derrière tous les « ismes » et les drapeaux, les nations et les religions, il y a toujours cet accaparement éhonté des dernières ressources de la planète. »

 

Sweet manU, le King des marais de Charente, rêve parfois de déserter son marais à grenouilles pour vivre « sur un îlot désert de toute présence humaine ». Un grand merci de m’avoir permis ce voyage immobile…

 

« Je reste comme un naufragé, ballotté par la tempête de mes pensées »

 

Le phare, voyage immobile. Et mon cœur y est encore… <3

 

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Le phare, voyage immobile - Paolo Rumiz

commentaires

Nadège 17/03/2016 09:58

Oh je le note, ce petit livre. Il me semble très beau. J'aime l'idée de se retrouver seule au milieu de la mer mais la solitude doit peser lourd malgré la beauté alentour...

Nad 22/03/2016 19:58

J'crois que tu l'aimerais beaucoup, il est d'une belle douceur.
La solitude peut être pesante après un très long moment j'imagine. Chaque personne doit avoir son seuil au-delà duquel la paix se transforme en besoin de côtoyer le monde. Parfois je me demande combien de temps je serais capable de vivre seule complètement isolée. J'ai l'impression que je pourrais y passer des mois, mais il faut le vivre je crois pour savoir...
En tout cas de le rêver ça fait un bien fou!
Bisous ma belle Nadège

le livre-vie 16/03/2016 10:40

Je rêve de ce type de voyage. L'isolement. La paix. Je l'ai un peu trouvé en vivant reculée à la campagne, sans voisin proche, mais ce n'est parfois pas assez.
Encore un ouvrage que je ne connaissais pas!

Nad 22/03/2016 19:43

Ce genre de voyage fait vraiment rêver...
On a parfois besoin de s'isoler et prendre du temps pour soi, se retrouver. Tu l'adorerais!

Didi 15/03/2016 21:12

Bonsoir Nadine,
j'ai noté dans un coin de ma tête cette envie de lecture. Une vie à regarder la mer depuis un phare, des voyages immobiles extraordinaires.
Merci de m'avoir rappeler cette envie lecture.
Je suis fan des phares et j'aime les visiter !
Bisous

Nad 22/03/2016 19:36

Coucou Didi,
Comme toi je les adore! Les phares ont quelque chose de mystique, d’apaisant, ils sont là pour nous guider et nous laisser le temps de prendre du recul sur nos vies. J’aimerais bien vivre dans un phare, quelques temps, me laisser bercer par la mer et son silence. Ça fait rêver tout ça…
J’ai eu la chance de dormir dans un phare il y a quelques années, à Cap-Chat, en Gaspésie, WOW je ne l’oublierai jamais! Et mes enfants m’en parlent encore, c’était magique! Tu aurais vu les couchers de soleil sur le St-Laurent, c'était trop beau!
Bisous

Chrisdu26 13/03/2016 22:19

C'est vrai que ça doit faire un bien fou de s'isoler un temps dans un lieu qui nous ressemble, nous apaise, un phare pourquoi pas... moi ce serait face à la mer... je pourrai rester des heures à la regarder faire ses va et vient ...
Un très joli billet que tu nous livre là Ma Nadine... et qui donne envie de s'évader loin... très loin :)

Des bisous tout plein ;-)

Nad 14/03/2016 02:29

Les phares sont tellement mystiques, je m’y verrais bien, entourée de mer et de solitude. Bon ok, j’cracherais pas sur une p’tite visite d’un bel Adonis des mers une fois d’temps en temps! ^^

C’est le genre de livre qu’on voudrait qu’il ne se termine jamais. S’évader ainsi, ça fait un bien fou…

Des gros becs ma p’tite bulle de savon xxx

jerome 11/03/2016 17:56

Bon, j'avoue, ça ne me fait pas rêver comme situation. Trop besoin de mes proches, de mes 4 femmes dont je ne pourrais pas me passer ;)

Nad 11/03/2016 21:44

Alors Jérôme il faut emmener tes quatre femmes avec toi! :D
Le voyage sera peut-être un peu moins « immobile » mais au moins tu y serais heureux :D))
Bon weekend

le Bison 10/03/2016 22:36

J'avais adoré la chronique de manU, surnommé the froggy en charentaise. Alors quel plaisir de me voir replonger dans ce livre, par tes yeux... Ca fait un bien fou, de se poser ici, et de contempler la mer, les vagues, le vent.

Je crois que j'adorerai me perdre dans un phare sur une ile déserte, pendant un an. Vivre au rythme de la mer et du vent. Heu, je peux quand même apporter ma musique, parce que sinon cela serait quand même trop dure...

Nad 11/03/2016 21:40

Yes! The froggy des marais de Charente! :D)))

J’suis certaine que ce voyage immobile te plairait, un endroit au milieu de nulle part, des journées entières de solitude et de découverte de son nouveau milieu de vie, des heures à lire, regarder le soleil se coucher dans la mer, écouter le vent, c’est tellement poétique comme voyage!...

Ta musique ne devrait pas trop perturber les oiseaux de passage ni même les poissons dans la mer. Ils pourraient même y prendre goût, qui sait :D

Bonheur du Jour 10/03/2016 05:56

J'ai énormément aimé ce livre, que j'ai lu deux fois de suite.

Nad 11/03/2016 21:33

Ah tu as lu ce récit toi aussi? Ça ne m’étonne pas, ce livre rend heureux et comme toi tu t’y connais en Bonheur :D
Je vais aller chercher le lien vers ton billet et le déposer ici…
Bisous Bonheur du Jour

manU 09/03/2016 09:16

Je ne doutais pas qu'il te plaise celui-ci ! :)
Jolie photo et joli billet, j'ai l'impression d'y être à nouveau dans ce phare cinglé par les vents...

Nad 11/03/2016 21:28

Un récit de mer, de solitude et de phare, tout y était pour me plaire, j’me suis régalée!

Ah toi aussi les vents t’ont marqué non? Toute cette belle poésie des vents, je pourrais relire encore et encore certains passages sans me lasser… Sur la photo du bas c’est Paolo Rumiz justement, avec sa cape au vent :D

Il vient de rejoindre l’étagère océane qui brille de ta présence ;-)

Mille fois merci encore mon King, BB, une lecture bonbon que j’ai adoré… slurp!

Eeguab 09/03/2016 08:38

Hello Nad. Merci pour cet immobile voyage qui nous emmène bien loin. On dit ou on écrit le phare et la cohorte des immenses nous accompagne, mes bienfaiteurs, Verne, Stevenson, Melville, Conrad et tant d'autres. Bonne semaine à toi.

Nad 11/03/2016 21:23

Coucou Claude,
Tous de grands noms, des hommes qui ont su parler de la mer et nous enchanter, nous faire rêver d’un ailleurs couleur azur. Paolo Rumiz en mentionne quelques uns dans son magnifique roman, dont Stevenson, d’ailleurs j’allais déposer ici un poème de lui, « The Light-Keeper » et puis j’ai changé d’idée parce qu’il n’avait pas été traduit. Je devrais peut-être le mettre quand même! :D
Bon weekend à toi, bises

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