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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 17:53
Dernières nouvelles du Sud - Luis Sepúlveda & Daniel Mordzinski

« En Patagonie, on dit que faire demi-tour et revenir en arrière porte malheur. Pour rester fidèle aux coutumes locales, nous avons poursuivi notre chemin car le destin est toujours devant, et on ne doit avoir dans son dos que la guitare et les souvenirs. »

 

Attendez, j’vous raconte…

 

J’arrive à peine d’un voyage enchanteur au pays de Sepúlveda pour vous donner les Dernières nouvelles du Sud, le Sud du bout du monde. Mon sac-à-dos est chargé de souvenirs, pas de ceux qui s’abîment et se perdent, mais des souvenirs comme des odeurs qui s’impriment à jamais dans les mémoires du coeur. Mes compagnons de route, Luis Sepúlveda et Daniel Mordzinski - photographe franco-argentin - avaient envie de nous raconter la richesse lumineuse dont sont imprégnés les gens qui vivent dans cet endroit que l’on dit l’un des plus purs de la planète : la Patagonie. Et moi, je ne demandais pas mieux que de les suivre…

 

À bord d’une vieille bagnole, notre voyage débutait à San Carlos de Bariloche, où nous descendions vers le Cap Horn, à l’Ouest argentin de la Terre de Feu, pour revenir par la Patagonie chilienne jusqu’à l’île de Chiloé, quatre mille cinq cents kilomètres plus loin. La quila venait de fleurir, une variété de bambou andin. Pas un seul nuage dans le ciel, d’un bleu immaculé. Nous avons traversé la steppe patagonienne, affrontant de face les vents violents de ces grands espaces indomptables. Ils nous ont rappelé les beautés sauvages d’une terre qui côtoie de près les eaux glaciales de l’Antarctique et les masses d’air froides qui battent de plein fouet sur la Cordillère des Andes.

 

« La steppe patagone invite les humains au silence car la voix puissante du vent raconte toujours d’où il vient et, chargé d’odeurs, dit tout ce qu’il a vu. »

 

Comme seule boussole, nous avions une envie furieuse de nous abreuver du parfum des fleurs sauvages, des saveurs des ravioles con tuco et de l’agneau rôti sur la broche, que mes amis voyageurs affirmaient dur comme fer être le meilleur au monde. Le vin chilien coulait dans les verres au son des guitares et des accordéons, avant de finir la soirée devant un bon maté que nos hôtes au visage tanné par le vent nous servaient avec fierté.  

 

De toutes ces rencontres que nous ayons faites, si je devais n’en revivre qu’une seule, j’irais revoir La dame aux miracles, cette vieille femme de quatre-vingt-quinze ans avec ses beaux sillons de rides qui témoignent de son histoire. Sa petite maison de campagne est entourée d’un jardin qui abonde de fruits et de légumes. Les herbes miraculeuses qui foisonnent de toutes parts ont ce don d’éveiller la fertilité. Mais je voudrais surtout, au coin du feu, qu’elle me reparle des souvenirs de l’homme sur la photo sépia. Je saurais alors que le plus beau des voyages est celui qui nous offre le cadeau d’une fenêtre ouverte sur le cœur des gens…

 

« Un jour mourait en Patagonie mais, à l’aube suivante, une vieille dame de quatre-vingt-quinze ans, qui avait fêté son anniversaire avec deux hommes des grands chemins, garderait la merveilleuse habitude de vivre. »

 

Je pourrais aussi vous parler de l’homme-luthier, El Tano, avec lui nous avons cherché dans chaque recoin de la steppe des bois rares pour la confection de ses violons. Ou encore des Gauchos de Patagonie, ces cavaliers qui franchissent la Pampa au galop, hommes élégants avec un foulard rouge autour du cou. Ils sont maîtres du lasso avec leurs gestes lents et harmonieux…

 

Ce récit de voyage est dédié à Osvaldo Soriano. Des pages émouvantes témoignent de son amitié envers l’écrivain et scénariste argentin.

 

« Osvaldo Soriano se dirigeait à pas lents vers Callao, il s’est arrêté pour saluer un vendeur de journaux, s’est penché un peu  plus loin pour caresser un chat de gouttière puis a continué à s’éloigner, à s’éloigner jusqu’à ce que sa silhouette se perde sous les arbres, jusqu’à ce qu’il ne reste plus de lui qu’un souvenir inoubliable, définitif, têtu, incombustible, installé pour toujours dans le cœur de ma mémoire. »

 

Le temps me manque pour vous en dire davantage, le Patagonia Express arrive dans quelques minutes. Je monterai à bord et je me fermerai les yeux sur ces souvenirs inoubliables d’images et de rencontres.

 

Des Grandes Plaines du Montana en passant par un igloo du Québec, je dois le cadeau inestimable de cet aller-simple au Sud du 42ème parallèle à un Bison. Si vous passez un jour à la petite maison de campagne de La Dame aux miracles, vous seriez gentils de la serrer très fort dans vos bras de ma part. Dites-lui qu’il n’y a pas un jour qui passe sans que je pense à elle et à la photo sépia suspendue à son mur.

 

L’amour est le plus beau des voyages…   

 

Pour lire les billets du Bison sur trois livres de Sepulveda:

 

Le monde du bout du monde

 

Rendez-vous d'amour dans un pays en guerre

 

Un Nom de Torero

Dernières nouvelles du Sud - Luis Sepúlveda & Daniel Mordzinski
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Dernières nouvelles du Sud - Luis Sepúlveda & Daniel Mordzinski

commentaires

le livre-vie 11/02/2016 18:09

Que j'aime Sepulveda... Un de mes auteurs préférés...

Nad 15/02/2016 20:14

Avec lui les voyages ont la saveur de l'évasion. Je l'adore aussi...
Bises

manU 06/02/2016 20:28

De Sepulveda, j'ai lu Le Vieux qui lisait des romans d'amour, Le Monde du bout du monde et je repartirai volontiers sur ses terres, d'autant plus que j'ai plusieurs de ses livres qui m'attendent sagement...
Les photos sont très belles.

Nad 07/02/2016 16:59

Les photos sont vraiment magnifiques et cette vieille dame de 95 ans avec ses belles rides, j'aurais voulu la rencontrer et l'entendre raconter son histoire... Quelle chance!

le Bison 03/02/2016 22:11

Cela fait longtemps que je n'ai pas pris le temps de voyages avec Sepulveda. Et tu donnes envie de voyager avec lui. Et un sac à dos rempli de binouzes plus nordiques que la Quilmes. Moi aussi, je me verrai bien chevaucher la pampa. Et faire de belles rencontres. Ah non, les rencontres c'est pas pour moi, faut s'ouvrir aux autres et j'en suis pas capable. Mais à pied, à cheval ou en vélo, traverser la pampa et descendre jusqu'au fumée de la Terre de Feu, cela serait un doux rêve qu'il est bon d'avoir.

Nad 05/02/2016 01:00

Il faut vraiment que je découvre alors « Un nom de torero » et « Le neveu d’Amérique » ! J’aime tellement l’univers de Sepulveda, j’avais d’ailleurs adoré « Le vieux qui lisait des romans d’amour », que j’ai lu au moins deux fois et la défense des baleines du « Monde du bout du monde »…

le Bison 04/02/2016 14:19

Merci à toi, parce que j'ai voyagé à travers tes écrits puisque ce Sepulveda, je ne le connaissais pas...

Des trois cités, Un nom de torero est celui qui m'a le plus emballé sur le plan scénario et histoire de la pampa,
Le monde du bout du monde fut marquant pour les atrocités humaines et son côté écologique,
Rendez-vous d'amour en pays de guerre, le moins indispensable aux nouvelles peut-être plus inégales
J'étais trop jeune pour bien me souvenir du vieux qui lisait des romans d'amour,
quand au neveu d'Amérique, tiens, j'ai envie tout d'un coup de le relire puisqu'il n’apparaît pas sur mon blog, un manque, parce que 5 étoiles quand même !

Nad 04/02/2016 00:04

Je vois sur ton blog que t’es parti voyager au moins trois fois avec Sepulveda, alors j’viens d’amarrer ces voyages ici… Des quelques voyages que j’ai fait avec lui, les « Dernières nouvelles du Sud » sont celles qui m’ont le plus donné envie de partir vers le Sud du bout du monde. Dans le sac à dos il faudra prévoir quelques binouzes, des mitaines anti-engelures de majeurs, voilà, il me semble que c’est l’essentiel, après, le plus beau est de s’en mettre plein les yeux plein le cœur. Je pense aussi que c’est un très beau voyage à faire en solitaire… Merci encore Bison, j’ai fait un merveilleux voyage dans la pampa… ;-)

Didi 03/02/2016 18:07

Voyager grâce aux livres voilà bien un très beau cadeau aux lecteurs !
J'aime bien la plume de Sepuvelda que je ne manquerais pas de découvrir plus avant. En effet je n'ai lu que " Mon neveu d'Amérique ".
Bises

Nad 03/02/2016 23:04

C’est bien vrai, quel cadeau inestimable que de voyager en lecture…
Je n’ai pas lu encore « Mon neveu d’Amérique ». Un jour, c’est sûr!
Bises Didi

Eeguab 03/02/2016 14:04

Beau Billet Nad. Dont tu penses bien que je suis friand au pays de Coloane et Sepulveda. Bises. A bientôt.

Nad 03/02/2016 23:00

Coloane que j’ai découvert grâce au Bison des Grandes Plaines. Des auteurs avec le vent dans les voiles et l’envie irrépressible de vivre passionnément (au passé pour Coloane, bien sûr, mais il nous aura laissé des mots pour nourrir nos rêves…). Bises

jerome 03/02/2016 13:22

Super billet ! Qui me donne envie de retrouver la plume de Sepulveda, que je n'ai pas lu depuis bien trop longtemps

Nad 03/02/2016 22:56

Quel auteur Sepulveda! J’avais tellement aimé le charme de son roman « Le vieux qui lisait des romans d’amour » et ses revendications écolos du « Monde du bout du monde ». Mais avec ces « Dernières nouvelles du Sud », j’ai envie de partir plus que jamais…

Chrisdu26 03/02/2016 13:14

Rien ne plus à ajouter sinon que tu sais trouver les mots justes pour nous embarquer.
Un gros poutou sur ta joue ma Caribou ;-)

Nad 03/02/2016 22:50

Ohhhhhh qu’on y serait bien hein? :D
Gros becs ma tite bulle de savon xx

Nadège 03/02/2016 11:05

Ton billet est magnifique. On s'y croirait. Merci pour ce moment partagé. Je t'embrasse fort.

Nad 03/02/2016 22:48

C’est la Patagonie qui est magnifique et dont je rêve… Je t’embrasse

manU 03/02/2016 09:10

Il n'y a pas dire, les voyages t'inspirent...
Un grand bravo pour beau et dépaysant billet ! :)

Nad 03/02/2016 22:47

La Patagonie, j’en rêve trop! Les glaciers, la Terre de Feu, ces grands espaces sauvages où je me verrais bien marcher durant des heures et manger ce fameux agneau dont tout l'monde parle! hummmm :D

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