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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 21:43
Les poissons ne ferment pas les yeux - Erri De Luca

« Maintenant encore, dans les nuits allongées en plein air, je sens le poids de l’air dans ma respiration et une acupuncture d’étoiles sur ma peau. »

 

***************

 

« À l’intérieur passait le spectre d’un petit arc-en-ciel. Là, j’ai su que la cascade est une merveille différente du feu d’artifice. J’aime la neige, la grêle et le saut à pic d’une cascade. J’admire l’avalanche, l’air déplacé comme une gifle, l’écroulement d’une paroi qui se détache avec sa charge de neige. J’aime l’eau qui plonge en descente, mais pas le feu qui s’élance vers le haut et veut monter, se cabrer et s’effriter en cendres. »

 

Erri De Luca revient avec nostalgie sur l’été de ses dix ans. Enfant casanier amoureux de la mer, chaque été il se rend sur l’île d’Ischia, petite île italienne située au nord du golfe de Naples. Il préfère la solitude des journées de pêche, ou encore la pureté des heures écoulées à regarder les pêcheurs tirer sur les filets, à l’encombrement des bandes de jeunes. D’ailleurs, les autres garçons de l’île le méprise, il est même rué de coups qu’il encaisse sans chercher à se défendre.    

 

« J’étais allé moi-même au-devant de ces coups, pour obliger mon corps à changer. »

 

Car l’été de ses dix ans, le corps du jeune Erri est emprisonné dans l’enfance, aux frontières d’un monde de grands qui lui est encore étranger. Il réalise avec douleur la vulnérabilité inhérente à ce qui nous est inconnu. Il prend aussi conscience de cette haine possible au coeur des humains, celle qui cache une fragilité plus grande encore que la peur. Cette tristesse comme une « contamination de nerfs étirés jusqu’à leur point de rupture et qui met du vinaigre dans les larmes. ».

 

Puis il apprend l’amour…

…d’abord à travers celui qu’il perçoit de ses parents, un amour difficile à comprendre et invisible à l’œil nu. Et puis celui des autres enfants de l’île, alors qu’ils découvriront les premiers émois d’un baiser ou les frissons d’une main fuyante de curiosité sur un territoire encore fragile. Mais un seul sera plus dense encore, parce qu’il ébranlera à la fois sa chair et ses émotions, et que les changements qu’il provoquera en lui bouleverseront sa vision du monde : celui de la fillette du Nord. Près d’elle il apprendra les battements du cœur. Et le sens du mot aimer…

 

« Ça a commencé par ma main, qui est tombée amoureuse de la tienne. Puis ça a été le tour des blessures, qui se sont mises à guérir très vite, le soir où tu es venue me voir et où tu m’as touché.

-Alors, tu aimes l’amour?

-Oui, mais c’est dangereux, il en sort des blessures. »

 

« Elle se détacha de mes lèvres avec un claquement. J’étais resté immobile à la regarder. « Mais toi tu ne fermes pas les yeux quand tu embrasses? … Les poissons ne ferment pas les yeux. » Les deux allongés sur le sable reprenaient leur souffle dans des geignements… »

 

« Ferme ces maudits yeux de poisson!

-Mais je ne peux pas. Si tu voyais ce que je vois, tu ne pourrais pas les fermer. »

 

Ce court roman est une pépite d’or où repose une enfance marquée par l’amour dans tout ce qu’il peut contenir de tristesse, de vibrations du cœur aux sentiments les plus vifs. Dans cette petite chambre de l’île d’Ischia, entouré des livres de son père, l’adulte raconte l’enfant de dix ans qu’il était, et combien ces livres lui ont appris le monde des grands...

 

« À travers les livres de mon père, j’apprenais à connaître les adultes de l’intérieur. Ils n’étaient pas les géants qu’ils croyaient être. C’étaient des enfants déformés par un corps encombrant. Ils étaient vulnérables, criminels, pathétiques et prévisibles… Ce qui me gênait le plus, c’était l’écart entre leurs phrases et les choses. Ils disaient, ne fût-ce qu’à eux-mêmes, des paroles qu’ils ne maintenaient pas. »

 

« Aucune habileté dans un domaine n’a pu corriger la conscience de l’insuffisance que j’ai de moi-même »

 

Cinquante ans se sont écoulés…

… et l’enfant né dans la période d’après-guerre nous livre un témoignage extrêmement touchant.

 

Les poissons ne ferment pas les yeux, une prose poétique d’une infinie douceur. Plus qu’un immense coup de cœur, ce roman est un chant d’amour <3 <3 <3

Je ne l’oublierai jamais…

 

Voir le billet de DIDI

Les poissons ne ferment pas les yeux - Erri De Luca

commentaires

Didi 19/01/2016 08:50

Merci beaucoup :-)
Bisous

Nad 19/01/2016 22:51

Avec plaisir Didi :D

le livre-vie 18/01/2016 15:53

Je n'ai pas lu celui-ci, mais Erri de Luca est un auteur que j'aime beaucoup: la simplicité des mots qui vont directement au coeur.

Nad 19/01/2016 03:03

Des mots simples et authentiques, c'est le premier que je découvre de cet auteur et je suis vraiment ravie...
Bisous Céline

Didi 16/01/2016 21:36

Une de mes lectures éblouissantes de 2015 !
Je vois que pour toi elle commence 2016.
Bisous et bon WE

Nad 19/01/2016 03:01

Un livre merveilleux!
Je viens de voir ton billet et je l'ai rajouté ici :D
Bisous et bonne semaine

jerome 13/01/2016 11:24

Du très bon De Luca, j'ai presque tout lu de lui et sa production est assez inégale je trouve. Mais je te conseille "Le poids du papillon", qui est mon titre préféré de ce grand monsieur.

Nad 15/01/2016 03:14

Super Jérôme, je note tout de suite ce titre! Merci :D
Bon weekend à toi

Guillome 12/01/2016 18:46

j'ai découverte cette écriture poétique il y a quelques années, un très bon souvenir que je pourrais prolonger avec ce roman là ! merci!

Nad 15/01/2016 03:13

On ne peut qu'en garder un bon souvenir...
Tu as lu lequel / lesquels?
Bon weekend dans l'Avenue

Nadège 12/01/2016 10:14

Je n'ai encore jamais lu cet auteur. Ce livre-là me tente particulièrement... l'enfance, forcément. Je t'embrasse.

Nad 15/01/2016 03:12

L'enfance, forcément... ;-)
Ça me ferait trop plaisir de te le faire découvrir!
Je t'embrasse

le Bison 11/01/2016 22:31

J'ai déjà eu l'occasion de lire un Erri De Luca, un petit roman également mais ô combien poétique. Parce qu'il n'a pas besoin d'accumuler les chapitres pour émouvoir et tisser son histoire, une histoire souvent d'enfance et de racine.

Nad 15/01/2016 03:10

C'est tellement ça Bison! Il n'a pas besoin de longues histoires pour nous émouvoir, il sait vraiment aller à l'essentiel et nous toucher par ses mots...

manU 11/01/2016 22:29

Quel poète Erri de Luca !
On ne se lasse pas de lire et relire ses phrases tellement c'est superbement écrit...

Nad 15/01/2016 03:08

Un poète incroyable, il m'a complètement charmée!
Et tu sais quoi? C'est toi qui m'a donné envie de le découvrir avec "Trois chevaux" :D
Bisouilles ma sweet grenouille

Chrisdu26 11/01/2016 21:42

Erri De Luca fait parti des auteusr que j'ai envie de découvrir, "Les trois chevaux" me tente aussi, mais tu sais quoi, je ne trouve pas le temps avec tous les livres, les cadeaux, les envoies mystères... je ne sais plus où donner de la tête. Mais je le lirai un jour, certainement. Et puis comme tu en rajoutes une bonne couche comme tu sais si bien, comment résister ? :)

Gros becs Ma Caribou bou <3

XX

Nad 15/01/2016 03:06

Celui-ci était mon premier rendez-vous avec l’auteur, et j’ai tellement aimé que c’est certain que j’irai en découvrir plein d’autres! D’autant plus qu’ils sont assez courts…

Gros becs ma tite bulle de savon xxx

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