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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 23:25
La pyramide des besoins humains - Caroline Solé

« Si, un jour, la célébrité vous tombe dessus comme la fiente d’un pigeon sur la tête : fuyez. Plus personne ne vous regardera droit dans les yeux quand vous serez un demi-dieu. On vous fera des courbettes, mais vous serez traqué comme une bête. J’ai trop d’honneur, Maslow, pour jouer à ton petit jeu. Remballe tes paillettes, tes cerises et tes dollars, j’ai tourné la manivelle et j’ai vu trois têtes identiques : la mienne, la mienne et la mienne. J’ai touché le jackpot, mon pote. Moi. »

 

Au centre de l’écran, les mots surgissent d’une pyramide multicolore comme une invitation à changer de cap : « TOI AUSSI, JOUE TA VIE ». Il s’agit d’une émission de téléréalité, inspirée de la pyramide des besoins humains de Maslow, où les candidats doivent chaque semaine écrire un court texte dans lequel ils ont à rendre compte de la satisfaction des besoins du niveau en cours. La pyramide compte cinq niveaux, des besoins physiologiques au besoin de s’accomplir, en passant par la sécurité, l’amour et la reconnaissance. Le public votera, il n’y aura au final qu’un seul gagnant… 

 

« Christopher Scott, il me plaît bien ce nom. Il sonne comme la mascotte des paumés et des gars en marge. »

 

« Jouer sa vie » est exactement ce qu’était en train d’accomplir Christopher, quinze ans, au moment de s’inscrire, sans savoir que ce jeu allait à jamais changer sa vie. Adolescent fugueur et sans abri, il venait de prendre un train pour Londres et de tirer un trait sur son passé : un père qui le frappe et une mère qui ne lève pas même le petit doigt pour protéger son fils. Laissé à lui-même, il dort sur un carton à Leicester Square, dans Chinatown, un bout de trottoir comme un lieu d’appartenance. Il déambule dans les rues de Londres, nulle part où aller, il fume, boit, mendie, la douleur au ventre et la peur dans le sang. Mais il y aura Jimmy, son colocataire de trottoir, présence rassurante dans les nuits de Londres, le genre d’ami que l’on souhaite quand on vit dans la rue. Puis Suzie, qui se prostitue dans l’immeuble d’en face, un lampion rose allumé à sa fenêtre, qui sait, pour mettre un peu de lumière dans toute cette noirceur qui noue les tripes de l’adolescence.     

 

« On m’a marché sur les pieds. On m’a chanté des berceuses dans mon lit à barreaux comme on m’aurait offert des fleurs couvertes d’épines. Il y a des trous dans chaque pore de ma peau, des petits manques se sont creusés chaque fois que ma mère quittait la chambre. »

 

« J’ai claqué toutes les portes, mais l’ombre de mon père s’est infiltrée en moi. Il m’empêche de dormir toutes les nuits. »

 

Comment se sent-on quand du jour au lendemain on devient un héros? Christopher n’avait cherché qu’à se sentir chez lui quelque part. Et pour la première fois de sa vie, en atteignant le cinquième niveau, il venait de prendre conscience du vide dont seule la solitude arrive à vous y plonger, un bandeau sur les yeux…

 

« Mon pseudonyme escalade la pyramide, mais je vis toujours dans le caniveau. »

 

Dès les premières pages de ce roman jeunesse, je suis déjà captivée par l’histoire de cet ado qui nous amène à se questionner sur l’essentiel, la surconsommation et le besoin de toujours posséder plus. Le rôle d’une société qui tourne le dos aux gens de la rue est-il acceptable? La vie c’est comme la loto, on ne naît pas tous égaux. Un jour, on met une pièce dans la fente d’une machine à rêves et on mise tout ce qu’on a, même ce qu’on a perdu. Certains vont parler de destin, à mon sens, c’est qu’une manière d’embellir la réalité. Christopher ne cherchait qu’un lieu d’appartenance. En posant un regard sur le monde qui l’entoure, il réalisera à quel point le rythme effréné des humains est peu enviable. Et que la liberté n’a aucun prix...     

 

 « J’ai la corde au cou, le cordon emmêlé dans ce jeu de fêlé. Je veux sortir de la mêlée. Sans famille, sans copains, sans armée, je ferai une percée. Maslow, laisse-moi passer, escroc, laisse-moi percer. Et je prouverai au monde entier qu’on peut manquer de tout et franchir quand même trois niveaux sans crever. »

 

 « Le gros cafard, c’est comme crever un ballon au moment où il allait s’envoler. »

 

Un immense merci à mon amie Nadège pour ce magnifique cadeau, un roman que j’ai lu avec l’énergie de retrouver chaque jour Christopher et son coin de trottoir à Leicester Square, dans Chinatown. Et mille bisous de la part de Vincent qui l’a dévoré… xx

 

Les avis de Jérôme et Noukette

commentaires

le livre-vie 11/02/2016 18:10

Je ne connaissais pas du tout. Le titre est magnifique! Il m'interpelle!
Très jolie découverte!

Nad 15/02/2016 20:16

Un livre pour ados vraiment magnifique et qui touche tout autant les adultes. La thématique est forte et on s'attache à ce jeune ado...
Je t'encourage à le lire!
Bisous

le Bison 01/02/2016 22:17

Déjà, le titre est magnifique. La pyramide des besoins humains. D'entrée, tu ressens l'émotion, juste avec ce titre. Et la couverture, ensuite qui t'en remets une couche, de besoin humain.
J'ai pas vraiment l'habitude de lire des romans typés ado, alors je serai un bien mauvais juge ;-)
La pyramide des besoins humains, tabarnak, ça c'est du titre !

Nad 03/02/2016 01:50

J’y ai bien pensé, j’étais pas certaine de l'âge du Bison Junior...
Mais mon Thomas qui a 12 ans est en train d'le lire et il l'aime beaucoup. Un très beau roman jeunesse pour apprendre la vie, surtout pour apprendre l'acceptation de la différence et les préjugés dont les humains savent trop bien s'entourer...

le Bison 02/02/2016 22:44

Encore un peu jeune le bison junior pour ce genre d'aventures...

Nad 02/02/2016 01:29

En effet, c’est du titre en tabarnak! Un très beau roman, sensible, humain, avec ce jeune Christopher auquel j’me suis attachée. Peut-être que Bison junior aimerait?

Jerome 31/01/2016 20:35

J'avais beaucoup aimé moi aussi. Un roman jeunesse qui pousse à la réflexion, c'est toujours une bonne chose !

Nad 01/02/2016 00:57

Ah tu l'as lu? Je vais aller voir ta critique...
Bonne semaine à toi Jérôme

Chrisdu26 31/01/2016 18:01

Tabarnak ! Ce livre jeunesse m'a l'air fort en émotion et tu en parles si bien. Je suis curieuse de savoir comment il va s'en sortir !
Je sais ce qu'il me reste à faire ;-)

Bisous Ma Caribou Bou XXX

Nad 01/02/2016 00:57

Oh ma p'tite bulle de savon, tu aimerais trop cette histoire de destin...
On s'attache tellement à Christopher qu'on dormirait avec lui à la belle étoile sur son bout de trottoir :-*
Bisous tout doux xxx

Nadège 30/01/2016 17:19

Je suis ravie que Vincent et toi avez aimé ce petit roman lumineux et plein de bon sens. Je vous embrasse tous les deux!

Nad 01/02/2016 00:54

On l'a adoré, quelle belle découverte! Et un premier roman...
Gros becs de nous deux xx

manU 30/01/2016 13:49

Il y aurait tant à dire sur la télé réalité qui porte si mal son nom...
Merci pour ce billet enthousiaste en tout cas !

Nad 01/02/2016 00:52

Un mal insidieux et sournois...
Tu adorerais ce roman il me semble!

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