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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 15:35
Bérézina - Sylvain Tesson en side-car avec Napoléon

« Un vrai voyage, c’est quoi ?

-Une folie qui nous obsède, dis-je, nous emporte dans le mythe ; une dérive, un délire quoi, traversé d’histoire, de géographie, irrigué de vodka, une glissade à la Kerouac, un truc qui nous laissera pantelants, le soir, en larmes sur le bord du fossé. Dans la fièvre…

-Ah ? fit-il.

-Oui. Cette année, en décembre, nous devons aller au Salon du livre de Moscou. Pourquoi ne pas revenir à Paris en side-car ? À bord d’une belle Oural de fabrication russe. Toi, tu seras au chaud dans le panier, tu pourras lire toute la journée. Moi, je piloterai. Et tu sais quoi ?

-Non.

-Cette année, ce sont les deux cents ans de la Retraite de Russie, dis-je.

-Pas possible ! dit Gras.

-Pourquoi ne pas faire offrande de ces quatre mille kilomètres aux soldats de Napoléon ? »

 

Qui d’autre que Sylvain Tesson aurait eu l’idée de parcourir 4000 km en side-car sur les traces de l’empereur ? Enfin, c’est une idée que je pourrais très bien imaginer traverser l’esprit d’un Bison, pour peu qu’on lui offre de se tenir au chaud dans la caisse avec une bouteille de vodka à portée de main. Mais, mise à part cette vision jubilatoire, c’est bien ce qu’entreprit de faire Tesson avec quatre amis: Thomas Goisque, photographe, Cédric Gras, géographe, Vitaly et Vassili, deux amis russes appartenant à un club de motocyclistes suicidaires. Question de décorum ou pour donner vie à la passion de Tesson pour ces engins, ils entreprendront de voyager à bord d’une Oural vert kaki de fabrication russe – hommage aux Moujiks à casquette - un bicorne accroché sur la nacelle. Moi je dis qu’il faut quand même être un peu cinglé… et j’adore ça !

 

 

«Cédric Gras : les mecs, on m’avait vendu une partie de plaisir dans un side-car confortable où j’étais censé pouvoir lire et écrire.

-Tu te plains ? dis-je.

-Tu deviens précieux ? dit Goisque.

-Foutez-moi la paix ! dit Gras »

 

Ils partirent le 2 décembre 2012, saluant la mémoire de centaines de milliers de malheureux soldats, victimes d’avoir suivi leur chef. En répétant l’itinéraire de la Retraite de Russie, parsemé de visions cauchemardesques, le but ultime de Tesson était de faire taire en lui l’apitoiement dont l’homme est imprégné. C’était alors une effroyable boucherie, des hommes se mangèrent entre eux, emmitouflés dans des haillons, jetés nus dans les fossés, morts gelés. À moins 40, le froid tue ou rend fou. C’est le pire ennemi, pire encore que la famine, les épidémies et les privations...

 

« Le froid est un fauve. Il se saisit d’un membre, le mord, ne le lâche plus et son venin peu à peu envahit l’être. Les alpinistes savent que l’engourdissement est une réponse mortellement tentante. »

 

La Bérézina est une rivière de Biélorussie, affluent du Dniepr. Elle prend sa source dans des collines situées à 80 km au nord de Minsk. C’est aussi un lieu historique, témoin de la bataille opposant Napoléon aux troupes du Tsar en 1812. Deux cents ans plus tard, en traversant ces terres, théâtre d’un massacre sanglant, quels genres de questionnements peuvent émerger de l’esprit de Tesson et de ses hommes ? Au fil de ma lecture, plusieurs ont fait surface, des interrogations mises à l’épreuve par les cinq voyageurs en side-car, reflet d’une prise de conscience du courage des hommes. Qu’auraient-ils éprouvé, eux, en étant témoins de l’horreur ? Comment l’auraient-ils décrite ou encore supportée ? Est-ce qu’on s’habitue à côtoyer la mort ? À quelle extrémité la faim peut nous pousser?

 

Je crois que de ces épreuves, où l’on fait face à des marées de solitude et de détresse emplies d’autant d’impuissance, on ne peut faire autrement que prendre conscience de nos propres limites, elles-mêmes repoussées par la grandeur des obstacles. Qu’en connaissons-nous d’ailleurs si nous n’avons jamais été confrontés à en côtoyer même les frontières ? Laissés à nous-mêmes, je nous imagine nous découvrir des forces insoupçonnées dont les blessures inhérentes ne viendront nous affecter qu’une fois le tumulte passé. Il me vient en tête cette image de la mer qui, une fois retirée au loin par la marée descendante, laisse sur la peau la brûlure du soleil.

 

Dans un monde moderne, nous acceptons le sacrifice pour les gens de notre choix. Mais qu’en est-il dans ces circonstances où notre propre survie n’est plus que confinée à l’égoïsme issu de notre société individualiste mais une question d’entraide ? En temps de « guerre » - que je place entre guillemets pour signifier aussi les guerres affectives - je me dis que nous devons forcément nous dire que nous sommes des frères liés dans les épreuves. Peut-être après tout que la liberté se trouve là, dans l’amour que nous portons aux autres…

 

*************************

 

Quel beau voyage j’ai fait avec cette bande de joyeux colorés ! Je le dois à un Bison qui s’est isolé dans une cabane avec des caisses de vodka, quelque part Dans les forêts de Sibérie.

 

Ce roman est drôle et touchant, du grand Tesson tout craché. C’est une immersion dans un monde que l’on croit imaginaire, tant il est fou, mais qui n’est rien d’autre qu’une aspiration de certains hommes à franchir les limites d’eux-mêmes… 

 

*************************

 

« La vodka est hautement plus efficace que l’espérance »

Sylvain Tesson

 

« Avec Sylvain Tesson, la solitude ne frappe plus. Elle se distille dans une bouteille de vodka »  

Bison des grandes plaines

Bérézina - Sylvain Tesson en side-car avec Napoléon
Bérézina - Sylvain Tesson en side-car avec Napoléon
SYLVAIN TESSON ET CEDRIC GRAS

SYLVAIN TESSON ET CEDRIC GRAS

commentaires

Bonheur du Jour 26/11/2015 17:18

Je l'avais bien aimé, ce livre.

Nad 27/11/2015 01:14

Un voyage qui n'a pas de prix... un super livre!

Didi 22/11/2015 15:41

Cet auteur est un aventurier des temps modernes !
J'ai le livre "Dans les forêts de Sibérie " qui m'attends dans ma bibliothèque et celui-ci je l'ai noté.
Merci merci
Bon dimanche au chaud !

Nad 22/11/2015 16:32

Chaque fois que je prends un livre de Tesson entre mes mains je sais que je vais faire un voyage inoubliable. Oh oui, quel aventurier! Dans les forêts de Sibérie m’a offert une halte de repos loin de tout. J’en suis ressortie apaisée…

Bon dimanche Didi :D

claudialucia 06/11/2015 15:07

En side-car, cela ne m'attire vraiment pas! ni en motoneige! Aller polluer ces beaux espaces blancs! J'aurais rêve d'un traîneau, mieux encore d'une troïka! Passéïste, moi? .. OUI!
Heureusement ce n'est pas un voyage en hommage à Napoléon, ce tyran mégalomane, mais à ses soldats, les victimes, tout comme les russes qui ont énormément souffert de cette invasion.

Nad 16/11/2015 01:50

Ah c'est drôle moi je serais la première à vouloir embarquer dans un side-car, ce doit être trippant! Et surtout très peu ennuyant avec cette bande de joyeux lurons.
Heureusement en effet!

Nadège 02/11/2015 09:29

Quelle aventure et quel auteur/globe-trotter fascinant! De lui, j'ai lu un recueil de nouvelles : Une vie à coucher dehors, un très bon souvenir de lecture. Je t'embrasse.

Nad 16/11/2015 01:46

Fascinant c'est le mot! Il faut être un peu fêlé quand même et je dois dire que j'adore ce genre de type!
Je t'embrasse et bonne semaine à toi

le livre-vie 01/11/2015 16:25

un petit clin d'oeil pour toi sur mon blog, aucune obligation surtout:
http://lelivrevie.blogspot.fr/2015/11/tag-blogger-recognition-award-et-en.html

Nad 02/11/2015 05:26

Chère Céline, merci infiniment, c'est d'une gentillesse, j'étais toute émue par tes mots... :-*
Je manque un peu de temps dernièrement, je ne sais pas si j'aurai l'occasion d'y participer. Mais je tenterai de le faire... Sinon, merci encore pour ce beau clin d'oeil...
Bisous

le Bison 25/10/2015 20:03

Merci de ce beau voyage que tu nous proposes. Un side-car, ça doit te changer de la moto-neige. Tout comme la vodka. J'adore la passion de l'auteur pour ce liquide aussi limpide que l'âme de la glace pillée dans un verre. Sauf que là-bas, pas besoin de glace, suffit de la sortir du sac-à-dos pour qu'elle soit à bonne température, température idéale même pour illuminer l'âme des bisons russes.

Nad 28/10/2015 02:51

La motoneige reste encore plus efficace pour se frayer un chemin dans la neige folle jusqu’à l’igloo et la réserve de Chambly. Par contre, la compagnie de Tesson et de ses hommes m’a drôlement donné envie de m’acheter un de ces engins! J’imagine juste le road-trip extraordinaire qu’on peut faire là-dessus. Ça changerait de mon Westfalia rose… ^^

Merci encore pour cette super lecture!

le livre-vie 25/10/2015 16:48

Sacré personnage que Sylvain Tesson! J'ai eu du mal avec Dans les forêts de Sibérie que j'avais trouvé répétitif. Celui-ci me tente depuis sa sortie!

Nad 28/10/2015 02:39

Un sacré personnage en effet! J’imagine que « Dans les forêts de Sibérie » peut laisser en nous l’impression d’un effet de répétition. Mais je crois que dans ce récit de voyage, c’est exactement ce que j’avais adoré, le fait de me laisser transporter par les jours et le froid, en vivant du présent, sans savoir de quoi demain sera fait. Glisser sur un long cours d’eau gelé et n’écouter que le vent. Se retrouver à travers l’isolement d’une nature sauvage, un riche travail d'introspection. Une lecture de laquelle je suis ressortie sereine…

Bonne semaine Céline

Chrisdu26 25/10/2015 15:10

Quel beau voyage tu nous proposes surtout celui qui nous fait dépasser nos limites.
En serai je capable ? Je ne crois pas !
Je préfère le partager dans un livre il fait moins froid ;-)

Un très beau billet Ma Belle, comme cela doit être beau de voir de si belles étendues de neige, aussi beau que le bruit du ressac de la mer ...

Slurp in your face ;-)

<3 XXX

Nad 28/10/2015 02:57

Tabarnak! Attention aux engelures quand même! Quand ça gèle, ça tombe...
...au sens propre et figuré...

Nad 28/10/2015 02:30

C’est le genre de voyage que j’aimerais trop vivre! Un voyage d’aventures, et quelques mésaventures pour pimenter la route. Ouiiii! Surtout avec cette bande de joyeux lurons y’aurait pas d’quoi s’ennuyer!... ^^

Ces belles étendues blanches font battre mon cœur, même sous moins 40. C’est dire… :D

Des p’tits becs sur le bout de ton nez chaud xxx

Chrisdu26 25/10/2015 20:29

Mais dis moi Bibison qu'il fasse chaud ou froid tu as envie de faire l'amour dans tous les râteliers... Va falloir choisir hein ??? !!! ;-)

le Bison 25/10/2015 20:05

de si belles étendues de neige qui me donneraient envie de me foutre à poil de faire l'amour aux passantes qui voudraient bien m'apporter une bouteille de vodka à bonne température.

manU 23/10/2015 20:50

Un sacré personnage ce Sylvain Tesson !

Je ne l'ai pas encore lu, je vais commencer par Dans les forêts de Sibérie qui me tente davantage.
Contente de ton voyage visiblement, c'est vrai que le froid, tu connais un peu... Quand on sort dans la neige en gougounes, on peut résister à tout !! ^^

Nad 28/10/2015 02:49

Les gougounes sont des incontournables dans la trousse de survie d'une pelleteuse de neige. Tu trouveras la vodka pas trop loin de la binouze de Chambly. Elle est à température pièce. Mais tu boiras après, pour le moment...
...viens donc m'aider à pelleter, c'est quoi ces manières!!!

le Bison 25/10/2015 17:57

Tabarnak, j'ai perdu mes gougounes... Tant pis, m'en vais mettre mes clic-clac pour pelleter la neige et sortir de l'igloo la caisse à vodka.

Nad 24/10/2015 23:03

Tout un personnage en effet!

Dans les forêts de Sibérie est très bon, un voyage complètement différent, plus isolé et plus solitaire.

En "gougounes"!!! mdrrrrrrrr Ah tu l'as bien retenue celle-là!
Après, qui aurait l'idée de sortir dans la neige en gougounes, il faudrait vraiment être irresponsable...... ^^

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