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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 19:25
Avoir un corps - Brigitte Giraud

« Au commencement je ne sais pas que j’ai un corps. Que mon corps et moi on ne se quittera jamais. Je ne sais pas que je suis une fille et je ne vois pas le rapport entre les deux. »

 

Au début, on ne se rend compte de rien, et peu à peu tout se bouscule, le corps change. C’est un bouleversement intime. Un contour flou qui se forme, des hanches qui se dessinent. C’est se découvrir petite fille, puis adolescente. C’est devenir femme et être conditionnée à plaire, avec nos doutes et nos humiliations. C’est un reflet de société qui nous apprend à cadrer dans un modèle de séduction, l’importance d’une image de féminité qu’on cherche à nous faire croire, un corps rond qu’on nous enseigne à appréhender….

 

Les époques changent, adieu les rondeurs et bonjour la minceur (maigreur ?). Attention aux bourrelets ! Ne mangez pas trop de crème glacée ! Vous avez vu ses fesses ? Oui, on les a vu, elle ne sait pas encore qu’elle est unique et que la beauté se dessine sur les contours du cœur. Avoir un corps, c’est réaliser que les hommes et les femmes ne sont pas assujettis aux mêmes règles. C’est un cri d’injustice auquel j’ai envie de répondre, bouffez-en des desserts, vous serez encore plus belles !

 

« Ça commence avec une parole de ma mère. Désignant le sandwich que je viens de me confectionner avec une épaisse couche de beurre, elle espère que je ne vais pas « manger tout ça ». Comme je la toise du haut de mes treize ans, elle ajoute que je vais prendre des formes. Je comprends et puis je doute, et pour la première fois, je regarde mon corps comme un objet sur lequel je peux agir. »

 

Le corps c’est prendre des formes et ne pas trop savoir si on doit s’en réjouir ou non…

 

« Ma mère me confectionne un manteau. Le tissu ne me plaît pas, marron à gros carreaux. Elle prend une nouvelle fois les mesures, prétextant que j’ai grandi. Elle pousse toujours un cri quand elle en vient aux épaules et m’accuse d’être trop carrée. Je ne sais pas ce qu’il faut comprendre par carrée. J’entends dire que ma cousine Pauline est ronde. Je me demande s’il vaut mieux être ronde ou carrée, j’espère que cela n’est pas grave. »

 

Ce superbe roman de Brigitte Giraud est écrit avec une pudeur et une délicatesse incroyable, sans toutefois ménager les mots. Elle y va d’un style incisif et franc pour rendre compte du voyage d’une femme à travers son enfance, son adolescence, sa vie de femme et de mère. Elle nous fait prendre conscience de nos propres tabous, du chemin que nous empruntons dans ce corps qui nous appartient.

 

Le corps …

 

… c’est un vêtement sur la peau, la fragilité de la nudité. C’est celui de l’autre que l’on découvre, différent du sien. L’acceptation d’une peau inconnue qui touche la sienne. C’est une confirmation qu’on est vivant. Le manque physique quand l’autre n’est pas là, une envie de plaire, un corps qui respire. C’est faire l’amour et ressentir du plaisir. C’est une suite d’émotions enfouies à l’intérieur de soi, tantôt douces, tantôt fragiles, mais aussi excessives, fougueuses. Un apprivoisement de soi. C’est la sensation du chaud et du froid. D’un glaçon sur la peau, un frisson des sens. C’est le jeu des enfants qui jouent au docteur. Mais c’est parfois aussi un corps que l’on viole, maltraite. Une violence. Un chagrin dont le corps se souvient. La capacité de donner la vie, un corps dans son corps. C’est aussi un avortement, un vieillissement, un corps malade. C’est le corps qui nous habite tous…    

 

« Je me demande à quoi tient le désir, pourquoi le corps tressaille, pourquoi le ventre se creuse quand l’autre apparaît. À quoi tient cette fascination, cette façon de changer chaque détail du corps de l’autre, chacune de ses paroles, chacune de ses attitudes en une exception ? Pourquoi tout en l’autre est événement, étonnement ? La voix surtout, le grain unique, la façon de composer les phrases, les intonations, les silences, les sous-entendus. Pourquoi, une fois que l’amour aura passé, s’il passe, les mêmes gestes, la même démarche deviendront invisibles voire insupportables ? »

 

Avoir un corps, s’en soucier, se réjouir de manger un mille-feuille double crème pâtissière, triple chantilly et extra glaçage.

 

Parce qu’on ne passera pas notre vie à être à trois kilos du bonheur...

 

Merci ma gentille NADAEL de m’avoir fait découvrir ce superbe roman! Je me suis régalée autant que d’une pointe de gâteau… xxx

 

Pour lire ses deux billets signés Brigitte Giraud :

 

Pas d'inquiétude

 

Nous serons des héros

Avoir un corps - Brigitte Giraud

commentaires

le livre-vie 18/10/2015 10:18

Avoir un corps... qui nous semble étranger, dont le reflet dans le miroir ne correspond pas au nôtre. Avoir un corps, celui dans lequel on doit vivre, mais qu'on ne reconnaît pas. L'un des maux de notre société.
Je note ce roman, je suis très sensible à cette thématique. J'ai très longtemps lutté avec le mien, frères ennemis qui se déchiraient, nous avons appris à nous apprécier, mais ce n'est malheureusement pas le cas pour tout de monde de mon entourage.
Merci pour cette belle découverte!

Nad 20/10/2015 02:41

Avoir un corps et lutter toute sa vie contre l’image d’une société qui valorise la minceur et l’inacceptation de soi. Merci pour ton beau commentaire qui rappelle ce corps qui nous est trop souvent étranger. Bonne semaine à toi Céline

claudialucia 13/10/2015 23:17

Un beau sujet mais il est tellement difficile de passer outre le regard des autres, les normes imposées par la société.

Nad 20/10/2015 02:32

C'est un défi de chaque jour pour beaucoup de petites filles et de femmes... Bonne journée Claudia

le Bison 07/10/2015 22:21

la beauté se dessine sur les contours du cœur.

oh la belle phrase. Le genre à afficher dans un igloo et à lire chaque jour en prenant son café et ses pancakes au sirop d'érable.
Parce que je crois que rare sont les personnes à aimer leur corps...
Trop gros, trop gras, pas assez de ci et de ça.
C'est pour ça que quand je suis devant le miroir, je ne garde pas mes lunettes. Au moins, je vois rien (bon le contrecoup, c'est que je suis pas bien rasé :).

Sinon, je prendrai bien ton mille-feuilles double crème et nappage mais sans le supplément chantilly... Ou alors, le supplément chantilly pour un autre usage...

Nad 13/10/2015 13:52

Sors tes lunettes!

le Bison 10/10/2015 22:29

célèbre adage dont je ne demande qu'à vérifier la véracité...

Nad 08/10/2015 19:44

Nous les humains on n'est jamais satisfaits, c’est la société qui l’a voulu ainsi avec ses exigences, quand c’est pas une chose s’en est une autre, donc aussi bien aller se bouffer des crêpes au sirop d’érable chaque matin, passer ses après-midi à boire de la Chambly et finir ses soirées à manger de la chantilly sur une peau d’grizzli!

Tes lunettes…… mdrrrrrrrrrr Tiens ça me fait penser à une phrase désormais célèbre, femme à lunettes, femme à ké…………………. ^^

manU 07/10/2015 20:59

"[...] la beauté se dessine sur les contours du cœur."

Comme c'est bien dit ! La cerise sur le gâteau qu'est ce beau billet !
Je vais le relire encore et aller méditer un peu tout ça...

Nad 08/10/2015 19:42

Bison : faut lâcher un peu ton canapé marron...............

Nad 08/10/2015 19:34

Sur les contours du cœur et nulle part ailleurs, si si! ^^ ^^

Bisouilles Ma nouillE :D

le Bison 07/10/2015 22:15

Et en plus, il pique ma citation ! Rrr. J'aurais du lever mon gros cul plus tôt du canapé...

Nadège 07/10/2015 15:38

À cor et à cri, tu as merveilleusement fait parler ton coeur sur ce corps qui bouge, se métamorphose, subit les diktats de la mode, frissonne de plaisir, se recroqueville sous la douleur, se plisse avec le temps... et comme tu le dis si bien à défaut d'habiter notre corps, c'est lui qui nous habite. Merci pour ce beau billet, je t'embrasse fort.

Nad 08/10/2015 19:32

C’est moi qui te remercie ma belle Nadège pour ce beau cadeau. Tu m’as fait découvrir une auteure extraordinaire, une femme qui sait prendre parole au nom des femmes. Je chercherai à aller à sa rencontre à travers d’autres de ses écrits, d’ailleurs j’ai vu qu’"Avoir un corps" avait été nominé « Coup de cœur » chez les libraires d’ici. Vraiment une belle découverte, merci encore. Je t’embrasse fort xx

Chrisdu26 07/10/2015 13:49

J'Adore ton billet !

Le pire c'est que dès l'enfance nous mettons une barrière très haute à nos enfants. Ne serait ce que la poupée Barbie au corps parfait, pas un pèt de gras tout dans les seins !!! Il y en a marre de ces pubs où ces femmes ne nous ressemblent pas.

Moi je veux me baffrer de glace à la vanille au sirop d’érable si ça me chante et hop le mille-feuille par là.

Bravo pour ton billet et pour nous rappeler qu'il faut s'accepter comme l'on est.

Euh ... je peux avoir un peu de gâteau sieuplait !!!! ^^ ;-)

Nad 08/10/2015 19:29

T’as raison, en plus on n’a qu’à regarder l’attitude vis-à-vis les petits garçons vs les petites filles. C’est important que les garçons mangent, « ils grandissent », « ils sont en pleine croissance ». C’est ce qu’on leur dit… Pour les filles eh oh, faut faire attention, elles vont prendre du poids! Après on se demande pourquoi les troubles alimentaires, l’anorexie et autres, pourquoi l’isolement et la dépression, voire le suicide de plus en plus fréquents chez les adolescentes. Notre société en est une d’image, celle de la femme objet. Je pourrais m’éterniser longtemps sur le sujet tellement ça me révolte...

Avec plaisir ma Rousse pour le gâteau, et pas qu’ « un peu », viens là qu’on se craque la plus grosse part de gâteau qu’on a jamais mangé de notre vie! Et deux morceaux ce sera encore mieux ^^
Slurp! xx

le Bison 07/10/2015 22:14

et Ken, alors tu y penses ? Avec ses plaquettes de chocolat et en plus sans faire d'effort. C'est dégoutant. C'est pas juste.
Heu, je veux bien un peu de la glace au sirop d'érable.

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