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10 septembre 2015 4 10 /09 /septembre /2015 00:56
Ulysse from Bagdad - Eric-Emmanuel Schmitt

« Le problème des hommes, c’est qu’ils ne savent s’entendre entre eux que ligués contre d’autres. C’est l’ennemi qui les unit. En apparence, on peut croire que le ciment joignant les membres d’un groupe, c’est une langue commune, une culture commune, une histoire commune, des valeurs partagées ; en fait, aucun liant positif n’est assez fort pour souder les hommes ; ce qui est nécessaire pour les rapprocher, c’est un ennemi commun. »

 

Bagdad est en feu. Les bombardements grondent de toutes parts. Attentats-suicides, coups de feu et explosifs, la ville est plongée dans le chaos. D’abord, il y eut Leila, ce grand Amour. Puis son père, sa nièce, ses beaux-frères : tous morts. Pourtant, jusque là, Saad n’avait jamais imaginé sa vie ailleurs que sous l’aile protectrice du parti Baas de Saddam Hussein, transmission d’un héritage religieux plus qu’affectif. Admiré par son peuple autant que redouté, le dictateur irakien venait de déclencher, en 90, la guerre contre le Koweït. Alors que son peuple crevait de faim, il construisait de nouveaux palais, proclamant, à coup de dictature, sa haine à l’encontre des kurdes, juifs, chiites, complices d’Israël ou amoureux de l’Amérique. Mais tout cela, c’était avant Leila. Car depuis sa mort, les choses ont changé…

 

« Le passé n’est pas un pays qu’on laisse facilement derrière soi »

 

Aujourd’hui, Saad déteste le monde arabe. Il a besoin de quitter l’Irak, de s’enfuir, d’éclore ailleurs. Autre villes, autres pays. Il caresse l’idée de gagner l’Europe. D’abord se rendre au Caire, rejoindre ensuite la Lybie, traverser jusqu’à Lampedusa puis Malte et s’établir à Londres. Le statut de réfugié lui est refusé. Pour l’aider à passer les frontières, on lui proposera de devenir terroriste, de rallier Al-Qaida et le mouvement islamiste. Sait-il seulement, comme migrant, le chemin qui l’attend? Comment parcourir des milliers de kilomètres sans un dinar? Le monde clandestin offre un univers cimenté par la peur et la méfiance. La promesse d’une vie meilleure arrivera-t-elle à effacer en lui cette vie d’avant marquée par la guerre, les souffrances et les morts? Durant ce long périple, il sera accompagné par le fantôme de son père, avec qui il aura des conversations sur l’importance des choix que nous faisons et avec lesquels il faut accepter de vivre. 

 

« Les hommes sont des papillons qui se prennent pour des fleurs : dès qu’ils s’installent quelque part, ils oublient qu’ils n’ont pas de racine »

 

« Le bonheur qu’on attend gâche parfois celui qu’on vit »

 

À bord des bateaux chargés de clandestins, il souffrira de la soif, de la faim, de crampes à l’estomac, de douleurs insupportables. Le visage hagard, épuisé, il savait pourtant qu’il confiait sa vie à une fragile embarcation. Qu’en mer, quand la tempête se lève, les vagues ont des lames affinées qui vous avalent et vous noient. Et que peu survivent au naufrage… Mais Saad était prêt à tout pour oublier cette vie d’avant. Car en plus de la mer, il vivra la peur des gardes-côtes, la terreur des centres de détention et les interrogatoires sans fin. Il fuira la mafia d’Italie, les barbelés, les gens douteux et les assassins. Saad a envie de liberté autant qu’il a besoin de refaire sa vie. Ailleurs…

 

« -D’où es-tu?

-Je ne m’en souviens plus, Vittoria.

-Bien sûr… tu me le diras plus tard. Comment t’appelles-tu?

-Je ne m’en souviens plus. Comment veux-tu m’appeler?

-Puisque je t’ai trouvé nu sur la plage, telle Nausicaa découvrant Ulysse nu entre les roseaux, je t’appellerai Ulysse. »

 

Tel Ulysse, Saad est un héros. Il a choisi la vie à la mort, la liberté aux chaînes de la dictature.

 

« J’aimerais que tu t’épanches, Ulysse, que tu me fasses confiance, que tu me décrives ton passé.

-Qu’est-ce que ça changerait?

-Ça me permettrait de t’aimer mieux.

-Ta façon actuelle me convient.

-Ça prouverait que tu m’aimes. »

 

Éric-Emmanuel Schmitt arrive une fois de plus à me secouer les tripes. Cet homme, de loin l’un de mes auteurs favoris, est un vrai génie. Un génie de sensibilité face aux souffrances humaines et aux couleurs de l’âme. Il arrive à analyser le contexte historique et les enjeux dans lesquels ses personnages s’inscrivent pour nous faire vivre, de près, tantôt leurs blessures, tantôt leurs défis. Son univers romanesque est habité par la générosité et l’entraide. Dans Ulysse from Bagdad, donnant vie à Ulysse à travers le personnage de Saad, il questionne le sens du mot liberté et du sentiment d’appartenance. Être libre, mais a quel prix? Avec et contre qui? On a beau fuir son pays, ce qu’on trouve au bout du chemin n’est pas forcément le rêve qu’on souhaitait. Si l’homme était resté nomade, aujourd’hui, y aurait-il autant de frontières? Une chose est certaine, le rêve est le moteur de la vie. Et cette lecture s’inscrit parfaitement dans la crise actuelle des migrants en Syrie.

 

« Ériger des frontières, est-ce la seule manière pour les hommes de vivre ensemble? »

 

Merci à vous M. Schmitt, votre plume est magnifique et vos mots trouvent écho en moi…

 

Petit encart pour mentionner les romans d’Éric-Emmanuel Schmitt que j’ai adoré, comme je n’aurai peut-être jamais l’occasion de faire des billets sur ces lectures. Mes plus gros coups de cœur vont à ses romans du Cycle de l’invisible : Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran, Oscar et la Dame rose et L’enfant de Noé. Sans oublier tous les autres : Lorsque j’étais une œuvre d’art, Milarepa, Le Sumo qui ne pouvait pas grossir, La Part de l’autre, Ma vie avec Mozart et d’autres encore.

 

Voir les billets de Céline du blog Le livre-vie :

 

Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran

Oscar et la Dame rose

L'enfant de Noé

Ulysse from Bagdad - Eric-Emmanuel Schmitt

commentaires

Philippe D 17/10/2015 21:27

Je les ai tous lus, mais j'ai oublié la majorité des histoires. C'est dommage!
Bon dimanche.

Nad 20/10/2015 03:04

Peut-être qu'un jour tu auras envie de revenir sur certaines de ses histoires...

Mind The Gap 15/09/2015 15:47

Un auteur que je lirai un jour mais pas sur ce titre là, il ne me tente pas.

Nad 18/09/2015 02:17

Il a écrit tellement de romans que tu n'auras sans doute aucun mal à en trouver un que tu aimes...

Nadael 12/09/2015 16:53

Décidément... mon commentaire s'arrête à "détermination à vivre." Désolée.

Nadael 12/09/2015 16:51

Évidemment en te lisant, je pense à ces hommes, femmes et enfants qui bravent la mer, marchent des jours et des jours, franchissent des frontières, les jambes chancelantes, la faim au ventre, le chagrin enfoui dans leur coeur, et les yeux plein d'espoir... l'espoir de gagner leur liberté.
Fiction et réalité se rejoignent... le personnage de ce livre est Ulysse selon l'auteur, il a tellement raison, oui, ces hommes, ces femmes, ces enfants qui traversent l'Europe sont des héros, emplis de courage et de détermination à vivre.

nage de ce livre choisit de risquer sa vie pour gagner sa liberté. Quitter ses racines parce qu'il n'y a aucun espoir. Le

Nad 18/09/2015 02:16

J’y pense souvent aussi et je me dis qu’il faut avoir le courage de l’espoir pour affronter ce genre de situation. Il faut aspirer à la liberté, la nôtre et celle des gens que l’on aime. Un superbe roman qui parle de la vie, de haine mais surtout d’amour…

le Bison 12/09/2015 15:28

Effectivement, tu fais en plein dans l'actualité. Mais comment dire... Je n'ai jamais lu E.E.S. et j'avais même un à-priori plutôt négatif de l'auteur - non pas de sa plume que je ne connais pas mais de ses histoires qui me semble-t-il ne me correspondraient pas. Ce que l'on peut-être con parfois quand on est jeune ! Avec ces à-priori débiles. Et comme je ne suis pas encore tout à fait vieux, j'ai le droit de changer d'avis. De là à te dire que tu m'a convaincu de lire E.E.S... Si je trouve Milarepa, je me laisserai maintenant tenter pour un début...

Nad 18/09/2015 02:12

Y’a des lectures, comme tu le dis tellement bien, qui nous correspondent et d’autres non. Une question de valeurs peut-être, de vécu sans doute, d’affinités avec les sujets abordés par l’auteur. Ce que j’aime chez EES c’est sa grande sensibilité face à la détresse des hommes. Il aborde des sujets difficiles et délicats, comme cet enfant en soin palliatif dans Oscar et la Dame rose, et il le fait avec dignité…

manU 10/09/2015 21:50

Je n'ai pas lu ses livres, juste sa nouvelle, que j'ai beaucoup aimée, dans le recueil "Treize à table" au profit des Restos du Cœur.
Par contre, j'ai aimé les adaptations de "Oscar et la Dame rose" et "Odette Toulemonde".

Joli billet "Sleepy Mommy" ! ^^

Nad 10/09/2015 22:48

Ah oui il faudrait un jour que je lise cette nouvelle, j’étais allée voir chez Renaud-Bray et tous les recueils de Treize à table avaient été vendus. Tant mieux, c’était pour une bonne cause!

Je n’ai pas vu l’adaptation d’Odette Toulemonde, mais Oscar et la Dame rose, quelle belle histoire touchante qui m’avait fait pleurer…

Pffffffffffff « Mister Burn Sugar Pie »! ^^

Chrisdu26 10/09/2015 21:20

J'aime beaucoup cet auteur aussi et notamment "Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran" que j'ai adoré et "L'enfant de Noé" et il m'en reste encore 2 ou 3 dans ma bibli que je n'ai pas encore ouverte.

Un très beau billet (malheureusement) d'actualité ma tite Nadine.

Des p'tits becs ma Blonde
:) XXX

Nad 10/09/2015 22:48

Vraiment d’actualité et c’était une coïncidence en plus, je l’ai débuté avant la crise en Syrie. Finalement ça m’a aidée à le lire sous un autre regard…

Tu as raison, M. Ibrahim est une vraie perle. Je me suis tellement attachée à Momo et son grand-père M. Ibrahim…

Pleins de p’tits becs ma Rousse toute Douce XXX

le livre-vie 10/09/2015 07:49

(J'oubliais: merci pour les liens!!)

Nad 10/09/2015 18:38

Merci à toi surtout...

le livre-vie 10/09/2015 07:48

J'aime vraiment beaucoup cet auteur, mais je n'ai pas lu celui-ci. Le sujet m'interpèle beaucoup, sujet délicat, mais ce que tu en dis me conforte dans l'idée de me le procurer.

Le seul de ses romans sur lequel j'ai buté est "La part de l'autre". Pourtant, la thématique m'intéressait, le postulat était original. Mais il est trop long à mon goût. Il m'a perdue en route.

Nad 10/09/2015 22:40

Oh il faut absolument que je lise Odette Toulemonde! Comme c’est un petit rayon de soleil, je vais me le garder pour un soir de tempête de neige où le soleil se couche à 16h00! :D))

le livre-vie 10/09/2015 19:05

Je comprends tout à fait ton coup de coeur pour ce Cycle, je ne les ai pas tous lus mais me les réserve pour quand la grisaille mine mon esprit: c'est un auteur qui me fait beaucoup de bien. J'ai beaucoup aimé aussi Odette Toulemonde, un petit rayon de soleil.

Nad 10/09/2015 18:37

J’ai eu un peu plus de mal aussi avec « La part de l’autre » que j’ai lu à sa sortie il y a quinze ans. Je serais curieuse de le relire aujourd’hui, peut-être que je le verrais autrement?

Mais une chose est certaine, j’ai un immense coup de cœur pour ses romans du Cycle de l’invisible, Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran, Oscar et la Dame rose et L’enfant de Noé. C’est peut-être aussi parce que dans les trois on y parle de l’enfance, une période qui me touche particulièrement...

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