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13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 01:39
Les dames de nage - Bernard Giraudeau

« Je peux voir la canopée comme des vagues immobiles auxquelles seul le vent de la montagne donne une vie de mer sombre. Il traîne des brumes alanguies que le soleil levant finit toujours par enflammer. Au-delà, il y a un grand fleuve et bien au-delà la mer, la vraie, l’infinie, qui se dessine parfois comme un trait de lumière pour souligner l’indéfini du ciel. J’aime cet endroit comme une escale de paix. Je suis un égaré ayant décidé de se poser, de rester là dans chaque instant des souffles. J’apprends l’attente, celle de l’instant, celle de la pluie, des jours à venir, de la nuit, de la première étoile, celle du feu pour les repas et pour réchauffer les soirs. J’attends sans impatience, en vivant l’instant comme une éternité »

 

Il y a de ces voyages dont on ne voudrait jamais revenir. De ceux qui nous transportent sur des vagues d’émotions si fortes que l’on souhaiterait s’y enfermer pour vivre en cette apnée de l’instant qui ne fuit jamais. Chemin faisant, au cours de la traversée, il nous arrivera de nous perdre, malgré les repères et la force des souvenirs. J’ai aussi échoué sur des terres qui m’étaient inconnues, face contre vent, parce que comme Marc, Amélie, Michel, Marcia, Mama, Diego et tous les autres, je partais voyager au cœur de ma vie, à travers le désordre des émotions qui nous fragilisent et nous rendent plus forts encore, et auxquelles je cherchais à donner un sens. Cette valeur que l’on accorde aux événements qui ont tissé la toile de notre existence ou qui les auront aussi dénoués par petites touches de souffrances et d’envie. La route m’aura apprise à regarder droit devant sans ne jamais rien nier des odeurs du passé. À connaître le désarmement face au choc amoureux, à ressentir l’abandon des sens, laisser libre court à mes pensées et à me donner entière au nom de ces rencontres, qu’elles soient d’amitié ou d’amour. Après… est-ce qu’il y a plus beau voyage?   

 

« Je regardais au loin la mer agitée. J’aime ce temps qui vous menace, vous provoque, boursouffle l’océan en une rage inutile mais belle »

 

À l’encontre des dames de nage, ces embouts de métal qui servent à fixer les rames d’une embarcation et permettre les mouvements du rameur, Marc voyage à travers ce perpétuel mouvement de recul propre aux gens qui refusent de s’engager. Il enracine ses rêves à des amours de ports, noyades en secousse aussi éphémères qu’une escale sans ancrage. Puis, avide d’imprévu, le marin reprend la mer, laissant derrière lui, sur le quai de ses envies faussement épanouies, quelques traces des soupirs que les femmes lui auront arrachés. Il n’aura jamais su s’amarrer…

 

Son seul port d’attache porte le nom d’Amélie, l’amour de ses sept ans. Elle avait deux fois son âge et gravé en lui cette brûlure du désir et la douleur de l’attente. Un premier amour aussi grand que peuvent laisser en nous ces frissons de jeunesse que l’on pleure toute sa vie ou que l’on regrette avec nostalgie. Jusqu’à rêver de poser sur ses seins tous les baisers qu’il avait gardés pour elle depuis l’enfance...  

 

« Je l’ai aimée comme un enfant, comme un homme, comme je n’ai jamais plus aimé. Son corps était parfait et elle était ma lumière. Elle avait un grand cou pour poser des baisers et des cheveux blonds, doux, dans lesquels parfois, quand elle voulait bien, je cachais mon visage. Ses yeux me donnaient des frissons. Elle ne marchait pas, elle dansait. Un ange avec des seins comme des oiseaux. Je me suis barbouillé d’elle, insatiable »

 

Michel a voyagé sur d’autres rivages, les terres noires d’Afrique. À l’image de Marc, il est ce voyageur fatigué, insoumis aux règles du temps, incapable de s’ancrer et craignant d’aimer. Mais Mama, une magnifique Toucouleur lui apprendra l’amour et ses secrets, la peau lisse des femmes et l’odeur d’un parfum qui bouleverse les sens. Il n’avait que douze ans et déjà l’amour se vivait comme une évidence, un élan impatient dont il fallait vite remplir le vide. En lui offrant ses premiers soupirs de jouissance, elle lui enlèverait à la fois une part de l’essentiel, l’innocence. Et ferait de lui ce petit homme ayant grandi beaucoup trop vite. Puis, il y eut Maïmouna, belle, féline, désinvolte, inaccessible… Sous le tamarinier, elle lui parlera du vent. Fidèle, Michel aura passé sa vie à le poursuivre, jusqu’à l’épuisement…

 

« Mon amour est sauvage, multiple. Il est cette odeur délicieuse de l’attente, ce sanglot étonné, cette caresse chaude, cette silhouette au bord du fleuve. Il est ce vent insoumis, cette profondeur marine, une algue au plus fort du courant. Il n’a pas de nom, il est femme au large du quotidien, femme offerte et libre. Je l’ai vu en Orient derrière une lune de papier huilé, dans ce jardin clos où meurent les tourterelles, sur ce banc, où j’attends. Tout ceci jusqu’à Maïmouna, pour le pire »

 

Je suis ressortie de cette lecture profondément émue, si bien que j’arrive difficilement à en parler sans avoir le sentiment de minimiser la beauté des mots de Giraudeau. Il arrive avec tellement de sensibilité à nous livrer, dans une prose d’amour, ses passions les plus intimes : la mer, les voyages et la beauté des femmes. Arrière-petit-fils d'un cap-hornier, à seize ans il s'est engagé dans la Marine nationale et fait le tour du monde deux fois. À l’image de ses personnages, j’imagine sa jeunesse bouleversée par la sensualité et le goût du mystère. À travers quelques fragments de leur vie, il nous livre des instants de bonheur fragile, des passions, des fièvres, des réflexions, des déceptions aussi, des lâchetés, des peurs et des doutes. Tout ce qui contribue à rendre l’humain plus beau. Avec, en paysage de fond de cette mer qui vacille au gré des tempêtes, entre l’Afrique et le Chili, l’éternel déchirement de l’homme entre la quête et la paix, le désir et l’abandon…

 

********************

 

«Cap à l’ouest, le regard porté sur les vagues, les mains sur les femmes», un BISON imagine avec émotions les hauts plateaux d’Atacama où le soleil et le sel brûlent la peau, là-bas, au bout du monde, au pays de Coloane et Sepulveda…

 

********************

 

La Rochelle, mes 17 ans et cet amour de vacances… et s’il s’appelait Bernard? ;-)

Merci Bison de m’avoir permis de faire ce grand voyage... 

 

« J’attends sans impatience, en vivant l’instant comme une éternité » 

 

L'avis d'EEGUAB

Les dames de nage - Bernard Giraudeau

commentaires

le livre-vie 17/08/2015 10:49

Ta chronique est superbe! Un vrai bonheur que de te lire ce matin!

Nad 17/08/2015 22:13

Coucou Céline, bienvenue à toi, c’est un plaisir de te voir ici. Ce roman est vraiment magnifique, un p’tit bonbon qui fond sur la langue…

Mind The Gap 17/08/2015 09:04

Oui, vraiment tu donnes envie de le lire et les citations sont vraiment belles et envoûtantes. Je ne connais pas du tout mais je le note pour plus tard...

Nad 17/08/2015 22:12

Le livre est rempli de citations aussi belles les unes que les autres. Un vrai régal… Bonne semaine!

FLaure 15/08/2015 19:26

C'est la première fois que je lis un de tes messages. Quelle poésie, tout est douceur. Tu présentes bien le livre, on y plonge avec délice avec une seule envie le découvrir.
Bon W.E. FLaure

Nad 17/08/2015 22:12

C’est très gentil d’être passée ici Flaure, si tu savais comme je plonge dans tes billets avec « délice ». Sans le savoir, tu as même inspiré plusieurs de mes repas du soir, alors un grand merci :-))
Bonne semaine à toi

le Bison 14/08/2015 09:27

C'est si beau quand tu écris sur la mer et sur l'amour. J'étais du voyage, à travers tes mots si bien choisis, si émouvants. Tiens, j'ai envie de me faire un second voyage avec Bernard. Il m'attend depuis longtemps mais j'étais trop sur ces Dames de Nage pour entreprendre de nouvelles expéditions. Mais maintenant, il est temps de tourner la page, et de partir vers un nouveau roman de l'auteur, changer de port et de femme, oublier le temps d'une escale ces dames de nage et partir vers d'autres tempêtes, chevaucher de nouvelles vagues et de chers amours.

Nad 14/08/2015 16:19

Je ne tarderai pas non plus à repartir voyager avec Giraudeau, d’autres escales, d’autres ports, il m’a amenée sur des vagues d’émotions tellement fortes. Mais je resterai amarrée encore un moment à ses mots, pour pouvoir prolonger un peu plus loin un peu plus fort ce voyage en mer…

Chrisdu26 14/08/2015 07:59

Tes mots me bouleversent ... c est magnifique !

Et Oh combien tu as raison Ma Belle Nadine, il n'y a plus beau voyage que celui qui nous mène vers nous, vers l'autre et vers celui du lâcher-prise.

Ce livre m'attend sur ma PAL, j'en ai déjà des frissons et des papillons dans le ventre à l'idée d'en caresser ses mots et ses pages.

Merci <3

Nad 14/08/2015 16:18

C’est un voyage plus grand que nature au cœur de soi-même pour mieux arriver à rejoindre celui de l’autre. Quel beau roman…

Tu auras plein de frissons et de « papillons dans le ventre » ;-)

Bisous ma Douce <3

le Bison 14/08/2015 09:28

Tu n'as pas d'autres envies que de caresser des mots et des pages ?

Bonheur du Jour 14/08/2015 07:47

Vous parlez très bien de ce livre de Bernard Giraudeau, que je n'ai pas lu....
Merci pour votre visite chez moi hier et ce si gentil commentaire ; me comparer à Laurent Gaudé, et bien, j'avoue que je suis fière !
Bonne journée !

Nad 14/08/2015 16:18

Après être passée sur tes beaux billets italiens, j’avais une de ces faims de loup! Prosciutto, formaggio, focaccia, fragole, lampone, hummm…. C’est toujours un plaisir de passer sur tes bonheurs du jour, un vrai rayon de soleil. Bonne journée

Chrisdu26 14/08/2015 09:51

Oh que si !
Approches que je te le dise au creux de ton oreille ;-)

Nadael 13/08/2015 22:25

Oh que tu parles bien de ce livre de Giraudeau. Tu me donnes très envie de le lire. J'ai gardé un très bon souvenir de Cher amour, un autre livre de ce grand monsieur aux multiples facettes.J'ai aimé l'élégance de son écriture, sa poésie, son émotion à fleur de peau, sa sincérité. Ce livre évoque un amour fantasmé, un songe, qui s'enchevêtre avec son métier d'acteur dont il fait un vibrant portrait.

Nad 14/08/2015 04:26

Justement, hier je regardais l’ensemble de son œuvre et j’ai très envie d’en découvrir d’autres. Une émotion à fleur de peau et énormément de sincérité, c’est ce que j’ai ressenti au plus profond de moi en lisant ce roman. Beaucoup d’authenticité aussi et une spontanéité dans sa prose qui est bouleversante. Je suis ressortie de cette lecture tellement émue par la beauté de l’homme derrière les mots. Un homme remarquable…

Je t’embrasse xxx

manU 13/08/2015 22:15

gigantesque PAL**

Nad 14/08/2015 04:23

LAP? LPA? ALP? ^^

manU 13/08/2015 22:14

Ce livre est quelque part dans ma gigantesque. Il faudra que je l'en sorte. Vous êtes plusieurs à en avoir très bien parlé et puis les extraits que tu as choisis sont juste magnifiques !
Un livre qui a sa place toute trouvée...

le Bison 14/08/2015 09:29

Un charentais qui n'a pas encore lu ce livre avec comme point de départ les Charentes et le port de La Rochelle ne doit pas être un vrai charentais, ou un vrai marin.

Nad 14/08/2015 04:31

Je crois que tu adorerais cette lecture marin manU! :D

C’est doux, c’est sensible, c’est amoureux, c’est bouleversant, ça caresse l’âme et ça parle de la Mer...

Pour les extraits, j’ai bien dû en noter une trentaine. Après, il fallait que je choisisse, c’était pas facile, il n’y avait que ça dans ce roman de belles métaphores! Son écriture est vraiment sublime. Déjà, j’ai relu la première page du roman cinq fois avant de pouvoir poursuivre ma lecture tellement c’était beau!

Bisous salés ^^

Eeguab 13/08/2015 07:51

Un livre vraiment intéressant que j'ai chroniqué moi aussi. Validé par notre ami Le Bison,c'est dire.

Chrisdu26 14/08/2015 09:53

Pourtant son accent ne laisse aucune place au doute. Tabarnak, il est bien de là bas notre ami la Grenouille !!! :D

Nad 14/08/2015 04:16

J’ai adoré ce livre vers lequel je reviendrai un jour, c’est certain… Une immersion en pleine mer sur des vagues d’amour et de sentiments, il avait tout pour me plaire!
J’irai lire ta critique, bisous Claude

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